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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407483

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407483

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407483
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Baron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, et au directeur du centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach de mettre un terme sans délai à la sanction disciplinaire dont il fait l'objet, et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au ministre de la justice, au directeur du centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach et à la directrice du groupe hospitalier de la région Mulhouse et

Sud Alsace de le faire examiner sans délai par un médecin psychiatre en vue de son hospitalisation au sein d'une unité hospitalière spécialement aménagée, et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au ministre de la justice, au directeur du centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach d'ordonner sans délai son transfert vers le centre pénitentiaire de Nantes, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard.

5°) de mettre à la charge des défendeurs une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa détention au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de ne pas subir des traitements inhumains ou dégradants ainsi qu'au droit au respect de la dignité humaine ;

- il est placé à l'isolement depuis le 21 avril 2021 ;

- il a subi trente et un transfèrements administratifs sur une période de trois ans et demi ;

- il ne peut se déplacer qu'en fauteuil roulant ;

- sa cellule au sein du quartier disciplinaire n'est pas adaptée à son état de santé, lequel nécessite désormais qu'il bénéficie d'un lit médicalisé, d'un fauteuil avec accoudoir, d'un système de rehaussement des toilettes ;

- il a entamé une grève de la faim le 22 juin 2024 et a perdu 20 kilogrammes et doit bénéficier d'une prise en charge psychiatrique régulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, la directrice du groupe hospitalier de la région Mulhouse et Sud Alsace, représenté par Me Mai, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas remplies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas remplies.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024, en présence de Mme Van der Beek, greffière d'audience :

- le rapport de M. Stéphane Dhers ;

- les observations de Me Halter, substituant Me Baron, avocate de M. A qui a repris les moyens et les éléments exposés dans sa requête ;

- et les observations de Me Monheit, substituant Me Mai, avocat du groupe hospitalier de la région Mulhouse et Sud Alsace.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, écroué depuis le 24 février 2021 et régulièrement mis à l'isolement, est incarcéré au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach depuis le 30 septembre 2024. Par une décision du 2 octobre 2024, le chef d'établissement de ce centre pénitentiaire l'a placé en quartier disciplinaire pour une durée de huit jours, dont deux en prévention. Le requérant demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre de la justice, à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, au directeur du centre pénitentiaire précité et à la directrice du groupe hospitalier de la région Mulhouse et Sud Alsace de mettre un terme à cette sanction disciplinaire, de le faire examiner par un médecin psychiatre en vue de son hospitalisation au sein d'une unité hospitalière spécialement aménagée et d'ordonner son transfert vers le centre pénitentiaire de Nantes.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 521-2 de ce code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 231-3 du code pénitentiaire : " Lorsqu'une une personne détenue est placée en quartier disciplinaire, ou en confinement, elle peut saisir le juge des référés en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ".

5. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'exécution d'une décision de placement en cellule disciplinaire d'un détenu ne traduit pas, par elle-même, l'existence d'une situation d'urgence et ne dispense donc pas l'intéressé de justifier de l'urgence. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement la gravité des troubles invoqués par le requérant pour caractériser la situation d'urgence, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et compte tenu des justifications apportées par le requérant et par l'administration.

6. Pour justifier de l'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice, M. A fait valoir qu'il est placé à l'isolement depuis le 2 octobre 2024, qu'il a subi

trente et un transfèrements administratifs depuis son incarcération, que l'expertise psychiatrique du 30 novembre 2023 révèle que son état de santé mentale, caractérisé par une paranoïa sensitive, un état dépressif et des idées suicidaires, nécessite son hospitalisation en milieu spécialisé, que ses conditions de détention, qui ont entrainé plusieurs hospitalisations en unités hospitalières spécialement aménagées, ont conduit à la dégradation de son état de santé et que sa cellule est dépourvue de tout équipement dédié aux personnes à mobilité réduite, alors qu'il ne peut se déplacer qu'en fauteuil roulant. Cependant, et alors qu'il est constant qu'il a pu rencontrer un médecin de l'unité médicale du centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach et, à plusieurs reprises, une infirmière diplômée en psychiatrie, les éléments qu'il invoque ne suffisent ainsi pas à justifier de l'existence d'une situation d'urgence telle que le juge des référés doive se prononcer sur sa situation dans un délai de quarante-huit heures. Par suite ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doivent être rejetées, ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Baron, au garde des sceaux, ministre de la justice, à la ministre de la santé et de l'accès aux soins et à la directrice du groupe hospitalier de la région Mulhouse et Sud Alsace.

Fait à Strasbourg le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

S. B

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice et à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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