jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2103710 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DUCA |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai 2021 et 17 février 2022, sous le n° 2103710, la société à responsabilité limité (SARL) Euro Negoce et M. C B, son gérant, représentés par Me Duca, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la ville de Lyon à leur verser la somme totale de 24 128,35 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'illégalité :
- de l'arrêté du 19 novembre 2020 par lequel le maire de la ville de Lyon a prononcé leur exclusion temporaire des marchés de la ville du 30 novembre au 13 décembre 2020 en les informant de la " suspension définitive " de leur autorisation d'occupation du domaine public en cas de " nouvelle infraction " au règlement général des marchés ;
- de la décision du 6 avril 2021 par laquelle le maire de la ville de Lyon a rejeté leur recours gracieux ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant-dire droit, une expertise permettant d'évaluer leur préjudice économique ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Lyon la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir à l'encontre de l'arrêté du 19 novembre 2020 ;
- cet arrêté, ainsi que la décision du 6 avril 2021 par laquelle le maire de la ville de Lyon a rejeté leur recours gracieux, sont entachés d'incompétence de leur signataire qui ne justifie pas d'une délégation de signature suffisamment précise ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- il a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que de l'article 95 du règlement général des marchés de la ville de Lyon ; en effet :
• le courrier du 9 novembre 2020 par lequel le maire de la ville de Lyon a invité M. B à présenter ses observations dans un délai de quinze jours ne lui a été adressé par lettre recommandée que le 12 novembre 2020 et ne mentionnait pas la nature exacte de la mesure de police qu'il était envisagé de prendre à son encontre ;
• les termes de ce courrier étaient ambigus et l'ont privé de la faculté de présenter ses observations dans le délai requis, dès lors qu'il a légitimement supposé qu'un second courrier lui serait ultérieurement remis en main propre ;
• la mesure de police contestée a en tout état de cause été édictée le 19 novembre 2020, soit seulement sept jours après qu'il ait accusé réception dudit courrier ;
• ces vices de procédure les ont privés d'une garantie ;
- l'arrêté contesté est entaché d'inexactitudes matérielles des faits ; en effet :
• il n'est pas établi que M. B ait refusé de procéder au retrait de son banc de manière significative sur le marché du boulevard des États-Unis le 31 octobre 2020 ;
• il n'est pas davantage établi que l'intéressé ait fait preuve d'un comportement inadapté et provoquant, en filmant et en prenant à parti l'inspecteur des marchés de la ville de Lyon, ni qu'il ait tenu des propos outrageux et irrespectueux à son encontre sur le marché de la place Guichard le 1er novembre 2020 ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de droit et d'appréciation, et revêt un caractère disproportionné ; en effet :
• aucune mesure du maire de la ville de Lyon n'était en vigueur à la date à laquelle l'inspecteur des marchés a demandé à M. B de procéder au retrait de son banc sur le marché du boulevard des États-Unis, alors que celui-ci était positionné à son emplacement habituel ;
• l'intéressé n'a pas fait l'objet de rappels fréquents des agents de la ville de Lyon ni d'une mesure de police, et aucun rapport d'incident ne lui a été opposé en treize années de présence sur les marchés de la ville ;
• M. B a uniquement manifesté, le 31 octobre 2020, son impossibilité matérielle d'exécuter un ordre dont il ne connaissait pas le fondement, avant de le mettre en œuvre dès le lendemain, étant entendu que cet ordre n'a été formulé à l'encontre d'aucun autre commerçant, en méconnaissance du principe d'égalité ;
• le maire de la ville de Lyon disposait de la faculté de leur infliger un simple avertissement en lieu et place d'une exclusion temporaire assortie d'une menace d'exclusion définitive des marchés de la ville, alors que l'activité des commerçants non-sédentaires a été gravement impactée par les mesures sanitaires adoptées au cours de l'année 2020 ;
- l'illégalité des décisions contestées constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la ville de Lyon ;
- ces fautes leur ont causé un préjudice économique à hauteur de 19 128,35 euros, ainsi qu'un préjudice moral à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2021, la ville de Lyon conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 300 euros soit mise à la charge de la SARL Euro Negoce en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité ne soit engagée qu'à raison des préjudices directs et certains subis par les requérants et à ce que le tribunal rejette en tout état de cause les conclusions présentées par la société requérante en application des mêmes dispositions.
