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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2005660

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2005660

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2005660
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL CABANES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 août 2020 et le 11 octobre 2021 sous le numéro 2005660, la métropole de Lyon, représentée par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, les sociétés VCF TP Lyon, Egis structures et environnement et Dietmar Feichtinger architectes à lui verser la somme de 1 000 219,01 euros TTC ou, à titre subsidiaire, la somme de 566 744,25 euros TTC, en remboursement du coût des travaux de reprise du désordre affectant le platelage en bois de la passerelle sur le Rhône entre la cité internationale de Lyon et le quartier Saint-Clair de Caluire-et-Cuire ;

2°) de mettre à la charge in solidum des mêmes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le désordre affectant le platelage de la passerelle a fait l'objet d'une réserve ; il engage la responsabilité contractuelle des constructeurs,

- l'expert judiciaire a retenu qu'il a pour origine des défauts de conception, de contrôle extérieur et de formulation de la résine ;

- le délai d'un an prévu par le protocole transactionnel du 15 janvier 2018 n'était plus d'actualité compte tenu de l'urgence à réparer le désordre ; la société VCF TP Lyon a commis une faute en ne levant pas la réserve ; le non-respect de la règle prévue au protocole n'a pas pour effet de la décharger de son obligation contractuelle ; elle ne fait en outre valoir aucun préjudice en lien avec la réalisation anticipée des travaux ; elle ne peut pas opposer le montant de la réserve inscrit au décompte général, qui n'est pas devenu définitif et a été modifié par le protocole transactionnel ; les termes de l'article 4.2 du protocole n'ont pas pour objet de faire obstacle à sa condamnation in solidum ;

- son préjudice doit être fixé à la somme de 1 000 219,01 euros TTC déterminée par l'expert et qui comprend les frais de maîtrise d'œuvre ; à titre subsidiaire, elle est fondée à demander la somme de 566 744,25 euros TTC, correspondant aux frais engagés pour la remise en état de la passerelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2021, la société Dietmar Feichtinger architectes, représentée par Me Tetreau, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnité allouée à la métropole de Lyon à la somme de 566 714,25 euros TTC et à la condamnation in solidum des sociétés VCF TP Lyon, Schlaich Bergermann und Partner et Egis structures et environnement à la relever et garantir de toute condamnation et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le désordre affectant le platelage de la passerelle résulte uniquement d'une faute de la société VCF TP Lyon et de ses sous-traitants, qui ont retenu une résine de platelage inadaptée ;

- l'expert ne peut utilement indiquer que la maîtrise d'œuvre n'a pas alerté le maître d'ouvrage de ce que la technique utilisée n'était pas éprouvée, dès lors que la métropole de Lyon a fait le choix de ne pas recourir à un contrôleur technique chargé d'une mission HAND ;

- la seule circonstance qu'elle ait rédigé les comptes rendus de chantier ne lui donnait pas un droit de regard sur l'ensemble des opérations ;

- les analyses de l'expert sur la conception sont excessives, dès lors que les dispositions du cahier des clauses techniques particulières étaient claires et exigeaient la réalisation d'un prototype ;

- les études d'exécution ont été confiées aux entreprises et non à la maîtrise d'œuvre ;

- le grief concernant le type de résine n'est pas fondé, dès lors que celle utilisée dans un ouvrage similaire ne présente aucun désordre ; seule la teneur massique en résine peut expliquer les désordres ; la maîtrise d'œuvre a seulement validé la teinte de la résine, la formulation de celle-ci n'apparaissant pas dans la fiche produit soumise au visa ;

- elle est fondée à titre subsidiaire à rechercher la responsabilité de la société Schlaich Bergermann qui assurait la mission visa du marché de maîtrise d'œuvre, ainsi que celles des sociétés Egis structures et environnement et VCF TP Lyon ;

- la métropole de Lyon ne peut solliciter l'indemnisation que des seuls travaux effectivement réalisées pour remédier à la réserve, soit la somme de 566 744,25 euros TTC.

Par des mémoires en défense enregistrés le 6 mai 2021, le 8 juillet et le 26 août 2022, la société Campenon Bernard Centre Est, représentée par Me de Belenet, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à la limitation de sa part de responsabilité à 10 % et en tout état de cause de sa condamnation à la somme de 97 134,41 euros TTC, à la condamnation des sociétés Amiel, Les peintures françaises industrielles, Dietmar Feichtinger architectes et Egis structures et environnement à la relever et garantir des condamnations qui seraient prononcées à son encontre, dans des proportions conformes à leurs responsabilités respectives dans la survenance des désordres et dans tous les cas à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la métropole de Lyon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la métropole de Lyon qui l'a mise en demeure de réaliser les travaux de reprise dès le 13 mars 2019, alors que le rapport d'expertise n'a été remis qu'en janvier 2019 et sans respecter le délai d'un an prévu par l'article 4.3 du protocole transactionnel, n'est pas fondée à rechercher sa responsabilité contractuelle ;

- elle ne peut solliciter l'engagement de sa responsabilité in solidum, dans la mesure où l'article 4.2 du protocole d'accord prévoyait qu'elle ne serait engagée que dans la limite des quotes-parts de responsabilité qui pourraient être mises à sa charge ou à celle de ses sous-traitants et fournisseurs au terme de l'expertise ;

- le désordre a pour origine la faute de conception de la maîtrise d'œuvre et les autres fautes imputées aux différents constructeurs n'ont pas concouru, ensemble et indistinctement, à la réalisation du dommage ; seule une responsabilité résiduelle à hauteur de 10 % pourrait lui être imputée ;

- le préjudice de la métropole de Lyon doit être apprécié au regard des dépenses effectivement exposées pour remédier au désordre et être limité à la somme de 566 744,25 euros TTC ;

- à titre subsidiaire, toute condamnation prononcée à son encontre doit être limitée à la somme de 91 134,41 euros TTC inscrite par la métropole de Lyon dans le décompte du marché ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander à être garantie des condamnations qui seraient prononcées à son encontre par les sociétés Amiel et Peintures françaises industrielles à hauteur de 20 % et par les sociétés Dietmar Feichtinger architectes et Egis structures et environnement à hauteur respectivement de 50 % et 10 % ; ces conclusions ne sont pas prescrites, par combinaison des articles 2241 et 2242 du code civil ;

- elle n'a pas été liée par un contrat de droit privé avec la société Peintures françaises.

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 juillet et le 23 août 2021, ainsi que le 8 juillet 2022, la société Egis structures et environnement, représentée par Me Briand, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnité allouée à la métropole de Lyon à la somme de 566 714,25 euros TTC et à la condamnation in solidum des sociétés Campenon Bernard Centre Est et Dietmar Feichtinger architectes à la relever et garantir de toute condamnation et dans les deux cas à ce que la somme de 15 000 euros soit mise à la charge in solidum de la métropole de Lyon et des sociétés Campenon Bernard Centre Est et Dietmar Feichtinger architectes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le contrat de contrôleur extérieur qui lui a été confié ne prévoyait pas un contrôle de la résine antidérapante ou la réalisation de tests d'arrachement ou d'adhérence ;

- la seule circonstance qu'un de ses techniciens soit intervenu pour une visite d'audit de la chaîne d'application de la résine du platelage bois n'a pas conduit à une modification du contrat ; aucun avis sur la résine n'a été exposé, le secret des affaires ayant au-demeurant été opposé sur la composition de celle-ci ;

- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Dietmar Feichtinger, compte tenu de leurs fautes respectives ;

- la société Campenon Bernard Centre Est est responsable des fautes de ses sous-traitants, avec lesquels elle est liée par un contrat de droit privé, et n'est pas recevable à les appeler en garantie devant le juge administratif ;

- la métropole de Lyon n'est pas fondée à demander à être indemnisée au-delà de la somme de 566 744,25 euros TTC, qui correspond au montant des travaux réalisés pour remédier au désordre.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 mai et le 13 septembre 2022, la société Schlaich Bergermann Partner, représentée par Me Gronen, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire à la limitation de l'indemnité allouée à la métropole de Lyon à la somme de 566 714,25 euros TTC et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge in solidum des sociétés Dietmar Feichtinger architectes et Egis structures et environnement euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les appels en garantie à son encontre sont prescrits ;

- sa seule qualité de mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre ne peut suffire à engager sa responsabilité ;

- elle n'a pas participé à l'élaboration du document ayant donné le visa au type de résine retenue ;

- la rédaction des compte rendu de chantier par la société Dietmar Feichtinger architectes ne met pas d'obligations supplémentaires à la charge du groupement de maîtrise d'œuvre quant à la formulation de la résine ; les études d'exécution et la vérification de la formulation de la résine ne relevaient pas des missions contractuelles du groupement ; la société Peintures françaises a refusé de communiquer les éléments de cette formulation ;

