Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 janvier 2026, le préfet de la Moselle demande au juge des référés :
1°) d’enjoindre, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme A... B..., ainsi qu’à ses quatre enfants mineurs, de libérer sans délai le logement qu’ils occupent, géré par l’association AEIM dans le cadre du dispositif HUDA (hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile), situé 9/78 rue de Champagne à Metz (Moselle) ;
2°) de l’autoriser à procéder à l’évacuation des lieux avec le concours de la force publique ;
3°) de l’autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s’y trouvant, aux frais et risques de Mme B... à défaut pour elle de les avoir emportés.
Il soutient que :
la mesure sollicitée revêt un caractère d’urgence et d’utilité dès lors que le maintien indu de l’intéressée dans les lieux entrave l’accueil de nouveaux arrivants dans le contexte d’un nombre limité de places dans les lieux d’accueil pour demandeurs d’asile ;
la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la mise en demeure de quitter les lieux, adressée à l’intéressée, est restée infructueuse et qu’elle ne justifie d’aucune circonstance exceptionnelle de nature à justifier son maintien dans la structure qui l’héberge.
La requête a été communiquée à Mme B..., qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Michel, magistrat honoraire inscrit sur la liste prévue à l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique du 5 février 2026, tenue en présence de Mme Trinité, greffière d’audience, M. Michel, juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de Mme B..., qui a décrit sa situation et invoqué son état de santé ainsi que celui d’une de ses filles.
Le préfet de la Moselle n’était ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Moselle demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d’ordonner l’expulsion de Mme B... du logement situé 9/78 rue de Champagne à Metz qu’elle occupe avec ses enfants.
2. D’une part, aux termes de l’article L. 552-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles (…) ». Aux termes de l’article L. 552-2 dudit code : « Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ». Aux termes de l’article L. 552-15 du même code : « Lorsqu’il est mis fin à l’hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l’autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d’hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu’il soit enjoint à cet occupant sans titre d’évacuer ce lieu. / (…) / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l’ordonnance est immédiatement exécutoire ».
3. D’autre part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile d’un occupant sans titre, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.
5. En l’espèce, Mme B..., ressortissante de la République démocratique du Congo née le 29 mars 1985, et ses quatre enfants mineurs, nés les 9 septembre 2013, 7 mai 2015, 29 novembre 2018 et 28 novembre 2024, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d’asile, géré par l’association AEIM dans le cadre du dispositif HUDA, situé 9/78 rue de Champagne à Metz. La demande d’asile de Mme B... a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, en date du 17 février 2025 et notifiée le 25 février 2025. Cette décision a été confirmée par une décision du 14 octobre 2025 de la Cour nationale du droit d’asile, notifiée le 24 octobre 2025. Mme B... a été avisée, par un courrier du 16 octobre 2025 de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, qui lui a été remis en mains propres le 21 octobre 2025, de la fin de son droit au logement le 30 novembre 2025 et de l’obligation de libérer le logement avant cette date. Par un courrier du 4 décembre 2025, notifié le 18 décembre 2025, le préfet de la Moselle l’a mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Il est constant que cette mise en demeure est restée infructueuse.
6. Eu égard à l’important nombre de demandeurs d’asile en attente d’hébergement dans le département, l’évacuation de ce logement, dédié au seul accueil des demandeurs d’asile, présente un caractère d’urgence et d’utilité certain. Si Mme B... invoque à la barre son état de santé et la pathologie dont souffrirait un de ses enfants, elle n’assortit ses allégations d’aucune précision, ni d’aucun commencement de preuve. Dans ces conditions, Mme B... ne justifie d’aucune circonstance de nature à permettre son maintien dans la structure qui l’héberge. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre d’évacuer sans délai le logement dont s’agit.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme B..., ainsi qu’à ses quatre enfants mineurs, et tout autre occupant de son chef, de libérer sans délai le logement qu’ils occupent, géré par l’association AEIM dans le cadre du dispositif HUDA et situé 9/78 rue de Champagne à Metz.
Article 2 : À défaut pour l’intéressée de libérer immédiatement les lieux et d’évacuer les biens lui appartenant, le préfet de la Moselle pourra faire procéder à son expulsion et à l’évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l’intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur et à Mme A... B.... Copie en sera adressée au préfet de la Moselle et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Fait à Strasbourg, le 11 février 2026.
Le juge des référés,
C. Michel
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité