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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102003

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102003

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102003
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantINCEPTO AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 22 mars 2021 et 20 mai 2022, M. C B et Mme D A épouse B, représentés par le cabinet Incepto Avocats agissant par Me Maître, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2020 à raison de la plus-value réalisée par Mme A, épouse B, sur la vente d'un bien immobilier situé 34 rue Molière à Lyon (69006).

Ils soutiennent que :

- à titre principal, l'administration fiscale a méconnu les dispositions des 1° et 1° ter du II de l'article 150 U du code général des impôts ainsi que le paragraphe n° 60 la doctrine référencée BOI-RFPI-PVI-10-40-10 du 12 août 2015 en imposant la quote-part de la vente revenant à Mme B dès lors que le foyer fiscal était établi, depuis le 30 novembre 1999 dans l'appartement cédé le 19 mai 2020, qu'ils ne sont ni séparés de biens ni en instance de divorce et qu'ils font l'objet d'une imposition commune au titre de l'impôt sur le revenu ;

- les problèmes de santé rencontrés par M. B, qui a été désigné mandataire de son épouse par un jugement du juge des tutelles du 25 janvier 2018, au cours de l'année 2019 ne lui ont pas permis de conclure la vente dans le délai de deux ans prévu par les dispositions de l'article 150 U du code général des impôts au terme duquel Mme B devait être considérée comme ayant établi sa résidence dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ; ils sont toutefois fondés à se prévaloir de l'arrêt n° 19BX04551 de la cour administrative d'appel de Bordeaux en date du 6 mai 2021 dès lors que M. B a effectué toutes les diligences nécessaires à la mise en vente de l'appartement sept mois avant le terme du délai de deux ans prévu par les dispositions de l'article 150 U du code général des impôts ;

- à titre subsidiaire, le refus opposé par l'administration fiscale de leur permettre de bénéficier de l'exonération prévue par les dispositions de l'article 150 U du code général des impôts soulève des difficultés juridiques eu égard à leur situation de couple marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts prévu par l'article 140 du code civil, à la situation de Mme B dont l'hébergement dans un EHPAD, qui revêt un caractère temporaire, ne peut être considéré comme une résidence principale et il est en contradiction avec la définition de la notion de résidence principale donnée par diverses réponses ministérielles ; la position de l'administration fiscale revêt un caractère discriminatoire pour M. B.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2021, le directeur des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022 par une ordonnance du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont cédé, le 19 mai 2020, l'appartement qu'ils avaient acquis le 30 novembre 1999 au 34 rue Molière dans le 6ème arrondissement de Lyon. M. B a bénéficié de l'exonération d'imposition de la plus-value immobilière réalisée à l'occasion de cette cession, sur le fondement du 1er du II de l'article 150 U du code général des impôts mais tel n'a pas été le cas de son épouse qui réside depuis le 21 octobre 2017 dans un établissement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de façon continue. Les droits acquittés au titre de la fraction non-exonérée de la plus-value concernant Mme B s'élèvent à un montant de 37 098 euros au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux. Leur réclamation contentieuse du 9 novembre 2020 ayant été rejetée le 21 janvier 2021, les requérants demandent au tribunal, par la présente requête, la décharge de ces impositions supplémentaires.

Sur les conclusions à fin de décharge des impositions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts dans sa version alors en vigueur : " I. - Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. () II. - Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession () / 1° ter Qui ont constitué la résidence principale du cédant et ont n'ont fait l'objet depuis lors d'aucune occupation, lorsque ce dernier est désormais résident d'un établissement mentionné au 6° ou au 7° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles, si au titre de l'avant dernière année précèdant cette cession, il n'est pas passible de l'impôt sur la fortune immobilière et n'a pas un revenu fiscal de référence excédant la limite prévue au II de l'article 1417 du présent code et si la cession intervient dans un délai inférieur à deux ans suivant l'entrée dans l'établissement () ".

4. En premier lieu, il résulte des dispositions du 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts que la plus-value réalisée par une personne physique lors de la cession à titre onéreux d'un bien immobilier qui constitue sa résidence principale au jour de la cession n'est pas passible de l'impôt sur le revenu. Pour être considéré comme résidence principale, au sens de ces dispositions, l'immeuble en cause doit constituer la résidence habituelle et effective du cédant.

5. D'une part, il est constant que l'acte de vente en cause, en date du 19 mai 2020, mentionne M. et Mme B comme covendeurs. Les époux B sont mariés, depuis le 9 novembre 1972, sous le régime de la communauté d'acquêts à défaut de contrat de mariage préalable. L'appartement situé dans le 6ème arrondissement de Lyon a ainsi été acquis, en 1999, sous le régime de la communauté de biens laquelle n'était pas dissoute à la date de la cession litigieuse. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que Mme B était propriétaire pour la moitié du bien cédé.

