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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2005322

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2005322

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2005322
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantDENIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2020, Mme B A, représentée par Me Denis, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône a mis à sa charge un indu de prime d'activité, d'un montant initial de 809,13 euros, constitué pour la période du 1er août 2017 au 31 janvier 2018 ;

- la décision du 19 décembre 2019 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé un indu de prime d'activité au titre de la période du 1er août 2017 au 31 janvier 2018, d'un montant initial de 809,13 euros, et dont le solde s'élève à la somme de 706,45 euros ;

- la décision du 7 janvier 2020 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône a refusé de lui accorder une remise de sa dette de prime d'activité ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Rhône de rembourser les sommes retenues en recouvrement de cet indu, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, assorties des intérêts moratoires ;

3°) subsidiairement, de lui accorder une remise de sa dette ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Denis de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône du 19 décembre 2019 ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision mettant à sa charge l'indu de prime d'activité contesté et la décision du 19 décembre 2019 ne sont pas suffisamment motivées ;

- l'indu n'est établi ni dans son principe, ni dans son montant, dès lors que les ressources réintégrées par la caisse d'allocations familiales pour le calcul de ses droits à la prime d'activité sont erronées ;

- la décision lui refusant le bénéfice d'une remise de dette est entachée d'incompétence ;

- elle est de bonne foi et sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 et 5 mai 2022, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête n'est pas fondée et précise qu'elle ne s'oppose pas à l'irrecevabilité relevée d'office par le tribunal.

Par un courrier du 14 avril 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales a notifié à Mme A un indu de prime d'activité, dès lors que la décision du 19 décembre 2019 rejetant sa réclamation préalable s'est nécessairement substituée à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 27 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code monétaire et financier ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Schmerber, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schmerber, vice-présidente,

- et les observations de Me Denis, représentant Mme A.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été bénéficiaire de la prime d'activité dans le département du Rhône à compter du 1er août 2017. Suite à une rectification de ses ressources, la caisse d'allocations familiales du Rhône lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 809,13 euros, au titre de la période du 1er août 2017 au 31 janvier 2018. Mme A a contesté le bien-fondé de cette décision et sollicité une remise de dette. Par une décision du 19 décembre 2019, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé le bien-fondé de l'indu de prime d'activité mis à la charge de l'intéressée. Par une seconde décision du 7 janvier 2020, la commission de recours amiable a rejeté sa demande de remise de dette dont le solde s'élevait alors à 706,45 euros. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision mettant à sa charge un indu de prime d'activité ainsi que des décisions des 19 décembre 2019 et 7 janvier 2020.

Sur la recevabilité des conclusions :

2. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Il résulte de ces dispositions que les conclusions de la requête de Mme A, dirigées contre la décision initiale par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône lui a notifié un indu de prime d'activité, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 19 décembre 2019, qui est également contestée, par laquelle la commission de recours amiable a rejeté le recours administratif préalable formé par l'intéressée et confirmé l'indu de prime d'activité mis à la charge de Mme A. Dès lors, les conclusions dirigées contre cette décision initiale sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 19 décembre 2019 confirmant l'indu de prime d'activité :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources () prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". Aux termes de l'article R. 844-1 du même code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; () / 6° Les indemnités journalières de sécurité sociale de base et complémentaires, perçues en cas d'incapacité physique médicalement constatée de continuer ou de reprendre le travail, d'accident du travail ou de maladie professionnelle pendant une durée qui ne peut excéder trois mois à compter de l'arrêt de travail ; () ".

6. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité mis à la charge de Mme A pour la période comprise entre le 1er août 2017 et le 31 janvier 2018 a pour origine l'absence de déclaration, par l'intéressée, de la totalité des salaires et indemnités journalières de maladie perçus au cours de la période servant de référence au calcul de ses droits à la prime d'activité.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A a déclaré, pour la période de mai à juillet 2017 servant de référence pour le calcul de ses droits à la prime d'activité pour les mois d'août 2017 à octobre 2017, avoir perçu respectivement 474 euros, 587 euros et 649 euros de salaires. Après vérification des bulletins de salaire de l'intéressée, la caisse d'allocations familiales du Rhône a cependant retenu que l'intéressée avait en réalité perçu les sommes respectives de 1 274 euros en mai 2017, 1 095 euros en juin 2017 et 1 447 en juillet 2017. Mme A soutient, sans être contestée, que ses fiches de paie sont erronées du fait d'une erreur de son employeur. Elle produit, à l'appui de ses allégations, une attestation de son employeur datée du 18 juillet 2019 selon laquelle elle a perçu, pour l'année 2017, un revenu net imposable de 4 978,94 euros et non de 9 117,04 euros, élément tendant à établir le caractère erroné de ses fiches de paie. En outre, elle produit ses relevés bancaires pour les mois de mai 2017 à septembre 2017, dont il résulte qu'elle a perçu, de la part de son employeur, respectivement, 477,84 euros en mai 2017, 661,84 euros en juin 2017 et 676,58 euros en juillet 2017. Dans ces conditions, alors même qu'il apparaît que Mme A n'a pas très exactement déclaré les montants correspondant à ses salaires effectivement perçus, elle est fondée à soutenir que la commission de recours amiable a commis une erreur dans la réintégration de ses ressources sur cette période.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction que, pour la période d'août 2017 à octobre 2017 servant de référence au calcul de ses droits pour les mois de novembre 2017 à janvier 2018, Mme A a déclaré avoir perçu des ressources d'un montant de 837 euros en août 2017, 1 164 euros en septembre 2017 et 1 100 euros en octobre 2017. Après vérification des bulletins de salaire de l'intéressée, la caisse d'allocations familiales a retenu qu'elle avait en réalité perçu 1 623 euros en août 2017, 1 140 euros en septembre 2017 et 1 211 euros en octobre 2017. La requérante produit, outre l'attestation précitée, le relevé bancaire correspondant au mois d'août 2017 dont il résulte qu'elle a effectivement perçu 836,74 euros au mois d'août 2017. Elle soutient également, sans être contestée, avoir perçu 1 108,66 euros en septembre 2017 et 619,05 euros en octobre 2017. Dans ces conditions, Mme A est également fondée à soutenir que la commission de recours amiable a commis une erreur dans la réintégration de ses ressources sur cette période.

9. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que, compte tenu des erreurs commises dans la réintégration des ressources perçues sur la période servant de référence au calcul de ses droits à la prime d'activité entre le 1er août 2017 et le 31 janvier 2018, l'indu de prime d'activité mis à sa charge au titre de cette période n'est pas établi dans son montant.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 décembre 2019 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé mettre à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 809,13 euros et à être déchargée de l'obligation de payer ledit indu.

En ce qui concerne la demande de remise de dette gracieuse :

11. Compte tenu de l'annulation de la décision de la commission de recours amiable du 19 décembre 2019 en tant qu'elle met à la charge de Mme A un indu de prime d'activité d'un montant de 809,13 euros pour la période du 1er août 2017 au 31 janvier 2018, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de la commission de recours amiable du 7 janvier 2020 et au bénéfice d'une remise gracieuse de ses dettes.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu de prime d'activité a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.

13. Eu égard au motif d'annulation de la décision du 19 décembre 2019 confirmant la mise à la charge de Mme A d'un indu de prime d'activité correspondant à la période du 1er août 2017 au 31 janvier 2018, il y a lieu d'enjoindre à l'administration de rembourser à la requérante les sommes déjà recouvrées au titre de cet indu dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les intérêts :

14. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Aux termes de l'article L. 313-2 du code monétaire et financier, dans sa rédaction applicable : " Le taux de l'intérêt légal est, en toute matière, fixé par arrêté du ministre chargé de l'économie. / Il comprend un taux applicable lorsque le créancier est une personne physique n'agissant pas pour des besoins professionnels et un taux applicable dans tous les autres cas () ". Mme A ayant pour la première fois demandé le remboursement des sommes prélevées en remboursement de l'indu par sa requête du 30 juillet 2020, elle n'a droit aux intérêts au taux légal sur cette somme qu'à compter de cette date en appliquant le premier taux de l'intérêt légal mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 313-2 du code monétaire et financier.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à Me Denis, conseil de Mme A, sous réserve que ledit conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 décembre 2019, par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé mettre à la charge de Mme A un indu de prime d'activité d'un montant de 809,13 euros, au titre de la période du 1er août 2017 au 31 janvier 2018, est annulée.

Article 2 : Mme A est déchargée de l'obligation de payer la somme mise à sa charge par la décision annulée à l'article 1er du jugement.

Article 3 : Il est enjoint à la caisse d'allocation familiales du Rhône de rembourser à Mme A les sommes déjà recouvrées au titre de cet indu de prime d'activité, assorties des intérêts au taux légal à compter du 30 juillet 2020 et déterminés en appliquant le premier taux de l'intérêt légal mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 312-2 du code monétaire et financier, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Denis, conseil de Mme A, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ledit conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La magistrate désignée,

C. Schmerber La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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