- la métropole de Lyon n'est pas fondée à demander à être indemnisée au-delà de la somme de 566 744,25 euros TTC, qui correspond au montant des travaux réalisés pour remédier au désordre.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, les sociétés Amiel et Les peintures françaises industrielles, représentées par la SELARL Piras et associés, concluent au rejet des conclusions dirigées à leur encontre ou, à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Campenon Bernard Centre Est, Dietmar Feichtinger architectes, Schlaich Bergermann und Partner et Egis structures et environnement à relever et garantir la société Les peintures françaises industrielles de la condamnation prononcée à son encontre dans les proportions retenues par l'expert et dans les deux cas à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Campenon Bernard Centre Est ou de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- la société Amiel n'est pas concernée par le litige ;

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur les conclusions de la société Campenon Bernard Centre Est dirigées contre la société Les peintures françaises industrielles ;

- les conclusions dirigées contre la société Les peintures françaises industrielles sont prescrites ;

- le dommage résulte du choix d'une technique non courante, des défaillances du contrôle extérieur et de la maîtrise d'œuvre, ainsi que des défauts dans les lames de bois ;

- la responsabilité de la société Les peintures françaises industrielles ne peut être que résiduelle et ne saurait excéder la proportion de 15 % retenue par l'expert ;

- l'indemnité de la métropole de Lyon doit être limitée à la somme de 566 744,25 euros.

II - Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 6 mai 2021 et le 26 août 2022 sous le numéro 2103325, la société Campenon Bernard Centre Est, représentée par Me de Belenet, demande au tribunal :

1°) de condamner les sociétés Amiel, Les peintures françaises industrielles, Dietmar Feichtinger architectes et EGIS structures et environnement à lui verser la somme de 43 041,70 euros TTC ;

2°) de mettre à la charge des mêmes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a supporté les frais de l'expertise judiciaire ordonnée par le tribunal de grand instance de Lyon, à hauteur de 43 014,70 euros TTC ;

- elle est fondée à être indemnisée de ces frais par les sociétés Amiel, Les peintures françaises industrielles, Dietmar Feichtinger architectes et EGIS structures et environnement à hauteur de leurs parts de responsabilité dans la survenue du désordre affectant la passerelle ;

- elle n'était liée par aucun contrat de droit privé avec la société Les peintures françaises industrielles.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2021, la société Dietmar Feichtinger architectes, représentée par Me Tetreau, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Campenon Bernard Centre Est, Schlaich Bergeremann, Egis structures et environnement et Amiel à la relever et garantir de toute condamnation et dans les deux cas à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société Campenon Bernard Centre Est au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le désordre affectant le platelage de la passerelle résulte uniquement d'une faute de la société VCF TP Lyon et de ses sous-traitants, qui ont retenu une résine de platelage inadaptée ;

- l'expert ne peut utilement indiquer que la maîtrise d'œuvre n'a pas alerté le maître d'ouvrage de ce que la technique utilisée n'était pas éprouvée, dès lors que la métropole de Lyon a fait le choix de ne pas recourir à un contrôleur technique chargé d'une mission HAND ;

- la seule circonstance qu'elle ait rédigé les comptes rendus de chantier ne lui donnait pas un droit de regard sur l'ensemble des opérations ;

- les analyses de l'expert sur la conception sont excessives, dès lors que les dispositions du cahier des clauses techniques particulières étaient claires et exigeaient la réalisation d'un prototype ;

- les études d'exécution ont été confiées aux entreprises et non à la maîtrise d'œuvre ;

- le grief concernant le type de résine n'est pas fondé, dès lors que celle utilisée dans un ouvrage similaire ne présente aucun désordre ; seule la teneur massique en résine peut expliquer les désordres ; la maîtrise d'œuvre a seulement validé la teinte de la résine, la formulation de celle-ci n'apparaissant pas dans la fiche produit soumise au visa ;

- elle est fondée à titre subsidiaire à rechercher la responsabilité de la société Schlaich Bergermann qui assurait également la mission visa du marché de maîtrise d'oeuvre, ainsi que celles des sociétés Egis structures et environnement, Campenon Bernard Centre Est et Amiel.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2021, la société Egis structures et environnement, représentée par Me Briand, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés Campenon Bernard Centre Est et Dietmar Feichtinger architectes à la relever et garantir de toute condamnation et dans les deux cas à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge in solidum des sociétés Campenon Bernard Centre Est et Dietmar Feichtinger architectes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le contrat de contrôleur extérieur qui lui a été confié ne prévoyait pas un contrôle de la résine antidérapante ou la réalisation de tests d'arrachement ou d'adhérence ;

- la seule circonstance qu'un de ses techniciens soit intervenu pour une visite d'audit de la chaîne d'application de la résine du platelage bois n'a pas conduit à une modification du contrat ; aucun avis sur la résine n'a été exposé, le secret des affaires ayant au-demeurant été opposé sur la composition de celle-ci ;

- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Dietmar Feichtinger, compte tenu de leurs fautes respectives ;

- la société Campenon Bernard Centre Est est responsable des fautes de ses sous-traitants, avec lesquels elle est lié par un contrat de droit privé, et n'est pas recevable à les appeler en garantie devant le juge administratif.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2022, les sociétés Amiel et Les peintures françaises industrielles, représentées par la SELARL Piras et associés, concluent au rejet des conclusions dirigées à leur encontre ou, à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Campenon Bernard Centre Est, Dietmar Feichtinger architectes et Egis structures et environnement à relever et garantir la société Les peintures françaises industrielles de la condamnation prononcée à son encontre dans les proportions retenues par l'expert et dans les deux cas à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Campenon Bernard Centre Est ou de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- la société Amiel n'est pas concernée par le litige ;

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur les conclusions de la société Campenon Bernard Centre Est dirigées contre la société Les peintures françaises industrielles, sous-traitante de la société Solugrip antidérapant ;

- le dommage résulte du choix d'une technique non courante, des défaillances du contrôle extérieur et de la maîtrise d'œuvre, ainsi que des défauts dans les lames de bois ;

- la responsabilité de la société Les peintures françaises industrielles ne peut être que résiduelle et ne saurait excéder la proportion de 15 % retenue par l'expert.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- l'arrêté du 21 décembre 1993 précisant les modalités techniques d'exécution des éléments de mission de maîtrise d'œuvre confiés par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo, rapporteur ;

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public ;

- et les observations de Me Couette, représentant la métropole de Lyon, celles de Me Busch, représentant la société Campenon Bernard Centre Est, celles de Me Guyenard-Thomas, représentant la société Dietmar Feichtinger architectes et celles de Me Cohen, représentant la société Egis structures et environnement.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les nos 2005660 et 2103325 présentent à juger des questions communes. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

2. La métropole de Lyon a confié la maîtrise d'œuvre des travaux de construction d'une passerelle sur le Rhône entre la cité internationale de Lyon et le quartier Saint-Clair de Caluire-et-Cuire à un groupement constitué des sociétés Schlaich Bergermann und Partner, mandataire, et Dietmar Feichtinger architectes. Un marché unique de travaux a été conclu le 25 octobre 2011 avec un groupement d'entreprises composé des sociétés Zwahlen et Mayr, mandataire, SMB, CBR TP, Soletanche Bachy, DR A et Lyonnaise Citeos. Le lot n° 5 " platelage et main courante en bois " qui a été confié à la société CBR TP prévoyait la mise en place de platelages en bois comprenant de la résine antidérapante coulée dans des rainures des platelages. La résine a été fournie par la société FC innovation. Elle a été choisie, achetée et mise en œuvre par la société Les peintures françaises, sous-traitante de la société FC innovation. Les contrôles extérieurs ont été confiés à un groupement composé notamment de la société Egis structures et environnement. La réception des travaux a été prononcée le 7 mars 2014. Elle était assortie de plusieurs réserves, dont une portant sur la fragilisation de la résine antidérapante qui n'avait pas été levée à la date d'établissement, le 25 mars 2016, du décompte général du marché de travaux par la métropole de Lyon. La réserve a été inscrite dans le décompte général, qui a donné lieu à une réclamation de la part du groupement d'entreprises. Par ailleurs, un protocole transactionnel a été signé entre la métropole de Lyon et les sociétés VCF TP Lyon, venue aux droits de la société CBR TP, et Soletanche Bachy le 15 janvier 2018. Il comporte plusieurs articles relatifs au désordre affectant la résine du platelage.

