mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2100895 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | REBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2021, Mme G A, représentée par Me Mazigh, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles à lui verser une somme de 33 707,18 euros en réparation des préjudices consécutifs au retard de diagnostic du cancer de l'oropharynx dont elle était atteinte ;
2°) de mettre à la charge du docteur D E la somme de 1 500 euros au titre de l'article de L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles les dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier a commis une faute en attendant près de huit mois pour adresser à son médecin le bilan de la cytoponction qui mettait pourtant en évidence la présence de cellules cancéreuses ;
- cette faute engage la responsabilité de l'établissement, à hauteur de 50% ainsi que l'ont retenu les experts ;
- les préjudices directement imputables à la faute commise peuvent être évalués de la manière suivante :
* 1 500 euros évalués forfaitairement au titre des frais de déplacement pour se rendre aux différents soins ;
* 5 400 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne, à raison de deux heures par jour entre le 15 septembre 2015 et le 31 décembre 2015 ;
* 2 893,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 30 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 24 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 6 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
- le centre hospitalier doit alors être condamné à lui verser 50% de ces sommes.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 avril 2022 et le 22 juin 2022, le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles, représentés par Me Rebaud, demandent que les prétentions de Mme A et de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme soient, pour une part, rejetées, et pour l'autre part, ramenées à de plus justes proportions.
Ils font valoir que :
- il n'est pas contestable que le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse a commis une faute en s'abstenant de transmettre immédiatement les résultats de la cytoponction ;
- cependant, le docteur E, médecin de la requérante, a également commis des fautes qui ont contribué au retard dans la prise en charge du cancer de Mme A ; d'une part, il n'a pas été alerté par l'absence de transmission des résultats de la cytoponction qu'il avait demandée ; d'autre part, une fois que ces résultats lui ont été adressés, il a tardé à reprendre attache avec Mme A ;
- dès lors, la part de responsabilité de l'établissement hospitalier ne saurait excéder 25% ;
- la perte de gains professionnels n'est pas imputable au retard de diagnostic mais au traitement du cancer ;
- les frais de déplacement ne sont pas justifiés ;
- le besoin d'assistance par tierce personne n'est pas démontré ;
- aucun déficit fonctionnel temporaire n'est imputable au retard de diagnostic ;
- les souffrances endurées pourront être évaluées à 3 100 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent ne saurait être évalué au-delà de 9 600 euros ;
- le préjudice esthétique permanent peut être évalué à 3 000 euros ;
- il conviendra de déduire des frais hospitaliers la période du 14 au 18 septembre 2015 au cours de laquelle Mme A aurait été, en tout état de cause, prise en charge pour le traitement de son cancer ; il en va de même pour la période du 22 octobre au 21 décembre 2015, ainsi que pour la consultation de radiothérapie du 5 octobre 2015 ;
- l'échographie du 29 novembre 2016 dont la caisse demande le remboursement n'est pas mentionnée dans le rapport d'expertise ;
- la demande au titre des frais de transport n'est pas justifiée dès lors que ces frais auraient été exposés même en l'absence de faute ;
- le surplus des demandes de la caisse ne pourra être indemnisé qu'à hauteur de la perte de chance retenue sous forme de capital et non de rente.
Par mémoire enregistré le 3 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, venant aux droits du régime social des indépendants, représentée par Me Philip de Laborie, demande au tribunal :
1°) de condamner in solidum le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles à lui verser la somme totale de 19 843,69 euros en remboursement des débours exposés au bénéfice de Mme A, ainsi que la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
2°) de mettre à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ainsi que l'ont relevé les deux experts désignés successivement, le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse a commis une faute, provoquant un retard dans le diagnostic du cancer de Mme A ;
- cette faute est de nature à engager la responsabilité de l'établissement, à hauteur de 50% du préjudice ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation des débours exposés pour la prise en charge de Mme A, dont 50% devront être mis à la charge du centre hospitalier, à savoir :
* 9 184,82 au titre des dépenses de santé actuelles, comprenant les périodes d'hospitalisation, les frais médicaux, les frais pharmaceutiques, les frais de rééducation ainsi que les frais de transport pour se rendre aux séances de radiothérapie ;
* 4 659,38 euros au titre de la perte des gains professionnels ;
* 5 999,48 euros au titre des dépenses de santé futures comprenant des frais de radiographie, des frais pharmaceutiques, des frais de rééducation et des frais dentaires.
