Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2608284

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2608284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15, 28 et 30 septembre 2026, Mme C... B..., représentée par Me Dezempte, demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté de mise en sécurité du maire de la commune de Vieux-Lixheim en date du 31 juillet 2026 ;

2°) mettre à la charge de la commune de Vieux-Lixheim la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l’urgence :
• La condition d’urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige, eu égard à ses effets, à savoir notamment la démolition de bâtiments, porte une atteinte grave et irréversible à son droit de propriété et a des conséquences financières et patrimoniales très importantes ;

Sur l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
• La décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration dès lors qu’elle ne précise pas le nom, le prénom et la qualité de son signataire ;
• Elle est entachée d’un vice de procédure dès lors que l’administration ne pouvait pas en l’espèce, eu égard notamment au rapport d’expertise au dossier qui date d’un an, utiliser la procédure d’urgence prévue les dispositions de l’article
L. 511-19 du code de la construction et de l’habitation ;
• elle a été prise par une autorité incompétente, dès lors que les pouvoirs de police spéciale relatifs à la sécurité et à la salubrité des immeubles menaçant ruine ont été transférés au président de la communauté de communes de Sarrebourg Moselle Sud ;
• elle est d’erreur d’appréciation, en l’absence de danger imminent, et alors par ailleurs que le maire n’a pas vérifié s’il existait des mesures alternatives à la destruction ;
• elle est entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2026, la commune de
Vieux-Lixheim, représentée par Me Couronne, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B... la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
• La présomption d’urgence est renversée en l’espèce dès lors, d’une part, qu’il existe un intérêt public impérieux à l’exécution de l’arrêté attaqué, qui tient à la préservation de la sécurité des usagers de la rue principale et dès lors d’autre part, qu’il n’existe pas d’atteinte grave et immédiate à la situation de Mme B..., la démolition en litige portant sur un bien inhabité et n’ayant pas d’incidence sur la valeur vénale du bien immobilier concerné ;
• les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté attaqué.

Vu :
- la requête n° 2608283 enregistrée le 15 septembre 2026, par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Claude Carrier, vice-président, en qualité de juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. A..., au cours duquel il a informé les parties qu’en application des dispositions des articles R. 611-7 et R. 522-9 du code de justice administrative, l’ordonnance était susceptible d’être fondée sur un moyen relevé d’office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre l’arrêté du 31 juillet 2026, celui-ci ayant été retiré postérieurement à l’introduction de la requête ;
- les observations de Me Dezempte, représentant Mme B... et de Me Couronne, représentant la commune de Vieux-Lixheim.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique du 30 septembre 2026.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 31 juillet 2026, le maire de la commune de Vieux-Lixheim a mis en demeure Mme B... de procéder à la démolition totale du bâtiment et des annexes sis 2, rue principale à Vieux Lixheim dont elle est propriétaire. Par sa requête, Mme B... demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article
L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l’exécution de cet arrêté.

Sur le non-lieu :

2. Postérieurement à l’introduction de la requête, le maire de la commune de
Vieux-Lixheim a, par arrêté du 27 septembre 2026, retiré l’arrêté du 31 juillet 2026. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l’exécution de cet arrêté sont devenues sans objet. Il n’y a pas lieu d’y statuer.

Sur l’étendue du litige :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision.

4. En l’espèce, dès lors que l’arrêté du maire de la commune de Vieux-Lixheim du 27 septembre 2026 a la même portée que l’arrêté du 31 juillet 2026 initialement contesté, les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être regardées comme étant également dirigées contre ce nouvel arrêté.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l’urgence :

5. Eu égard à la gravité des conséquences qu'emporte, par sa nature même, une décision prescrivant la démolition de bâtiments, la condition d'urgence doit en principe être présumée lorsque le propriétaire de l'immeuble qui en est l'objet en demande la suspension. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où l'autorité administrative justifie de circonstances particulières faisant apparaître, soit que l'exécution de la mesure de démolition n'affecterait pas gravement la situation du propriétaire, soit qu'un intérêt public s'attache à l'exécution rapide de cette mesure.

6. En l’espèce, il résulte de l’instruction, notamment du rapport d’expertise produit par la commune que les bâtiments concernés par l’arrêté en litige présentent des désordres de nature à mettre en danger la sécurité des usagers de la rue principale de la commune de
Vieux-Lixheim. Par suite, il existe un intérêt public imposant l’exécution rapide de la mesure de démolition. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir la commune de Vieux-Lixheim, l’immeuble en litige n’est plus habité ni mis en location depuis plusieurs années et n’a pas vocation à le devenir à brève échéance. En outre, il résulte de l’instruction, notamment de l’attestation de l’agence immobilière produite, que la démolition de cet immeuble, eu égard à l’état vétuste et dégradé dudit immeuble, n’aurait pas d’influence substantielle sur la valeur vénale du bien immobilier. Ainsi, dans les circonstances particulières, la démolition du bâtiment ne peut être regardée comme affectant gravement la situation de la propriétaire. Il s’ensuit qu’eu égard aux circonstances particulières invoquées par la commune, la condition d’urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

7. En second lieu, les moyens susvisés invoqués par la requérante à l’appui de sa demande de suspension de l’exécution de l’arrêté du 27 septembre 2026 en litige ne paraissent pas, en l’état de l’instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité dudit arrêté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B... présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais d’instance :

9. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



ORDONNE :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la suspension de l’exécution de l’arrêté de mise en sécurité du maire de la commune de Vieux-Lixheim en date du 31 juillet 2026.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Vieux-Lixheim présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B... et à la commune de Vieux-Lixheim.


Fait à Strasbourg, le 1er octobre 2026.


Le juge des référés,



C. A...


La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,