mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2100689 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CREAC'H |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er février 2021, M. A B, représenté par Me Creac'h, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée ;
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de la société Trans et Go est incompréhensible et invérifiable ;
- l'administration ne démontre pas qu'il avait la qualité de maître de l'affaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2021, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 31 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gros, conseillère,
- et les conclusions de Mme Lacroix, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Trans et Go a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 1er juin 2016, à l'issue de laquelle elle s'est vue réclamer des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et a été assujettie à des compléments d'impôt sur les sociétés. L'administration en a tiré les conséquences sur la situation fiscale personnelle de M. A B, qualifié de maître de l'affaire, en réintégrant, selon la procédure contradictoire, dans son revenu imposable de l'année 2014, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, la somme correspondant au rehaussement des bénéfices de la société Trans et Go sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. M. B a, en conséquence, été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales assorties d'intérêts de retard et de la majoration de 40% pour manquement délibéré. Saisie d'une réclamation contentieuse, l'administration a, par une décision du 30 novembre 2020, accepté de retenir un taux de charges de 89,6%, ramenant les bénéfices réputés distribués par la société Trans et Go à la somme de 94 748 euros, au lieu de 182 446 euros, et a, en conséquence, procédé au dégrèvement partiel des impositions mises à la charge de M. B à hauteur de 62 182 euros en droits et de 28 645 euros en pénalités. Le requérant demande au tribunal de prononcer la décharge des sommes laissées à sa charge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ".
3. Il résulte des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. L'administration peut satisfaire cette obligation en se référant à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable. Lorsque l'administration fiscale entend fonder un redressement sur des éléments de comparaison issus de données chiffrées provenant d'autres entreprises, elle doit, pour assurer le caractère contradictoire de la procédure, sans méconnaître le secret professionnel protégé par l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, désigner nommément ces entreprises mais ne fournir au contribuable que des moyennes ne lui permettant pas de connaître, fût-ce indirectement, les données propres à chacune d'elles. Cette obligation, dont le respect constitue une garantie pour le contribuable, s'impose à l'administration même si ce dernier disposait d'éléments relatifs à sa propre situation pour contester les évaluations du vérificateur et si la recherche par l'administration d'informations relatives à d'autres entreprises était la conséquence du refus du contribuable de communiquer des informations dont il disposait.
4. M. B soutient que la proposition de rectification adressée le 10 novembre 2017 à la société Trans et Go, à laquelle se réfère la proposition de rectification dont il a personnellement été destinataire le même jour en ce qui concerne l'existence et le montant des revenus distribués par cette société en 2014, n'est pas suffisamment motivée s'agissant des données chiffrées issues d'autres entreprises dont l'administration s'est servie pour déterminer les charges supportées par la société Trans et Go au titre de l'exercice 2014. Toutefois, ce document mentionne, pour chaque société, sa forme juridique, sa dénomination, son numéro SIRET, son code activité ainsi que le nom et le code postal de la commune d'établissement. Il détaille la formule utilisée pour calculer leur taux de charges d'exploitation et précise la raison pour laquelle certaines charges ont été exclues, exclusion dont l'éventuelle absence de bien-fondé est dépourvue d'incidence sur le caractère suffisant de la motivation des rectifications. La proposition de rectification indique, enfin, la moyenne des taux de charges d'exploitation ainsi obtenus. Dès lors, M. B a été mis en mesure de contester utilement les rectifications qui lui ont été notifiées, alors même que la moyenne de chacune des variables ayant servi au calcul du taux de charges d'exploitation ne lui a pas été communiquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".
6. Il est constant que M. B n'a pas présenté d'observations sur la proposition de rectification qui lui a été adressée le 10 novembre 2017 dans le délai de trente jours imparti. Par suite, il ne peut obtenir la décharge des suppléments d'impositions mis à sa charge qu'en apportant la preuve de leur exagération. Toutefois, il appartient à l'administration d'établir l'appréhension par le contribuable des revenus réputés distribués qu'elle impose entre ses mains, quelle que soit la procédure d'imposition suivie.
S'agissant de l'existence et du montant des distributions :
7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ".
8. M. B reproche à l'administration de s'être fondée à la fois sur les données propres de la société Trans et Go et sur des informations relatives à d'autres entreprises pour déterminer les charges supportées par cette société, méthode jugée " incompréhensible et invérifiable ". Dans sa décision du 30 novembre 2020, statuant sur la réclamation contentieuse de M. B, l'administration a amendé sa méthode, ne se fondant plus que sur le taux de charges d'exploitation moyen constaté dans des entreprises comparables à la société Trans et Go, recalculé pour tenir compte des salaires et des cotisations sociales initialement exclus. Dans la mesure où le requérant, qui ne critique d'ailleurs pas la méthode mise en œuvre par l'administration dans sa décision du 30 novembre 2020, a ainsi disposé de l'ensemble des éléments retenus pour déterminer les charges supportées par la société, le moyen doit être écarté.
S'agissant de l'appréhension des distributions :
9. D'une part, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions, au sens des dispositions, citées au point précédent, du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, effectuées par la société qu'il contrôle.
10. D'autre part, aux termes de l'article 1328 du code civil, dans sa rédaction applicable au litige : " Les actes sous seing privé n'ont de date contre les tiers que du jour où ils ont été enregistrés, du jour de la mort de celui ou de l'un de ceux qui les ont souscrits, ou du jour où leur substance est constatée dans les actes dressés par des officiers publics, tels que procès-verbaux de scellé ou d'inventaire. ". L'administration fiscale, dans l'exercice de ses missions, n'est pas un tiers au sens de ces dispositions qui ne peuvent dès lors faire obstacle à ce que le contribuable prouve par tous moyens l'existence et la date d'une délibération de l'assemblée générale de la société dont il détient des parts ou actions.
11. Il résulte de l'instruction, certes, qu'en vertu de décisions de l'assemblée extraordinaire des associés, dont l'existence et la date ne sont pas contestées, M. B a cessé d'être le gérant de droit de la société Trans et Go le 2 janvier 2014 et n'en était plus associé à compter du 14 septembre 2014, et non à la date d'enregistrement de ces décisions au tribunal de commerce de Pontoise le 12 novembre 2014. Toutefois, alors que l'administration établit que M. B, qui a notamment signé la déclaration d'embauche d'un salarié au mois d'avril 2014, a continué à intervenir dans la gestion de la société Trans et Go, dont l'activité s'est poursuivie selon les mêmes modalités malgré les modifications affectant son objet et son siège social votées par les associés le 2 janvier 2014, le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer que M. C, nommé gérant le 2 janvier 2014, aurait exercé ses attributions. Par ailleurs, M. B ne conteste pas qu'il était seul titulaire au titre de la période considérée de la signature sur les comptes bancaires de la société Trans et Go, y compris celui ouvert le 30 mai 2014 auprès de la banque Rhône-Alpes. S'il produit plusieurs chèques émanant de cette société revêtus d'une signature qu'il affirme ne pas être la sienne, il n'établit nullement que leur(s) signataire(s), dont il ne précise pas l'identité, avait qualité pour ce faire. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a considéré qu'il avait la qualité de seul maître de l'affaire sur l'ensemble de la période litigieuse et devait, en conséquence, être regardé comme ayant appréhendé les bénéfices non déclarés de la société Trans et Go.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie de ses frais d'instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Tocut, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. D La greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026