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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2101625

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2101625

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2101625
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantO. RENAULT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2021, la SARL LV Participations, représentée par la société d'avocats Lamartine Conseil agissant par Me Weller, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2013 ;

2°) de mettre une somme de 1500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure de vérification de la comptabilité de la société Dexx Sud, dont elle détient 50% du capital, est irrégulière dès lors que l'administration fiscale a appliqué les dispositions du II de l'article 47 A du livre des procédures fiscales aux achats extraits du logiciel Florisoft, qui est un logiciel de gestion commerciale ne participant pas au système de comptabilité informatisé géré par le logiciel comptable Quadratus, dans la mesure où la seule fonctionnalité " enregistrement des ventes " était en lien avec le logiciel comptable ; cette méconnaissance des dispositions des articles L. 13 et L. 47 du livre des procédures fiscales est constitutive d'un détournement de procédure ;

- le rejet de la comptabilité de la société Dexx Sud, au titre de l'exercice 2013, n'est pas justifié dès lors que la seule anomalie relevée par le service vérificateur est une discordance entre les achats enregistrés en comptabilité et dans le logiciel Florisoft et que cette anomalie n'a pas été corroborée par le droit de communication effectué auprès des fournisseurs ; en outre, ce logiciel était mal maîtrisé par le personnel et les données qui en sont issues ne sont pas fiables ;

- en ce qui concerne la reconstitution de la comptabilité, les données relatives aux achats et aux bons de livraison issues du logiciel Florisoft n'étaient pas fiables au titre de l'année 2013 ;

- l'administration fiscale a retenu un taux de perte annuel de 3% alors que l'antériorité et les statistiques de Dexx Sud font apparaître un taux de perte compris entre 5 et 7% ;

- il convient de retenir un écart de 195 907 tiges entre la comptabilité rejetée et la comptabilité reconstituée, soit 3,11% des achats enregistrés.

Par un mémoire en défense, enregistré, le 18 juin 2021, l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal sud-est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société LV Participations ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022 par une ordonnance du 25 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société LV Participations, qui exerce une activité de société holding, est associée à hauteur de 50% du capital de la société Dexx Sud laquelle exerce l'activité d'achat-revente en gros de fleurs coupées. La société Dexx Sud a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril 2013 au 31 décembre 2014, étendue au 30 juin 2015. Par une proposition de rectification, datée du 30 juin 2016, le service vérificateur a rejeté la comptabilité de la société au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2013 et a procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires. Le service a, en outre, estimé que le rehaussement du résultat de Dexx Sud, qui a été ensuite réduit par l'administration à la somme de 243 660 euros dans sa réponse aux observations du contribuable du 10 novembre 2016, était constitutif de sommes distribuées. La société Dexx Sud ayant désigné ses associés comme bénéficiaires de la distribution visée dans la proposition de rectification, la société LV Participations a reçu une proposition de rectification datée du 23 novembre 2016 aux termes de laquelle elle s'est vue notifiée, selon la procédure de rectification contradictoire prévue aux articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés assorties de l'intérêt de retard prévu par l'article 1727 du code général des impôts, au titre de l'année 2013. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2019. A la suite du rejet de sa réclamation contentieuse, la société LV Participations demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des sommes ainsi mises à sa charge.

Sur les conclusions à fin de décharge des impositions :

2. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration ". Il est toujours loisible à l'administration de justifier le rejet de la comptabilité du contribuable vérifié, même si elle est régulière en la forme, en se fondant sur des motifs pertinents tirés du manque de valeur probante de cette comptabilité, accompagnés de tous éléments de fait permettant de présumer que les résultats déclarés ont été minorés.

3. Il résulte de l'instruction que la société Dexx Sud a utilisé le logiciel de gestion commerciale Florisoft développé aux Pays-Bas pour gérer les quantités de fleurs achetées, stockées puis vendues ou détruites, ce qui lui permettait d'alimenter son site de vente en ligne et, en partie, sa comptabilité. Au titre de l'année en litige, les achats étaient enregistrés manuellement dans le logiciel de comptabilité Quadratus à partir de la saisie des factures fournisseurs. Si le service vérificateur n'a pas constaté d'anomalie entachant directement le logiciel de gestion comptable Quadratus, il a rejeté la comptabilité de la société Dexx Sud au titre de l'exercice 2013 au motif que la comptabilité matière effectuée suite au rapprochement des achats figurant dans le logiciel de gestion Florisoft, des stocks et des destructions de produits, était incohérente avec les achats et ventes enregistrés en comptabilité.

4. Pour rejeter la comptabilité de la société Dexx Sud, l'administration fait valoir que les achats tels que figurant dans le logiciel de gestion Florisoft présentaient, pour l'année litigieuse, d'importantes incohérences avec ceux enregistrés en comptabilité, et ces incohérences demeurent en grande partie injustifiées.

5. La société LV Participation, qui ne conteste pas l'existence de ces discordances, soutient toutefois que ce logiciel de gestion commerciale, distinct du logiciel comptable Quadratus, qui a commencé à être utilisé en 2013 par la société Dexx Sud, était renseigné de façon erronée au titre de cette année, invoquant une mauvaise maîtrise de ce logiciel d'origine néerlandaise par les salariés, les données concernant les achats qui en étaient issues étant ainsi dépourvues de fiabilité, à l'inverse des données figurant en comptabilité lesquelles n'étaient entachées d'aucune anomalie. A l'appui de ses allégations, la société requérante se prévaut tout d'abord de ce que cette discordance n'a été constatée qu'au titre d'un seul des exercices vérifiés. Par ailleurs, comme l'expose la société requérante, l'existence d'achats non enregistrés en comptabilité n'a pas été corroborée par la mise en œuvre du droit de communication auprès de l'ensemble des fournisseurs de la société Dexx Sud. En l'espèce, l'exercice du droit de communication auprès de Sica Maf Hyères, qui représentait en 2013 74,39 % des achats de tiges de la société Dexx Sud, a, au contraire, permis de constater que les achats de tiges figurant dans le logiciel de gestion commercial Florisoft étaient supérieurs de 400 000 unités aux achats résultant des données communiquées par le fournisseur, élément de nature à démontrer l'absence de fiabilité des saisies réalisées dans le logiciel Florisoft tandis que les données enregistrées dans la comptabilité sont conformes aux factures résultant de l'exercice du droit de communication. Enfin, aucun élément comparatif, tel que des discordances du chiffre d'affaires ou des quantités achetées entre les exercices comptables n'a été mis en évidence par l'administration. Dès lors, ainsi que l'a au demeurant estimé la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires à l'occasion de sa séance du 23 octobre 2018, les incohérences dans les données figurant dans le logiciel de gestion commerciale Florisoft ne permettent pas, à elles seules, d'écarter la comptabilité.

6. Par suite, l'administration n'était pas fondée à rejeter la comptabilité de la société Dexx Sud au titre de l'exercice 2013 ni, en conséquence, à procéder à la reconstitution de recettes pour en tirer l'existence de revenus distribués par cette société au profit de la société LV Participations.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société LV Participations est fondée à demander la décharge, en droit et pénalité, de la cotisations supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2013.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société requérante d'une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La société LV Participations est déchargée de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2013 et des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à la société LV Participations une somme de 1400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL LV Participations et à l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal sud-est.

Délibéré après l'audience du 18 octobre septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

C. Collomb

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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