mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2102656 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP CARNOT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
G une requête et un mémoire, enregistrés le 12 avril 2021 et le 5 avril 2022, Mme D E et M. A C, représentés G la SELARL Cabinet Jérôme Lavocat et Associés, demandent au tribunal :
1°) de condamner les Hospices civils de Lyon à leur verser respectivement une somme de 318 166,41 euros et une somme de 10 000 euros, en réparation des conséquences dommageables de la prise en charge médicale de Mme E G les Hospices civils de Lyon à compter du 14 septembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon les dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- Mme E a subi le 14 septembre 2016 une intervention chirurgicale à la suite de laquelle une lésion du nerf tibial a été identifiée ; une nouvelle intervention a été réalisée le 5 avril 2017, sans que les douleurs disparaissent ;
- à titre principal, les services des Hospices civils de Lyon ont commis plusieurs fautes : en premier lieu un manquement à l'obligation d'information quant aux risques associés à l'intervention subie le 14 septembre 2016, alors qu'il s'agissait d'une opération de confort à laquelle elle aurait pu renoncer ; en deuxième lieu une faute technique lors de l'intervention du 14 septembre 2016, G un mauvais positionnement de l'agrafe ; en troisième lieu une faute technique, en occasionnant une lésion du nerf tibial alors qu'elle ne présentait aucune anomalie anatomique et que le risque de lésion nerveuse de cette intervention était connu et maîtrisable ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité des Hospices civils de Lyon doit être engagée au titre du manquement à l'obligation d'information, ce manquement ayant privé Mme E d'une chance de refuser l'intervention et d'éviter les risques qui se sont réalisés ;
- ces fautes leur ont causé des préjudices, dont ils sont fondés à solliciter la réparation, selon les modalités suivantes :
. en ce qui concerne les préjudices subis G Mme E : dépenses de santé : 815,03 euros ; frais divers : 831,83 euros ; frais d'appareillage : 3 721,44 euros ; frais d'adaptation du véhicule : 19 843,31 euros ; frais d'assistance G une tierce personne : 126 409,80 euros ; incidence professionnelle : 50 000 euros ; déficit fonctionnel temporaire : 9 345 euros ; souffrances endurées : 8 000 euros ; préjudice esthétique temporaire : 4 000 euros ; déficit fonctionnel permanent : 51 200 euros ; préjudice esthétique permanent : 4 000 euros ; préjudice sexuel : 10 000 euros ; préjudice d'agrément : 10 000 euros ; préjudice d'impréparation : 20 000 euros ;
. en ce qui concerne les préjudices subis G M. C : préjudice d'affection : 10 000 euros.
G un mémoire enregistré le 25 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône demande au tribunal :
1°) de condamner les Hospices civils de Lyon à lui verser une indemnité, à titre principal de 26 848,40 euros et à titre subsidiaire de 5071,42 euros, au titre des prestations versées en conséquence des préjudices liés aux fautes commises G les Hospices civils de Lyon ;
2°) de condamner les Hospices civils de Lyon à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité prévue au neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Elle soutient que :
- elle s'associe à l'argumentation des requérants relative à la responsabilité des Hospices civils de Lyon, à titre principal au titre des deux manquements fautifs que constituent le mauvais positionnement de l'agrafe et la lésion du nerf tibial et à titre subsidiaire au titre du seul mauvais positionnement de l'agrafe ;
- elle a droit au remboursement de 15 448,25 euros à titre principal et 5 071,42 euros à titre subsidiaire au titre des débours exposés ainsi qu'à la somme de 11 400,15 euros au titre des frais futurs viagers ;
- les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à lui verser l'indemnité de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
G des mémoires en défense enregistrés le 24 mars 2022 et le 8 juin 2022, les Hospices civils de Lyon, représentés G la SELARL Carnot Avocats, concluent à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce que l'indemnisation sollicitée G les requérants soit ramenée à de plus justes proportions.