3. En parallèle, saisi par la société CBR TP, le juge des référés du tribunal de grande instance de Lyon, par une ordonnance du 20 octobre 2015, a désigné un expert judiciaire pour examiner les origines et les conséquences du désordre affectant la résine antidérapante. L'expert a déposé son rapport le 9 novembre 2018. Au vu de ses préconisations, la métropole de Lyon a interdit l'usage de la partie haute de la passerelle par temps humide. Par un courrier du 13 mars 2019, elle a mis en demeure la société VCF TP Lyon de réaliser les travaux permettant la levée de la réserve relative à la fragilisation de la résine antidérapante. Les parties n'ayant pu s'entendre sur les conditions techniques et financières d'une intervention, la métropole de Lyon a fait réaliser les travaux de reprise du désordre par un autre groupement d'entreprises. Ils ont été réceptionnés le 30 janvier 2020. La métropole de Lyon demande la condamnation, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, des sociétés VCF TP Lyon, Egis structures et environnement et Dietmar Feichtinger architectes à l'indemniser du coût des travaux de reprise du désordre affectant le platelage en bois de la passerelle. La société Campenon Bernard Centre Est, venant aux droits de la société VCT TP Lyon, demande pour sa part la condamnation de la société Amiel, de la société Les peintures françaises industrielles, qui s'est substituée en 2017 à la société Les Peintures françaises, et des sociétés Dietmar Feichtinger architectes et Egis structures et environnement à lui rembourser les frais de l'expertise judiciaire mis à sa charge par le magistrat taxateur du tribunal de grande instance de Lyon. Il a été constaté à la réception des travaux que la résine intégrée dans les rainures des lamelles de bois du platelage de la passerelle présentait des signes de fragilisation. L'expert judicaire a indiqué qu'à la date de ses observations, en février 2018, près de 25% des lamelles en bois de la passerelle ne disposaient plus de ce système antidérapant.

Sur les conclusions indemnitaires de la métropole de Lyon :

En ce qui concerne la responsabilité :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment de ses analyses, que ce désordre a pour origine, d'une part, l'utilisation d'une résine de type époxy dont la formulation, inadaptée pour un usage extérieur, la rendait cassante sous l'effet des rayons ultraviolets et des passages répétés des usagers et, d'autre part, la profondeur d'ancrage de la résine dans le platelage en bois, inférieure à celle prescrite par le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du lot n° 5. Par ailleurs, une partie des lamelles en bois se sont fortement dégradées en raison de l'absence de résine qui a induit leur vieillissement accéléré.

5. En premier lieu, il résulte de l'acte d'engagement du groupement de maîtrise d'œuvre que la société Dietmar Feichtinger architectes était chargée de la mission études de projet. Le 3 de l'annexe I de l'arrêté du 21 décembre 1993 visé ci-dessus précise que : " Les études de projet, fondées sur le programme arrêté et les études d'avant-projets approuvées par le maître de l'ouvrage ainsi que sur les prescriptions de celui-ci, découlant du permis de construire et autres autorisations administratives, définissent la conception générale de l'ouvrage. a) Les études de projet ont pour objet de: - préciser par des plans, coupes et élévations, les formes des différents éléments de la construction, la nature et les caractéristiques des matériaux et les conditions de leur mise en œuvre; (). ". L'expert a relevé, outre le choix inapproprié à l'usage attendu d'une résine époxy, dont le descriptif dans le CCTP du lot n° 5 ne précisait ni les traitements nécessaires à un usage extérieur, ni la formulation précise. La technique utilisée est peu courante, de sorte que le défaut de précisions sur ce point a revêtu une importance prépondérante dans l'origine du désordre, la société Dietmar Feichtinger architectes ne pouvant utilement faire valoir que cette question relevait des études d'exécution à la charge de l'entrepreneur. En outre, l'expert a relevé que la société Dietmar Feichtinger architectes avait validé le principe d'une diminution de la profondeur des rainures des lamelles en bois à 5 mm, alors que l'article 2.5.1.1 du CCTP du lot n° 5 prévoyait une profondeur de 15 mm, ce qui a sensiblement diminué la tenue de la résine au platelage en bois. La société Dietmar Feichtinger architectes était également chargée d'une mission de direction de l'exécution des travaux. Or, si le paragraphe 2.1.4 du cahier des clauses techniques communes prévoyait le recours à un prototype général, il ne résulte pas de l'instruction que la société aurait effectivement contrôlé les prototypes fournis par l'entrepreneur ni effectué les tests ou vérifications requis par la nature de la technique utilisée. Dans ces conditions, la métropole de Lyon est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société Dietmar Feichtinger architectes.

6. En deuxième lieu, l'article 5.9 du CCTP du groupement de la société Egis structures et environnement prévoyait au point 5.9.1, relatif au " contrôle extérieur bois ", l'examen des documents remis par l'entreprise s'agissant des " traitements, collages ", ainsi que des " dispositions constructives, procédés d'assemblage " et des " procédés de fabrication " et, au point 5.9.2, le " contrôle par sondage des éléments fabriqués ". Compte tenu de l'indissociabilité du platelage en bois et de la résine antidérapante, le contrôle par la société Egis structures et environnement devait également porter sur cette résine et sur le procédé utilisé par l'entrepreneur pour réaliser son accroche. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la société Egis structures et environnement a réalisé une visite d'audit de la chaîne d'application de la résine du platelage en bois, formalisée par une note d'observations envoyée le 22 avril 2013 au maître d'ouvrage et à la société Dietmar Feichtinger architectes. Si lors de cette visite la société Les peintures françaises a opposé le secret commercial s'agissant de la formulation de la résine, il ne résulte pas de l'instruction que la société Egis structures et environnement aurait réalisé un contrôle physique ou chimique des composantes de la résine utilisée, ni alerté le maître d'ouvrage sur les risques d'absence d'informations précises sur sa nature. Il s'ensuit que la métropole de Lyon est également fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société Egis structures et environnement.