Vu :
- le dossier de l'instance en référé n° 1702216 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,
- et les conclusions de Mme C.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 juin 2014, Mme G A a consulté les urgences du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse pour l'apparition soudaine d'un ganglion au niveau du cou. Elle a ensuite été orientée vers son médecin traitant puis vers un otorynolaryngologiste (ORL), le docteur E, qui lui a prescrit un scanner ainsi qu'une cytoponction cervicale. L'examen a été réalisé le 10 juillet 2014 au centre hospitalier de Bourg-en-Bresse, mais les résultats, qui révélaient un carcinome, n'ont été adressés au docteur E qu'au mois de mars 2015. Mme A a été prise en charge par l'hôpital de la Croix-Rousse à compter du 14 septembre 2015 pour un curage à l'occasion duquel la veine jugulaire et le nerf spinal ont été sanctionnés. S'en sont suivis des séances de chimiothérapie et de radiothérapie. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner in solidum le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et son assureur, la Société hospitalière d'assurances mutuelles, à l'indemniser des préjudices consécutifs au retard de diagnostic qu'elle estime imputable audit centre hospitalier.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne le retard de diagnostic :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () "
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur B désigné dans l'instance n° 1702216 par le juge des référés du tribunal à la demande de Mme A, que les résultats d'analyse de la cytoponction réalisée le 8 juillet 2014 n'ont été adressés par le centre hospitalier au docteur E que le 12 mars 2015. Un tel retard, alors que ces résultats mettaient en évidence la présence de cellules cancéreuses, même s'il a été provoqué par un dysfonctionnement informatique, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.
4. Il résulte également du rapport d'expertise que le docteur E avait été rendu destinataire du compte-rendu opératoire de la cytoponction dès le mois d'août 2014. Alors qu'il avait lui-même sollicité cet examen, le docteur E ne s'est pas alerté de ne pas recevoir, en même temps que ce compte-rendu, les résultats d'analyse des prélèvements, et s'est abstenu de toute démarche en vue d'obtenir ces résultats. Enfin, il résulte de l'instruction que le docteur E, une fois en possession des résultats d'analyse le 12 mars 2015 qui mettaient en évidence la présence de cellules malignes, a attendu le 8 juin 2015 avant de convoquer Mme A pour un rendez-vous.
En ce qui concerne la perte de chance :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction que le retard dans le diagnostic du cancer de Mme A a rendu possible l'évolution défavorable de la tumeur, qui est passé du stade d'adénopathie unique à des adénopathies multiples affectant la zone de l'oro-pharynx. Selon le docteur B, expert dont les conclusions ne sont pas contestées, l'aggravation de la tumeur a nécessité un traitement plus invasif et a rendu indispensable un curage radical impliquant la section de la veine jugulaire interne et du nerf spinal droit, de sorte que Mme A a conservé d'importantes séquelles qui auraient pu vraisemblablement être évitées en cas de prise en charge rapide.
7. L'expert ayant estimé que l'état antérieur de Mme A avait contribué à la réalisation du dommage à hauteur de 45 %, il y a donc lieu de considérer que le retard de diagnostic lui a fait perdre une chance d'y échapper à hauteur de 55 %.
En ce qui concerne le partage de responsabilité compte-tenu du cumul de fautes :
8. Il résulte de tout ce qui a été dit aux points 3 et 4 ci-dessus, que le retard fautif dans le diagnostic du cancer dont Mme A était atteinte, qui est la cause du dommage subi par l'intéressée à hauteur de 55% ainsi que cela résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus, est pour une part imputable au centre hospitalier de Bourg-en-Bresse, et pour une autre part imputable au docteur E. Contrairement à ce qui est indiqué dans le rapport d'expertise du Docteur B, la part imputable au docteur E ne saurait être limitée à 5 %, dès lors que ce dernier a manqué de diligence à deux reprises, aggravant le retard dans la prise en charge de sa patiente. Il y a donc lieu de fixer la part de responsabilité imputable au centre hospitalier de Bourg-en-Bresse à 70 %.
Sur les préjudices :
9. A titre liminaire, il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme A est consolidé depuis le 31 décembre 2016.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
10. En premier lieu, Mme A demande l'indemnisation d'une somme forfaitaire de 1 500 euros au titre des frais de transport qu'elle aurait exposés pour se rendre aux opérations d'expertise. En l'absence de tout justificatif attestant de la réalité de ces frais, sa demande ne peut qu'être rejetée.
11. En second lieu, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme demande le remboursement des frais de transport couvrant les déplacements de Mme A pour se rendre aux séances de radiothérapie à l'hôpital Léon Bérard à Lyon, ainsi que le remboursement des frais d'hospitalisation, de frais médicaux - consultations auprès du radiothérapeute, les échographies et les soins dentaires -, les frais pharmaceutiques, et les frais de kinésithérapie, pour un montant total de 18 369,65 euros. Si une part de ces frais aurait été exposée par Mme A pour le traitement de son cancer même en l'absence de faute de l'établissement, la part strictement imputable au retard de diagnostic et de prise en charge est réputée intégrée dans le taux de perte de chance de 55 % retenu au point 7 ci-dessous, et peut ainsi être évaluée à la somme de 10 103,30 euros. Il y a donc lieu de condamner in solidum le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles à payer à la caisse primaire d'assurance maladie 70 % de cette somme, soit 7 072,31 euros.