Elle fait valoir que :
- les moyens et les prétentions indemnitaires de la SARL Euro Negoce et de M. B ne sont pas fondés ;
- les prétentions indemnitaires des requérants doivent en tout état de cause être ramenées à de plus justes proportions.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai 2021 et 17 février 2022, sous le n° 2103711, la SARL Euro Negoce et M. B, représentés par Me Duca, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2020 par lequel le maire de la ville de Lyon a prononcé leur exclusion temporaire des marchés de la ville du 30 novembre au 13 décembre 2020 en les informant de la " suspension définitive " de leur autorisation d'occupation du domaine public en cas de " nouvelle infraction " au règlement général des marchés, ensemble la décision du 6 avril 2021 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Lyon la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable, dès lors qu'ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir à l'encontre de l'arrêté du 19 novembre 2020, nonobstant la circonstance qu'il ait été entièrement exécuté ;
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur signataire qui ne justifie pas d'une délégation de signature suffisamment précise du maire de la ville de Lyon ;
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- il a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que de l'article 95 du règlement général des marchés de la ville de Lyon ; en effet :
• le courrier du 9 novembre 2020 par lequel le maire de la ville de Lyon a invité M. B à présenter ses observations dans un délai de quinze jours ne lui a été adressé par lettre recommandée que le 12 novembre 2020 et ne mentionnait pas la nature exacte de la mesure de police qu'il était envisagé de prendre à son encontre ;
• les termes de ce courrier étaient ambigus et l'ont privé de la faculté de présenter ses observations dans le délai requis, dès lors qu'il a légitimement supposé qu'un second courrier lui serait ultérieurement remis en main propre ;
• la mesure de police contestée a en tout état de cause été édictée le 19 novembre 2020, soit seulement sept jours après qu'il ait accusé réception dudit courrier ;
• ces vices de procédure les ont privés d'une garantie ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'inexactitudes matérielles des faits ; en effet :
• il n'est pas établi que M. B ait refusé de procéder au retrait de son banc de manière significative sur le marché du boulevard des États-Unis le 31 octobre 2020 ;
• il n'est pas davantage établi que l'intéressé ait fait preuve d'un comportement inadapté et provoquant, en filmant et en prenant à parti l'inspecteur des marchés de la ville de Lyon, ni qu'il ait tenu des propos outrageux et irrespectueux à son encontre sur le marché de la place Guichard, le 1er novembre 2020 ;
- l'arrêté contesté est entaché d'erreurs de droit et d'appréciation, et revêt un caractère disproportionné ; en effet :
• aucune mesure du maire de la ville de Lyon n'était en vigueur à la date à laquelle l'inspecteur des marchés a demandé à M. B de procéder au retrait de son banc sur le marché du boulevard des États-Unis, alors que celui-ci était positionné à son emplacement habituel ;
• l'intéressé n'a pas fait l'objet de rappels fréquents des agents de la ville de Lyon, ni d'une mesure de police, et aucun rapport d'incident ne lui a été opposé en treize années de présence sur les marchés de la ville ;
• M. B a uniquement manifesté, le 31 octobre 2020, son impossibilité matérielle d'exécuter un ordre dont il ne connaissait pas le fondement, avant de le mettre en œuvre dès le lendemain, étant entendu que cet ordre n'a été formulé à l'encontre d'aucun autre commerçant en méconnaissance du principe d'égalité ;
• le maire de la ville de Lyon disposait de la faculté de leur infliger un simple avertissement en lieu et place d'une exclusion temporaire assortie d'une menace d'exclusion définitive des marchés de la ville, alors que l'activité des commerçants non-sédentaires a été gravement impactée par les mesures sanitaires adoptées au cours de l'année 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2021, la ville de Lyon conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 300 euros soit mise à la charge de la SARL Euro Negoce en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la SARL Euro Negoce et de M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;
