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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407409

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407409

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407409
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, M. A B, représenté par

Me Hentz, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure révélée par un courriel du

20 septembre 2024 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, sans délai et sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile ;

- la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, le délai de six mois fixé par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 étant expiré ;

- il n'était pas en situation de fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable, que la condition d'urgence n'est pas remplie et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas de nature à faire sérieusement douter de la légalité d'une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dhers pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024, en présence de Mme Van der Beek, greffière d'audience :

- le rapport de M. Dhers, juge des référés ;

- les observations de Me Hentz représentant M. B qui a repris les moyens et les éléments exposés dans sa requête ;

La préfète du Bas-Rhin n'étant ni présent, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 2 mai 1995, est entré en France et y a déposé une demande d'asile le 15 septembre 2023. Par un arrêté du 15 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a décidé de le remettre aux autorités autrichiennes et le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du 16 janvier 2024. La préfète du Bas-Rhin a ensuite informé ces autorités de la prolongation du délai de transfert au motif que le requérant était en fuite. M. B demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de la décision par laquelle

la préfète du Bas-Rhin a refusé l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, qui est révélée par un courriel du 20 septembre 2024, de lui enjoindre d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile sans délai et sous une astreinte de

50 euros par jour de retard.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Bas-Rhin :

3. Ainsi qu'il vient d'être dit, M. B sollicite notamment la suspension de l'exécution de la décision de la préfète du Bas-Rhin refusant l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, laquelle lui fait grief. Par suite, la préfète n'est pas fondée à soutenir que les conclusions du requérant sont irrecevables.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 521-2 de

ce code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 29 du règlement du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

6. La notion de fuite au sens des dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) du 26 juin 2013 doit s'entendre comme visant notamment le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a été hébergé au centre d'accueil et d'examen des situations de Lingolsheim, du 15 mars au 3 juillet 2024.

Le requérant a été convoqué par la préfète du Bas-Rhin à un rendez-vous le 15 juillet 2024 par un courrier qui lui a été notifié le 7 juin 2024. Le 26 juin suivant, il a été informé du transfert de son lieu d'hébergement au centre Adoma de la commune de Troyes, à compter du 3 juillet 2024. Le requérant fait valoir que, ne sachant pas s'il devait se rendre à cette convocation au vu du transfert de son lieu d'hébergement à Troyes, il est revenu à Strasbourg le 11 juillet 2024 afin de consulter son ancien travailleur social. Il ressort de l'attestation établie le 22 juillet 2024 par le chef de service du centre d'accueil et d'examen des situations que le requérant a été orienté vers un nouveau travailleur social basé à Troyes, pour, le cas échéant, convenir d'un rendez-vous à la préfecture de l'Aube à la place de celui fixé par celle du Bas-Rhin. M. B est alors retourné à Troyes le samedi 13 juillet 2024 et s'est rapproché de son travailleur social

le 15 juillet 2024. Il ne s'est ainsi pas présenté en préfecture de Strasbourg pour y honorer son rendez-vous du même jour. Toutefois, compte tenu des circonstances qui viennent d'être décrites, le requérant ne peut être regardé comme s'étant soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement.

8. En deuxième lieu, le délai de six mois imparti aux autorités françaises pour procéder au transfert du requérant vers l'Autriche était arrivé à son terme.

9. Enfin, la condition particulière d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie dès lors que M. B ne dispose plus de l'autorisation de se maintenir sur le territoire français et que l'exécution de l'arrêté décidant son transfert à destination de l'Autriche peut intervenir à tout moment.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est en droit d'obtenir l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Ainsi, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision de la préfète du Bas-Rhin refusant cet enregistrement et, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder et de lui délivrer l'attestation afférente dans un délai de cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de cinquante euros par jour de retard.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par la présente ordonnance. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hentz, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à

Me Hentz de la somme de 1 000 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

O R D O N N E :

Article 1 : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 20 septembre 2024, par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. B en procédure normale, est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer selon la procédure normale la demande d'asile de M. B et de lui délivrer l'attestation afférente dans un délai de cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de cinquante euros par jour de retard.

Article 4 : L'Etat versera à Me Hentz, avocate de M. B, la somme de 1 000 (mille) euros hors taxes au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Hentz et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,

S. Dhers

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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