mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2102139 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DELAMBRE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mars 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Delambre, demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujetties au titre des années 2015 et 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.
Ils soutiennent que :
- les véhicules loués par la société France Energies Renouvelables sont utilisés à des fins strictement professionnelles et ne constituent pas un avantage en nature à leur profit ;
- les déplacements au Maroc et en Tunisie avaient pour objet de se rendre dans les call centers réalisant des prestations pour la société France Energies Renouvelables ;
- les deux séjours aux Etats-Unis étaient motivés par le développement d'un projet de commercialisation des produits de la société France Energies Renouvelables dans ce pays ;
- la réception organisée le 3 juillet 2016 avait pour objet de remercier les nombreux apporteurs d'affaires et commerciaux de la société France Energie Renouvelables ;
- la majoration de 40% qui leur a été appliquée n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2022.
En réponse à la demande formulée par le tribunal sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est a produit, le 2 août 2022, des pièces pour compléter l'instruction, qui ont été communiquées à M. et Mme B.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gros, conseillère,
- et les conclusions de Mme Lacroix, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) France Energies Renouvelables, qui a pour activité l'achat et la vente de panneaux photovoltaïques ainsi que toutes prestations liées à ces produits, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2015 et en 2016. L'administration en a tiré les conséquences sur la situation fiscale de Mme C B, associée unique, et de M. A B, directeur général de la société, en réintégrant, selon la procédure contradictoire, dans leurs revenus imposables des années 2015 et 2016, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les revenus distribués par cette société sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 et du c de l'article 111 du code général des impôts. M. et Mme B ont, en conséquence, été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales assorties d'intérêts de retard et de la majoration de 40% pour manquement délibéré, dont ils demandent au tribunal de prononcer la décharge.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".
S'agissant de l'année 2015 :
3. M. et Mme B ayant contesté les rectifications apportées à leurs revenus des années 2015 et 2016, qui leur avaient été notifiées selon la procédure contradictoire, l'administration supporte la charge de la preuve de l'existence et du montant des revenus qui auraient été distribués par la société France Energies Renouvelables.
Quant aux charges injustifiées :
4. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / () ".
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des propositions de rectification du 21 décembre 2018 adressées à la société France Energies Renouvelables, d'une part, et à M. et Mme B, d'autre part, que l'administration a imposé entre les mains des requérants, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les frais exposés par la société France Energies Renouvelables au titre de déplacements au Maroc et en Tunisie auxquels ils ont pris part. Elle a, en effet, considéré que si des prestations de démarchage réalisées par des centres d'appel situés dans ces deux pays avaient été inscrites en charges à hauteur de 513 808 euros et que les factures afférentes lui avaient été présentées lors de la vérification de comptabilité, la réalité des prestations en cause ne pouvait être regardée comme établie. A cet égard, elle a, notamment, relevé qu'aucun contrat n'était produit, que Mme Halimi, présidente de la société, n'était pas en mesure de communiquer l'identité précise de son correspondant dans les différents centres d'appel, que les échanges entre ces derniers et la société France Energies Renouvelables étaient extrêmement limités, voire inexistants, que les factures, qui se présentent parfois selon le même modèle, décrivaient de façon succincte les prestations effectuées, omettant jusqu'à la période concernée pour certaines, que ces prestations étaient étonnamment toujours quantifiées par des chiffres ronds, et que la société France Energies Renouvelables n'était en mesure de produire qu'un échantillon très limité des fiches prospects et des fiches de rendez-vous clients établies par les centres d'appel, et pour certains d'entre eux seulement. Si, pour contester cette analyse, M. et Mme B se réfèrent aux observations présentées par la société France Energies Renouvelables sur la proposition de rectification du 21 décembre 2018, celles-ci, limitées à l'affirmation selon laquelle les factures seraient suffisamment détaillées et feraient référence, non pas à un nombre d'appels, mais de fiches prospects, ainsi qu'à la production d'un courriel supplémentaire daté du mois de juillet 2015, ne permettent pas de remettre en cause les constations opérées par l'administration et rappelées ci-avant. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les déplacements au Maroc et en Tunisie effectués en 2015 présentaient un caractère professionnel.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment des propositions de rectification du 21 décembre 2018 adressées à la société France Energies Renouvelables, d'une part, et à M. et Mme B, d'autre part, que l'administration a imposé entre leurs mains, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les frais exposés par la société France Energies Renouvelables au titre de déplacements aux Etats-Unis auxquels ils ont pris part. Elle a, en effet, considéré que l'attestation établie par le dirigeant de la société Group Solar USA (dite GSU) ne permettait pas, à elle seule, de considérer que les séjours en cause, effectués par les requérants en compagnie de leurs deux enfants, s'inscrivaient effectivement dans le cadre d'un projet visant à commercialiser les produits de la société France Energies Renouvelables aux Etats-Unis, et notamment à Miami et à New-York. M. et Mme B, qui n'apportent, dans le cadre de la présente instance, aucun autre justificatif, ne sont pas fondés à soutenir que les déplacements aux Etats-Unis effectués en 2015 présentaient un caractère professionnel.
