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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2103245

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2103245

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2103245
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2021, M. C A, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser, en réparation du préjudice de jouissance subi, la somme de 6 000 euros à parfaire, à la date du jugement à intervenir ou du rendez-vous fixé par le préfet du Rhône pour le dépôt de sa demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée en raison de la faute commise par le préfet du Rhône à ne pas lui avoir fixé de rendez-vous pour enregistrer une demande de titre de séjour malgré une demande déposée sur le site internet dédié de la préfecture le 1er juillet 2020, dix-neuf relances jusqu'en avril 2021 et un référé mesures utiles ; il dispose d'un droit à voir examiner sa demande, corollaire de l'obligation imposée à tout ressortissant étranger majeur, par l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de détenir un titre de séjour ; l'absence de réponse dans le délai de quatre mois révèle un dysfonctionnement susceptible de porter atteinte aux principes de continuité du service public et d'égalité des usagers devant le service public ;

- la carence de l'administration est à l'origine d'un trouble dans ses conditions d'existence, eu égard à la situation de fragilité et d'angoisse dans laquelle elle le place ; elle le prive de garanties contre une éventuelle mesure d'éloignement et de la possibilité de voir aboutir une promesse d'embauche, alors qu'il remplit les conditions, au regard de sa situation familiale, pour bénéficier d'un titre de séjour ;

- ce préjudice s'élève à une somme de 1 000 euros par mois après le dépôt de sa demande de rendez-vous, soit 6 000 euros, à augmenter de 1 000 euros par mois jusqu'à la liquidation de son préjudice.

Par un mémoire enregistré le 23 septembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique au cours de laquelle le rapport de Mme B a été entendu.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 4 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant togolais né le 31 décembre 1987, déclare être entré en France muni d'un visa de court séjour le 27 août 2016. Après le rejet de sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 novembre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 janvier 2019, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 26 juillet 2019. Il est devenu père d'un enfant né le 14 février 2020 de sa relation avec une ressortissante ivoirienne titulaire d'une carte de résident. Il a sollicité le 1er juillet 2020 un rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône pour le dépôt d'une première demande de carte de séjour, demande qu'il a renouvelée au moins jusqu'en avril 2021. Par une ordonnance du 23 janvier 2021, sa requête en référé, en vue d'enjoindre au préfet du Rhône de lui fixer un rendez-vous, a été rejetée. Il demande la condamnation de l'État à lui verser la somme de 6 000 euros, à parfaire, en réparation du préjudice résultant de l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande de titre de séjour.

2. Les articles R. 311-1 à R. 311-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, organisaient la procédure d'examen des demandes de titres de séjour susceptibles d'être présentées par des étrangers, autres que ceux sollicitant l'asile. En vertu de l'article R. 311-1, la demande de titre de séjour devait être déposée, soit en préfecture ou dans les lieux désignés par le préfet de département, soit par voie postale dans l'hypothèse où l'autorité administrative l'aurait autorisée pour des catégories de titre déterminées. Selon l'article R. 311-2, elle devait être présentée par l'intéressé " dans les deux mois de son entrée en France () " ou, s'il séjournait déjà en France, dans des délais qu'il définit. Aux termes de l'article R. 311-4 : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance () de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.

4. Il résulte de l'instruction que M. A a sollicité le 1er juillet 2020, selon la procédure dématérialisée mise en place par la préfecture du Rhône, une demande de rendez-vous pour le dépôt d'une première demande de titre de séjour, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, et a relancé la préfecture à dix-neuf reprises jusqu'au 27 avril 2021. Il a finalement obtenu un rendez-vous fixé au 13 septembre 2022. Le préfet du Rhône fait valoir, en défense, que le report de toutes les demandes de rendez-vous déposées par des étrangers durant la période du confinement général induit par la crise sanitaire liée à la pandémie de covid-19 au printemps 2020 a nécessité la mise en place d'une organisation spécifique, et notamment la priorité donnée à ceux qui avaient déjà un rendez-vous fixé entre le 16 mars et le 30 décembre 2020, ainsi que l'ouverture le 2 octobre 2020 de guichets spécifiques dédiés aux demandes d'admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, alors qu'aucun élément du dossier ne permet d'établir que la demande de rendez-vous assortie de pièces justificatives présentée par M. A était incomplète, celui-ci est fondé à se prévaloir d'une carence de l'État à ne pas avoir procédé à l'enregistrement de sa demande de rendez-vous durant plus de deux ans, et ce malgré ses nombreuses relances et démarches.

5. Cependant, si le requérant se prévaut de troubles dans ses conditions d'existence résultant de cette faute de l'État, en raison de la situation de fragilité et d'angoisse dans laquelle elle l'a placé, il s'est toutefois maintenu irrégulièrement sur le territoire français à la suite de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 26 juillet 2019, sans entamer aucune démarche pour régulariser sa situation avant sa demande de rendez-vous du 1er juillet 2020. Ni sa situation familiale, du fait de sa relation avec une ressortissante ivoirienne en situation régulière et de la naissance de leur enfant le 14 février 2020, ni la promesse d'embauche datée du 4 mai 2020 qu'il produit, ne permettent d'établir qu'il disposait d'un droit à régularisation exceptionnelle de sa situation administrative. Dans ces conditions, M. A n'établit pas de lien de causalité direct entre la carence de l'État et le préjudice allégué.

6. Il suit de là que les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

K. B

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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