- la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 ;
- la loi n° 2020-856 du 9 juillet 2020 ;
- le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020 ;
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- l'arrêté municipal du 10 mai 2016 portant règlement général des marchés de la ville de Lyon ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public ;
- les observations de Me Duca représentant la SARL Euro Negoce et M. B ;
- et les observations de M. A, représentant la ville de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, gérant de la SARL Euro Negoce et commerçant non-sédentaire spécialisé dans la vente de fruits et légumes, est titulaire d'emplacements fixes sur les marchés alimentaires de la ville de Lyon. Par un courrier du 9 novembre 2020, dont l'intéressé a accusé réception le 12 novembre suivant, les services de la direction de l'économie, du commerce et de l'artisanat (DECA) de la ville de Lyon l'ont informé de l'engagement à son encontre d'une procédure de " sanction " pour méconnaissance du règlement général des marchés de la ville, à la suite de contrôles effectués sur les marchés du boulevard des États-Unis et de la place Guichard, les 31 octobre et 1er novembre 2020. Par un arrêté du 19 novembre 2020, notifié en main propre à l'intéressé le 28 novembre suivant, le maire de la ville de Lyon a prononcé l'exclusion temporaire de la SARL Euro Negoce et de M. B des marchés de la ville, du 30 novembre au 13 décembre 2020, et les a informés de la " suspension définitive " de leur autorisation d'occupation du domaine public en cas de " nouvelle infraction " au règlement général des marchés. Par un courrier du 18 janvier 2021, réceptionné le 20 janvier suivant, M. B a saisi l'administration d'un recours gracieux et a présenté une réclamation préalable d'un montant total de 17 458,30 euros. Par une décision du 6 avril 2021, le maire de la ville de Lyon a rejeté les demandes présentées par l'intéressé. Par une première requête, enregistrée sous le n° 2103711, la SARL Euro Negoce et M. B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2020 ainsi que la décision du 6 avril 2021. Par une seconde requête, enregistrée sous le n° 2103710, les requérants demandent au tribunal de condamner la ville de Lyon à leur verser la somme totale de 24 128,35 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'illégalité de ces deux décisions.
2. Les requêtes susvisées présentées par la SARL Euro Negoce et M. B portent sur les mêmes décisions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Selon les termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment / () 3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics ; () ". Et aux termes de l'article L. 2224-18 de ce code : " () Le régime des droits de place et de stationnement sur les halles et les marchés est défini conformément aux dispositions d'un cahier des charges ou d'un règlement établi par l'autorité municipale après consultation des organisations professionnelles intéressées. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté municipal du 10 mai 2016 portant règlement général des marchés de la ville de Lyon, pris en application des dispositions précitées de l'article L. 2224-18 du code général des collectivités territoriales : " Les marchés de détail de denrées alimentaires et fleurs () se tiennent sur les emplacements, dans les conditions et aux jours fixés par arrêtés municipaux. ". Selon les termes de l'article 3 du même arrêté : " Toute autorisation d'occuper le domaine public () qu'elle soit délivrée pour un ou des emplacement(s) fixe(s) (abonnement), est matérialisée par la délivrance d'une carte qui permet d'identifier les personnes physiques autorisées à exercer une activité sur les marchés. / Cette carte est émise au profit du demandeur d'emplacement, qu'il soit personne morale ou physique () ". Aux termes de l'article 40 de cet arrêté : " Les bancs de vente sont installés au plus tard à 8h30 d'une façon convenable, avec un matériel en bon état, en respectant strictement les limites fixées pour chaque emplacement. ". L'article 43 de cet arrêté dispose que : " Les propos et comportements (cris, chants, geste, etc) de nature à troubler l'ordre public y sont également interdits. () ". L'article 44 du même arrêté énonce que : " Les allées de circulation et de dégagement réservées au passage des usagers, doivent