7. En dernier lieu, la société Campenon Bernard Centre Est est tenue d'assumer les éventuelles fautes de ses sous-traitants à l'égard du maître d'ouvrage, au titre de ses obligations résultant de l'article 113 du code des marchés publics dans sa rédaction applicable au litige, aux termes duquel : " En cas de sous-traitance du marché, le titulaire demeure personnellement responsable de l'exécution de toutes les obligations résultant de celui-ci. ". Il résulte de l'instruction que la société CBR TP, spécialisée dans la résine, n'a pas averti la métropole de Lyon des insuffisances du CCTP du lot n° 5 s'agissant de la formulation de la résine, ni des conséquences de la diminution de la profondeur des rainures des lamelles de bois à 5 mm. La société CBR TP a également commis une faute ne s'assurant pas que la résine antidérapante mise en place conviendrait effectivement à l'usage attendu. Par suite, la métropole de Lyon est aussi fondée à rechercher la responsabilité de la société Campenon Bernard Centre Est à raison des fautes commises par la société CBR TP dans l'exécution de son contrat. Si la société Campenon Bernard Centre Est fait valoir que la métropole de Lyon n'a pas respecté le délai qui avait été convenu dans le protocole transactionnel du 15 janvier 2018 pour permettre à la société VCF TP Lyon de lever la réserve relative à la fragilisation de la résine, l'article 3 du protocole stipule que : " les Parties ne renoncent par l'effet du protocole transactionnel à aucune démarche ou action ultérieure en lien avec la réserve concernant la résine du platelage de la passerelle ". Par suite, la circonstance que la métropole de Lyon n'a pas respecté le délai prévu dans le protocole transactionnel ne fait pas obstacle à ce qu'elle recherche la responsabilité contractuelle de la société Campenon Bernard Centre Est au titre de cette réserve non levée, alors au demeurant qu'il s'agit d'une règle d'ordre public à laquelle la personne publique ne peut renoncer.

8. Le désordre résultant de fautes des constructeurs ayant indistinctement concouru à sa survenance, la métropole de Lyon est fondée à demander la condamnation in solidum des sociétés Dietmar Feichtinger architectes, Campenon Bernard Centre Est et Egis structures et environnement. La société Campenon Bernard Centre Est ne peut utilement soutenir que les stipulations de l'article 4.2 du protocole transactionnel feraient obstacle à l'engagement de sa responsabilité in solidum, dès lors que ces stipulations renvoient uniquement aux obligations propres de la société, sans préjuger des actions qui pourraient être engagées par la métropole de Lyon pour faire valoir ses droits, comme cela résulte clairement de l'article 3 du protocole transactionnel.

En ce qui concerne les préjudices :

9. Le préjudice matériel subi par le maître de l'ouvrage correspond au coût des travaux de réfection des ouvrages affectés du désordre. Si l'évaluation de ce coût doit, en principe, être faite à la date à laquelle, la cause du désordre ayant pris fin et son étendue étant connue, il peut être procédé aux travaux destinés à le réparer, il appartient toutefois au juge chargé d'évaluer ce préjudice de tenir compte, jusqu'au jour de sa décision, de tous éléments lui permettant de fixer au plus juste l'indemnisation à laquelle le maître de l'ouvrage peut prétendre de ce chef.

10. Il résulte de l'instruction que l'expert a évalué le coût des travaux de reprise du désordre à 1 000 219,01 euros TTC, sur la base des estimations fournies par la société VCF TP. Comme indiqué au point 1, la métropole de Lyon a conclu le 27 juin 2019 un marché portant sur les travaux de réfection du platelage de la passerelle, d'un montant de 566 744,25 euros TTC. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux n'ont pas permis de remédier au désordre, la métropole de Lyon est seulement fondée à demander que lui soit versée la somme de 566 744,25 euros TTC.

