jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2008230 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BLT DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 novembre 2020 et le 8 juin 2021, les sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie, représentées par Me Lalanne, demandent au tribunal :
1°) de fixer à la somme de 1 412 294,82 euros TTC le solde du décompte général du marché de maîtrise d'œuvre conclu avec l'office public de l'habitat (OPH) de l'Ain Dynacité pour la construction d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes à Groissiat et de condamner l'OPH de l'Ain Dynacité à leur verser la somme de 1 258 820,40 euros TTC, assortie des intérêts moratoires à compter du 2 novembre 2017 et de leur capitalisation à compter du 2 novembre 2018 ;
2°) de condamner l'OPH de l'Ain Dynacité à verser à la société Bertrand C Architecte la somme de 14 131,39 euros TTC en remboursement des frais et honoraires de l'expertise judiciaire ;
3°) de mettre à la charge de l'OPH de l'Ain Dynacité la somme de 46 597,75 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la rémunération journalière forfaitaire de l'architecte doit être fixée à 1 125 euros HT ;
- elles sont fondées à demander la condamnation de l'OPH de l'Ain Dynacité au paiement des prestations supplémentaires utiles à l'exécution des modifications qu'il a décidées et elles ont droit à ce titre à la somme de 11 400 euros HT pour la modification de la zone cuisine, à la somme de 13 195 euros HT pour la modification de la charpente du bâtiment Est, à la somme de 28 261 euros HT pour les études concernant le parking supplémentaire, à la somme de 3 420 euros HT pour la modification des équipements de la salle d'eau, à la somme de 3 390 euros HT pour la modification du désenfumage, à la somme de 2 810 euros HT pour les études complémentaires de désamiantage, à la somme de 9 085 euros HT pour les études supplémentaires d'état des lieux, à la somme de 1 580 euros HT pour la modification du matériel devant équiper la buanderie, à la somme de 4 600 euros HT pour la modification des aménagements extérieurs, à la somme de 1 170 euros HT pour la modification des locaux vidoirs et ménages, à la somme de 1 125 euros HT pour la modification du salon de coiffure, à la somme de 1 125 euros HT pour les modifications des options de contrôle d'accès, à la somme de 1 380 euros HT pour la mise à jour des tableaux de surface des locaux, à la somme de 840 euros HT pour le temps supplémentaire lié à la remise tardive des rapports de contrôle par le maître d'ouvrage, à la somme de 2 470 euros HT pour le temps passé en raison du changement tardif de gestionnaire et à la somme de 6 700 euros HT pour le temps passé en relances du maître d'ouvrage ;
- elles sont fondées à demander la condamnation de l'OPH à les indemniser des frais consécutifs à la prolongation de leur intervention sur le chantier du fait du décalage de planning de quinze mois exclusivement imputable aux fautes du maître d'ouvrage et sa condamnation à leur verser la somme de 234 477,15 euros HT au titre de la prolongation de la mission DET/OPC et la somme de 38 421,50 euros HT au titre de la prolongation de la mission AOR, les sommes de 88 037,26 euros et de 321 411,90 euros HT au titre du surcoût des frais généraux et du déficit de chiffre d'affaires de la société Bertrand C Architecte et la somme de 12 434 euros TTC au titre du surcoût des frais d'assurance ;
- elles sont fondées à demander la condamnation de l'OPH au paiement de la somme de 28 616,36 euros HT en remboursement des frais de licenciement exposés par la société Bertrand C Architecte, la somme 463 402,59 euros au titre de la perte de bénéfices de cette société et de la perte de revenus de M. C pour les cinq années futures, la somme de 16 225 euros au titre du coût du financement supporté par M. C, la somme de 10 000 euros en réparation de l'atteinte à la réputation professionnelle de la société Bertrand C Architecte, les sommes de 20 000 euros et de 30 000 euros en réparation des préjudices moral et psychologique de M. C et des troubles dans ses conditions d'existence et la somme de 81 533,17 euros en indemnisation de son mauvais vouloir manifeste.