Ils soutiennent que :
à titre principal :
- Mme E ayant bénéficié d'une information préalable suffisante, aucun manquement à l'obligation d'information préalable ne peut être retenu ;
- la difficulté s'agissant du positionnement de l'agrafe antérieure n'est pas contestée ;
- aucune faute médicale ne peut être retenue en ce qui concerne la lésion du nerf tibial, qui ne résulte d'aucune maladresse ou geste fautif mais de la réalisation d'un aléa médical non fautif ;
à titre subsidiaire :
- en ce qui concerne un manquement éventuel à l'obligation d'information préalable, en tout état de cause, d'une part, Mme E aurait consenti à l'intervention du 14 septembre 2016 et, d'autre part, la réalité du préjudice d'impréparation n'est pas démontrée ;
- à supposer qu'un préjudice d'impréparation soit retenu, il ne saurait ouvrir droit à une réparation excédant 1 000 euros ;
- à supposer qu'une perte de chance de se soustraire à l'intervention soit retenue, celle-ci ne pourrait excéder 10 % ;
- les préjudices suivants seront alors ramenés à de plus justes proportions : frais d'assistance G une tierce personne, déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées, préjudice esthétique temporaire et permanent, déficit fonctionnel permanent, incidence professionnelle, préjudice sexuel, l'indemnisation totale pouvant être évaluée à 5 362,41 euros ;
- à supposer qu'une faute médicale soit retenue, les préjudices suivants ne pourront pas être réparés : frais médicaux, frais de déplacement, frais d'adaptation du véhicule, frais d'appareillage, préjudice d'affection du conjoint, incidence professionnelle, préjudice esthétique temporaire et permanent, déficit fonctionnel permanent, préjudice sexuel, préjudice d'agrément ; les préjudices suivants seront ramenés à de plus justes proportions : frais d'assistance G une tierce personne, déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées.
G une ordonnance du 30 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022.
Un mémoire produit G Mme E, enregistré le 22 août 2022, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. F,
- et les observations de Me Deygas, représentant les Hospices civils de Lyon.
Une note en délibéré présentée G les Hospices civils de Lyon a été enregistrée le 6 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, alors âgée de 29 ans, victime d'une lésion du ligament croisé postérieur du genou droit avec cicatrisation partielle, a subi le 14 septembre 2016 au sein d'un établissement relevant des Hospices civils de Lyon une intervention chirurgicale de reconstruction de ce ligament, au réveil de laquelle des pertes de sensation du pied droit puis des douleurs dans le territoire du nerf tibial ont été relevées. Le matériel de ligamentoplastie a été retiré au cours d'une nouvelle intervention chirurgicale, le 5 avril 2017. Mme E, qui conserve des douleurs neuropathiques et un déficit fonctionnel du membre inférieur droit, a sollicité une indemnisation des conséquences dommageables de sa prise en charge auprès des Hospices civils de Lyon. Une expertise amiable a été réalisée le 24 juillet 2019, à la demande de l'assureur des Hospices civils de Lyon, G un médecin spécialisé en chirurgie orthopédique et traumatologique, qui a rendu un rapport le 10 janvier 2020. Le conseil de Mme E a adressé une réclamation indemnitaire aux Hospices civils de Lyon, qui n'a pas reçu de réponse. G leur requête, Mme E et son compagnon M. C sollicitent la condamnation des Hospices civils de Lyon à les indemniser des préjudices subis du fait des manquements commis dans la prise en charge de Mme E à compter du 14 septembre 2016, à hauteur de 318 166,41 euros pour Mme E et 10 000 euros pour M. C. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône sollicite quant à elle le versement d'une somme de 26 848,40 euros à verser G les Hospices civils de Lyon.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
Quant au principe de la responsabilité :
2. Les requérants recherchent la responsabilité des Hospices civils de Lyon en invoquant trois fautes : un manquement à l'obligation d'information préalable et deux fautes médicales.
En ce qui concerne le manquement invoqué à l'obligation d'information de la patiente :
3. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée G tout moyen. / () ".
4. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
5. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme E aurait reçu une information quant aux risques associés à la réalisation d'une opération de reconstruction du ligament croisé postérieur G prélèvement du tendon quadricipital, et notamment les risques d'atteinte nerveuse et des conséquences associées, lui permettant de donner son consentement à l'intervention de manière éclairée. Les Hospices civils de Lyon, qui se bornent à soutenir que Mme E a déclaré à l'expert qu'elle avait connaissance des risques chirurgicaux et ne contestent pas l'absence de document formalisant le consentement éclairé de la patiente pour ce geste chirurgical, n'apporte pas de contestation sérieuse au constat fait G l'expert que les risques qui se sont réalisés à l'occasion de l'intervention subie le 14 septembre 2016 n'ont pas été portés à la connaissance de Mme E. Les requérants sont donc fondés à soutenir que les services des Hospices civils de Lyon ont commis un manquement à l'obligation d'information de la patiente.
6. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
7. Il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu de l'état de santé de Mme E, qui souffrait simplement d'une instabilité de son genou droit, sans douleur et non évolutive, à la suite d'une chute en roller intervenue en février 2016 soit plusieurs mois avant l'intervention, et de la nature de l'intervention, destinée à améliorer son confort de marche, que celle-ci, informée de la nature et de l'importance du risque d'atteinte neurologique et des préjudices en résultant, aurait consenti à l'acte. La faute commise G les Hospices civils de Lyon à n'avoir pas informé l'intéressée des risques que comportait l'opération a privé cette dernière d'une chance de refuser cette intervention et d'échapper ainsi aux conséquences dommageables dont elle reste atteinte. Il doit être fait une juste appréciation de l'ampleur de cette perte de chance, eu égard à la très faible probabilité de réalisation de ce risque d'après les publications médicales citées dans le rapport d'expertise et au souhait vif de l'intéressée de pouvoir reprendre une pratique sportive, à hauteur de 10 %.
En ce qui concerne les fautes médicales invoquées :
8. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, () tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".
9. En premier lieu, les requérants invoquent une faute technique consistant en un mauvais positionnement de l'agrafe antérieure lors de l'intervention de ligamentoplastie du 14 septembre 2016. Les Hospices civils de Lyon s'en remettent à la sagesse du tribunal sur ce point.
10. Il résulte de l'instruction, notamment des constats du rapport d'expertise du 10 janvier 2020, et n'est pas contesté G les Hospices civils de Lyon, que le chirurgien ayant réalisé l'intervention du 14 septembre 2016 a commis une faute technique dans le positionnement de l'agrafe de ligamentoplastie, occasionnant un conflit intra-articulaire à l'origine de douleurs importantes au niveau du genou, qui a été confirmé une imagerie G résonance magnétique (IRM) du 16 janvier 2017, dont le compte-rendu constate une " migration du matériel fémoral en antéro-postérieur " associée à une infiltration. Un scanner du 27 février 2017 identifie à hauteur du fémur une " protusion du matériel d'ostéosynthèse de l'ordre du centimètre ". Une intervention de reprise chirurgicale a été nécessaire, et réalisée le 5 avril 2017, pour procéder en particulier à l'ablation de l'agrafe. La réalisation d'un geste technique opératoire non conforme aux règles de l'art pour la position de l'agrafe antérieure constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité des Hospices civils de Lyon, et ouvre à Mme E droit à la réparation des préjudices directement imputable à cette faute.
11. En second lieu, les requérants invoquent une faute technique consistant en une lésion du nerf tibial lors de l'intervention de ligamentoplastie du 14 septembre 2016. Les Hospices civils de Lyon contestent l'existence d'une maladresse fautive et estiment qu'il s'agit d'un accident médical non fautif.
12. Il résulte de l'instruction que les manifestations cliniques d'une atteinte du nerf tibial ont été ressenties G Mme E dès son réveil le 14 septembre 2016, ainsi qu'il est relevé G l'expert et qu'il n'est pas contesté G les Hospices civils de Lyon. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas des constats de pur fait non contestés du rapport d'expertise, qu'une faute technique aurait été commise G le praticien hospitalier lors de l'intervention du 14 septembre 2016. Aucune perforation ni sectionnement n'a été relevé lors de l'intervention, l'expert notant que " le compte rendu opératoire ne relate aucun incident peropératoire " mais simplement que " les suites ont été marquées G une lésion du nerf tibial ", " confirmée G un électromyogramme du 5 janvier 2017 ". Dans ces conditions, alors même que Mme E ne présenterait pas d'anomalie anatomique et alors que le risque d'atteinte nerveuse à l'occasion d'une ligamentoplastie du ligament croisé postérieur du genou n'est pas nul même s'il est très faible d'après la littérature médicale mentionnée dans le rapport, les requérants n'établissent pas l'existence de la faute qu'ils invoquent.
Quant aux préjudices indemnisables :
En ce qui concerne les préjudices indemnisables de la victime :
13. Il résulte de l'instruction que les préjudices subis G Mme E du fait de sa prise en charge à compter du 14 septembre 2016 sont imputables pour partie à la faute médicale commise lors de l'intervention dans le positionnement de l'agrafe de ligamentoplastie et pour partie à la réalisation du risque de lésion du nerf tibial. Il ressort des mentions du rapport d'expertise, qui retracent la nature des préjudices physiques subis G Mme E et médicalement constatés, que ces préjudices sont principalement caractérisés, jusqu'en mai 2017, G de fortes douleurs, liées pour partie à l'atteinte nerveuse et pour partie au conflit intra-articulaire provoqué G un mauvais positionnement de l'agrafe, G des déficits fonctionnels liés à l'atteinte nerveuse et G un retard de rééducation lié aux douleurs provoquées G l'agrafe mal positionnée puis, à partir de mai 2017, G des douleurs et des déficits fonctionnels uniquement liés à l'atteinte nerveuse.
14. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté G les parties, que la faute liée au mauvais positionnement de l'agrafe a contribué à hauteur de la moitié à la réalisation des dommages corporels subis G Mme E jusqu'au 2 mai 2017.