S'agissant des frais temporaires d'assistance par tierce personne :
12. L'expert désigné par le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse a estimé, sans être sérieusement contredit, que l'état de Mme A avait nécessité l'aide d'une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne, à raison de deux heures par jour entre le 15 septembre et le 31 décembre 2015. L'aide n'ayant pas présenté un caractère spécialisé, il sera fait une juste appréciation de son préjudice, d'une part en tenant compte d'un montant horaire égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales, soit 13,45 euros pour l'année 2015, et d'autre part sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés des jours fériés. Le préjudice s'élève donc à la somme totale de 3 279,29 euros, auquel il convient de faire application du taux de perte de chance retenu au point 7 ci-dessus, de sorte que le préjudice indemnisable doit être ramené à la somme de 1 803,61 euros, dont 70 % doivent être mis à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles, soit 1 262,52 euros, au profit de Mme A.
S'agissant de la perte de gains professionnels :
13. Il résulte de l'instruction que Mme A a été contrainte de cesser son activité professionnelle pour bénéficier du traitement adapté à son état. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 11 ci-dessus, le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse n'est pas fondé à soutenir que ce préjudice serait imputable au seul traitement du cancer de l'intéressée, mais il y a lieu de tenir compte, au moyen du taux de perte de chance, du retard de diagnostic ayant aggravé les soins donnés à Mme A. Par ailleurs, il n'est pas sérieusement contesté que la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme a versé à Mme A une somme totale de 9 318,76 euros au titre des indemnités journalières entre le 14 septembre 2015 et le 30 septembre 2016. Le préjudice de la caisse, imputable au retard de diagnostic, doit donc être ramené à la somme de 5 125,31 euros (9 318,76 x 55 %), dont 70 %, soit 3 587,72 euros, doivent être mis à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles au profit de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.
S'agissant des dépenses de santé futures :
14. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme demande le remboursement des frais échus de soins dentaires, à raison d'une consultation par an entre le 31 décembre 2016, date de consolidation, et la date du présent jugement, à hauteur de 23 euros par consultation, ce qui représente un montant total de 138 euros.
15. En deuxième lieu, la caisse primaire d'assurance maladie demande également le remboursement des frais échus de consultation de radiographie panoramique dentomaxillaire, à raison d'une consultation par an entre le 31 décembre 2016, date de consolidation, et la date du présent jugement, à hauteur de 20 euros par consultation, soit un montant total de 120 euros. Il résulte également de l'instruction que quatre autres radiographies ont été réalisées ainsi qu'une échographie, les 9 novembre 2017, 12 février 2018, 18 février 2019, et 13 juin 2019, représentant un coût total de 100 euros.
16. En troisième lieu, il est aussi demandé par la caisse d'assurance maladie, le remboursement des frais échus de soins de kinésithérapie, à raison de douze consultations par an pour un montant de 20,43 euros par consultation. Pour la période courant du 31 décembre 2016 à la date du présent jugement, le montant du préjudice s'élève à la somme totale de 1 379,71 euros.
17. En dernier lieu, si la caisse primaire d'assurance maladie sollicite le remboursement de frais pharmaceutiques, l'attestation d'imputabilité qu'elle verse au dossier ne permet pas d'isoler cette demande, et par suite, d'en évaluer le montant.
18. Il résulte de ce qui précède, qu'eu égard au taux de perte de chance retenu au point 7 ci-dessus, la caisse primaire d'assurance maladie est seulement fondée à demander une indemnisation à hauteur de 55 % de la somme totale des dépenses de santé futures qui s'élève à 1 737,71 euros, dont 70 % doivent être mis à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles, soit une somme de 669,02 euros.
