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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2103020

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2103020

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2103020
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CORNET-VINCENT-SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 avril et 26 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Hemery, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner Météo-France à lui verser la somme totale de 138 433 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des manquements de son employeur à son obligation de protection et de l'accident de service dont il déclare avoir été victime, le 22 octobre 2016 ;

2°) de mettre à la charge de cet établissement public de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- Météo-France a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité au regard des dispositions des articles L. 4121-1 à L. 4121-3 du code du travail ainsi que de celles des articles 2 et 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 en manquant à son obligation de protection de ses agents ; en effet :

• l'organisation du travail mise en œuvre par son employeur est directement à l'origine de son accident de service ;

• les restructurations successives des services de prévision météorologiques sont des facteurs déclenchant de son épuisement professionnel ;

• son employeur s'est abstenu de le placer sous le régime de l'accident de service dès le 22 octobre 2016, alors qu'il en remplissait toutes les conditions ;

• les fautes de Météo-France qui sont caractérisées lui ont causé un préjudice économique à hauteur de la somme totale de 50 433 euros ;

- il est également fondé à engager la responsabilité sans faute de Météo-France, dès lors qu'il a été victime d'un accident de service le 22 octobre 2016 qui lui a provoqué des troubles physiques et psychiques importants dont il a conservé des séquelles, et à demander le versement de la somme de 30 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent, de 30 000 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire et de 10 000 euros au titre des souffrances temporaires et permanentes qu'il a endurées ;

- il est, en tout état de cause, fondé à demander le versement de la somme de 18 000 euros en réparation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 août et 4 novembre 2021, Météo-France, représenté par la SELARL CVS (Cornet-Vincent-Segurel) (Me Pichon) conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Météo-France fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;

- le décret n° 93-861 du 18 juin 1993 ;

- le décret n° 2011-1139 du 21 septembre 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle Météo-France n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public ;

- et les observations de Me Hemery, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, chef technicien supérieur de la météorologie, est affecté, depuis le 1er mars 2019, en qualité de gestionnaire des ressources humaines au département assistance ressources humaines de Météo-France de Bron. Il a sollicité auprès de cet établissement public de l'État, le 3 février 2020, la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident dont il déclare avoir été victime le 22 octobre 2016. Par un courrier du 24 décembre 2020, réceptionné le 28 décembre suivant, l'intéressé a présenté une réclamation préalable qui a été implicitement rejetée. Saisie par Météo-France, la commission départementale de réforme du Rhône a sursis-à-statuer sur la situation de l'intéressé le 15 avril 2021, " dans l'attente de la confirmation de la recevabilité " de sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident. Par une décision du 24 septembre 2021, rendue après un avis défavorable de cette commission en date du 16 septembre 2021, la présidente-directrice générale de Météo-France a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident dont il estime avoir été victime le 22 octobre 2016. Le requérant demande au tribunal de condamner Météo-France à lui verser la somme totale de 138 433 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des manquements de son employeur à son obligation de protection et de l'accident de service dont il déclare avoir été victime, le 22 octobre 2016.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de service de Météo-France :