être laissées libres d'une façon constante. Les permissionnaires doivent stationner derrière leurs bancs de vente. ". L'article 94 de cet arrêté prévoit que : " Le titulaire de l'autorisation d'occuper le domaine public (personne physique ou morale) est responsable des agissements de la personne physique déclarée ainsi que de toute personne présente sur l'emplacement du titulaire ". Et en vertu des dispositions de l'article 95 du même arrêté : " Outre les procès-verbaux de contravention qui peuvent être dressés, la sanction d'avertissement, sous forme de lettre recommandée avec accusé de réception ou d'arrêté municipal, peut être prise à l'encontre du permissionnaire contrevenant. / L'autorisation d'occuper le domaine public peut être retirée, soit pour un temps déterminé, soit définitivement, aux personnes qui se sont rendues coupables d'actes entachant leur honorabilité ou d'infraction au présent règlement et de ces annexes et ce, sans indemnité d'aucune sorte. / L'exclusion temporaire ou définitive est prononcée par arrêté municipal. () ".
5. Enfin, l'émergence d'un nouveau coronavirus, responsable de la maladie à coronavirus 2019 ou covid-19 et particulièrement contagieux, a été qualifiée d'urgence de santé publique de portée internationale par l'Organisation mondiale de la santé le 30 janvier 2020, puis de pandémie le 11 mars 2020. La propagation du virus sur le territoire français a conduit le ministre chargé de la santé puis le Premier ministre à prendre, à compter du 4 mars 2020, des mesures de plus en plus strictes destinées à réduire les risques de contagion. La loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 a créé un régime d'état d'urgence sanitaire aux articles L. 3131-12 à L. 3131-20 du code de la santé publique et déclaré l'état d'urgence sanitaire pour une durée de deux mois à compter du 24 mars 2020, prorogée par la loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions, jusqu'au 10 juillet 2020 inclus. L'évolution de la situation sanitaire a permis, en application de la loi du 9 juillet 2020 organisant la sortie de l'état d'urgence sanitaire, un assouplissement des mesures à compter du 10 juillet 2020. Une nouvelle progression de l'épidémie a toutefois conduit à l'adoption d'un décret du 14 octobre 2020 déclarant l'état d'urgence sanitaire à compter du 17 octobre 2020 sur l'ensemble du territoire national sur le fondement des articles L. 3131-12 et L. 3131-13 du code de la santé publique.
6. En vertu des dispositions de l'article 1er du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 3131-15 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. / II. - Les rassemblements, réunions, activités, accueils et déplacements ainsi que l'usage des moyens de transports qui ne sont pas interdits en vertu du présent décret sont organisés en veillant au strict respect de ces mesures. () ". Selon les termes de l'article 37 du même décret : " I. - Les magasins de vente, relevant de la catégorie M, mentionnée par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation, ne peuvent accueillir du public que pour leurs activités de livraison et de retrait de commandes ou les activités suivantes : / () - Commerce de détail alimentaire sur éventaires sous réserve, lorsqu'ils sont installés sur un marché, des dispositions de l'article 38 ; () ". Et aux termes de l'article 38 de ce décret : " Seuls les commerces alimentaires ou proposant la vente de graines, semences et plants d'espèces fruitières ou légumières sont autorisés dans les marchés ouverts ou couverts. / Les dispositions du III de l'article 3 ne font pas obstacle à ce que les marchés, couverts ou non, reçoivent un nombre de personnes supérieur à celui qui y est fixé, dans le respect des dispositions qui leur sont applicables, dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er et à prévenir, en leur sein, la constitution de regroupements de plus de six personnes, et sous réserve que le nombre de personnes accueillies n'excède pas celui permettant de réserver à chacune une surface de 4 m2. / Le préfet de département peut, après avis du maire, interdire l'ouverture de ces marchés si les conditions de leur organisation ainsi que les contrôles mis en place ne sont pas de nature à garantir le respect des dispositions de l'alinéa précédent. / Dans les marchés couverts, toute personne de plus de onze ans porte un masque de protection. ".