Par des mémoires en défense enregistrés le 18 février et le 21 décembre 2021, l'OPH de l'Ain Dynacité, représenté par Me Mariller, conclut à la fixation du solde du décompte du marché à la somme de 39 729,13 euros TTC et à la condamnation des sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie à lui verser la somme de 122 820,60 euros TTC assortie des intérêts moratoires à compter du 16 juillet 2019 et de leur capitalisation ou, subsidiairement, à la fixation du solde du décompte à la somme de 283 518,86 euros TTC et à ce que sa condamnation soit limitée à la somme de 120 969,13 euros TTC et, dans les deux cas, à ce que la somme de 3 000 euros chacune soit mise à la charge des sociétés requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la rémunération journalière forfaitaire de l'architecte doit être fixée à 861 euros HT ;
- les prestations supplémentaires de l'équipe de maîtrise d'œuvre peuvent être indemnisées à hauteur de 34 879,50 euros HT ou, à titre subsidiaire à hauteur de 45 217,50 euros HT ;
- les retards du chantier ne lui sont que très partiellement imputables ; les frais de prolongation du chantier doivent être ramenés à de plus justes proportions et intégrer un abattement ;
- il n'est pas démontré que la prolongation des opérations de réception ait été à l'origine de prestations supplémentaires de l'équipe de maîtrise d'œuvre ;
- la demande d'indemnisation des frais d'assurance complémentaires n'est pas fondée ;
- le surcoût relatif au report de couverture des frais généraux, qui n'est pas établi, peut être au mieux fixé à la somme de 4 457,25 euros ou à titre subsidiaire à 10 010,08 euros ;
- il n'est pas démontré que la société Bertrand C Architecte n'aurait pas réalisé la marge opérationnelle escomptée ; à titre subsidiaire, l'indemnisation de ce chef de préjudice doit être limitée à 54 000 euros ;
- les frais de licenciement ne lui sont pas imputables ; à titre subsidiaire, l'indemnisation de ce chef de préjudice doit être limitée à la somme de 10 000 euros ;
- les sociétés requérantes ne sont pas fondées à demander sa condamnation à indemniser la perte de chiffre d'affaires de la société Bertrand C Architecte et son préjudice de réputation, le coût du financement supporté par M. C et son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence et le préjudice résultant d'un mauvais vouloir manifeste ; à titre subsidiaire, l'indemnisation du coût du financement supporté par M. C doit être limitée à 12 095 euros.
Par une lettre du 6 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du défaut de qualité de la société Bertrand C Architecte pour présenter des conclusions en réparation des préjudices propres de son gérant, ces conclusions étant par suite irrecevables.
Vu :
- l'ordonnance du 24 septembre 2018 taxant et liquidant les frais de l'expertise ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 ;
- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;
- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 ;
- l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo,
- les conclusions de M. D,
- et les observations de Me Lalanne, représentant les sociétés Bertrand C Architecte, Abac ingénierie et Cyprium, et de Me Mariller, représentant l'OPH de l'Ain Dynacité ;
Et avoir pris connaissance de la note en délibéré enregistrée le 9 mars 2023 présentée pour les sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie.
Considérant ce qui suit :
1.L'Office public de l'habitat (OPH) de l'Ain Dynacité a confié la maîtrise d'œuvre de l'opération de construction d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) à Groissiat dont il était le maître d'ouvrage à un groupement composé des sociétés Bertrand C Architecte, mandataire, Abac Ingénierie, bureau d'études techniques, et Cyprium, économiste. Les travaux, qui devaient être achevés le 6 avril 2015, ont été réceptionnés le 24 mars 2016. Un expert judiciaire a été désigné à la demande de la société Bertrand C Architecte aux fins de déterminer la réalité de prestations supplémentaires effectuées et leur utilité et de déterminer son préjudice. Il a déposé son rapport le 13 août 2018. Saisi par les sociétés Bertrand C Architecte, Abac Ingénierie et Cyprium, le juge des référés du tribunal, par une ordonnance du 6 juin 2019, a condamné l'OPH de l'Ain Dynacité à leur verser la somme provisionnelle de 136 654,71 euros HT pour rémunérer les travaux supplémentaires effectués et indemniser les préjudices résultant de la prolongation des travaux. Elles demandent que le solde du décompte du marché soit fixé à la somme de 1 412 294,82 euros TTC et la condamnation de l'OPH de l'Ain Dynacité à leur verser la somme de 1 258 820,40 euros TTC. L'OPH de l'Ain Dynacité demande leur condamnation à lui verser la somme de 122 820,60 euros TTC ou, subsidiairement à la limitation de sa condamnation à la somme de 120 969,13 euros TTC.
