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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2509271

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2509271

mercredi 26 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2509271
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur la demande du préfet du Haut-Rhin, a ordonné l'expulsion de la famille A... du logement HUDA qu'elle occupait sans droit. La juridiction a estimé que la mesure était urgente et utile, le maintien de la famille faisant obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile dans un contexte de pénurie de places. Elle a écarté l'exception d'incompétence et les moyens tirés de l'atteinte au droit au logement et à la vie familiale, en application des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 20 novembre 2025, le préfet du Haut-Rhin demande au juge des référés :

1°) d’enjoindre, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. G... A..., à Mme H... A... ainsi qu’à leurs six enfants, de libérer sans délai le logement qu’ils occupent, géré par l’association APPUIS dans le cadre du dispositif HUDA (hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile) et situé 140 rue du Logelbach à Colmar (Haut-Rhin) ;

2°) de l’autoriser à procéder à l’évacuation des lieux avec le concours de la force publique ;

3°) de l’autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s’y trouvant, aux frais et risques des consorts A... à défaut pour eux de les avoir emportés.

Il soutient que :
le juge administratif est compétent pour prononcer l’expulsion demandée dès lors que le logement en litige est situé au sein d’un centre d’hébergement d’urgence de demandeurs d’asile ;
la mesure sollicitée revêt un caractère d’urgence et d’utilité dès lors que le maintien indu des intéressés dans les lieux entrave l’accueil de nouveaux arrivants dans le contexte d’un nombre limité de places dans les lieux d’accueil pour demandeurs d’asile ;
la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la mise en demeure de quitter les lieux adressée aux intéressés est restée infructueuse et qu’ils ne justifient d’aucune circonstance exceptionnelle de nature à justifier leur maintien dans la structure qui les héberge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2025, les consorts A..., représentés par Me Monheit, concluent au rejet de la requête ou, subsidiairement, à ce qu’il soit sursis à statuer et enjoint au préfet du Haut-Rhin de rechercher une solution d’hébergement adaptée à leur situation, à la condamnation de l’État aux dépens et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
le juge administratif est incompétent pour connaître de la demande du préfet ;
la demande du préfet se heurte à une contestation sérieuse ;
la libération des lieux ne présente pas un caractère d’urgence ;
leur expulsion porterait atteinte à leur droit au logement et à leur droit à la vie familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles ainsi qu’à l’intérêt supérieur de leurs enfants, protégé par l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de l’action sociale et des familles ;
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B..., magistrat honoraire inscrit sur la liste prévue à l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du 20 novembre 2025, tenue en présence de Mme Abdennouri, greffière d’audience, M. B... a lu son rapport et entendu les observations :
de Me Meyer, substituant Me Monheit, avocat des consorts A..., qui a repris les conclusions et les moyens de ses écritures et fait valoir en outre que M. G... A... et son fils ainé occupent des emplois salariés ;
des consorts A....

Le préfet du Haut-Rhin n’était ni présent, ni représenté.
.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Le préfet du Haut-Rhin demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d’ordonner l’expulsion de M. G... A..., de
Mme H... A... ainsi que leurs six enfants du logement qu’ils occupent, géré par l’association APPUIS dans le cadre du dispositif HUDA et situé 140 rue du Logelbach à Colmar.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

D’une part, aux termes de l’article L. 552-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles… ». Aux termes de l’article L. 552-2 de ce code : « Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ». Aux termes de l’article L. 551-12 dudit code : « Les conditions dans lesquelles les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et les personnes ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être, à titre exceptionnel et temporaire, maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1, sont déterminées par décret en Conseil d'État. ». Aux termes de l’article L. 552-15 du même code : « Lorsqu’il est mis fin à l’hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l’autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d’hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu’il soit enjoint à cet occupant sans titre d’évacuer ce lieu. / (…) / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l’ordonnance est immédiatement exécutoire ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative. ».

Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile d’un occupant sans titre, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.

