lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2006444 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BLT DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 septembre 2020, le 5 janvier 2022, la société Prepa'Fab, représentée par la SELARL BLT Droit Public (Me Lalanne), demande au Tribunal :
1°) de condamner la commune de Doizieux à lui verser la somme de 34 511 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 avril 2020 et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Doizieux une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est intervenue à la demande de la société Lignon métal pour réaliser une partie des études du groupe scolaire ; la commune a eu connaissance de son intervention dès le mois de mai 2019 ; la commune a commis une faute en refusant explicitement et sans motivation de régulariser son intervention ;
- elle a droit à être indemnisée de la totalité de son préjudice, soit 34 511 euros TTC, correspondant aux travaux qui ne lui ont pas été réglés.
Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 3 et 7 décembre 2021 et le 25 mai 2022, la commune de Doizieux, représentée par Me Bertrand-Hébrard, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- aucun contrat de sous-traitance n'a été signé entre la société Lignon Métal et la société requérante ; la demande de signature du formulaire DC4 de sous-traitance de la société Prepa'Fab n'a été présentée que tardivement à la commune, alors que l'essentiel des prestations avait été facturé ;
- la société Lignon Métal a manqué à ses obligations en vers le maître d'ouvrage ;
- la commune n'a commis aucune faute : la société requérante n'apporte pas la preuve que la commune était conscience de son lien avec la société Lignon Métal et du fait qu'elle exécutait une partie du marché pour son compte ; le marché ne prévoyait pas la réalisation d'études préalables aussi poussées que celles réalisées par la société Prepa'Fab ; les factures produites ne correspondent pas à des missions confiées à la société Lignon Métal ; la société ne justifie pas sérieusement du montant réclamé, ni de l'utilité des factures dont elle réclame le paiement ;
- en tout état de cause, la société Prepa'Fab a commis une faute en ne s'assurant pas de son agrément en tant que sous-traitant ; seul le tiers de la facture n°191012 du 4 novembre 2019 pourrait être mis à la charge de la commune.
Un mémoire présenté par la société requérante et enregistré le 30 mai 2022 n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance ;
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Hosni, greffière :
- le rapport de M. Bertolo, rapporteur,
- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,
- les observations de Me Chavassieux, représentant la société Prépa'Fab,
- les observations de Me Bertrand-Hébrard, représentant la commune de Doizieux.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 14 mai 2018, la commune de Doizieux a confié à la société Lignon Métal le lot n°6 " ossature métallique - métallerie " dans le cadre de la création d'un groupe scolaire sur la commune. Dans ce cadre, la société a confié à la société Prepa'Fab la réalisation d'études, pour un montant facturé de 40 311 euros TTC. La société Lignon Métal rencontrant des difficultés financières, les deux sociétés ont souhaité régulariser un contrat de sous-traitance auprès de la commune de Doizieux. A l'issue de deux rencontres avec la commune le 28 octobre et le 13 novembre 2019, un refus d'agrément de sous-traitance a été opposé à la société Prepa'Fab. Par un jugement du 20 novembre 2019, le tribunal de commerce du Puy-en-Velay a en outre placé la société Lignon Métal en liquidation judiciaire. Par un courrier du 26 mars 2020, la société Prepa'Fab a demandé à la commune de Doizieux de lui verser la somme de 34 511 euros TTC, en règlement des prestations effectuées pour le compte de la société Lignon Métal. En l'absence de réponse de la commune, la société Prepa'Fab demande au tribunal de condamner la commune de Doizieux à lui verser cette somme.
Sur la demande de condamnation :
2. D'une part, aux termes de l'article 3 de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance : " L'entrepreneur qui entend exécuter un contrat ou un marché en recourant à un ou plusieurs sous-traitants doit, au moment de la conclusion et pendant toute la durée du contrat ou du marché, faire accepter chaque sous-traitant et agréer les conditions de paiement de chaque contrat de sous-traitance par le maître de l'ouvrage () / Lorsque le sous-traitant n'aura pas été accepté ni les conditions de paiement agréées par le maître de l'ouvrage dans les conditions prévues à l'alinéa précédent, l'entrepreneur principal sera néanmoins tenu envers le sous-traitant mais ne pourra invoquer le contrat de sous-traitance à l'encontre du sous-traitant ". Aux termes de l'article 5 de la même loi : " () En cours d'exécution du marché, l'entrepreneur principal peut faire appel à de nouveaux sous-traitants, à la condition de les avoir déclarés préalablement au maître de l'ouvrage ". Aux termes de l'article 6 de la même loi : " Le sous-traitant direct du titulaire du marché qui a été accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées par le maître de l'ouvrage, est payé directement par lui pour la part du marché dont il assure l'exécution () ". Aux termes de l'article 14-1 de la même loi : " () Le maître de l'ouvrage doit, s'il a connaissance de la présence sur le chantier d'un sous-traitant n'ayant pas fait l'objet des obligations définies à l'article 3 ou à l'article 6, ainsi que celles définies à l'article 5, mettre l'entrepreneur principal ou le sous-traitant en demeure de s'acquitter de ces obligations "
