Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A..., professeur des écoles, qui contestait le refus de mise en disponibilité pour rejoindre son enfant au Brésil et invoquait une atteinte grave à sa vie familiale et à l'intérêt supérieur de l'enfant. Le juge a estimé que la condition d'urgence particulière, nécessaire à cette procédure, n'était pas remplie, le requérant n'ayant pas justifié d'une situation nécessitant une intervention dans les 48 heures, compte tenu de l'ancienneté de la décision contestée (3 novembre 2025) et de son absence d'accord hiérarchique pour s'absenter. L'ordonnance rappelle que l'urgence s'apprécie objectivement et ne saurait être déduite de la seule existence d'une atteinte à une liberté fondamentale.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2026, M. B... A... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de constater l’existence d’une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales et celles de son enfant ;
2°) d’ordonner toute mesure utile afin de faire cesser immédiatement cette atteinte ;
3°) d’enjoindre au directeur académique des services départementaux de l’éducation nationale du Bas-Rhin de lui accorder la mise en disponibilité qu’il a sollicitée ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que le refus opposé à sa demande de mise en disponibilité de droit a pour effet de le maintenir durablement séparé de son enfant mineur, que cette situation trouve son origine dans un courrier de mise en demeure de reprendre ses fonctions du directeur académique des services départementaux de l’éducation nationale du Bas-Rhin adressée il y a plusieurs semaines l’ayant obligé à revenir en Alsace et que l’administration prend en compte des considérations professionnelles sans procéder à une mise en balance de la situation de son enfant ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de sa vie familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l’intérêt supérieur de l’enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Muller, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». L'article L. 522-3 de ce même code dispose que : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ». Aux termes de l’article R. 522-1 du même code : « La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire (…) ».
La circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n’est pas de nature à caractériser l’existence d’une situation d’urgence justifiant l’intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Il appartient au juge des référés d’apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l’ensemble des circonstances de l’espèce, si la condition d’urgence particulière requise par l’article L. 521-2 est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu’il entend défendre mais aussi l’intérêt public qui s’attache à l’exécution des mesures prises par l’administration. La condition d’urgence posée par l’article L. 521-2 du code de justice administrative s’apprécie objectivement et compte-tenu de l’ensemble des circonstances de chaque espèce. A la différence d’une demande de suspension présentée sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ou d’une demande tendant à ce que soit ordonnée une mesure utile sur le fondement de l’article L. 521-3 du même code, auxquelles il peut être satisfait s’il est justifié d’une situation d’urgence, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l’article L. 521-2 du même code implique, pour qu’il y soit fait droit, qu’il soit justifié d’une situation d’urgence particulière rendant nécessaire l’intervention d’une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.
Il résulte de l’instruction que M. A..., professeur des écoles et directeur d’école à Valff, s’est absenté de son poste après avoir sollicité, le 2 octobre 2025, une disponibilité exceptionnelle pour rejoindre son enfant mineur résidant au Brésil. Le 3 novembre 2025, le directeur académique des services départementaux de l’éducation nationale du Bas-Rhin a refusé de lui accorder une disponibilité exceptionnelle pour élever un enfant pour l’année 2025/2026. Par lettre du 12 novembre 2025, il a enjoint M. A... à rejoindre son poste après qu’il s’en soit absenté depuis le 3 novembre 2025. Enfin, par lettre du 19 décembre 2025, il l’a informé de ce qu’il envisageait de prendre à son égard une mesure de retrait d’emploi de directeur d’école et de mutation dans l’intérêt du service.
Au titre de l’urgence, le requérant se borne à faire valoir que la décision du 3 novembre 2025 a pour effet de maintenir sa séparation avec son enfant âgé de quatre ans ce qui aurait des répercussions sur la santé de ce dernier. Toutefois, d’une part, M. A... ne prétend pas avoir eu connaissance seulement très récemment de la décision de refus du 3 novembre 2025 qu’il conteste. D’autre part, il résulte de l’instruction que M. A..., qui se dispense en tout état de cause d’obtenir l’accord de sa hiérarchie pour s’absenter du service s’est placé lui-même dans une situation qui ne lui permet pas d’invoquer sérieusement la notion d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, les circonstances invoquées par le requérant ne suffisent pas, à elles seules, à caractériser une situation d’urgence particulière justifiant qu’il soit ordonné à très bref délai, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une mesure de sauvegarde d’une liberté fondamentale.
Par suite, en l’absence d’urgence, et sans qu’il y ait lieu d’examiner la condition d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A.... Copie en sera adressée au recteur de l’académie de Strasbourg.
Fait à Strasbourg, le 16 janvier 2026.
Le juge des référés,
O. Muller
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité