lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2102380 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SAUVIGNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 avril 2021 et 25 février 2022, Mme B A, représentée par Me Sauvignet, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner Pôle emploi à lui verser la somme totale de 50 144,36 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait :
- de la discrimination dont elle déclare avoir été victime de la part de son employeur au cours de sa carrière, à raison de son sexe, de son engagement syndical et de son état de santé ;
- de la souscription forcée à la mutuelle de cet établissement public entre les années 2009 et 2015 ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant-dire droit une expertise permettant d'évaluer ses préjudices ;
3°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ses conclusions tendant à " dire et juger " que Pôle emploi a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité sont recevables, dès lors que le tribunal doit au préalable constater l'existence d'une faute pour prononcer une condamnation ;
- ses conclusions indemnitaires sont également recevables, dès lors qu'elles reposent sur les agissements constitutifs d'une discrimination dont elle a été victime de la part de son employeur, au cours de sa carrière, et n'ont pas le même objet que des conclusions à fin d'annulation de décisions à objet purement pécuniaire devenues définitives ;
- la prescription quadriennale des dettes publiques prévue par les dispositions de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ne lui est pas opposable, dès lors que l'action en réparation des préjudices résultant d'une discrimination se prescrit par cinq ans, à compter de la révélation de la discrimination, conformément au régime spécial de prescription prévu par les dispositions de l'article 7 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- elle a été victime d'une discrimination à raison de son sexe, de son engagement syndical et de son état de santé, de la part de son employeur, au cours de sa carrière, en méconnaissance des dispositions des articles 6 et 6 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ; en effet :
• elle a cessé de bénéficier d'avancements accélérés à compter de l'année 2014, période qui correspond à l'exercice de son mandat syndical ;
• elle a également cessé de bénéficier d'une prime variable à compter de l'année 2015, période correspondant à la fois à l'exercice de son mandat syndical et à la dégradation de son état de santé ;
• les inégalités sexuelles systémiques dans l'évolution de la rémunération entre les hommes et les femmes au sein de Pôle emploi sont étayées par les statistiques du bilan social et du rapport de situations comparées de cet établissement pour l'année 2018 ;
• la stagnation de sa carrière ainsi que la perte de rémunération en raison de son sexe ont été aggravées par la discrimination dont elle a été victime à raison de son engagement syndical et de son état de santé ;
• son employeur a refusé de lui transmettre des éléments objectifs de nature à permettre la comparaison de sa situation avec celle de ses collègues ;
- ces agissements fautifs, que Pôle emploi avait l'obligation de prévenir ou, à défaut, de faire cesser, lui ont causé un préjudice économique à hauteur de 35 000 euros, ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence à hauteur de 15 000 euros ;
- cet établissement public a également commis une faute de nature à engager sa responsabilité en l'obligeant à souscrire à une mutuelle entre les années 2009 et 2015, alors qu'elle avait expressément refusé cette souscription dès le 4 décembre 2008, ce qui lui a causé un préjudice économique à hauteur de 144,36 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 décembre 2021 et 6 avril 2022, Pôle emploi, représenté par la SCP Lonqueue-Sagalovitsch-Eglie-Richters et Associés (Me Lonqueue) conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête de Mme A est irrecevable, en effet :
• ses conclusions tendant à " dire et juger " que Pôle emploi aurait commis des fautes de nature à engager sa responsabilité sont irrecevables, dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de procéder à des déclarations de droit ;
• ses conclusions indemnitaires sont également irrecevables, dès lors qu'elles ont la même portée que des conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions à objet purement pécuniaire par lesquelles Pôle emploi lui a refusé le bénéfice d'avancements accélérés ainsi que l'octroi de primes variables annuelles et qui sont devenues définitives à l'expiration d'un délai raisonnable d'un an à compter du 26 décembre 2013 et des 3 avril et 8 novembre 2019, dates à compter desquelles elle en a eu connaissance ;
- la prescription quinquennale de droit commun prévue par les dispositions de l'article 2224 du code civil s'oppose à l'examen au fond d'une partie de la requête, dès lors qu'à la date de la demande indemnitaire préalable de l'intéressée, le 21 décembre 2020, cette prescription était acquise pour les créances nées antérieurement au 21 décembre 2015 ;
- à supposer que le régime spécial de prescription quinquennale prévu par les dispositions de l'article 7 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 soit applicable, ces créances sont en tout état de cause prescrites ;
- les moyens et les prétentions indemnitaires de la requérante sont infondés.
