mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2103335 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BEN SALEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Ben Salem, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ;
2°) de mettre une somme de 5 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la réclamation préalable en date du 31 décembre 2020 est recevable ;
- la proposition de rectification, qui leur a été adressée le 9 juin 2017, est nulle et non avenue pour vice de forme ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- le service a disposé d'informations qu'il ne leur a pas communiquées en dépit de leur demande et en méconnaissance des énonciations des paragraphes n° 300 et 310 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôt sous la référence dans le BOI-CF-PGR-30-10-20120912 ;
- l'administration ne démontre pas que la SASU Planet Négoce n'a pas déposé de déclaration n° 2777-D ;
- la somme de 20 280 euros a fait l'objet d'une double imposition et seules les sommes considérées comme des revenus distribués n'ont pas été soumises aux prélèvements sociaux ;
- les rectifications notifiées à la SASU Planet Négoce, qui ont été contestées, ne sauraient fonder les rectifications proposées en matière de revenus distribués.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2021, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal centre-est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la réclamation préalable est irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022 par une ordonnance du 26 avril 2022.
Par lettre du 8 novembre 2022, des pièces complémentaires (la proposition de rectification et ses annexes, en particulier la proposition de rectification adressée à la société Planet Négoce, ainsi que les réponses aux observations du contribuable et les réclamations préalables) ont été demandées aux parties pour compléter l'instruction puis communiquées en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU Planet Négoce dont M. B est le gérant et l'associé unique, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2014 et 2015. En conséquence des rectifications apportées aux résultats imposables de la société, les requérants se sont vus adresser une proposition de rectification, datée du 9 juin 2017, mettant à leur charge des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015. Les impositions litigieuses ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2018. Leur réclamation ayant été rejetée le 8 mars 2021, les requérants demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, si les requérants soutiennent que la proposition de rectification n° 2120, qui leur a été adressée le 9 juin 2017, est entachée de nullité en raison de discordances dans le nombre de feuillets annoncés et ceux figurant dans la notification et de l'envoi de deux propositions de rectification, il résulte de l'instruction que les trois premières pages de la proposition de rectification ont été, par erreur, imprimées deux fois, ce doublon n'ayant pas été de nature à induire en erreur les destinataires dès lors que ces trois pages ont conservé les numéros 1, 2 et 3. La proposition de rectification a été signée, comporte la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition, de la base d'imposition et des motifs sur lesquels l'administration a entendu se fonder pour justifier les redressements envisagés. La circonstance que la notification mentionne 13 feuilles au lieu de 13 pages est sans incidence sur la régularité de celle-ci. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la proposition de rectification du 9 juin 2017 serait irrégulière.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler de façon utile ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification n° 2120 du 9 juin 2017 adressée aux requérants fait état de la désignation des impôts concernés, des années d'imposition et des bases d'imposition, détaille les conséquences financières et énonce les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, notamment en ce qui concerne les rectifications concernant les revenus distribués par la SASU Planet Négoce dont il est fait état qu'ils sont fondés sur les dispositions du 2° du 1 l'article 109 du code général des impôts. Ainsi, les requérants ont été informés des motifs de droit et de fait fondant les rectifications proposées de manière suffisante pour leur permettre de présenter utilement ses observations, comme ils l'ont d'ailleurs fait par un courrier du 14 août 2017 adressé à l'administration fiscale en réponse à cette proposition de rectification. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : "(L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.
8. Les requérants se prévalent d'une demande de communication de l'ensemble des documents sur lesquels l'administration s'est fondée pour asseoir les rectifications contenue dans leur réclamation " du 3 avril 2018 ", sans justifier de l'existence d'une telle demande faite le 3 avril 2018 et alors qu'il résulte des éléments produits que les requérants ont formé une réclamation le 31 décembre 2020 qui est, en tout état de cause, postérieure à la mise en recouvrement des impositions litigieuses effectuée le 30 septembre 2018. En outre, si, par une lettre du 14 août 2017 adressée à l'administration fiscale en réponse à la proposition de rectification, les époux B ont bien sollicité la communication de tels documents, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des termes de la proposition de rectification n° 2120 du 9 juin 2017, que, pour procéder aux rectifications litigieuses, l'administration a utilisé des renseignements, documents ou encore des copies de documents obtenus auprès de tiers. Il ressort au contraire des termes de cette proposition de rectification que l'administration fiscale s'est contentée de se référer aux justificatifs présentés par la SASU Planet Négoce dans le cadre de la vérification de comptabilité dont la société a fait l'objet et il n'est pas contesté que M. B, en sa qualité de gérant et d'unique associé, avait effectivement et directement accès à ces documents. Par suite, le moyen soulevé par les requérants tiré de ce que l'administration s'est abstenu de leur communiquer les documents sur lesquels elle s'est fondée pour établir les impositions en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.
9. Les requérants ne sauraient en tout état de cause utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine relative à l'exercice du droit de communication figurant dans la documentation administrative BOI-CF-PGR-30-10-20120912 §300 et §310, qui concerne la procédure d'imposition.
Sur le bien-fondé des impositions litigieuses :
10. En premier lieu, il n'est pas établi que la SASU Planet Négoce, dont M. B est gérant et associé, a déposé une déclaration n° 2777-D.
11. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que la somme de 20 280 euros, correspondant à des distributions, a fait l'objet d'une double imposition. Il résulte toutefois de l'instruction, et en particulier de la proposition de rectification n° 2120 du 9 juin 2017, que l'administration a constaté que les requérants avaient, à tort, renseigné en 2014 un montant de 24 000 euros au titre des traitements et salaires et de 20 280 euros au titre des distributions, alors qu'il ressortait des écritures comptables de la SASU Planet Négoce un montant de distributions de 24 000 euros en 2014 et de 20 280 euros en 2015, qu'ils avaient aussi indiqué pour l'année 2015 des revenus distribués d'un montant de 20 280 euros correspondant aux écritures comptables de la société, et qu'ils avaient en indiqués de manière erronée dans la case 2BH en 2014 et 2015 que les revenus distribués avaient déjà été soumis aux prélèvements sociaux avec CSG déductible. L'administration a rectifié ces erreurs, pour l'année 2014, en supprimant le montant de 24 000 euros déclaré au titre des traitements et salaires, en imposant un montant supplémentaire de 3 720 euros (24 000 - 20 280) au titre des revenus distribués ouvrant droit à abattements (ligne 2DC) et en supprimant la somme mentionnée à tort sur la ligne 2BH au titre des revenus déjà soumis aux prélèvements sociaux et, pour l'année 2015, en supprimant également celle mentionnée à tort sur la ligne 2BH au titre des revenus distribués soumis aux prélèvements sociaux. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les distributions auraient été imposées deux fois ni que celles-ci auraient donné lieu au paiement de prélèvements sociaux à l'issue de la déclaration de revenus initiale.
12. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que les rectifications mises à leur charge sont issues des rectifications opérées au niveau de la SASU Planet Négoce que celle-ci a contestées dans sa réclamation sans fournir aucune autre précision à l'appui de leurs allégations, les requérants ne remettent pas en cause le bien-fondé des impositions mises à leur charge résultant des revenus réputés distribués par cette société.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale en défense, que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions litigieuses.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal centre-est.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La rapporteure,
C. Collomb
Le président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026