15. Il résulte de ce qui précède que les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à réparer les préjudices subis G Mme E, à hauteur de 50 % en ce qui concerne les préjudices directement imputables à la faute médicale relevée au point 10 et à hauteur de 10 % en ce qui concerne les préjudices directement imputables à la réalisation du risque de lésion nerveuse.
16. L'état de santé de Mme E tel que résultant des conséquences de l'intervention du 14 septembre 2016 doit être regardé comme consolidé à la date du 2 mai 2017, date de la reprise de son activité professionnelle quatre semaines après l'intervention chirurgicale de reprise, en ce qui concerne l'état imputable au mauvais positionnement de l'agrafe de ligamentoplastie, et à la date 24 juillet 2019, date de l'examen de Mme E G l'expert désigné amiablement, en ce qui concerne l'état imputable à la lésion du nerf tibial.
S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :
17. En premier lieu, la CPAM sollicite le remboursement des dépenses de santé qui sont restées à sa charge.
18. En ce qui concerne les frais hospitaliers, il résulte de l'instruction, et notamment du courrier du 23 mars 2017 adressé G le chirurgien au médecin traitant de Mme E que l'intervention de reprise chirurgicale du 5 avril 2017, si elle avait pour objet secondaire de procéder à l'exérèse d'un fragment osseux irritatif à propos duquel l'hypothèse avait été émise le 19 janvier, puis écartée le 25 janvier, d'une compression du nerf tibial, avait pour objet principal le retrait de l'agrafe antérieure, à propos de laquelle aucune faute susceptible d'engager la responsabilité des Hospices civils de Lyon n'a été retenue, et n'aurait pas été programmée sans ce motif principal. Dans ces conditions, la somme de 1 105,33 euros exposée pour les journées d'hospitalisation des 5 et 6 avril 2017, d'une part, constitue une dépense en lien direct avec la faute médicale relevée au point 10 et, d'autre part, ne peut être considérée comme une dépense en lien direct avec l'atteinte accidentelle du nerf tibial. Eu égard au taux de participation de cette faute à la réalisation du dommage de 50 %, la CPAM du Rhône a droit au versement d'une indemnité de 552,67 euros.
19. En revanche, il résulte également de l'instruction que l'état de santé de Mme E résultant de la réalisation du risque de lésion du nerf tibial du fait de l'intervention du 14 septembre 2016 a justifié son hospitalisation les 11 janvier, 16 mars, 25 mai, 27 juillet et 12 octobre 2018 ainsi que les 18 janvier et 12 avril 2019, soit sept journées, pour un total de 4 541,60 euros. Eu égard au taux de 10 % retenu au point 7 du présent jugement, la CPAM du Rhône a droit au versement d'une indemnité de 454,16 euros.
20. La caisse sollicite également le remboursement de séances de kinésithérapie pour la période du 14 novembre 2016 au 24 septembre 2019. Il résulte de l'instruction, notamment des compte-rendu des divers consultations et examens réalisés en particulier les courriers du kinésithérapeute que, pour la période de novembre 2016 à avril 2017, ces séances étaient justifiées tant G des douleurs inflammatoires liées à l'agrafe antérieure que G les douleurs et les déficits fonctionnels résultant de l'atteinte nerveuse, tandis que pour la période de mai 2017 à septembre 2019, ces séances étaient nécessaires uniquement pour traiter les conséquences en termes de mobilité de l'atteinte nerveuse, les douleurs inflammatoires ayant disparu. Dans ces conditions, d'une part, la totalité des frais de kinésithérapie demandés, d'un montant total de 1 528,33 euros, doit être considérée comme imputable à l'atteinte nerveuse, et ouvre droit à indemnité. Compte tenu du taux de perte de chance de 10 %, la caisse a droit à une indemnité de 152,83 euros. D'autre part, pour la période de novembre 2016 à avril 2017 inclus, la CPAM a droit à une indemnité égale à 50 % de 665,97 euros, soit 332,99 euros.
21. En deuxième lieu, Mme E sollicite l'indemnisation de dépenses de santé.
22. En ce qui concerne les séances d'isocinétisme, il résulte de l'instruction que Mme E a bénéficié de plusieurs séances d'isocinétisme, pratiquées G un masseur-kinésithérapeute, à des dates distinctes de celles des séances de kinésithérapie. Il ressort de l'ordonnance du 4 juillet 2017 préconisant du " renforcement isocinétique " que ces séances étaient justifiées G les suites de l'opération du 5 avril 2017, d'arthrolyse arthroscopique et de retrait du matériel de synthèse du genou droit, intervention qui était principalement motivée G la migration du matériel de greffe, ainsi qu'il a été vu au point 18. Toutefois, il résulte des pièces produites G la requérante à la demande du tribunal que, si Mme E a réglé une partie du coût de ces séances, elle a G la suite été intégralement remboursée de ses dépenses G sa caisse d'assurance maladie et sa mutuelle. Dans ces conditions, Mme E n'a droit à aucune indemnité au titre des séances d'isocinétisme.