3. D'autre part, aux termes de l'article 134 du code des marchés publics, dans sa rédaction applicable au litige : " L'acceptation de chaque sous-traitant et l'agrément de ses conditions de paiement sont demandés dans les conditions suivantes : 1° Dans le cas où la demande de sous-traitance intervient au moment du dépôt de l'offre ou de la proposition, le candidat fournit à l'acheteur une déclaration mentionnant : a) La nature des prestations sous-traitées ; b) Le nom, la raison ou la dénomination sociale et l'adresse du sous-traitant proposé ; c) Le montant maximum des sommes à verser au sous-traitant ; d) Les conditions de paiement prévues par le projet de contrat de sous-traitance et, le cas échéant, les modalités de variation des prix ; e) Le cas échéant, les capacités du sous-traitant sur lesquelles le candidat s'appuie. / Il lui remet également une déclaration du sous-traitant indiquant qu'il ne tombe pas sous le coup d'une interdiction de soumissionner. Lorsque le montant de la sous-traitance apparaît anormalement bas, l'acheteur met en œuvre les dispositions de l'article 60. La notification du marché public emporte acceptation du sous-traitant et agrément des conditions de paiement ; 2° Dans le cas où la demande est présentée après le dépôt de l'offre, le titulaire remet contre récépissé à l'acheteur ou lui adresse par lettre recommandée, avec demande d'avis de réception, une déclaration contenant les renseignements mentionnés au 1°. Le titulaire établit en outre qu'aucune cession ni aucun nantissement de créances résultant du marché public ne font obstacle au paiement direct du sous-traitant, dans les conditions prévues à l'article 137, en produisant, lorsque les dispositions des articles 110 à 121 s'appliquent au marché public, soit l'exemplaire unique ou le certificat de cessibilité du marché public qui lui a été délivré, soit une attestation ou une mainlevée du bénéficiaire de la cession ou du nantissement des créances. / L'acceptation du sous-traitant et l'agrément des conditions de paiement sont constatés par un acte spécial signé des deux parties. "
4. En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles 3 et 6 de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, le paiement direct du sous-traitant par le maître de l'ouvrage, pour la part du marché dont il assure l'exécution, est subordonné à la double condition que, sur la demande de l'entrepreneur principal, le sous-traitant ait été accepté par le maître de l'ouvrage et que les conditions de paiement du contrat de sous-traitance aient été agréées par le maître de l'ouvrage. En l'espèce, il est constant que la société Prepa'Fab n'a pas été acceptée ni ses conditions de paiement agréés par le maître d'ouvrage, de sorte qu'elle n'a pas droit au paiement direct des prestations qu'elle a réalisées.
5. En deuxième lieu, d'une part, la circonstance que la commune a été mise en copie de courriers électroniques faisant état de points techniques du chantier et qui comprenaient également en copie, notamment, la société Prepa'Fab, ne suffisent pas à établir que la commune aurait été ainsi suffisamment informée de l'existence et de la nature de l'intervention de la société ainsi que de ses liens avec l'entrepreneur principal, de telle sorte que la commune aurait été tenue de rechercher la régularisation de sa situation au regard de l'article 14-1 de la loi du 31 décembre 1975. D'autre part, s'il est vrai que la société Lignon Métal a sollicité par un courrier électronique du 25 octobre 2019 la commune pour finaliser la délégation de paiement de la société Prépa'Fab, un rendez-vous a été fixé dès le 28 octobre 2019. Il résulte de l'instruction, et notamment du courrier électronique du 30 octobre 2019 de la maîtrise d'œuvre, que les sociétés se sont toutefois présentées en mairie avec trois heures de retard et que les pièces comptables et administratives nécessaires à la régularisation de l'intervention de la société Prépa'Fab n'ont pas été fournies. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que les pièces exigées par les dispositions de l'article 134 du code des marchés publics auraient été ultérieurement remises à la commune, et qu'elle aurait ainsi été mise en mesure de réaliser effectivement la régularisation de la situation de la société Prepa'Fab. La commune n'a, dès lors, commis, en ne procédant pas à cette régularisation, aucune faute de nature à engager sa responsabilité envers la société requérante.
6. En troisième lieu, en l'absence de démonstration d'une demande du titulaire conforme aux dispositions précitées de l'article 134 du code des marchés publics, la société Prépa'Fab n'est pas fondée à soutenir que la commune de Doizieux aurait commis une faute en refusant explicitement et sans motivation de régulariser son intervention.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Prépa'Fab doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge des parties les frais qu'elles ont exposés au titre des frais liés au litige.
D E C I D E
Article 1er : La requête de la société Prépa'Fab est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Prépa'Fab et à la commune de Doizieux.
Copie en sera adressée à la SELARL BLT Droit Public et à Me Bertrand-Hébrard.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Stillmunkes, président,
M. Bertolo, premier conseiller,
Mme Monteiro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,Le président,
C. BertoloH. Stillmunkes
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026