11. Il résulte de ce qui précède que la métropole de Lyon est seulement fondée à demander la condamnation in solidum des sociétés Dietmar Feichtinger architectes, Campenon Bernard Centre Est et Egis structures et environnement à lui verser la somme de 566 744,25 euros TTC. La société Campenon Bernard Centre Est pour sa part n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne peut pas être condamnée à payer une somme supérieure à celle de 80 945,34 euros inscrite dans le décompte général pour la levée de la réserve portant sur la fragilisation de la résine antidérapante, dès lors que le protocole transactionnel du 15 janvier 2018 a complété cette réserve et qu'elle s'est engagée à la lever quels que soient les moyens à mettre en œuvre.

Sur les appels en garantie :

12. La société Dietmar Feichtinger architectes demande à être garantie par les sociétés Campenon Bernard Centre Est, Schlaich Bergermann und Partner et Egis structures et environnement. La société Campenon Bernard Centre Est demande à être garantie par les sociétés Amiel, Les peintures françaises industrielles, Dietmar Feichtinger architectes et Egis structures et environnement. La société Egis structures et environnement demande à être garantie par les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Dietmar Feichtinger architectes. La société Les peintures françaises industrielles demande à être garantie par les sociétés Campenon Bernard Centre Est, Dietmar Feichtinger architectes, Egis structures et environnement et Schlaich Bergermann und Partner.

13. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.

En ce qui concerne l'exception d'incompétence opposée en défense :

14. Aucun contrat de droit privé n'a été conclu entre les sociétés Amiel et Les peintures françaises industrielles et la société VCF TP. Par suite, la juridiction administrative est compétente pour connaître des conclusions de la société Campenon Bernard Centre Est dirigées contre les sociétés Amiel et Les peintures françaises industrielles. La société Amiel, qui ne vient pas aux droits de la société Peintures Françaises, n'ayant pas participé à l'opération de construction, les conclusions de la société Campenon Bernard Centre Est dirigées à son encontre ne peuvent toutefois qu'être rejetées.

En ce qui concerne la prescription :

15. Aux termes de l'article 2224 du code civil dans sa rédaction résultant de la loi du 17 juin 2008 : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Aux termes de l'article 2241 du même code : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription (). ", l'article 2242 du même code, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008, prévoyant que : " l'interruption résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance ". En outre, aux termes de l'article 2239 du même code, dans sa rédaction issue de la même loi : " La prescription est également suspendue lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d'instruction présentée avant tout procès. / Le délai de prescription recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la mesure a été exécutée. ". Il résulte de ce qui précède que la demande adressée à un juge de diligenter une expertise interrompt le délai de prescription jusqu'à l'extinction de l'instance et que, lorsque le juge fait droit à cette demande, le même délai est suspendu jusqu'à la remise par l'expert de son rapport au juge.

16. Il résulte de l'instruction que par acte d'huissier de justice du 29 juillet 2015, la société VCF TP Lyon a assigné la société Les peintures françaises devant le juge des référés du tribunal de grande instance de Lyon afin d'obtenir l'organisation d'une mesure d'expertise judiciaire concernant le platelage en bois et la résine antidérapante de la passerelle. Le tribunal de grande instance de Lyon a fait droit à cette demande par une ordonnance du 20 octobre 2015. Il en résulte que le délai de prescription a été interrompu à compter du 29 juillet 2015, puis suspendu jusqu'à la remise du rapport d'expertise le 9 novembre 2018. La prescription n'était pas acquise à la date de présentation des conclusions d'appel en garantie de la société Campenon Bernard Centre Est à l'encontre de la société Les peintures françaises industrielles, le 6 mai 2021. Par suite, l'exception de prescription opposée par la société Les peintures françaises industrielles doit être écartée.

En ce qui concerne le partage des responsabilités :

17. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction, et bien que les honoraires de la mission VISA du groupement de maîtrise d'œuvre aient été partagés entre la société Dietmar Feichtinger architectes et Schlaich Bergermann und Partner, que cette dernière serait intervenue pour la conception ou le suivi de l'exécution des platelages en bois de la passerelle. Par suite, l'appel en garantie de la société Dietmar Feichtinger architectes à l'encontre de la société Schlaich Bergermann und Partner doit être rejeté.

18. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les sous-traitants de la société Campenon Bernard Centre Est, les sociétés FC innovation et Les peintures françaises, ont commis chacune une faute en n'alertant pas leur donneur d'ordre des insuffisances concernant les caractéristiques de la résine époxy à appliquer. La société Les peintures françaises a commis une seconde faute en ne proposant pas une formulation du produit permettant de répondre à l'usage attendu. La société FC innovation a également commis une seconde faute en ne diligentant pas les contrôles utiles sur les réalisations de son sous-traitant.