23. En ce qui concerne les trois séances d'ostéopathie et les deux séances d'énergétique traditionnelle chinoise, Mme E, qui se borne à fournir des factures de séances acquittées ne précisant ni les soins réalisés ni le motif de ces soins, n'établit pas que ces séances soient en lien direct et certain avec les complications subies du fait de l'intervention du 14 septembre 2016.
24. En troisième lieu, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône sollicite le remboursement des indemnités journalières versées pour la période du 14 novembre 2016 au 30 juin 2017 inclus. Il résulte de l'instruction que les arrêts de travail ou les reprises à temps partiel thérapeutique qui ont été prescrits à Mme E durant cette période étaient principalement imputables aux conséquences de l'atteinte du nerf tibial dont elle a été victime, caractérisées G des douleurs permanentes du membre inférieur droit, une capacité de marche très réduite, une boiterie, une allodynie et une hyperesthésie de la plante et du bord latéral du pied, une dyesthésie de la partie inférieure de la face postérieure de la jambe, une griffe des orteils, une atrophie du muscle soléaire et des déficits fonctionnels de ce membre. Les conséquences du conflit intra-articulaire antérieur résultant de l'agrafe étaient quant à elles caractérisées G une gêne, des douleurs supplémentaires et un retard de rééducation, et ont disparu quatre semaines après l'intervention chirurgicale du 5 avril 2017. Dans ces conditions, eu égard à la nature du déficit fonctionnel présenté G Mme E, d'une part, la totalité des indemnités journalières pour la période, d'un montant non contesté de 8 904,52 euros, peuvent être considérées comme imputable à l'atteinte nerveuse, et ouvrent droit à la caisse, compte tenu du taux de perte de chance de 10 %, à une indemnité de 890,45 euros. D'autre part, pour la période du 14 novembre 2016 au 30 avril 2017, la caisse a droit à 50 % de la somme de 7 266,20 euros exposée pour cette période, soit 3 633,10 euros.
25. En quatrième lieu, Mme E sollicite une indemnité au titre des frais de déplacement exposés. Il résulte de l'instruction, notamment de la correspondance entre les dates déclarées des déplacements et les attestations de soins, que Mme E a utilisé son véhicule personnel pour se rendre aux consultations et rendez-vous médicaux nécessaires pour le traitement ou le suivi des conséquences de l'atteinte neurologique dont elle a été victime. Elle produit un tableau, dont les mentions kilométriques ne sont pas contestées ni incohérentes et dont il y a lieu de déduire les déplacements pour les séances d'ostéopathie. Mme E a G suite droit, d'une part, au paiement, pour la période de septembre 2016 à septembre 2019, de 10 % de la somme de 760,55 euros, correspondant aux frais de déplacement, calculés selon le barème mentionné au 3° de l'article 83 du code général des impôts et précisé à l'article 6 B de l'annexe IV de ce code en vigueur au moment des déplacements concernés pour 1 339 kilomètres, soit 76,06 euros. D'autre part, elle a droit au paiement, pour la période de septembre 2016 à avril 2017 inclus, de 50 % de la somme de 244,47 euros, correspondant aux frais de déplacement, calculés selon le même barème, pour 430,4 kilomètres, déduction faite des déplacements pour les séances d'ostéopathie et pour la consultation d'un neurologue qui n'était justifiée que G l'atteinte nerveuse, soit 122,24 euros.
26. En cinquième lieu, Mme E sollicite une indemnité au titre du fauteuil roulant dont elle a dû faire l'acquisition en raison du déficit fonctionnel dont elle reste atteinte. La requérante produit une ordonnance de son médecin généraliste du mois de juillet 2019 prescrivant l'achat d'un fauteuil roulant, achat qui n'apparaît pas sans lien avec les conséquences de l'atteinte du nerf tibial dont elle a été victime. Ainsi, alors même que la nécessité de cet appareillage n'a pas été relevée G l'expert dans son rapport, Mme E est fondée à solliciter une indemnisation à ce titre, de même que pour les semelles orthopédiques prescrites en septembre 2019. Elle a droit au remboursement de 10 % des frais réellement exposés, dont elle justifie en l'état du dossier transmis au juge en produisant une facture comportant un reste à charge de 50,04 euros et les relevés des remboursements perçus de sa mutuelle pour la période. En revanche, en ce qui concerne les semelles orthopédiques, le relevé des prestations de sa mutuelle révèle qu'elle a obtenu le remboursement total des sommes restées à sa charge. Les Hospices civils de Lyon doivent donc être condamnés, en ce qui concerne les frais exposés pour l'achat d'un fauteuil, à payer la somme de 5 euros à Mme E.