19. Pour le futur, le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse s'étant opposé à l'allocation d'un capital, la caisse primaire d'assurance maladie a droit à l'attribution d'une rente annuelle couvrant une consultation annuelle de radiologie pour un montant de 20 euros, une consultation annuelle chez un dentiste pour un montant de 23 euros, et douze consultations de kinésithérapie pour un montant de 20,43 euros par consultation, soit montant annuel total de 288,16 euros dont seulement 110,94 euros (288,16 x 55 % x 70 %) doivent être mis à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles. Par ailleurs, si la caisse primaire d'assurance maladie demande également la prise en charge de frais de pose de prothèses dentaires (prothèse amovible définitive à châssis métallique et gouttière maxillaire et mandibulaire), pour un montant total de 366,30 euros, elle ne précise pas la date de pose initiale de ces prothèses, ni la fréquence de leur renouvellement. Elle n'est donc fondée à en demander la prise en charge in solidum par le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et par la Société hospitalière d'assurances mutuelles, que sur présentation d'un justificatif attestant de la réalisation de l'acte au bénéfice de Mme A, et dans la limite du taux de perte de chance retenu par le tribunal autant que de la part de responsabilité propre à l'établissement public de santé.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
20. Il résulte de l'instruction que Mme A a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire total pendant les périodes d'hospitalisations rendues nécessaires pour les soins de curage, puis ceux de radiothérapie et de chimiothérapie, soit un total de dix jours. L'expert a également évalué à 50 % le taux de déficit fonctionnel temporaire en dehors des périodes d'hospitalisation et jusqu'au 1er février 2016, soit sur un total de 129 jours, puis à 25 % pour la période courant du 1er février 2016 au 31 décembre 2016, soit un total de 335 jours. Il sera fait une juste appréciation du préjudice de l'intéressée en l'évaluant à la somme de 2 532 euros, auquel il convient d'appliquer le taux de perte de chance retenu au point 7 ci-dessus, de sorte que le préjudice indemnisable doit être ramené à la somme de 1 392,60 euros, dont 70 % doivent être mis à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles, soit 974,82 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
21. Il résulte de l'analyse conjointe du rapport d'expertise du docteur B et de celui du docteur F missionné par le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse, que les souffrances endurées par Mme A peuvent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 5 000 euros, auquel il convient de faire application du taux de perte de chance de 55 % de sorte que la part indemnisable du préjudice doit être ramenée à la somme de 2 750 euros, dont 70 % seront mis à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles, soit 1 925 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
22. Si le docteur B a évalué le déficit fonctionnel permanent dont Mme A reste atteinte à 8 %, le docteur F retient un taux de 12 % en tenant compte de la paralysie spinale, de la sécheresse salivaire, et des difficultés d'alimentation en découlant. Il sera donc fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 18 500 euros, dont 7 122,50 euros doivent être mis à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles (18 500 x 55 % x 70 %).
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
23. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique dont Mme A reste atteinte, établi à 2/7 par les experts, en l'évaluant à la somme de 2 100 euros en tenant compte du caractère particulièrement visible des cicatrices au niveau du visage et du cou. Il en résulte que la somme de 808,50 euros doit être mise à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles.
Sur les droits à indemnité :
24. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles doivent être condamnés in solidum à verser à Mme A une somme totale de 12 093,34 euros.
25. Le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles doivent être condamnés in solidum à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme une somme totale de 11 329,05 euros, ainsi qu'une rente annuelle de 110,94 euros telle que décrite au point 19 ci-dessus, et l'indemnisation des frais de fixation et de renouvellement des prothèses dentaires (prothèse amovible définitive à châssis métallique et gouttière maxillaire et mandibulaire) sur présentation des justificatifs nécessaires et dans la limite du taux de perte de chance fixé par le présent jugement et de la part de responsabilité propre au centre hospitalier.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
26. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. ". L'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 dispose : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022. "
27. Eu égard au montant total de l'indemnisation due par le centre hospitalier à la caisse primaire d'assurance maladie, celle-ci est fondée à demander que lui soit versée une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion par application des dispositions précitées du code de la sécurité sociale.
Sur les dépens :
28. Les frais et honoraires de l'expertise prescrite par l'ordonnance n° 1702216 du 9 mai 2017 du juge des référés du tribunal doivent être mis à la charge du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles, parties perdantes.
Sur les frais liés au litige autres que les dépens :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. E, qui n'est pas la qualité de partie tenue aux dépens ni de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
30. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles la somme que demande la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés in solidum à verser à Mme A une somme de 12 093,34 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés in solidum à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme une somme de 11 329,05 euros, ainsi qu'une rente annuelle de 110,94 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés in solidum à rembourser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme les frais de pose et de renouvellement de prothèses dentaires (prothèse amovible définitive à châssis métallique et gouttière maxillaire et mandibulaire) au bénéfice de Mme A, sur présentation des justificatifs nécessaires et dans la limite du taux de perte de chance fixé par le présent jugement et de la part de responsabilité propre au centre hospitalier.
Article 4 : Le centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et la Société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés in solidum à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise prescrite par l'ordonnance n° 1702216 du 9 mai 2017 du juge des référés du tribunal sont mis à la charge in solidum du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles.
Article 6 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ain, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au centre hospitalier de Bourg-en-Bresse et à la Société hospitalière d'assurances mutuelles.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
La rapporteure,
E. de Lacoste Lareymondie
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026