Par un courrier du 7 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de Mme A tendant à la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de la souscription forcée à la mutuelle de Pôle emploi entre les années 2009 et 2015, dès lors que la demande indemnitaire préalable de l'intéressée se fondant exclusivement sur les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la discrimination dont elle déclare avoir été victime de la part de son employeur, au cours de sa carrière, à raison de son sexe, de son engagement syndical et de son état de santé, de telles conclusions reposent sur un fait générateur distinct et constituent une demande nouvelle irrecevable à défaut de liaison du contentieux.
Mme A a présenté, le 8 septembre 2022, des observations en réponse à ce moyen d'ordre public qui ont été communiquées au défendeur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- la loi n° 2008-126 du 13 février 2008 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 ;
- le décret n° 2004-386 du 28 avril 2004 ;
- l'arrêté du 31 décembre 2003 portant application des articles 19, 22, 42 et 44 du décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail ;
- l'arrêté du 28 avril 2004 portant application du décret n° 2004-386 du 28 avril 2013 relatif au régime indemnitaire des agents contractuels de droit public de l'Agence nationale pour l'emploi ;
- l'arrêté du 21 décembre 2009 portant agrément de la convention collective nationale de Pôle emploi du 21 novembre 2009 ;
- l'accord du 18 mars 2011 relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et à la conciliation vie professionnelle, familiale et personnelle à Pôle emploi ;
- la décision n° 2004-39 du 2 janvier 2014 relative aux conditions d'attribution de réductions d'ancienneté pour l'avancement et aux conditions d'accès aux échelons exceptionnels ;
- la décision n° 2004-78 du 21 mai 2014 fixant les modalités d'attribution et les montants de la prime variable liée à la manière de servir ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les conclusions de Mme Deniel, rapporteure publique ;
- les observations de Me Sauvignet, représentant Mme A ;
- et les observations de Me Kukuryka, substituant Me Lonqueue, représentant Pôle emploi.
Considérant ce qui suit :
1. Recrutée par un contrat de travail à durée déterminée du 20 février au 19 août 2006, par l'Association pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assédic) de Paris, Mme A, a ensuite été recrutée, par un contrat de travail à durée indéterminée en date du 11 décembre 2006, par l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE), en qualité de conseillère de niveau II. Affectée, à compter du 1er novembre 2012, au sein de l'agence Pôle emploi de Montbrison, l'intéressée sera licenciée pour inaptitude définitive à l'exercice de toutes fonctions à compter du 14 décembre 2020. Par un courrier du 21 décembre suivant, Mme A a saisi la direction régionale Auvergne-Rhône-Alpes de Pôle emploi d'une réclamation indemnitaire d'un montant total de 50 000 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la discrimination dont elle déclare avoir été victime de la part de son employeur, au cours de sa carrière, à raison de son sexe, de son engagement syndical et de son état de santé. Sa demande ayant été implicitement rejetée le 21 février 2021, la requérante demande au tribunal de condamner Pôle emploi à lui verser la somme totale de 50 144,36 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'agissements discriminatoires et de la " souscription forcée " à la mutuelle de cet établissement public pour les années 2009 à 2015.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions :
2. Selon les termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, que cette demande ait été présentée antérieurement ou postérieurement à l'introduction du recours juridictionnel. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
4. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.
5. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus. Dans ce même cas, la victime peut également, si le juge administratif est déjà saisi par elle du litige indemnitaire né du refus opposé à sa réclamation, ne pas saisir l'administration d'une nouvelle réclamation et invoquer directement l'existence de ces dommages devant le juge administratif saisi du litige en premier ressort afin que, sous réserve le cas échéant des règles qui gouvernent la recevabilité des demandes fondées sur une cause juridique nouvelle, il y statue par la même décision.