19. En troisième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit et des fautes des sociétés Campenon Bernard Centre Est, Dietmar Feichtinger architectes et Egis structures et environnement, il sera fait une juste appréciation des responsabilités encourues en fixant à 50 % la part de responsabilité de la société Dietmar Feichtinger architectes, à 25 % celle de la société Campenon Bernard Centre Est, à 10 % chacune celles des sociétés FC innovation et Les peintures françaises industrielles et à 5 % celle de la société Egis structures et environnement.

20. En quatrième lieu, en l'absence de condamnation à son encontre à l'égard de la métropole de Lyon, les conclusions d'appel en garantie de la société Les peintures françaises industrielles sont sans objet.

Sur les conclusions indemnitaires de la société Campenon Bernard Centre Est :

21. Il résulte de l'instruction que la société Campenon Bernard Centre Est s'est acquittée devant le tribunal de grande instance de Lyon des frais d'expertise, d'un montant de 43 014,70 euros. Cette expertise étant utile à l'appréciation des responsabilités concernant le désordre affectant le platelage en bois de la passerelle, les frais supportés par la société Campenon Bernard Centre Est constituent un préjudice dont elle peut demander l'indemnisation.

22. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 du présent jugement, l'exception d'incompétence opposée par la société Les peintures françaises industrielles doit être écartée.

23. En deuxième lieu, compte tenu des parts de responsabilité déterminées au point 19 du jugement, la société Campenon Bernard Centre Est est seulement fondée à demander la condamnation de la société Dietmar Feichtinger architectes à lui verser la somme de 21 507,35 euros, de la société Les peintures françaises industrielles à lui verser la somme de 4 301,47 euros et de la société Egis structures et environnement à lui verser la somme de 2 150,73 euros.

24. En dernier lieu, le présent jugement prononçant des condamnations divises concernant les frais d'expertise supportées par la société Campenon Bernard Centre Est, les conclusions d'appel en garantie présentées sur ce point par les sociétés Dietmar Feichtinger architectes, Egis structures et environnement et Les peintures françaises industrielles doivent être rejetées.

Sur les frais des litiges :

En ce qui concerne l'instance n°2005660 :

25. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge in solidum des sociétés Campenon Bernard Centre Est, Egis structures et environnement et Dietmar Feichtinger architectes la somme de 1 400 euros à verser à la métropole de Lyon. Ces dispositions font par ailleurs obstacle à ce que soient mises à la charge de la métropole de Lyon, qui n'est pas la partie perdante à leur égard, les sommes demandées à ce titre par les sociétés Campenon Bernard Centre Est, Egis structures et environnement et Dietmar Feichtinger architectes.

En ce qui concerne l'instance n°2103325 :

26. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge des parties les frais qu'elles ont exposés au titre du litige dans cette instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les sociétés Dietmar Feichtinger architectes, Campenon Bernard Centre Est et Egis structures et environnement sont condamnées in solidum à verser à la métropole de Lyon la somme de 566 744,25 euros TTC.

Article 2 : Les sociétés Dietmar Feichtinger architectes, Les peintures françaises industrielles et Egis structures et environnement sont respectivement condamnées à verser à la société Campenon Bernard Centre Est les sommes de 21 507,35 euros, 4 301,47 euros et 2 150,73 euros.

Article 3 : La société Dietmar Feichtinger architectes est condamnée à garantir les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Egis structures et environnement à hauteur de 50% des condamnations respectives prononcées à leur encontre par l'article premier du présent jugement.

Article 4 : La société Campenon Bernard Centre Est est condamnée à garantir les sociétés Dietmar Feichtinger architectes et Egis structures et environnement à hauteur de 25% des condamnations respectives prononcées à leur encontre par l'article premier du présent jugement.

Article 5 : La société Egis structures et environnement est condamnée à garantir les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Dietmar Feichtinger architectes à hauteur de 5% des condamnations respectives prononcées à leur encontre par l'article premier du présent jugement.

Article 6 : La société Les peintures françaises industrielles est condamnée à garantir la société Campenon Bernard Centre Est à hauteur de 10 % des condamnations prononcées à son encontre par l'article premier du présent jugement.

Article 7 : Les sociétés Dietmar Feichtinger architectes, Campenon Bernard Centre Est et Egis structures et environnement sont condamnées in solidum à verser à la métropole de Lyon la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Dietmar Feichtinger architectes, Campenon Bernard Centre Est, Egis structures et environnement, Schlaich Bergermann und Partner, Les peintures françaises industrielles et Amiel.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Borges Pinto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

Le rapporteur,La présidente,

C. BertoloC. Michel

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

Nos 2005660 - 2103325

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