7. Il ressort de la motivation succincte de l'arrêté contesté du 19 novembre 2020 que pour prononcer à l'encontre des requérants une mesure d'exclusion temporaire des marchés de la ville de Lyon du 30 novembre au 13 décembre 2020 et les informer de la " suspension définitive " de leur autorisation d'occupation du domaine public en cas de " nouvelle infraction " au règlement général des marchés, le maire de la ville de Lyon s'est fondé sur les circonstances tirées, d'une part, de ce que M. B n'avait pas souhaité respecter, le 31 octobre 2020, les consignes d'espacement des bancs données par l'inspecteur des marchés de la ville à raison de la crise sanitaire, en reculant son étal de manière significative afin de ne pas déborder dans l'allée du marché du boulevard des États-Unis, et, d'autre part, de ce que, sur le marché de la place Guichard, l'intéressé avait fait preuve, le 1er novembre 2020, d'un comportement inadapté et provocant, filmant et prenant à parti cet inspecteur, puis tenant des propos outrageux et irrespectueux. L'autorité administrative a ainsi considéré que " l'action " de M. B constituait une " infraction " au règlement général des marchés de la ville de Lyon portant atteinte à la sécurité et à la tranquillité publiques.
8. En l'espèce, alors qu'il appartient à l'autorité administrative d'établir la matérialité des faits à l'origine d'une mesure de police, la ville de Lyon se prévaut en particulier d'un " rapport d'incident " rédigé le 1er novembre 2020 par l'inspecteur des marchés de la ville. Ce rapport fait tout d'abord état de ce que, le 31 octobre 2020, M. B aurait " catégoriquement " refusé de procéder au retrait de son étal situé sur le marché du boulevard des États-Unis, en prétextant " qu'il n'était pas le seul dans ce cas ", remettant ainsi en cause l'application des mesures sanitaires liées à l'épidémie de covid-19 et décidées par la ville de Lyon. L'inspecteur des marchés, chargé de la " vérification de la bonne application " de ces mesures en présence du receveur-placier, aurait alors décidé de quitter les lieux pour ne pas " envenimer la situation dans ce contexte de tension ". Ce même rapport d'incident fait également état de ce que le lendemain, 1er novembre 2020, M. B serait devenu " très agressif et insultant " lorsque l'inspecteur des marchés s'est rendu sur le marché de la place Guichard et a souhaité discuter avec le frère de l'intéressé afin de l'inciter à être plus conciliant, à l'avenir, avec les agents de la DECA. Le rapport relève à cet égard que M. B se serait alors " mis à hurler " devant les autres commerçants non-sédentaires et les clients présents sur le marché, en tenant des propos extrêmement grossiers et irrespectueux, puis aurait sorti son téléphone portable pour filmer et prendre à parti l'inspecteur des marchés. Ce dernier aurait alors demandé à plusieurs reprises, en vain, à M. B, de cesser ses agissements, avant de quitter les lieux pour faire appel à la directrice de la DECA. Malgré la présence de cette dernière sur les lieux " un peu plus tard ", M. B et son frère seraient demeurés " très insultant(s) et menaçant(s) ", et auraient fait " preuve d'intimidation " en appelant, devant l'inspecteur des marchés et la directrice de la DECA, " un soit disant (é)lu de Lyon ".