Sur le décompte :
2.Aux termes de l'article 9 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée applicable au litige : " La mission de maîtrise d'œuvre donne lieu à une rémunération forfaitaire fixée contractuellement. Le montant de cette rémunération tient compte de l'étendue de la mission, de son degré de complexité et du coût prévisionnel des travaux. ". Aux termes de l'article 30 du décret du 29 décembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé applicable au litige : " Le contrat de maîtrise d'œuvre précise, d'une part, les modalités selon lesquelles est arrêté le coût prévisionnel assorti d'un seuil de tolérance, sur lesquels s'engage le maître d'œuvre, et, d'autre part, les conséquences, pour celui-ci, des engagements souscrits. / () III. En cas de modification de programme ou de prestations décidées par le maître de l'ouvrage, le contrat de maîtrise d'œuvre fait l'objet d'un avenant qui arrête le programme modifié et le coût prévisionnel des travaux concernés par cette modification, et adapte en conséquence la rémunération du maître d'œuvre et les modalités de son engagement sur le coût prévisionnel. / (). ".
3.Il résulte des dispositions précitées que le titulaire d'un contrat de maîtrise d'œuvre est rémunéré par un prix forfaitaire couvrant l'ensemble de ses charges ainsi que le bénéfice qu'il en escompte, et que seule une modification de programme ou une modification de prestations décidées par le maître de l'ouvrage peuvent donner lieu, le cas échéant, à une augmentation de sa rémunération. En outre, le maître d'œuvre qui effectue des missions ou prestations non prévues au marché de maîtrise d'œuvre et qui n'ont pas été décidées par le maître d'ouvrage n'a droit à être rémunéré de ces missions ou prestations que lorsque, soit elles ont été indispensables à la réalisation de l'ouvrage selon les règles de l'art, soit le maître d'œuvre a été confronté dans l'exécution du marché à des sujétions imprévues présentant un caractère exceptionnel et imprévisible, dont la cause est extérieure aux parties et qui ont pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.
En ce qui concerne les prestations supplémentaires :
4.Il résulte de l'instruction, et notamment de l'acte d'engagement du groupement de maîtrise d'œuvre du 10 décembre 2010, que la rémunération de la société Bertrand C Architecte pour les éléments de mission correspondant aux phases de conception et d'études allant de l'esquisse jusqu'au projet a été fixée à 265 400 euros et portée à 280 267,65 euros par l'avenant n° 1 du 27 juin 2012. La durée de la phase d'études était de onze mois selon l'article 18.5.1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché. Le coût moyen journalier de l'architecte résultant des données du marché peut donc être fixé à 849 euros HT, qu'il convient de porter à 861 euros HT comme l'accepte l'OPH de l'Ain Dynacité. Les coûts moyens journaliers des prestations d'ingénieur et de projection résultants de ces données peuvent être fixés, respectivement, à 650 euros HT et 400 euros HT.
5.En premier lieu, l'OPH de l'Ain Dynacité ne conteste pas avoir donné son accord le 26 septembre 2014 pour la modification de la prestation de l'équipe de maîtrise d'œuvre concernant la zone cuisine. Compte tenu de l'évaluation réalisée par l'expert, avec les éléments qui lui ont été transmis, du temps de travail supplémentaire de l'équipe de maîtrise d'œuvre, la somme due à ce titre aux sociétés requérantes par l'OPH est de 5 083 euros HT.