Quant à l'avantage en nature :
7. Aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts : " Les contribuables visés à l'article 53 A sont tenus de fournir, en même temps que la déclaration des résultats de chaque exercice, un état comportant l'indication de l'affectation de chacun des véhicules de tourisme au sens de l'article L. 421-2 du code des impositions sur les biens et services ayant figuré à leur actif ou dont l'entreprise a assumé les frais au cours de cet exercice. / Ces mêmes contribuables doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel. ". Aux termes de l'article 223 du même code : " () 3. Les personnes morales et associations passibles de l'impôt sur les sociétés sont tenues aux mêmes obligations que celles prévues aux articles 54 bis () ".
8. Il résulte de l'instruction, notamment des propositions de rectification du 21 décembre 2018 adressées à la société France Energies Renouvelables, d'une part, et aux requérants, d'autre part, que l'administration a considéré que Mme B, désignée comme conductrice sur les factures, avait disposé des trois véhicules loués par la société France Energies Renouvelables au titre de l'année 2015 et qu'en l'absence de déplacement professionnel justifié, elle devait être regardée comme en ayant usé à des fins privées. Les requérants, qui ne contestent pas que ces véhicules étaient à la disposition de Mme B, n'apportent aucun élément à l'appui de leurs allégations selon lesquelles leur usage était strictement professionnel. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a considéré la mise à disposition desdits véhicules comme un avantage en nature au profit de Mme B.
S'agissant de l'année 2016 :
9. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".
10. Il est constant que M. et Mme B n'ont pas présenté d'observations sur la proposition de rectification qui leur a été adressée le 11 juin 2019 dans le délai de trente jours imparti. Par suite, ils ne peuvent obtenir la décharge des suppléments d'impositions mis à leur charge qu'en apportant la preuve de leur exagération.
Quant aux charges injustifiées :
11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 5, en se bornant à se prévaloir des observations présentées par la société France Energies Renouvelables sur la proposition de rectification du 21 décembre 2018, qui concernent, au demeurant, l'exercice clos en 2015, M. et Mme B n'établissent pas que les déplacements au Maroc et en Tunisie effectués en 2016 aux frais de la société France Energies Renouvelables présentaient un caractère professionnel.
12. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, l'attestation du directeur général de la société Group Solar USA produite par M. et Mme B ne permet pas, à elle seule, de considérer que les déplacements aux Etats-Unis effectués, aux frais de la société France Energies Renouvelables, en compagnie de leurs deux enfants en 2016 revêtaient un caractère professionnel.
13. En troisième lieu, M. et Mme B ne produisent aucun justificatif attestant du caractère professionnel de la réception donnée au château de Montchat le 3 juillet 2016, dont les frais, qui s'élèvent à la somme de 2 794,69 euros, ont été pris en charge par la société France Energies Renouvelables.
14. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à critiquer, pour ce motif, l'imposition des sommes afférentes entre leurs mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
Quant à l'avantage en nature :
15. M. et Mme B, qui ne contestent pas que celle-ci avait la disposition des trois véhicules loués par la société France Energies Renouvelables, n'apportent aucun élément à l'appui de leurs allégations selon lesquelles elle n'en aurait usé qu'à des fins professionnelles. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a retenu l'existence d'un avantage en nature et l'a imposé entre leurs mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
En ce qui concerne les pénalités :
16. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
17. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a imposé entre les mains de M. et Mme B les sommes mentionnées ci-avant, qu'ils n'avaient pas faites figurer dans leurs déclarations. Ainsi, et dès lors que les intéressés ne contestent pas le caractère intentionnel de ces omissions, l'administration était fondée à assortir les impositions supplémentaires litigieuses de la majoration de 40% prévue par les dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Tocut, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. DLa greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026