27. En sixième lieu, Mme E justifie avoir exposé des frais pour la demande en avril 2017 et la transmission en juin 2019 de son dossier médical, à hauteur de 24,22 euros. Ces frais, qui résultent entièrement des conséquences dommageables subies, doivent être intégralement remboursés à Mme E.
28. Enfin, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, G référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues G l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié G les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée G un membre de la famille ou un proche de la victime.
29. Il résulte de l'instruction, notamment des troubles présentés G Mme E et des difficultés de sa rééducation fonctionnelle, que l'état de santé de Mme E a justifié une assistance G une tierce personne durant la période de 227 jours durant laquelle elle est retournée chez elle à la suite de l'intervention du 14 septembre 2016 et jusqu'à sa reprise du travail le 2 mai 2017, en dehors de la période d'hospitalisation du 5 au 7 avril 2017, qui peut être évaluée à trois heures G semaine, soit 98 heures. Il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi, l'aide nécessaire étant une aide non spécialisée, en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération, tenant compte des cotisations sociales dues G l'employeur, fixé à 13,60 euros, porté à 15 euros afin de tenir compte des jours fériés et des congés payés, soit un total de 1 470 euros. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée aurait perçu d'aide finançant l'assistance G une tierce personne à domicile durant cette période, Mme E a droit au titre des frais d'assistance G une tierce personne à domicile durant cette période, compte tenu du taux de perte de chance de 10 % et de la part d'imputabilité de 50 %, à cumuler, à une indemnité de 60 % de 1 470 euros, soit 882 euros.
S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :
30. En premier lieu, la CPAM du Rhône sollicite le remboursement de dépenses de santé futures, sous la forme d'une rente viagère capitalisée. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme E, qui présente, ainsi qu'il a été dit, des douleurs permanentes du membre inférieur droit et des troubles neurologiques et musculaires de ce membre, qui sont consécutives à l'atteinte du nerf tibial dont elle a été victime, nécessite des consultations de suivi pour traitement de la douleur, des médicaments antalgiques et des neurostimulations transcutanées, ainsi que sollicité G la caisse. Dans ces conditions, les dépenses de santé futures, correspondant à des consultations de suivi pour traitement de la douleur, des frais de médicaments antalgiques et des frais de neurostimulation transcutanée, dont le remboursement est sollicité G la CPAM du Rhône ouvrent droit à réparation, et les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à verser à la caisse leur remboursement, dans la mesure de la chance perdue G Mme E du fait du défaut d'information. Pour la période postérieure à la consolidation, la CPAM du Rhône a procédé à l'évaluation du coût de ces prestations, qui n'est pas contestée et qu'il y a lieu de reprendre, à hauteur de 241,36 euros annuels. G suite, d'une part, en ce qui concerne la période allant de la date de consolidation des conséquences de la lésion nerveuse à la date du présent jugement, la CPAM du Rhône est fondée à solliciter une part du remboursement des sommes correspondant à trente-sept mois de consultation de suivi pour traitement de la douleur, de médicaments antalgiques et de neurostimulation transcutanée, soit 744,19 euros. Compte tenu du taux de perte de chance de 10 %, la CPAM du Rhône a droit au versement de la somme de 74,42 euros. D'autre part, pour la période postérieure au présent jugement, eu égard au faible montant des sommes concernées, il y a lieu de procéder à une capitalisation, modalité d'indemnisation à laquelle les Hospices civils de Lyon ne sont pas expressément opposés. Il sera fait une exacte appréciation du capital auquel la CPAM a droit à ce titre, eu égard au taux de perte de chance mentionné au point 7 conduisant à ramener le montant annuel des frais à 24,14 euros, à l'âge de Mme E à la date du présent jugement et au taux de conversion recommandé G le tableau de capitalisation d'une rente viagère rendu public G la Gazette du Palais en 2020 pour une femme de 35 ans avec un taux d'intérêt de 0 % de 50,441, à hauteur de 1 217,44 euros.
31. En deuxième lieu, Mme E est fondée à solliciter une indemnité pour les frais d'appareillage de santé futurs, correspondant au montant restant à sa charge pour la location ou l'achat à renouveler tous les cinq ans d'un fauteuil roulant de 50,04 euros, affecté du taux de perte de chance de 10 % mentionné au point 7. Eu égard à l'âge de Mme E à la date du présent jugement et au taux de conversion de 50,441, les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à verser une somme de 50,48 euros à Mme E.
