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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2502277

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2502277

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2502277
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge Unique
Avocat requérantGUYON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de Mme C épouse D, qui contestait la suspension de six mois de son permis de conduire pour conduite sous l'emprise de stupéfiants. La décision du préfet du Haut-Rhin du 6 février 2025 a été jugée légale, l'auteur de l'acte disposant d'une délégation de signature régulière et la motivation étant suffisante au regard des articles L. 224-2 du code de la route et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Les moyens soulevés par la requérante, notamment l'incompétence, le défaut de motivation et le non-respect du contradictoire, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2025, Mme C épouse D, représentée par Me Guyon, demande au tribunal :

1°) D'annuler la décision du 6 février 2025 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) Subsidiairement de réduire la décision à de justes proportions ;

3°) D'enjoindre au préfet de lui restituer son permis de conduire ou subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de 72 heures sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) De mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C épouse D soutient que :

- La décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- Elle n'est pas motivée ;

- Le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

- Elle est entachée d'une erreur de fait et méconnait les dispositions de l'arrêté du 13 décembre 2016 ;

- Elle méconnait les articles L 224-2 et L 235-1 du code de la route ;

- Elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités de dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants et des analyses et examens prévus par le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Richard en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er février 2025 à 21h30 sur la commune de Bischwiller-Les-Thann, Mme C épouse D a été contrôlée en conduisant sous l'emprise de stupéfiants. Les forces de l'ordre ont procédé à la rétention immédiate du permis de conduire de la requérante. Le préfet du Haut-Rhin a décidé de suspendre, pendant une durée de six mois, le permis de conduire de Mme C, par décision du 6 février 2025. La requérante demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par arrêté du 12 décembre 2024, régulièrement publié, le préfet du Haut-Rhin a délégué à M. A, sous-préfet de l'arrondissement de Thann,_Guebwiller la signature des actes relatifs à la suspension du permis de conduire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L 224-2 du code de la route : " I.-Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 (). II.-La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, en cas de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. III.-A défaut de décision de suspension dans le délai prévu au premier alinéa du I du présent article, le permis de conduire est remis à la disposition de l'intéressé, sans préjudice de l'application ultérieure des articles L. 224-7 à L. 224-9. "

4. D'autre part aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

5. La décision attaquée du 6 février 2025 comporte les motifs de droit et de fait qui la fondent et notamment la circonstance que Mme C épouse D a fait l'objet, le 1er février 2025 à 21 heures 30, d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction au code de la route, des vérifications ayant par ailleurs établi l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Enfin, cet arrêté précise la durée de la suspension du permis de conduire de Mme C, s'élevant à six mois, mesure prise dans un but de sécurité publique selon la lettre de notification qui l'accompagne. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code dispose que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".

7. La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

8. S'il est constant que le préfet n'a pas sollicité les observations de Mme C avant de prendre la décision en litige, il ressort toutefois des pièces du dossier que le comportement de la requérante qui était sous l'emprise de stupéfiants, ce qui a été confirmé par le rapport d'analyse du 5 février 2025 du laboratoire de police scientifique de Lyon, présentait un danger important pour elle-même et pour autrui. Eu égard au délai de 120 heures laissé au préfet pour prononcer la suspension du permis de conduire et à la gravité de l'infraction commise par l'intéressée, le préfet du Haut-Rhin n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, entaché sa décision d'irrégularité en suspendant le permis de conduire de l'intéressée, sans l'avoir préalablement mise à même de présenter des observations dans les conditions prévues par les dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration.

9. En quatrième lieu, Mme C épouse D fait valoir que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait et qu'il a été pris à l'issue d'analyses affectées de problèmes méthodologiques ayant faussé les résultats du contrôle de sa consommation de stupéfiants. Elle indique ainsi qu'elle ne conduisait pas lorsque les forces de l'ordre ont détecté l'usage de stupéfiant et que, par ailleurs, elle a produit des analyses ne décelant aucun usage de stupéfiants. Cependant, l'avis de rétention, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, établit que le contrôle de l'usage de stupéfiants a été effectué alors que la requérante conduisait. La requérante n'apporte aucun élément de nature à contredire sérieusement les faits ainsi établis sur ce point. Contrairement aux allégations de la requérante au moment du contrôle, les analyses révèlent un résultat situé au-dessus des seuils toxicologiques caractérisant une conduite sous emprise de produits stupéfiants. En effet, les prélèvements salivaires, effectués à l'aide du matériel prescrit par l'article 6 de l'arrêté du 13 décembre 2016 par un professionnel habilité, ont donné lieu à une réelle analyse dans un laboratoire aménagé et habilité à cet effet. Si Mme C fait valoir qu'aucun élément ne permet d'indiquer qu'elle a consommé des stupéfiants en produisant une analyse urinaire, négative aux stupéfiants, du 20 février 2025, cette production réalisée dix-neuf jours après les faits n'est pas de nature à remettre en cause les analyses effectuées le 5 février 2025 par le laboratoire de la police scientifique de Lyon, qui ont révélé un usage de stupéfiants. La requérante ne produit aucun commencement de preuve de ce que ces analyses n'ont pas respecté le cadre méthodologique prévu alors que le laboratoire bénéficie d'une accréditation du Comité français d'accréditation. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté repose sur des faits matériellement inexacts, notamment au regard de l'établissement de la réalité de l'usage de stupéfiants conformément aux dispositions de l'arrêté du 13 décembre 2016, doit être écarté.

10. Si la requérante fait valoir que l'arrêté est intervenu au-delà des 72 heures, il résulte des dispositions de l'article L 224-2 du code de la route que l'arrêté peut intervenir dans les 120 heures pour les infractions liées à l'usage de stupéfiants ayant nécessité une vérification prévue à L. 235-2 du même code. Il ressort des pièces du dossier qu'en l'espèce, l'arrêté a été signé le 6 février 2025 à 9h25, postérieurement à la réalisation des vérifications prévues en matière de consommation de stupéfiants, soit dans le délai de 120 heures courant à compter de l'avis de rétention pris le 1er février 2025 à 21h30. Par suite, le moyen tiré du non-respect du délai prévu à l'article L.224-2 du code de la toute doit être écarté.

11. En dernier lieu, la gravité de l'infraction consistant en une conduite sous l'emprise de stupéfiants est constitutive d'un danger pour la sécurité de la requérante et celle des autres utilisateurs de la route. Dans ces conditions, et alors même que la requérante fait état de ses problèmes familiaux et de déplacement professionnel liés à la suspension en litige et, par conséquent des conséquences financières liées à la perte potentielle de son emploi, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois, le préfet du Haut-Rhin a pris une mesure entachée d'erreur d'appréciation et disproportionnée au regard des dispositions précitées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation ou, en tout état de cause et sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, les conclusions à fin d'aménagement de la durée de la suspension, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en va de même des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D et au ministre d'État, ministre de l'Intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.

Le magistrat désigné,

M. RICHARDLa greffière,

S. AMIRACH

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pout expédition conforme,

La greffière,

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