2. D'une part, aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais reprises à l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Selon les termes de l'article 2 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique, applicables aux établissements publics de l'État autres que ceux ayant un caractère industriel et commercial conformément au 2° de l'article 1er du même décret : " Dans les administrations et établissements visés à l'article 1er, les locaux doivent être aménagés, les équipements doivent être installés et tenus de manière à garantir la sécurité des agents et, le cas échéant, des usagers. Les locaux doivent être tenus dans un état constant de propreté et présenter les conditions d'hygiène et de salubrité nécessaires à la santé des personnes. ". L'article 2-1 du même décret prévoit que : " Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ". Et aux termes de l'article 3 de ce décret : " Dans les administrations et établissements mentionnés à l'article 1er, les règles applicables en matière de santé et de sécurité sont, sous réserve des dispositions du présent décret, celles définies aux livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application () / Des arrêtés du Premier ministre et des ministres chargés de la fonction publique, du budget et du travail, pris après avis de la commission centrale d'hygiène et de sécurité, déterminent, le cas échéant, les modalités particulières d'application exigées par les conditions spécifiques de fonctionnement de ces administrations et établissements. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail, applicable aux établissements publics de l'État conformément aux dispositions précitées de l'article 3 du décret du 28 mai 1982, dans sa rédaction applicable au litige : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. ". Selon les termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : / 1° Eviter les risques ; / 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; / 3° Combattre les risques à la source ; / 4° Adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé ; / 5° Tenir compte de l'état d'évolution de la technique ; / 6° Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ; / 7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu'ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1, ainsi que ceux liés aux agissements sexistes définis à l'article L. 1142-2-1 ; / 8° Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ; / 9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs. " Et aux termes de l'article L. 4121-3 de ce code : " L'employeur, compte tenu de la nature des activités de l'établissement, évalue les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication, des équipements de travail, des substances ou préparations chimiques, dans l'aménagement ou le réaménagement des lieux de travail ou des installations et dans la définition des postes de travail. Cette évaluation des risques tient compte de l'impact différencié de l'exposition au risque en fonction du sexe. / A la suite de cette évaluation, l'employeur met en œuvre les actions de prévention ainsi que les méthodes de travail et de production garantissant un meilleur niveau de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs. Il intègre ces actions et ces méthodes dans l'ensemble des activités de l'établissement et à tous les niveaux de l'encadrement. () ".

4. Les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.

5. En l'espèce, M. B, fonctionnaire et technicien supérieur de la météorologie qui soutient que Météo-France a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité en méconnaissance, notamment, des articles 2 et 2-1 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale, doit être regardé comme se prévalant des dispositions précitées du décret du 28 mai 1982. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément permettant de justifier de ses allégations relatives aux conséquences des " multiples restructurations " de Météo-France sur les conditions concrètes d'exercice de ses fonctions, et n'établit ni même n'allègue que les horaires de travail auxquels il a été soumis, méconnaîtraient les dispositions législatives ou réglementaires applicables à son statut particulier. De même, l'intéressé n'établit pas davantage, par les pièces versées au débat, que le syndrome d'épuisement professionnel dont il fait état présenterait un lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de sa " pathologie ". Enfin, si M. B soutient que " la responsabilité de Météo-France est d'autant plus engagée que l'établissement (ne l'a) pas placé () sous le régime d'accident de service dès le 22 octobre 2016 en dépit de la réunion de tous les critères pour ce faire ", il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité, antérieurement au 3 février 2020, la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident dont il estime avoir été victime le 22 octobre 2016. Ainsi, en se bornant à soutenir que son employeur aurait manqué à son obligation de protection de la santé de ses agents, dès lors que " l'organisation du travail mise en œuvre par Météo-France " au cours de sa carrière, ainsi que ses " multiples restructurations ", auraient conduit à " augmenter (sa) charge de travail () dans un contexte d'horaires de travail décalés " et seraient " autant de facteurs déclenchant de son épuisement professionnel " et " à l'origine de l'accident de service " dont il déclare avoir été victime, le requérant ne justifie pas de ce que Météo-France aurait manqué à son obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de ses agents.. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que cet établissement public aurait commis des fautes de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de Météo-France :

6. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, désormais reprises à l'article L. 824-1 du code général de la fonction publique, qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

7. En l'espèce, M. B demande au tribunal de condamner Météo-France à lui verser la somme totale de 70 000 euros en réparation de ses déficits fonctionnels permanent et temporaire, ainsi que des souffrances temporaires et permanentes qu'il a endurées, en soutenant que la " solution " précédemment exposée devrait lui être " appliquée " dès lors qu'il a été victime d'un " accident de service le 22 octobre 2016 ", lequel lui a provoqué des " troubles physiques et psychiques importants " dont il a conservé des séquelles. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant ait été victime d'un accident de service, sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service d'un tel accident ayant été rejetée par une décision de la présidente-directrice générale de Météo-France en date du 24 septembre 2021, ni d'une maladie professionnelle. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité sans faute de Météo-France sur le fondement du principe exposé au point précédent.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Météo-France qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. B d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du défendeur présentées sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Météo-France sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à Météo-France.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le rapporteur,

C. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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