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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407392

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407392

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407392
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCHEBBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Chebbale, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner à la préfète du Bas-Rhin, sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative, de lui indiquer un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir avec ses enfants, dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en raison de la précarité de sa situation et de celle de ses deux fils, nés les 7 octobre 2018 et 28 août 2021, la collectivité européenne d'Alsace ayant mis fin à leur hébergement d'urgence à compter du 30 septembre dernier alors que son fils aîné est atteint d'une pathologie respiratoire chronique ;

- le refus d'hébergement par la préfète du Bas-Rhin, porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence et a pour effet de les placer dans une situation de particulière vulnérabilité, contraire à l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dhers pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 octobre 2024 en présence de Mme Van Der Beek, greffière d'audience :

- le rapport de M. Dhers, juge des référés ;

- les observations de Me Chebbale, avocate de Mme A, présente à l'audience, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures et fait valoir que l'hébergement actuel de la requérante a été prolongé jusqu'au 4 octobre 2024 et qu'elle n'a jamais refusé une offre d'hébergement proposée le 28 août 2024, puisque la place qui lui avait été proposée à cette date a été finalement attribuée à une autre personne.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 15 mars 2000, est entrée en France

le 25 août 2018 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée, en dernier lieu, par

la Cour nationale du droit d'asile le 14 avril 2021. La requérante demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui indiquer un lieu d'hébergement d'urgence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. D'une part, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence (). Aux termes de l'article

L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code précité : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées

ci-dessus, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale.

Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence,

une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, en particulier lorsque, notamment du fait de leur très jeune âge, une solution appropriée ne pourrait être trouvée dans leur prise en charge hors de leur milieu de vie habituel par le service de l'aide sociale à l'enfance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.

6. Il résulte de l'instruction que Mme A est mère de deux enfants nés les

7 octobre 2018 et 28 août 2021, que le cadet, âgé de trois ans, est atteint d'une pathologie respiratoire chronique et que le père de ce dernier, détenteur d'un titre de séjour, n'est pas en mesure de les accueillir à compter du 4 octobre 2024, date à laquelle leur hébergement par la collectivité européenne d'Alsace prendra fin. Si la préfète soutient que l'Etat a accompli des efforts très conséquents pour accroître les capacités d'hébergement d'urgence dans le département du Bas-Rhin au cours des années récentes, elle n'établit pas qu'elle aurait effectué des diligences pour assurer l'accueil de Mme A et de ses enfants et que celui-ci serait impossible en se bornant à faire état de l'augmentation des demandes d'asile en 2023 dans ce département, du nombre de places d'hébergement d'urgence qui y étaient disponibles en août 2024 et des crédits alloués à cette mission de service public. Dans ces conditions, et compte tenu des appels passés au 115 par la requérante à compter du 1er octobre 2024, celle-ci justifie d'une situation d'urgence et d'une atteinte grave et manifestement illégale portée à son droit à l'hébergement d'urgence. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de désigner à Mme A un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir avec ses enfants dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente décision, sous une astreinte de cent euros par jour de retard.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par la présente ordonnance. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chebbale, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chebbale de la somme de 1 000 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée à la requérante.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de désigner à Mme A un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir avec ses enfants dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente décision, sous une astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chebbale, avocate de Mme A, la somme de 1 000 (mille) euros hors taxes au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée à la requérante.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Chebbale et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg, le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,

S. Dhers

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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