En l’espèce, M. et Mme A..., ressortissants afghans nés respectivement le
15 mars 1980 et le 1er octobre 1978, leurs trois enfants majeurs, Mme D... A..., née le 4 janvier 2001, M. J... A..., né le 20 mars 2003, et Mme F... A..., née le 21 mars 2007, ainsi que leurs trois enfants mineurs, Mme C... A..., née le 11 décembre 2010, M. E... A..., né le 10 juin 2015, et M. I... A..., né le 13 décembre 2020, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d’asile, géré par l’association APPUIS dans le cadre du dispositif HUDA et situé 140 rue du Logelbach à Colmar. Par des décisions des 5 et 6 décembre 2023 et 25 janvier 2024, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a accordé le statut de réfugié à M. et Mme A... et à leurs trois enfants majeurs. Les consorts A... ont été avisés, par un courrier du 7 mai 2025 de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, qui leur a été remis en mains propres le même jour, de la fin de leur droit au logement et de l’obligation de libérer le logement. Par un courrier du 6 août 2025, notifié le 18 août 2025, le préfet du Haut-Rhin les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Il est constant que la mise en demeure est restée infructueuse

En premier lieu, ainsi qu’il a été dit au point précédent, le logement en litige, géré par l’association APPUIS, est dédié à l’hébergement des demandeurs d’asile, dans le cadre du dispositif HUDA. Il s’ensuit que ce logement est au nombre des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile visés par le 1° de l’article L. 552-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, le juge des référés est compétent, en vertu de l’article
L. 552-15 de ce code, pour connaître de la demande d’expulsion, sur le fondement de l’article
L. 521-3 du code de justice administrative, de l’occupant sans titre d’un tel lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile.

En deuxième lieu, le préfet du Haut-Rhin fait valoir, sans être sérieusement contredit, que les 14 776 places en lieux d’accueil de demandeurs d’asile dans la région Grand Est, dont 1 499 places dans le département du Bas-Rhin, sont occupées à hauteur de 99,5 %, le pourcentage de ces places indument occupées par des réfugiés s’élevant à 5,2 %. Il s’ensuit nécessairement, eu égard à la saturation du dispositif d’accueil des demandeurs d’asile, que le maintien dans les lieux des consorts A..., alors qu’ils ont obtenu le statut de réfugié, fait obstacle à l’accueil de nouveaux arrivants et, par suite, au bon fonctionnement du service de l’hébergement des demandeurs d’asile. Si les consorts A... invoquent leur bon comportement au sein du lieu d’accueil, leur insertion dans la société française et l’absence de solution de relogement, ces circonstances ne peuvent suffire à justifier leur maintien dans un logement dédié au seul accueil des demandeurs d’asile. Dans ces conditions, l’évacuation du logement en litige présente un caractère d’urgence et d’utilité certain.

En dernier lieu, si les consorts A... font valoir qu’aucune solution de relogement ne leur est proposée et qu’ils se retrouveront à la rue avec leurs enfants, ces circonstances, qui peuvent justifier le cas échéant que les intéressés bénéficient, au besoin sous le contrôle du juge administratif, de l’application du dispositif du droit au logement opposable ou, le cas échéant, qu’ils soient pris en charge par les dispositifs d’hébergement d’urgence prévus par le code de l’action sociale et des familles à destination des personnes en situation de vulnérabilité particulière, ne sauraient en revanche faire obstacle à la libération des lieux spécifiquement réservés à l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile qu’ils occupent sans droit ni titre. Il s’ensuit que, les consorts A... ne pouvant se prévaloir utilement ni des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni de celles de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, ni des dispositions de l’article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles, pour prétendre occuper un logement destiné aux demandeurs d’asile, la mesure sollicitée par le préfet du Haut-Rhin ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de surseoir à statuer en raison de l’urgence à libérer le logement en cause et de l’absence de contestation sérieuse, qu’il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Haut-Rhin tendant à ce qu’il soit enjoint aux consorts A... et tous occupants de leur chef de libérer, ainsi que de tous les biens s’y trouvant, le logement qu’ils occupent sans droit ni titre, géré par l’association APPUIS dans le cadre du dispositif HUDA et situé 140 rue du Logelbach à Colmar.

Sur les frais de l’instance et les dépens :

L’État n’étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions des consorts A... présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.


O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint aux consorts A... et à tous occupants de leur chef, s’ils ne l’ont déjà fait, de libérer sans délai le logement mis à leur disposition, géré par l’association APPUIS dans le cadre du dispositif HUDA et situé 140 rue du Logelbach à Colmar.

Article 2 : À défaut pour les intéressés de libérer immédiatement les lieux et d’évacuer les biens leur appartenant, le préfet du Haut-Rhin pourra faire procéder à leur expulsion et à l’évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions des consorts A... à fin de sursis à statuer et d’injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur, à M. G... A..., à Mme H... A..., à Mme D... A..., à M. J... A... et à Mme F... A.... Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.


Fait à Strasbourg, le 26 novembre 2025.


Le juge des référés,




C. B...


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,




L. Abdennouri

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