6. En l'espèce, si Mme A se prévaut d'une faute commise par Pôle emploi du fait d'une " souscription forcée " à la mutuelle de cet établissement public, entre les années 2009 et 2015, alors qu'elle avait décidé de souscrire à une autre mutuelle et demande au tribunal de condamner ledit établissement à lui verser la somme de 144,36 euros en réparation du préjudice économique qu'elle estime dès lors avoir subi, il résulte de l'instruction que la demande indemnitaire préalable adressée par l'intéressée à la direction régionale Auvergne-Rhône-Alpes de Pôle emploi, le 21 décembre 2020, se fondait exclusivement sur les préjudices qu'elle estimait avoir subis du fait de la discrimination dont elle déclare avoir été victime de la part de son employeur. Par suite, dès lors que Mme A ne peut sérieusement soutenir que le prélèvement opéré illégalement sur ses bulletins de paie entre les années 2009 et 2015 participerait du processus discriminatoire dont elle déclare avoir été victime, de telles conclusions qui reposent sur un fait générateur distinct, constituent une demande nouvelle, la circonstance que l'administration reconnaisse que le prélèvement opéré sur les bulletins de paie de l'intéressée entre les années 2009 et 2015 constitue une " simple omission administrative " qui a été corrigée à compter de l'année 2016 étant à cet égard sans incidence. Ainsi, dès lors qu'il ne résulte pas davantage de l'instruction que l'intéressée aurait adressé à Pôle emploi, postérieurement à l'introduction de sa requête, une nouvelle demande indemnitaire relative au préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité du prélèvement ainsi opéré entre les années 2019 et 2015, ces conclusions indemnitaires, qui reposent sur un fait générateur distinct, constituent une demande nouvelle irrecevable à défaut de toute liaison du contentieux et ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions restant en litige :
7. En vertu des dispositions de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions () syndicales () ou de () leur état de santé (). ". Selon les termes de l'article L. 131-2 du même code : " Aucune distinction ne peut être faite entre les agents publics en raison de leur sexe. ".
8. L'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations prévoit que : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement () de son sexe, () de son état de santé () de ses activités syndicales () une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. / Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés. / La discrimination inclut : / 1° Tout agissement lié à l'un des motifs mentionnés au premier alinéa et tout agissement à connotation sexuelle, subis par une personne et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ; () ". Et aux termes de l'article 4 de la même loi : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. () ".
9. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que cette mesure repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
10. Selon les termes de l'article L. 5312-9 du code du travail : " Les agents de l'institution nationale, qui sont chargés d'une mission de service public, sont régis par le présent code dans les conditions particulières prévues par une convention collective étendue agréée par les ministres chargés de l'emploi et du budget. Cette convention comporte des stipulations, notamment en matière de stabilité de l'emploi et de protection à l'égard des influences extérieures, nécessaires à l'accomplissement de cette mission. / Les règles relatives aux relations collectives de travail prévues par la deuxième partie du présent code s'appliquent à tous les agents de l'institution, sous réserve des garanties justifiées par la situation particulière de ceux qui restent contractuels de droit public. () ".
11. Il est constant qu'à la suite de fusion entre les Assédic et l'ANPE, Mme A n'a pas opté, dans les conditions prévues au deuxième alinéa du I de l'article 7 de la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l'organisation du service public de l'emploi, pour la convention collective nationale de Pôle emploi désormais mentionnée au premier alinéa de l'article L. 5312-9 du code du travail et agréée par un arrêté interministériel du 21 décembre 2009, de sorte qu'elle a conservé son statut d'agent de droit public et demeurait ainsi régie, notamment, par les dispositions du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de l'Agence nationale pour l'emploi.
12. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 31 décembre 2003 : " Le présent décret fixe les dispositions particulières applicables aux agents de Pôle emploi recrutés par contrat de droit public à durée indéterminée avant la création de cette institution et qui n'ont pas opté pour la convention collective prévue à l'article L. 5312-9 du code du travail. / Les dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'Etat prévues par le décret du 17 janvier 1986 susvisé leur sont applicables, sous réserve des dispositions du présent décret. ". Selon les termes de l'article 3 du même décret : " Les agents mentionnés à l'article 1er sont répartis, compte tenu de leur emploi, dans l'un des niveaux d'emplois suivants : I, II, III, IV A, IV B, V A, V B et, sous réserve des dispositions du troisième alinéa, dans l'une des filières suivantes : conseil à l'emploi, appui et gestion, systèmes d'information et management opérationnel. / Les filières conseil à l'emploi, appui et gestion et systèmes d'information comportent cinq niveaux d'emplois, du niveau I au niveau IV B, et la filière management opérationnel comporte les deux niveaux d'emplois IV A et IV B. () ". Et aux termes de l'article 20 de ce décret : " Les personnes déléguées par le directeur général procèdent à une évaluation périodique de chaque agent. Cette évaluation, qui donne lieu à un entretien individuel, comporte obligatoirement une appréciation de la manière de servir, de la compétence professionnelle et des acquis de la formation continue. / Elle fait l'objet d'un compte rendu communiqué à l'agent. () ".