6.En deuxième lieu, l'OPH de l'Ain Dynacité ne conteste pas la réalité des prestations de l'équipe de maîtrise d'œuvre pour la réfection de la charpente du bâtiment Est, qui n'était pas prévue au marché, et de celles résultant de la modification des équipements des salles d'eau des chambres de l'EHPAD et lui devoir à ces titres les sommes de 12 376 euros HT et de 2 591,50 euros HT.
7.En troisième lieu, par un courrier électronique du 21 janvier 2015 adressé à la société Bertrand C Architecte, l'OPH de l'Ain Dynacité a demandé le déplacement du parking du personnel de l'EHPAD, ce qui a conduit la maîtrise d'œuvre notamment à constituer et déposer un dossier de demande de permis de construire modificatif. Il sera fait une exacte appréciation de la rémunération due à l'équipe de maîtrise d'œuvre, compte tenu du temps de travail supplémentaire proposé par l'expert, en la fixant à 17 971 euros HT. Il résulte également de l'instruction que les études dont les sociétés requérantes demandent la rémunération relatives au salon de coiffure, aux locaux dédiés aux vidoirs et au ménage, aux options de contrôle d'accès et aux aménagements extérieurs sont constitutives de modifications de programme. Elles peuvent donc prétendre à la rémunération de leur groupement pour les études relatives au salon de coiffure, aux locaux dédiés aux vidoirs et au ménage et aux options de contrôle des accès, au prix de 2 583 euros HT (861 x 3). L'OPH de l'Ain Dynacité reconnaît devoir la somme de 3 572 euros HT pour les études relatives aux aménagements extérieurs. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la prolongation de la mission d'assistance aux opérations de réception résulte de ces modifications de programme. Elle ne peut donc faire l'objet d'un complément de rémunération.
8.En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que l'équipe de maîtrise d'œuvre a effectué des études supplémentaires en raison de l'entrée en vigueur le 1er février 2013, alors que l'avant-projet définitif avait été arrêté par un avenant du 27 juin 2012, d'une nouvelle réglementation relative au désenfumage. Sur la base du temps de travail évalué par l'expert pour la réalisation de ces études indispensables à la réalisation de l'ouvrage selon les règles de l'art, il sera fait une exacte appréciation de la rémunération due en la fixant à 2 811 euros HT.
9.En cinquième lieu, du fait des lacunes du diagnostic de repérage d'amiante et des états des lieux, en outre erronés, des bâtiments faisant l'objet d'une réhabilitation, fournis par l'OPH, l'équipe de maîtrise d'œuvre a, d'une part, établi un relevé de localisation d'amiante complémentaire et un croquis de repérage des zones pour la société à laquelle l'OPH a confié les travaux de désamiantage correspondants et organisé des réunions et le suivi des échanges spécifiques entre le maître d'ouvrage et les entreprises et, d'autre part, réalisé des relevés d'état des lieux complémentaires en cours d'études et de chantier. Il sera fait une exacte appréciation de la rémunération des sociétés requérantes de leurs prestations supplémentaires indispensables pour pallier ces manques et erreurs en la fixant, sur la base du temps de travail évalué par l'expert, à 1 155,50 euros HT et 2 130,50 euros HT.
10.En sixième lieu et en revanche, les sociétés requérantes n'établissent pas que leur groupement aurait repris les études qu'il avait réalisées pour la création de la buanderie après la décision de l'OPH d'équiper le local avec du matériel d'une autre marque que celle prévue initialement. Par ailleurs, la mise à jour des tableaux de surface des locaux incombait à la maîtrise d'œuvre qui devait y procéder cinq mois au plus tard avant la réception des travaux en vertu de l'article 2.1 du cahier des clauses techniques particulières de son marché. Les sociétés requérantes ne sont dès lors pas fondées à demander une rémunération supplémentaire pour ces études et ce mesurage.
11.Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer la rémunération du groupement de maîtrise d'œuvre au titre des prestations supplémentaires effectuées dans le cadre de son marché à la somme de 50 273,50 euros HT et d'ajouter cette somme dans le décompte au crédit du groupement.
