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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2507884

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2507884

lundi 17 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2507884
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantARAB

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme E... qui demandait qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de délivrer un document de circulation pour étranger mineur (A...) à sa fille. Le juge a considéré que la demande de Mme E... avait fait l’objet d’une décision implicite de rejet, conformément aux articles L. 414-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et du décret du 23 octobre 2014. Dès lors, faire droit à la requête reviendrait à faire obstacle à l’exécution de cette décision administrative, ce que prohibe l’article L. 521-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2025, Mme C... E..., agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D... B... E..., représentée par Me Arab, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un document de circulation pour étranger mineur (A...) pour le compte de sa fille D... B... dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle habite dans une zone frontalière et exerce un emploi transfrontalier ce qui amène sa fille mineure à traverser régulièrement la frontière, qu’elle souhaite partir en vacances avec sa fille, que sa fille est dans l’impossibilité de partir en voyage scolaire ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu’en l’absence de A..., sa fille mineure ne peut pas quitter le territoire français ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2025 le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d’urgence n’est pas établie et qu’il existe une décision administrative faisant obstacle au prononcé de la mesure sollicitée.



Un mémoire a été enregistré le 15 octobre 2025 pour Mme E.... Il n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Mme E..., ressortissante française née le 28 octobre 1969, a déposé, le 19 mars 2025, une demande de délivrance de document de circulation pour étranger mineur (A...) pour le compte de sa fille D... B... au moyen du téléservice de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un A... pour le compte de sa fille D... B....

D’une part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».

Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’une demande qui n’est manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures utiles que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

D’autre part, aux termes de l’article L. 414-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : / 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; (...) 6° Qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire ; (…) ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « Le document de circulation pour étranger mineur est délivré par le préfet du département où réside habituellement le mineur et, lorsque ce dernier réside à Paris, par le préfet de police, sur demande de la personne exerçant l'autorité parentale ou de son mandataire (...) ». Aux termes de l’article 1 du décret du 23 octobre 2014 : « En application des articles L. 231‑5 et L. 231-6 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé pendant deux mois par l'administration vaut décision de rejet pour les demandes dont la liste figure en annexe du présent décret ». Le document de circulation des étrangers mineurs figure dans ladite annexe.

Il résulte de l’instruction que Mme E... a déposé, le 19 mars 2025, une demande de délivrance de A... pour le compte de sa fille D... B... sur la plateforme numérique ANEF, ainsi qu’en atteste la confirmation de dépôt versée au dossier. En application des dispositions citées au point précédent, et à défaut de décision explicite prise dans ce délai, la demande de Mme E... doit être regardée comme ayant été implicitement rejetée par le préfet du Bas-Rhin à l’issue d’un délai de deux mois après ce dépôt. Dès lors, le juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut, sans faire obstacle à l’exécution de cette décision implicite de rejet, enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer le A... demandé.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme E... présentées sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme E... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... E... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.


Fait à Strasbourg, le 17 novembre 2025.

La présidente, juge des référés,

N. Tiger-Winterhalter


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière


C. Lamoot


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