13. D'autre part, aux termes de l'article 22 du décret du 31 décembre 2003 : " I. - L'avancement d'échelon dans chaque niveau d'emplois s'effectue d'un échelon à l'échelon immédiatement supérieur. / Dans la limite d'un contingent annuel dont les modalités de calcul sont fixées par l'arrêté prévu à l'article 19, il est procédé, chaque année, après avis de la commission paritaire compétente, dans chaque niveau d'emplois, à l'attribution de réductions d'ancienneté d'une durée maximale d'un an, sans pouvoir excéder la moitié de la durée du temps à passer dans l'échelon. / Les conditions d'attribution de ces avancements, qui tiennent notamment compte du développement des compétences et des résultats de l'évaluation prévue à l'article 20, sont précisées par décision du directeur général. / () II. - Les agents mentionnés à l'article 1er, de Pôle emploi, en décharge totale de service pour l'exercice d'un mandat syndical bénéficient, en matière d'avancement d'échelon, de réductions d'ancienneté égales à la moyenne des réductions dont ont bénéficié les agents en activité de même niveau d'emplois et de même ancienneté de service dans ce niveau. ". Selon les termes de l'article 2 de l'arrêté du 31 décembre 2003 visé ci-dessus : " Le contingent annuel de réductions de la durée du temps à passer dans l'échelon d'une année prévu à l'article 22 du décret du 31 décembre 2003 susvisé correspond, pour chaque exercice sur la base de l'effectif payé au 30 septembre de l'année précédente, et pour ceux des effectifs hors échelons exceptionnels qui changent d'échelon l'année suivante : / () - à un quart de l'effectif des niveaux II, III et IV A ; () ". L'article 1er de la décision du 2 janvier 2004 également visée ci-dessus prévoit que : " Sous réserve des dispositions du II de l'article 22 du décret du 31 décembre 2003 susvisé, les réductions d'ancienneté pour l'avancement () sont proposées par avis motivé du supérieur hiérarchique. Cette proposition est établie compte tenu de l'évaluation périodique prévue à l'article 20 du décret du 31 décembre 2003 susvisé en tenant compte de la manière de servir appréciée notamment au regard des activités confiées et du développement des compétences professionnelles et des acquis de la formation continue. ". Et aux termes de l'article 2 de la même décision : " L'attribution d'une réduction d'ancienneté intervient sur décision du directeur général ou de son délégataire, après avis de la commission paritaire compétente. Elle a pour effet d'anticiper, pour sa durée, la date d'avancement prévisionnelle du bénéficiaire sans qu'elle puisse avoir un effet antérieur au 1er janvier de l'année de son attribution ".