6. D'autre part, les requérants font valoir qu'ils sont imposés au sein du même foyer fiscal. Toutefois, il est constant que Mme B réside depuis le 21 octobre 2017 dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes situé à Villeurbanne. En outre, les clauses du contrat de séjour de séjour en EHPAD, conclu le 21 octobre 2017 entre Mme B et l'établissement, qui prévoient une condition de résiliation à l'initiative du résident mais également à l'initiative de la résidence ainsi qu'une possibilité de suspension du paiement du prix de la prestation en cas d'absence pour convenance personnelle, ne sont pas de nature à remettre en cause la situation de Mme B, qui est hébergée dans cet établissement de façon continue depuis le 21 octobre 2017 en raison de sa situation médicale, et la qualification de cet hébergement en EHPAD comme étant pour Mme B sa résidence principale, au sens et pour l'application des dispositions précitées, définie comme habituelle et effective, au jour de la cession de l'appartement de Lyon.

7. Par suite, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme B, et alors même qu'ils appartenaient à un même foyer fiscal, Mme B, qui ainsi avait la qualité de cédante pour la moitié de l'appartement de Lyon lequel ne pouvait être regardé comme étant sa résidence principale à la date de cette cession, ne remplissait pas, en l'espèce, les conditions pour bénéficier de l'exonération prévue au 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts.

8. En deuxième lieu, M. et Mme B font valoir que M. B, qui a été désigné mandataire de son épouse par un jugement du juge des tutelles en date du 25 janvier 2018 mais dont l'état de santé ne lui a pas permis de conclure la vente du bien immobilier dans le délai de deux ans requis par ces dispositions, a néanmoins effectué toutes les diligences nécessaires à la mise en vente de l'appartement sept mois avant le terme de ce délai. Toutefois, et en tout état de cause, il n'est pas contesté que Mme B ne remplit pas les conditions de ressources exigées par les dispositions du 1° ter du II de l'article 150 U du code général des impôts, son revenu fiscal de référence pour les revenus de l'année 2018 étant supérieur au seuil fixé par les dispositions de l'article 1417 II du code général des impôts.

9. En troisième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les circonstances que les parlementaires et les détenus aient droit à un régime d'imposition spécifique, que les propriétaires de résidences secondaires bénéficient d'une " voie qui leur est ouverte lorsqu'ils ne sont pas propriétaires de leur résidence principale dans les quatre années qui précèdent la vente de leur résidence secondaire ", que les travailleurs expatriés ont la possibilité " d'avoir une résidence principale de repli qui bénéficie des exonérations de plus-value immobilière " ou encore " que les textes prévoient également un aménagement de la fiscalité de la plus-value en cas d'obligation de vendre la résidence principale pour satisfaire aux conditions de la curatelle " ne sont pas de nature à caractériser une discrimination dès lors que les personnes qui en bénéficient se trouvent dans une situation différente de la leur. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir qu'ils seraient victimes d'une discrimination.

10. En dernier lieu, l'argumentation des requérants tirée de ce qu'ils ont été contraints de vendre leur résidence principale pour financer le placement et les soins de Mme B alors que M. B était atteint d'un cancer et que leur fils aîné est handicapé et invalide à 80%, si elle est susceptible d'être exposée à l'appui d'un recours gracieux auprès de l'administration fiscale, ne peut être utilement soulevée devant le juge de l'impôt.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

11. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".

12. En premier lieu, le paragraphe 60 de la documentation administrative référencée BOI-RFPI-PVI-10-40-10 relative aux exonérations résultant de la cession principale en date du 12 août 2015, énonce que : " Lorsqu'un des époux est titulaire d'un logement de fonction, ce logement constitue, en principe, sa résidence principale. Toutefois, lorsque le conjoint et les enfants du titulaire du logement de fonction résident effectivement et en permanence dans une autre habitation, cette dernière peut être considérée comme constituant l'habitation principale du foyer. / Dans ces situations, la notion de logement abritant le foyer du contribuable constitue une question de fait que l'administration doit apprécier strictement sous le contrôle du juge de l'impôt ".

13. M. et Mme B, qui doivent être regardés comme invoquant les dispositions précitées de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ne peuvent utilement se prévaloir de la documentation précitée qui concerne le cas d'un époux titulaire d'un logement de fonction et qui ne s'applique donc pas à leur situation.

14. En second lieu, à supposer que les requérants aient entendu également invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, diverses réponses ministérielles visant les contribuables en mobilité professionnelle, ils ne sauraient davantage se prévaloir, pour obtenir l'exonération sollicitée, ni de la réponse apportée le 25 février 2014 à la question n° 50705 du ministre du budget concernant l'habitation principale du contribuable que sa profession oblige à de fréquents déplacements ni de la réponse apportée le 18 mai 2000 à la question n° 25224 du ministre de l'économie concernant les parlementaires contraints de résider temporairement dans la circonscription dans laquelle ils ont été élus et qui peut être différente de celle de la résidence de leur famille, qui concernent les contribuables amenés à résider temporairement hors de leur résidence principale pour des raisons professionnelles et non le cas des personnes résidant dans des établissements médicalisés de façon continue depuis plus de deux ans.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme D A épouse B, et au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

C. Collomb

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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