32. En troisième lieu, pour la période postérieure à la reprise du travail, s'il résulte de l'instruction que Mme E éprouve des difficultés pour mener une vie quotidienne normale, il n'en résulte pas que son état de santé nécessiterait qu'elle soit assistée G une tierce personne. Dès lors, ce préjudice d'assistance G une tierce personne n'est, en l'état de l'instruction, pas susceptible d'ouvrir droit à indemnisation.
33. En troisième lieu, Mme E sollicite une indemnité au titre de l'acquisition d'un véhicule automobile à boite de vitesse automatique. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que son état de santé nécessiterait un véhicule automobile à boîte de vitesse automatique, qu'elle n'a au demeurant acquis que plusieurs années après la survenance de ses troubles neurologiques, en août 2020. La nécessité de l'adaptation de son véhicule n'a pas été relevée G l'expert spécialisé en chirurgie orthopédique dans son rapport, qui a noté en juillet 2019 que Mme E " peut conduire ". Dans ces conditions, le préjudice résultant du surcoût de l'acquisition d'un véhicule automobile à boite de vitesse automatique n'est pas susceptible d'ouvrir droit à indemnisation.
34. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que les conséquences de l'atteinte du nerf tibial constaté dans les suites de l'intervention du 14 septembre 2016, caractérisées notamment G des douleurs neurologiques permanentes et la difficulté à s'appuyer sur le pied droit, ont eu pour conséquence pour Mme E un changement de poste, une augmentation de la pénibilité dans l'exercice de son activité professionnelle et une dévalorisation sur le marché du travail. Eu égard en outre à son âge, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi G Mme E au titre de l'incidence professionnelle à hauteur de 20 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance de 10 %, Mme E a droit au versement d'une somme de 2 000 euros.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux temporaires :
35. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment de la nature et de l'ampleur du déficit fonctionnel imputable à la lésion nerveuse rapportée G le rapport d'expertise, que l'état de Mme E a correspondu à un déficit fonctionnel temporaire total les sept journées d'hospitalisation justifiées G ses douleurs neurologiques soit les 11 janvier, 16 mars, 25 mai, 27 juillet et 12 octobre 2018 ainsi que les 18 janvier et 12 avril 2019. L'hospitalisation du 5 au 7 avril 2017 a quant à elle été justifiée G la migration du matériel et l'apparition d'une tuméfaction, ainsi qu'il a été dit précédemment. Pour la période du 14 septembre 2016 au 4 avril 2017 et du 7 avril au 2 mai 2017, le déficit fonctionnel peut être évalué à 50 %, et pour la période du 2 mai 2017 au 24 juillet 2019, à 25 %. Sur la base d'un montant journalier de 16 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi, total et partiel, à hauteur de 5 236 euros. Mme E a, G suite, droit à une indemnité, tenant compte du taux de perte de chance de 10 % pour ce qui concerne la totalité de la période exceptée les journées des 5, 6 et 7 avril correspondant à un préjudice de 5 188 euros, de 518,80 euros. Elle a également droit à une indemnité, tenant compte de la part d'imputabilité de 50 % pour ce qui concerne la période de septembre 2016 à avril 2017 inclus correspondant à un préjudice de 1 872 euros, de 936 euros.
36. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées, du fait des douleurs neurologiques subies G Mme E, de leurs conséquences psychologiques et de l'attente du diagnostic, en les évaluant, dans les circonstances de l'espèce, à hauteur de 5 000 euros. G suite et compte tenu du taux de perte de chance de 10 %, Mme E a droit, en réparation de ce chef de préjudice, à une indemnité de 500 euros. En ce qui concerne les douleurs inflammatoires liées à l'agrafe, le préjudice lié aux souffrances endurées peut être évalué à 2 000 euros et ouvre droit à Mme E, compte tenu de la part d'imputabilité de 50 %, à une indemnité de 1 000 euros.
37. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire, correspondant à des cicatrices, une marche précautionneuse et une boiterie, pour la période antérieure à la consolidation, à hauteur de 2 000 euros. G suite et compte tenu du taux de perte de chance de 10 % et de la part d'imputabilité de 50 %, à cumuler, Mme E a droit, en réparation de ce chef de préjudice, à une indemnité de 1 200 euros.