14. En outre, aux termes du Préambule de l'accord du 18 mars 2011 relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et à la conciliation vie professionnelle, familiale et personnelle à Pôle emploi : " () Chacune des parties au présent accord réaffirme son attachement au respect du principe de non discrimination notamment entre les femmes et les hommes. / Conscients que l'évolution professionnelle des femmes et le développement de la mixité dans les emplois à tous les niveaux peuvent être freinés par des représentations et des stéréotypes culturels, les parties signataires ont décidé de mettre en place des mesures correctives en prenant en compte la réalité constatée au travers des éléments de diagnostic fournis. / L'accord a pour objet de mettre en œuvre les actions ci-après : / - Garantir l'égalité de traitement entre les femmes et les hommes dans les recrutements et dans les métiers, / - Garantir des niveaux de rémunération équivalents entre les femmes et les hommes pour des fonctions équivalentes et de même niveau. / - Garantir entre les femmes et les hommes les mêmes possibilités d'évolutions professionnelles. () ". Selon les termes du Chapitre 1 du même accord, intitulé " Bénéficiaires " : " Les dispositions du présent accord ont vocation à bénéficier à tous les salariés de Pôle emploi dans le respect des textes en vigueur applicables selon le statut public ou privé de l'agent. ". Le point 3.3 du Chapitre 3 de cet accord, intitulé " Promotion ", stipule que : " () S'agissant des agents de droit public, la notion de promotion (par changement de niveau d'emploi) est celle prévue dans le décret statutaire de 2003 aux articles 7 à 9 et 24. S'y ajoute la possibilité d'accorder un avancement accéléré ou l'accès à la carrière exceptionnelle conformément aux articles 22 et 23 de ce statut. () ". Et aux termes du point 4.2 du Chapitre 4 du même accord, intitulé " Suppression des écarts injustifiés de rémunération entre les femmes et les hommes " : " Les parties constatent que des différences de salaires non justifiées par des critères objectifs (liés à l'âge, l'ancienneté, la qualification, la fonction) peuvent subsister entre les femmes et les hommes. / Pôle emploi entend définir une méthode en vue d'identifier, d'examiner et de résorber par des mesures concrètes ces écarts de salaires injustifiés, appelés écarts résiduels, subsistant après neutralisation des effets de structure (emploi générique, âge, ancienneté). Cette méthode vise à comparer, toutes choses égales par ailleurs, la différence de salaire entre femmes et hommes. / () Après pré-identification par le DGA RH, des salariées éligibles en situation d'écart résiduel d'au moins 5% par rapport au salaire médian des hommes pour une fonction, un emploi générique, une tranche d'ancienneté et une tranche d'âge données (critères cumulés) un examen sera réalisé par la DRH de l'établissement. / () Concernant les agents publics, les directeurs d'établissement privilégieront dans l'attribution des avancements accélérés () la situation des femmes ayant un écart injustifié de salaire parmi les agents éligibles répondant aux critères d'attribution. Les membres des commissions paritaires disposeront dans ce cadre de la liste des femmes présentant un écart injustifié de salaire comme document préparatoire aux commissions paritaires locales. Une notification individuelle sera adressée aux femmes figurant dans cette liste. () ".
15. Il résulte de la combinaison des dispositions et stipulations précitées que l'accord du 18 mars 2011 constitue un accord collectif de travail applicable à l'ensemble des agents de Pôle emploi, sous réserve des garanties justifiées par la situation des agents contractuels de droit public de l'institution. Alors que les stipulations du point 4.2 de cet accord n'affectent pas ces garanties, en l'espèce, la requérante peut utilement s'en prévaloir conformément aux dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 5312-9 du code du travail. Toutefois, si ces stipulations prévoient une priorité dans l'attribution d'un avancement d'échelon accéléré, accordée aux femmes qui, répondant à ses critères d'attribution, subissent un écart injustifié de salaire, elles ne leur confèrent pas pour autant un droit à l'obtenir.
16. Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 28 avril 2004 relatif au régime indemnitaire des agents contractuels de droit public de l'Agence nationale pour l'emploi : " Dans la limite des crédits ouverts à cet effet, les agents contractuels de droit public de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail (Pôle emploi) () peuvent bénéficier de primes et d'indemnités définies au présent décret. () ". Selon les termes de l'article 3 du même décret : " Une prime variable liée à la manière de servir peut être attribuée à certains des agents mentionnés à l'article 1er. / Les montants mensuels liés à la manière de servir sont fixés par niveaux d'emplois et varient en fonction des résultats de l'appréciation portée sur la manière de servir, dans la limite d'un montant plafond maximal fixé par niveaux d'emplois. Ils sont versés semestriellement. ". L'article 1er de la décision du 21 mai 2004 visée ci-dessus prévoit que : " La prime variable liée à la manière de servir, subdivisée en trois fractions égales peut être attribuée exclusivement aux agents mentionnés à l'article 1er du décret n° 2004-386 du 28 avril 2004, qui ne sont pas éligibles à la prime variable de performance individuelle prévue à l'article 4 dudit décret. / Elle est versée semestriellement en juin et décembre de chaque année, le nombre de fraction attribué étant fonction des résultats de l'appréciation portée sur la manière de servir durant le semestre de référence. / Les semestres de référence vont du 1er novembre de l'année précédente au 30 avril de l'année en cours, pour le versement de juin, et du 1er mai au 31 octobre de l'année en cours pour le versement de décembre. ". Et aux termes de l'article 3 de la même décision : " Les montants mensuels sont fixés par niveaux d'emplois dans le tableau ci-après : /
Niveaux d'emplois()II()Montant mensuel d'une fraction au 1/01/2004
()
30,77€
()Montant maximal mensuel au
1/01/2004
()
92,32€
() ".