En ce qui concerne les préjudices :
12.En premier lieu, si les sociétés requérantes se plaignent de ce que l'OPH de l'Ain Dynacité a tardé à informer la maîtrise d'œuvre de ces choix sur les options de contrôle des accès et du changement de gestionnaire et de ce qu'il n'a pas pris les dispositions nécessaires à la diffusion en temps et en heure des rapports finaux de contrôle technique, elles n'établissent pas, toutefois, qu'une faute contractuelle serait imputable à l'OPH de l'Ain Dynacité au regard de ses obligations de maître d'ouvrage.
13.En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la durée contractuelle des travaux a été dépassée de 14,5 mois, que ce dépassement résulte des travaux complémentaires de désamiantage, des travaux sur la charpente Est du bâtiment et des nombreuses modifications demandées en cours de chantier par le maître d'ouvrage et qu'il est imputable à une mauvaise définition de ses besoins par ce dernier, qui n'a pas fait réaliser de diagnostics exhaustifs ni pris en compte les risques induits par la réhabilitation d'un bâtiment ancien. Ces fautes contractuelles imputables à l'OPH de l'Ain Dynacité au regard de ses obligations de maître d'ouvrage lui imposent d'indemniser les sociétés requérantes du préjudice en résultant. Compte tenu de la nature et de l'ampleur des travaux ayant conduit à l'allongement des missions de direction et d'exécution des travaux et d'organisation, pilotage et coordination dont le groupement était titulaire, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant à 86 000 euros le montant de l'indemnité qui leur est due à ce titre. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que le dépassement du délai contractuel d'exécution des travaux résultant des fautes du maître d'ouvrage qui viennent d'être retenues a entraîné un allongement de la mission d'assistance aux opérations de réception, alors que l'allongement de la durée du chantier ne constitue pas un préjudice en tant que tel.
14.En troisième lieu, l'équipe de maîtrise d'œuvre est fondée à demander l'indemnisation de l'absence de couverture des frais généraux lié au défaut de paiement des prestations supplémentaires et à l'allongement de la durée des travaux. Il résulte de l'instruction que les frais généraux annuels de la société Bertrand C Architecte représentent 25 % de son chiffre d'affaires. Compte tenu de la répartition des missions au sein du groupement et de la rémunération prévue au marché, la somme de 86 350 euros aurait dû lui être payée. Son préjudice s'élève ainsi à la somme de 21 587,50 euros.
15.En quatrième lieu, l'article 13.1 du CCAP du marché de maîtrise d'œuvre stipule que les prix sont réputés comprendre les frais afférents à l'assurance. Par suite, compte tenu de ce que le point 4 du jugement fixe les coûts moyens journaliers sur les données du marché, l'OPH de l'Ain Dynacité ne peut être condamné à indemniser des frais supplémentaires d'assurance, dont le versement n'est au surplus pas établi.
16.En cinquième lieu, la société Bertrand C Architecte ne peut utilement demander l'indemnisation de la perte de son chiffre d'affaires passé, qui ne constitue pas un préjudice indemnisable, mais seulement de son bénéfice net perdu. Le préjudice de perte de bénéfices futurs qu'elle invoque également présente un caractère éventuel et ne peut donc être indemnisé. Enfin, elle n'est pas fondée à demander le remboursement des frais de licenciement économique de ses salariés, faute d'établir que leur licenciement résulterait directement de l'allongement du chantier et qu'elle aurait été dans l'incapacité de candidater à d'autres marchés pendant la période d'exécution du marché litigieux.
17.En sixième lieu, s'il est constant que l'OPH de l'Ain Dynacité est intervenu auprès de l'ensemble des intervenants en cours de chantier, en mars 2015, pour préciser les difficultés dans sa relation contractuelle avec la maîtrise d'œuvre, la société Bertrand C Architecte n'établit ni que le comportement du maître d'ouvrage constituerait une faute, ni qu'elle aurait effectivement subi une atteinte à sa réputation. Par suite, aucune indemnisation ne peut être accordée à ce titre.
