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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407533

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407533

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407533
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantPLACIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, Mme E C, représentée par Me Placidi, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Strasbourg d'affecter son enfant F A dans une classe " unité localisée pour l'inclusion scolaire " (ULIS) dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir y compris si cela s'avère nécessaire en dehors de son collège de rattachement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son enfant F est privé de scolarité depuis le mois d'août 2024, date de son déménagement dans le département du Bas-Rhin ; la décision de ne pas l'affecter dans une classe ULIS en méconnaissance de la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapés du département (CDAPH) du 25 mars 2024 du Puy-de-Dôme de lui proposer une intégration dans une telle classe traduit l'impréparation des services qui demandent aux usagers de s'adapter à leurs contraintes ; le projet d'intégration dans une classe ULIS a été préparé de longue date et la volonté du rectorat de l'orienter vers une classe normale de collège avec l'assistance d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH) ne répond pas aux besoins de scolarisation urgente de F et la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, F ayant besoin d'être scolarisé de façon urgente sous peine de perdre ses acquis et sa mère avec trois autres enfants n'étant pas en mesure de l'accompagner de façon satisfaisante à la maison ; la condition d'urgence est remplie d'autant que les services de l'éducation nationale ont été contactés pour relancer le dossier de la scolarisation de F à plusieurs reprises courant septembre ;

- l'absence de scolarisation dans un collège en classe ULIS porte une atteinte grave et manifeste à la liberté fondamentale du droit à l'éducation des personnes souffrant de handicap rappelé à l'article L. 112-1 du code de l'éducation dans les conditions définies et préconisées par les CDAPH compte-tenu des dispositions de l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles ; la méconnaissance de la décision de la CDAPH du Puy-de-Dôme caractérise une violation du droit à l'éducation de F dans le cadre le plus adapté à sa situation ; les préconisations envisagées par les services de l'éducation nationale tendant à une affectation dans une classe normale de collège avec l'assistance d'une AESH traduisent la violation grave et manifeste de ces dispositions légales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions posées à l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas remplies qu'il s'agisse de l'urgence au sens de ces dispositions ou de la condition d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Strasbourg a désigné M. D, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024 en présence de Mme Trinité greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Placidi, avocate de Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que compte-tenu des précisions données par le représentant du recteur à l'audience, une intégration dans une classe ULIS dans une école élémentaire peut convenir à la situation de F ;

- les observations de M. B, représentant le recteur, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et précise qu'une solution intermédiaire a pu être trouvée dans une classe ULIS non pas de collège mais d'école élémentaire à Strasbourg.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. La circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière requise par l'article L. 521-2 est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

3. Il résulte de l'instruction que Mme C et son fils F, âgé de douze ans, résidaient dans Puy-de-Dôme et que F a fait l'objet d'une décision de la CDAPH du Puy-de-Dôme en date du 25 mars 2024 l'orientant vers une unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS). A la suite d'un déménagement, la requérante a établi son domicile à Stotzheim dans le Bas-Rhin à la fin du mois d'août 2024 et a sollicité une place dans un collège de secteur en ULIS pour son fils. Pour justifier de l'urgence, la requérante fait état de l'absence de solution satisfaisante proposée par les services de l'éducation nationale depuis la rentrée scolaire compte tenu de ce qu'elle a appris, le 5 septembre 2024, que son fils ne pouvait être accepté dans la classe ULIS du collège Torenberg-Heiligenstein ou dans un autre collège susceptible d'accueillir F, que la solution d'une affectation en collège avec l'assistance d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap ne correspond pas aux besoins de son enfant et que ses démarches multiples avec, en dernier lieu un recours gracieux et des appels téléphoniques aux responsables académiques, n'ont pas abouti. Elle précise qu'elle se trouve elle-même dans une situation personnelle extrêmement difficile en bénéficiant d'une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert et que F risque de " régresser " au regard des progrès personnels accomplis dans les derniers mois. L'ensemble de ces circonstances qui ont été précisées au cours de l'audience ne suffisent toutefois pas à justifier du respect de la condition d'urgence propre au référé liberté prévu à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la requérante ayant précisé n'avoir introduit aucun recours au fond ni de référé suspension à l'encontre de la décision visée dans son recours gracieux portant refus d'affecter F dans une classe ULIS de collège. Mme C ne produit pas de justifications d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

4. En revanche, le conseil de Mme C indique à l'audience souhaiter modifier ses conclusions tendant à ce qu'il puisse être enjoint au recteur de procéder prioritairement à l'affectation de F en classe ULIS, même en école élémentaire, plutôt que dans un collège de secteur avec l'aide d'un AESH. Le représentant du recteur précise pour sa part qu'ainsi qu'il a été indiqué dans son mémoire en défense, si F ne peut être accueilli en classe ULIS dans un collège en l'absence totale de places disponibles et compte tenu de ce que ce type de classe est déjà en sureffectif notoire, une place en classe ULIS dans une école élémentaire de Strasbourg peut être proposée à F dans de très brefs délais. Mme C indique accepter de renoncer à une affectation en classe ULIS de collège et se satisfaire de la proposition d'affectation formulée par le recteur. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions subsidiaires de la requête.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions principales de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées et que s'agissant des conclusions subsidiaires relatives à une affectation en classe ULIS dans une école élémentaire, il n'y a plus lieu d'y statuer compte tenu de la décision de proposer une place en classe ULIS dans une école élémentaire de Strasbourg dans les prochains jours.

6. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au recteur de procéder à une affectation de F A dans une classe ULIS dans une école élémentaire de Strasbourg.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C et à la ministre de l'éducation nationale. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.

Fait à Strasbourg, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. D

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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