17. Il résulte des dispositions citées au point précédent, qu'une prime variable liée à la manière de servir peut être attribuée à certains agents contractuels de droit public de Pôle emploi. Cette prime, versée semestriellement en juin et décembre de chaque année, est subdivisée en trois fractions égales, le nombre de fractions étant attribué au regard de l'appréciation portée sur la manière de servir de l'agent, durant un semestre de référence, allant du 1er novembre de l'année précédente au 30 avril de l'année en cours pour le versement de juin, et, du 1er mai au 31 octobre de l'année en cours, pour le versement de décembre. L'agent bénéficie ainsi d'une fraction en cas de manière de servir " très satisfaisante ", de deux fractions en cas de manière de servir " à souligner particulièrement ", et de trois fractions en cas de manière de servir " exceptionnelle ". Une manière de servir " normale " n'entraine l'attribution d'aucune fraction.
18. En l'espèce, Mme A recherche la responsabilité de Pôle emploi en raison d'une discrimination prohibée par les dispositions précitées des articles L. 131-1 et L. 131-2 du code général de la fonction publique. Elle soutient en effet qu'elle a cessé de bénéficier de réductions d'ancienneté, dites " avancements accélérés ", postérieurement à l'année 2013, que son employeur ne lui a plus octroyé de prime variable à compter de l'année 2015, et que, de manière générale, sa rémunération mensuelle est demeurée à un niveau inférieur au niveau de rémunération médian des femmes au sein de Pôle emploi, lui-même inférieur à celui des hommes, pour un même niveau d'emploi et à ancienneté et âge comparables. La requérante estime que le ralentissement de sa carrière et la faible évolution de sa rémunération procèdent ainsi d'une discrimination à raison de son sexe, de son engagement syndical, ayant été élue membre du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) à compter du mois de février 2014 et jusqu'au mois de février 2017, et de son état de santé, lequel s'est progressivement dégradé à compter de l'année 2016 et a entrainé son placement en congé de maladie ordinaire du 30 mai 2016 au 20 mars 2017 puis la reprise de ses fonctions en mi-temps thérapeutique pendant huit mois ainsi que des arrêts de travail réguliers au cours des années 2018 et 2019.
19. Au soutien de son argumentation, Mme A produit notamment un tableau récapitulatif des " avancements accélérés " dont elle a bénéficiés entre les années 2006 et 2020, les décisions lui notifiant l'attribution et la non-attribution de primes variables entre les années 2009 et 2019, ses échanges avec les services des ressources humaines de Pôle emploi en vue de l'obtention d'un " avancement accéléré " à la fin de l'année 2013, après qu'elle ait été destinataire d'un courrier du 19 novembre 2013 l'informant qu'elle avait été " identifiée comme éligible " au dispositif prévu par les stipulations du point 4.2 de l'accord du 18 mars 2011 à la suite de la comparaison de sa rémunération avec le " salaire médian des hommes à même fonction, même niveau d'emploi, même tranche d'âge et même tranche d'ancienneté ", ses comptes rendus d'évaluation pour les années 2014 et 2015 et 2017 à 2019, ainsi que le bilan social de Pôle emploi pour l'année 2018. Il résulte de ces éléments que l'intéressée a cessé de bénéficier d'" avancements accélérés " à compter de l'année 2014, alors même que Pôle emploi lui avait indiqué, le 19 novembre 2013, qu'elle était éligible au dispositif du point 4.2 de l'accord du 18 mars 2011 intitulé " Suppression des écarts injustifiés de rémunération entre les femmes et les hommes ", que son employeur ne lui a plus octroyé de prime variable à compter de l'année 2015 et que son niveau de rémunération mensuelle est demeuré inférieur au niveau de rémunération mensuelle médian des hommes. Ainsi, dès lors que de tels éléments sont susceptibles de faire présumer l'existence d'une discrimination, il appartient à Pôle emploi de justifier que le ralentissement de la carrière et la faible évolution de rémunération de Mme A reposent sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination et au tribunal de forger sa conviction au vu des échanges contradictoires.
