Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2608342

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2608342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantL'ILL LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2026, M. A... C..., représenté par Me Hentz, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour, à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de six mois ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour d’une durée supérieure à trois mois. ;

2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de dix jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 155 euros par jour de retard.

Il soutient que :
• l’administration n’a pas exécuté dans les délais qui lui étaient impartis l’ordonnance n° 2606248 du 22 juillet 2026, ce qui constitue un élément nouveau permettant au juge de modifier les mesures qu’il a ordonnées ;
• l’autorisation provisoire de séjour d’une durée de trois mois qui lui a été délivrée en application de l’ordonnance de référé du 22 juillet 2026 a pour effet d’entraîner une rupture de ses droits sociaux, ce qui constitue également un élément nouveau.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l’injonction prononcée par l’ordonnance de référé du 22 juillet 2026 a reçu exécution dès lors qu’il a délivré, dans l’attente du jugement de l’affaire au fond, une autorisation provisoire de séjour de trois mois autorisant M. C... à travailler.

Vu :
- la requête n° 2606247 enregistrée le 9 juillet 2026, par laquelle M. A... C... demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Claude Carrier, vice-président, en qualité de juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
• le rapport de M. B... ;
• les observations de Me Ballias, substituant Me Hentz, représentant M. C....

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique du 9 septembre 2026.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. C... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-4 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du
Bas-Rhin de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de six mois ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour d’une durée supérieure à trois mois et d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de dix jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 155 euros par jour de retard.

2. Aux termes de l’article L. 521-4 du code de justice administrative : « Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ».

3. Par une ordonnance du 22 juillet 2026 prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la juge des référés du tribunal a suspendu la décision du 27 mai 2026 par laquelle le préfet du Bas-Rhin a refusé de renouveler le titre de séjour dont M. C... était titulaire, a enjoint au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois et entretemps de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Depuis la notification de cette ordonnance, le préfet s’est borné à délivrer à M. C... une autorisation provisoire de séjour d’une durée de trois mois. En revanche, il n’a pas réexaminé la situation de l’intéressé au regard de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Ainsi, le préfet ne peut être regardé comme ayant entièrement satisfait à l’injonction qui lui avait été faite. Dès lors, l’expiration du délai d’un mois accordé par le tribunal sans que la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C... n’ait été dûment réexaminée constitue un fait nouveau au sens et pour l’application de l’article L. 521-4 du code de justice administrative. Par ailleurs, il est constant que le requérant percevait l’allocation pour adulte handicapé lorsqu’il était titulaire d’un titre de séjour ou d’un récépissé de renouvellement de titre de séjour. Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, la perte du bénéfice de l’allocation pour adulte handicapé à la suite de la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour de trois mois en exécution de l’ordonnance de référé du 22 juillet 2026 susmentionnée constitue également un élément nouveau au sens des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative.

4. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de faire droit à la demande du requérant et d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de délivrer à M. C..., dans un délai de quinze jours, un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour valable jusqu’à ce que le préfet réexamine sa demande de titre de séjour, et ce, en lieu et place de l’autorisation provisoire de séjour accordée. En outre, il y a lieu de faire droit à la demande du requérant et de prononcer à l’encontre de l’Etat, à défaut pour le préfet du Bas-Rhin de justifier de l’exécution complète de l’ordonnance du 22 juillet 2026, une astreinte de 50 euros par jour, à compter de l’expiration d’un délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance et jusqu’à la date à laquelle le préfet du Bas-Rhin aura statué sur la demande de renouvellement du titre de séjour de M. C....

5. A cet égard, il y a lieu de rappeler au préfet que si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires. Ainsi, lorsque le juge des référés a suspendu une décision de refus, il incombe à l'administration, sur injonction du juge des référés ou lorsqu'elle est saisie par le demandeur en ce sens, de procéder au réexamen de la demande ayant donné lieu à ce refus. Par ailleurs, lorsque le juge des référés a retenu comme propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de ce refus un moyen dirigé contre les motifs de cette décision, l'autorité administrative ne saurait, eu égard à la force obligatoire de l'ordonnance de suspension, et sauf circonstances nouvelles, rejeter de nouveau la demande en se fondant sur les motifs en cause.

6. Toutefois, une décision intervenue pour assurer l'exécution d'une mesure de suspension prise sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Par suite, la décision réexaminant le droit au séjour d’un étranger prise à la suite d'une telle injonction peut être retirée par l'autorité compétente si le recours tendant à l'annulation de la décision initiale de refus de titre de séjour est ensuite rejeté par le juge du fond. Le retrait doit, toutefois, intervenir dans un délai raisonnable, qui ne peut, dans un tel cas, excéder quatre mois à compter de la date à laquelle le jugement rejetant la demande d'annulation a été notifié à l'administration.


ORDONNE :


Article 1er : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de délivrer à M. C..., dans un délai de quinze jours, un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu’à ce que le préfet réexamine sa demande de titre de séjour.

Article 2 : Une astreinte est prononcée à l’encontre de l’Etat, si le préfet du Bas-Rhin ne justifie pas avoir entièrement exécuté l’ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2606248 du 22 juillet 2026. Le taux de cette astreinte est fixé à 50 euros par jour, à compter de l’expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance et jusqu’à la date à laquelle le préfet du Bas-Rhin aura statué sur la demande de renouvellement de titre de séjour de C....

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C... et au préfet du
Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Fait à Strasbourg, le 1er octobre 2026.


Le juge des référés,




C. B...


La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,