Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2026, Mme B... A..., représentée par Me Boukara, demande au juge des référés :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de rejet du préfet du Bas-Rhin née le 16 février 2026 portant rejet de sa demande de délivrance d’une attestation de séjour régulier ;
3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de régularité de séjour pendant au moins cinq ans comportant ses identités successives, soit « C... née le 21 mars 1996 à Bitola (République de Macédoine) » puis « A... B... née le 28 décembre 1995 à Cernusco Sul Naviglio (Italie) », ainsi que leur concordance, à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à l’expiration d’un délai de 3 jours suivant la notification de la présente ordonnance ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de de 1 500 euros HT, soit 1 800 euros TTC, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l’aide juridictionnelle, ou, en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle totale, à lui verser, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que la caisse d’allocations familiales exige, pour reconnaître ses droits, qu’elle verse une attestation justifiant qu’elle réside bien en France depuis plus de cinq années sous couvert d’un titre de séjour sans interruption, ainsi qu’une « attestation de concordance de la préfecture précisant l’ancienne et la nouvelle identité » et que la caisse primaire d’assurance maladie exige, pour pouvoir lui créer une nouvelle carte vitale, comportant sa véritable identité, un « certificat de concordance officiel qui précise que « Mme C... née le 21.03.1996 et Mme A... B... née le 28.12.1995 sont une seule et même personne et l’identité à retenir » ; en l’absence de ressources, elle se retrouve depuis plusieurs mois dans l’impossibilité de payer son loyer et se trouve donc confrontée à tout moment à l’engagement d’une procédure d’expulsion de son logement ; elle est démunie de ressources depuis plusieurs mois en raison de la rupture de ses droits auprès de la caisse d’allocations familiales et de la caisse primaire d’assurance maladie ; la décision contestée nuit également à ses deux enfants, dès lors qu’elle ne peut plus subvenir à leurs besoins ;
- la condition de l’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale est remplie, dès lors, que le refus de délivrance de l’attestation sollicité méconnait l’article L. 311-1 du code des relations entre le public et l’administration, et de ce fait le droit d’accès aux documents administratifs, garanti par l’article 15 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, ainsi que le droit d’accès aux données personnelles ; le refus qui lui a été opposé méconnait également l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant, ainsi que le principe de sauvegarde de la dignité humaine.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / (…) ». Aux termes de l’article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 pris pour l’application de ces dispositions : « (…) / L’admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (…) soit sur une demande présentée sans forme par l’intéressé, soit d’office si celui-ci a présenté une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle il n’a pas encore été statué ».
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre provisoirement Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions précitées de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». L'article L. 522-3 de ce même code dispose que « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».
Lorsque le requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l’article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l’article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d’urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l’article L. 521-2 soient remplies, qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
En l’espèce et compte tenu notamment de la date de la décision litigieuse, la requérante ne justifie pas de circonstances caractérisant une situation d’urgence qui implique qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. Les éléments invoqués par la requérante ne sont ainsi pas de nature, en l’état de l’instruction, à caractériser une situation d’urgence au sens et pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner l’existence d’une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme A... doivent être rejetées selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence et en tout état de cause, de ses conclusions aux fins d’injonction sous astreinte et de ses conclusions tendant à l’application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et à Me Boukara. Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.
Fait à Strasbourg, le 16 mars 2026.
La juge des référés,
G. Haudier
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Abdennouri