20. Premièrement, si Mme A soutient qu'il existerait un lien entre son sexe, la prise de son " mandat syndical " à compter du mois de février 2014, ainsi que son état de santé, d'une part, et l'absence de bénéfice d' " avancements accélérés " postérieurement à l'année 2013, d'autre part, alors qu'elle avait bénéficié de réductions d'ancienneté au cours des années 2008, 2010 et 2013 et qu'elle a été désignée comme éligible au dispositif prévu au point 4.2 de l'accord du 18 mars 2011 par un courrier du 19 novembre 2013, il ressort de la lecture dudit courrier que l'administration s'y est bornée à reconnaître qu'elle subissait un écart de rémunération d'au moins cinq pour cent par rapport au salaire médian des hommes du même âge, de la même ancienneté, du même niveau d'emploi et occupant les mêmes fonctions, sans pour autant admettre qu'un tel écart serait discriminatoire. Par ailleurs, en défense, Pôle emploi fait état de ce que la requérante a bénéficié, au cours de l'année 2011, d'une réduction d'ancienneté dans le cadre du dispositif de l'accord du 18 mars 2011 précédemment mentionné aux points 14 et 15, et de ce que l'absence d'" avancements accélérés " à compter de l'année 2014 est justifiée par l'appréciation de la manière de servir de l'intéressée et les limites du contingent annuel d'agents promouvables prévues par les dispositions de l'article 22 du décret du 31 décembre 2003 citées au point 13. L'administration se prévaut à cet égard de l'avis partagé émis le 12 décembre 2013 par la commission paritaire locale unique (CPLU) sur l'attribution d'un " avancement accéléré " auquel l'intéressée était proposable dans le cadre du dispositif de l'accord du 18 mars 2011, du courrier du 9 avril 2014 par lequel le directeur général adjoint des ressources humaines et relations sociales de Pôle emploi a rejeté son recours dirigé contre cet avis, en relevant que les " possibilités d'attribution des avancements accélérés sont limitées et ne peuvent pas dépasser un contingent annuel précis par niveau d'emplois " et que " compte tenu du nombre et de la qualité des propositions en présence " il ne pouvait être fait droit à sa demande, ainsi que des comptes rendus d'évaluation annuelle, produits par Mme A, lesquels soulignent son " décalage " avec les évolutions du métier de conseiller de demandeurs d'emplois qui n'a pas été comblé au fil des années et de son déficit d'acquisition de nouvelles compétences. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que l'absence d'octroi d'" avancements accélérés ", postérieurement à l'année 2013, reposerait sur des considérations étrangères à la manière de servir de la requérante.
21. Deuxièmement, si Mme A fait état de ce qu'elle avait régulièrement bénéficié du versement d'une prime variable à compter de l'année 2008 et qu'ainsi, il existerait un lien entre le début de l'exercice de son " mandat syndical ", au mois de février 2014, et l'absence de versement d'une telle prime, il est constant que l'intéressée s'est vue notifier, au mois de décembre 2014, une fraction de cette prime au regard de sa manière de servir jugée " très satisfaisante " sur la période de référence allant du 1er mai au 31 octobre 2014. En outre, Pôle emploi fait valoir que l'absence de versement de cette prime à compter de l'année 2015 est justifiée par l'appréciation de la manière de servir de l'intéressée qui n'a pas été considérée comme étant, au minimum, " très satisfaisante ". Or, en l'espèce, la requérante ne fait état d'aucun élément sérieux permettant de remettre en cause l'appréciation portée sur sa manière de servir. Enfin, si les comptes rendus d'évaluation annuelle de Mme A relèvent que sa fonction d'élue au sein du CHSCT à compter du mois de février 2014 a entraîné des difficultés d'organisation pour l'intéressée, justifiant notamment la réduction de son portefeuille de demandeurs d'emplois, que ses absences involontaires pour raisons médicales ont entraîné des difficultés d'appréciation de son service au cours de l'année 2015 ainsi que l'impossibilité de conduire un entretien individuel au cours de l'année 2016, et que ces mêmes contraintes médicales ont pu expliquer la diminution de sa présence sur les périodes d'évaluation ainsi que des difficultés dans l'actualisation de ses compétences entre les années 2017 et 2019, ces mentions relatives aux activités syndicales et à l'état de santé de la requérante, quoique regrettables, demeurent en lien avec l'appréciation de sa valeur professionnelle et ne sont pas de nature à démontrer que l'absence de versement d'une prime variable à compter de l'année 2015 reposerait sur des considérations étrangères à sa manière de servir.
