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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2406603

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2406603

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2406603
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELAS OLSZAK & LEVY

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 septembre 2024 en présence de

Mme Van Der Beek, greffière d'audience, M. Rees a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Buisson, avocat des consorts B ;

- et les observations de Me Olszak, avocat de la commune de Boulange.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Par un arrêté du 3 septembre 2024, le maire de la commune de Boulange a autorisé une entreprise à effectuer, à compter du 9 septembre 2024 et pour une durée de dix jours, des travaux de réfection du trottoir à hauteur du 3, rue de Ludange. Les consorts B, qui résident à cette adresse, font valoir que cette décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit de propriété et à leur liberté d'aller et de venir.

En ce qui concerne l'atteinte au droit de propriété :

3. Les travaux en litige portent sur la réfection d'un trottoir réalisé en 1971 sur une bande de terrain de quelque 172 m² située entre la voirie et le mur de clôture de la propriété des consorts B.

4. En premier lieu, les risques de dommages causés à la propriété des requérantes se rapportent à l'exécution des travaux, et non à la décision de les mettre en œuvre, laquelle ne prévoit pas davantage que le coût des travaux pourra être mis à leur charge. L'atteinte alléguée par les requérantes à leur droit de propriété à ces deux égards n'est pas établie.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction que le mur de clôture de la propriété des consorts B, érigé dans les années 1950, a été établi en retrait par rapport aux limites fixées par un plan d'alignement du 24 septembre 1901, laissant subsister, à l'extérieur de cette clôture,

une bande de terrain en forme de triangle effilé, d'une superficie de 42 m², et dont la commune, dans le cadre de la présente instance, ne dispute pas la propriété aux consorts B. Il est constant que l'ouvrage public réalisé en 1971 a empiété irrégulièrement sur environ 27 m² de ce triangle,

ne laissant libre qu'un terrain d'environ 15 m² le long du mur de clôture. En revanche,

il ne résulte pas de l'instruction que les consorts B seraient également propriétaires du reste de la bande de terrain située entre leur mur de clôture et la voirie. Les travaux en litige, qui se limitent à l'emprise du trottoir existant, à l'exception des quelque 15 m² de terrain laissés libres en 1971, ne concernent ainsi la propriété des consorts B que pour 27 m².

6. Il résulte de l'instruction, en particulier des clichés versés au dossier de l'instruction, où ses bordures et, par endroit, son bitume, demeurent visibles, que l'ouvrage réalisé en 1971, quoique très dégradé, n'a pas disparu. Contrairement à ce que font valoir les requérantes, les travaux en litige ont ainsi pour objet la réfection d'un ouvrage public existant, et non la réalisation d'un ouvrage nouveau. De surcroît, ainsi qu'il a été dit au point précédent, ils n'ont pas pour effet de modifier l'emprise irrégulière existante.

7. Or, cette emprise existe depuis plus de cinquante ans, et ainsi que l'a jugé la cour administrative d'appel de Nancy il y a déjà plus de trente ans, le 2 juillet 1992, la présence de l'ouvrage public ne permet pas aux consorts B de demander la restitution des 27 m² de terrain en cause. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'il serait impossible de régulariser cette emprise. Enfin, eu égard à l'état fortement dégradé de l'ouvrage sur toute la bande de terrain située entre la voirie et le mur de clôture de la propriété des consorts B, l'intérêt public commande à l'évidence sa réfection, y compris sur la parcelle de 27 m² en litige, dont, au surplus, la configuration et la taille réduite rendent douteux que les intéressés puissent avoir un quelconque usage.

8. Dans ces conditions, l'atteinte portée au droit de propriété des consorts B ne revêt pas le caractère de gravité requis pour l'application des dispositions de l'article L. 521-2 précité.

En ce qui concerne la liberté d'aller et de venir :

9. La décision contestée n'a pas pour objet d'empêcher les requérantes d'accéder à leur propriété. En admettant que l'exécution des travaux les empêche temporairement d'y accéder avec leurs véhicules, cet inconvénient ne saurait, alors qu'il est de ceux que doivent normalement supporter les riverains des voies publiques et qu'il sera limité dans le temps, suffire à caractériser,

au sens des dispositions de l'article L. 521-2 précité, une atteinte grave à leur liberté d'aller et de venir.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence et la légalité de la décision contestée, que les conclusions présentées par le consorts B sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Boulange, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, dans la limite des conclusions de la commune de Boulange, de mettre à la charge des consorts B, la somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E

Article 1 : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 : Les consorts B verseront à la commune de Boulange la somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Boulange.

Fait à Strasbourg, le 10 septembre 2024.

Le juge des référés,

P. Rees

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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