18.En septième lieu, il résulte de l'instruction que l'OPH de l'Ain Dynacité, qui a refusé de payer au groupement de maîtrise d'œuvre les sommes qu'il avait accepté lui devoir et ne lui a pas proposé une rémunération complémentaire adéquate du fait de l'allongement important de la durée du chantier, a fait preuve d'un mauvais vouloir manifeste justifiant sa condamnation à verser aux sociétés requérantes une indemnité de 7 000 euros.
19.En dernier lieu, les sociétés requérantes ne sont pas recevables à demander l'indemnisation du coût du financement de la rémunération du gérant de la société Bertrand C Architecte et des préjudices moraux et des troubles dans les conditions d'existence subis par ce dernier du fait de l'exécution complexe du marché et de l'allongement du chantier, qui constituent des préjudices propres à M. C qui n'est pas partie à l'instance.
20.Il résulte de ce qui précède que le montant de l'indemnisation des préjudices des sociétés requérantes liés à l'exécution du marché doit être fixé à 114 587 euros.
En ce qui concerne le solde du décompte :
21.Compte tenu du montant du marché, des sommes supplémentaires et des indemnités retenues par le présent jugement et de la révision des prix, le décompte général du marché s'établit comme suit :
montant du marché1 165 160,00révision de prix+51 589,39rémunération des prestations supplémentaires+50 273,50sous-total HT1 267 022,89total TTC1 520 427,47acomptes versés TTC-1 459 215,79Total TTC61 211,68indemnité complémentaire+114 587,50solde décompte175 799,18
22.Le solde du décompte s'établit à la somme de 175 799,18 euros TTC au crédit du groupement de maîtrise d'œuvre. Le groupement de maîtrise d'œuvre a droit aux intérêts moratoires contractuels au taux de 7% pour la période courant du 2 novembre 2017 jusqu'au paiement de la provision de 162 549,73 euros allouée par le juge des référés du tribunal, intervenu le 16 juillet 2019, soit la somme de 19 390,18 euros.
23.Compte tenu du paiement par l'OPH de l'Ain Dynacité de la somme provisionnelle de 162 549,73 euros, le montant de la somme due par l'OPH de l'Ain Dynacité à l'équipe de maîtrise d'œuvre s'élève à 32 639,63 euros. Cette somme portera intérêts contractuels au taux de 7% à compter du 2 novembre 2017 et les intérêts échus seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à compter du 2 novembre 2018.
Sur les dépens :
24.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 14 131,39 euros par une ordonnance du président du tribunal du 24 septembre 2018, à la charge de l'OPH de l'Ain Dynacité, partie perdante dans la présente instance.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
25.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge des sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes. Si les sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie demandent au titre des mêmes dispositions le versement de la somme de 46 597,75 euros, le tableau qu'elles produisent n'établit pas qu'elles ont versé cette somme à leur conseil au titre du présent litige. Par suite, il y a lieu de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'OPH de l'Ain Dynacité à verser aux sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E
Article 1er : Le solde du décompte général du marché de maîtrise d'œuvre conclu par l'OPH de l'Ain Dynacité avec les sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie est fixé à la somme de 175 799,18 euros TTC.
Article 2 : L'OPH de l'Ain Dynacité est condamné à verser aux sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie la somme de 32 639,63 euros TTC, après déduction de la somme de 175 799,18 TTC de la provision de 162 549,73 euros. Cette somme portera intérêts contractuels au taux de 7 % à compter du 2 novembre 2017 et les intérêts échus seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à compter du 2 novembre 2018.
Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 14 131,39 euros, sont mis à la charge de l'OPH de l'Ain Dynacité.
Article 4 : l'OPH de l'Ain Dynacité versera la somme de 1 500 euros aux sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Bertrand C Architecte, Cyprium et Abac Ingénierie et à l'OPH de l'Ain Dynacité.
Copie en sera adressé à l'expert, M. B A.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Michel, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
Le rapporteur,La présidente,
C. BertoloC. Michel
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026