22. Troisièmement, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 11 que Mme A n'a pas opté pour un statut de droit privé lors de la création de Pôle emploi, l'intéressée ne saurait utilement soutenir qu'il " ne lui a vraisemblablement pas été fait application des dispositions de la convention collective " nationale de Pôle emploi du 21 novembre 2009, agréée par un arrêté interministériel du 21 décembre 2009, ni se prévaloir des stipulations de ses articles 40 et 41 relatives, notamment, à l'attribution de primes variables et d' " avancements accélérés " aux délégués syndicaux. Au surplus, à supposer que la requérante ait entendu se prévaloir des dispositions pertinentes du II de l'article 22 du décret du 31 décembre 2003 citées au point 13, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle disposait d'une décharge totale de service pour l'exercice d'un mandat syndical.
23. Quatrièmement, si Mme A se prévaut des statistiques du bilan social de Pôle emploi pour l'année 2018 en soutenant qu'elle a été victime des " inégalités sexuelles systémiques " dans l'évolution de la rémunération entre les femmes et les hommes au sein de cet établissement public, dès lors que sa rémunération mensuelle est demeurée à un niveau inférieur au niveau de rémunération médian des femmes au sein de Pôle emploi, lui-même inférieur de près de 200 euros à celui des hommes, pour un même niveau d'emploi et à ancienneté et âge comparables, ces statistiques, relatives à la rémunération moyenne du mois de décembre 2018, résultent de la somme des rémunérations des agents " permanents " rapportée aux nombre d'agents " permanents ". Or, il résulte des termes mêmes dudit bilan social, d'une part, que la rémunération constatée est calculée en prenant la somme des éléments récurrents mensuels et constitutifs du brut, hors primes à périodicité non mensuelle, c'est-à-dire, pour les agents de droit public, leur traitement de base, l'indemnité de résidence, le régime indemnitaire ainsi que le supplément familial de traitement, et, d'autre part, que les agents " permanents " désignent les agents actifs en contrat de travail à durée indéterminée et à temps plein durant toute l'année. Ainsi, les chiffres avancés ne prennent en compte, ni les spécificités de la manière de servir des agents, ni les particularités du déroulement de leur carrière au sein de Pôle emploi, et notamment celles liées à leur état de santé, Mme A ne produisant, par ailleurs, aucun autre élément susceptible d'établir le caractère injustifié de l'écart de rémunération qu'elle subit au regard du déroulement respectif de la carrière des agents auxquels elle entend se comparer. Dès lors, il n'est pas établi que la faible évolution de la rémunération de la requérante procèderait d'une discrimination à raison de son sexe.
24. Enfin, si Mme A soutient que l'administration se serait livrée à de la " rétention d'information dolosive ", en refusant de lui communiquer des documents comportant des éléments objectifs lui permettant de comparer sa situation personnelle avec celle de ses collègues, il résulte de l'instruction que les services de la direction régionale Auvergne-Rhône-Alpes de Pôle emploi ont précisément répondu à ses interrogations par un courrier du 15 mai 2020 et qu'ils lui ont communiqué le bilan social de l'établissement public pour l'année 2018 qu'elle a produit dans le cadre de la présente instance.
25. Ainsi, dès lors que Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été victime d'une discrimination de la part de son employeur au cours de sa carrière, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir et l'exception de prescription quinquennale opposées en défense, ni d'ordonner une expertise avant-dire droit.
Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à la requérante d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le défendeur en application des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par Pôle emploi en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à Pôle emploi.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.
Le rapporteur,
C. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026