S'agissant des préjudices extra patrimoniaux permanents :
38. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des constats de pur fait non contestés de l'expert désigné amiablement, que Mme E présente à compter de la consolidation de son état de santé un déficit fonctionnel permanent, caractérisé G des douleurs permanentes du membre inférieur droit, une capacité de marche très réduite, une boiterie, une allodynie et une hyperesthésie de la plante et du bord latéral du pied, une dyesthésie de la partie inférieure de la face postérieure de la jambe, une griffe des orteils, une atrophie du muscle soléaire, qui peut être évalué, en application du barème d'évaluation des taux d'incapacité des victimes d'accidents médicaux mentionné à l'article D. 1142-2 du code de la santé publique et figurant à l'annexe 11-2 de ce code, à 20 %. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice au titre de ce déficit fonctionnel permanent en l'évaluant à la somme de 30 000 euros. G suite et compte tenu du taux de perte de chance de 10 %, la requérante a droit, en réparation de ce chef de préjudice, à une indemnité de 3 000 euros.
39. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des constats du rapport d'expertise, qu'en raison des conséquences dommageables de l'atteinte de son nerf tibial droit, Mme E, qui conserve une marche précautionneuse, limitée et boiteuse et se trouve dans certaines circonstances contrainte de voyager en fauteuil roulant, subit un préjudice esthétique permanent, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 000 euros. G suite et compte tenu du taux de perte de chance, la requérante a droit, en réparation de ce chef de préjudice, à une indemnité de 100 euros.
40. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément subi G Mme E, dont l'existence est relevée G l'expert et la réalité justifiée G des attestations exposant qu'elle ne peut plus se livrer aux activités de sport et de loisir qu'elle exerçait auparavant, en l'évaluant à une somme de 4 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance, la requérante est fondée à solliciter en réparation de ce chef de préjudice une indemnité de 400 euros.
41. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel subi G Mme E, dont l'existence est relevée G l'expert et la réalité justifiée G une attestation de son compagnon, en l'évaluant à une somme de 2 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance, la requérante est fondée à solliciter en réparation de ce chef de préjudice une indemnité de 200 euros.
En ce qui concerne le préjudice indemnisable de la victime subi du seul fait du défaut d'information :
42. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
43. Mme E sollicite la réparation d'un préjudice d'impréparation, en ce qu'elle n'a pas pu se préparer à l'éventualité du risque qui s'est réalisé et qu'elle a éprouvé une souffrance morale importante lors de la prise de conscience de son état. Il résulte de l'instruction que Mme E n'a pas pu, du fait du défaut d'information, se préparer à l'éventualité des préjudices entièrement imputables à la lésion du nerf tibial, consistant en des douleurs permanentes du membre inférieur droit, une capacité de marche très réduite, une boiterie, une allodynie, une hyperesthésie de la plante et du bord latéral du pied, une dyesthésie de la partie inférieure de la face postérieure de la jambe, une griffe des orteils, une atrophie du muscle soléaire et des déficits fonctionnels de ce membre, correspondant à un déficit fonctionnel permanent de 20 %, ainsi qu'il a été vu. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral d'impréparation subi, dont la réalité n'est pas remise en cause en défense, à hauteur de 2 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice indemnisable du compagnon de la victime :
44. Il sera fait une juste appréciation des préjudices subis G M. C du fait des conséquences dommageables de l'atteinte du nerf tibial dont a été victime sa compagne, qui ont des conséquences sur leur vie de couple et sur la vie quotidienne et le moral de celui-ci, en les évaluant à une somme globale de 2 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance, le requérant est fondé à solliciter en réparation de ce chef de préjudice une indemnité de 200 euros.
45. Il résulte de tout ce qui précède que les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à payer une somme de 13 014,80 euros à Mme E, une somme de 200 euros à M. C et une somme de 7 308,06 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les conclusions de la CPAM tendant à l'application du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :
46. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année (). ". L'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 dispose : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022. ".
47. Il résulte de ce qui a été dit au point 45 que les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à payer à la CPAM du Rhône une somme de 1 114 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
En ce qui concerne les frais de l'instance non compris dans les dépens :
48. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon, partie perdante, le versement à Mme E d'une somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à Mme E une indemnité de 13 014,80 euros (treize mille quatorze euros et quatre-vingt centimes).
Article 2 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à M. C une indemnité de 200 (deux cents) euros.
Article 3 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à la CPAM du Rhône une indemnité de 7 308,06 euros (sept mille trois cent huit euros et six centimes).
Article 4 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à la CPAM du Rhône une somme de 1 114 (mille cent quatorze) euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 5 : Les Hospices civils de Lyon verseront une somme de 1 400 (mille quatre cents) euros à Mme E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et aux Hospices civils de Lyon.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public G mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
La rapporteure,
G. B
Le président,
H. Drouet La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026