9. Toutefois, le " rapport d'incident " rédigé par l'inspecteur des marchés de la ville de Lyon, n'est corroboré par aucune autre pièce produite en défense s'agissant du comportement reproché à M. B, le 1er novembre 2020, sur le marché de la place Guichard. En effet, si la ville de Lyon verse au dossier le témoignage, au demeurant non daté, du receveur-placier chargé du placement des commerçants non-sédentaires et de la bonne application du protocole sanitaire alors mis en œuvre sur les marchés, celui-ci ne porte que sur la journée du 31 octobre 2020 et sur le refus de M. B de procéder au retrait de son étal, sur le marché du boulevard des États-Unis. Si en outre, l'administration verse au dossier une attestation rédigée le 1er décembre 2021 par la directrice de la DECA, pour les besoins de l'instance, celle-ci se borne à faire état de ce que lors de sa visite sur le marché de la place Guichard le 1er novembre 2020 et des " échanges qui s'en sont suivis avec M. B, ce dernier ne portait pas toujours son masque ", alors que la mesure de police contestée ne repose pas sur un tel motif. Enfin, la SARL Euro Negoce et M. B, qui contestent la matérialité des faits reprochés à ce dernier et soutiennent qu'il n'a eu recours à son téléphone portable que pour prendre différentes photographies de son étal et des bancs des autres commerçants non-sédentaires, versent au dossier deux attestations rédigées le 6 décembre 2020 par des clients qui ne font état d'aucun incident particulier sur le marché de la place Guichard le 1er novembre 2020. Ainsi, dès lors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. B aurait adopté, le 1er novembre 2020, un comportement inadapté et provocant, en filmant et en prenant à parti l'inspecteur des marchés de la ville de Lyon, ni qu'il aurait tenu des propos outrageux et irrespectueux sur le marché de la place Guichard, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté contesté du 19 novembre 2020 est entaché d'erreurs de fait.
10. Si par ailleurs, il est constant que M. B a refusé de procéder, le 31 octobre 2020, au retrait de son étal, l'intéressé faisant notamment état dans ses écritures de l'impossibilité d'y procéder, un tel retrait lui ayant été demandé une heure et demie après qu'il a procédé à l'installation de l'ensemble de sa marchandise, et si, compte tenu des règles existantes au niveau national et rappelées au points 6, le requérant ne peut utilement soutenir qu'aucune mesure prise par le maire de la ville de Lyon n'était en vigueur à la date à laquelle l'inspecteur des marchés lui a demandé d'y procéder, il ne résulte pas de l'instruction que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ce seul motif pour prononcer la mesure de police en cause d'exclusion temporaire des marchés, pour une durée de quinze jours, assortie d'une " suspension définitive " d'autorisation d'occupation du domaine public en cas de " nouvelle infraction " au règlement général des marchés de la ville.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des deux requêtes, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté contesté du 19 novembre 2020, ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision du 6 avril 2021 par laquelle le maire de la ville de Lyon a rejeté leur recours gracieux.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. L'illégalité dont sont entachées les décisions contestées constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la ville de Lyon, pour autant que cette faute ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain.
13. Premièrement, la SARL Euro Negoce et M. B soutiennent qu'ayant été illégalement privés de la faculté de " déballer " sur l'ensemble des marchés de la ville de Lyon du 30 novembre et 13 décembre 2020, ils ont subi un préjudice économique pouvant être évalué à la somme de 19 128,35 euros correspondant, d'une part, à la perte du chiffre d'affaires qu'ils auraient effectivement réalisé sur cette période, évaluée à la somme de 12 458,30 euros sur la base du chiffre d'affaires réalisé au cours de l'année 2019, et, d'autre part, à la perte de denrées périssables acquises antérieurement à la mesure d'exclusion temporaire prononcée à leur encontre, qu'ils n'ont pu présenter sur les étals des différents marchés durant cette même période, pour un montant de 6 670,05 euros. Ils produisent, pour en justifier, une attestation de leur expert-comptable du 1er août 2020 et leurs comptes annuels pour l'année 2019, qui font état d'un chiffre d'affaires de 274 082,51 euros et d'un bénéfice net déficitaire de 1 534,96 euros, une attestation de leur expert-comptable du 24 juin 2021 et leurs comptes annuels pour l'année 2020, qui mentionnent un chiffre d'affaires de 209 097 euros et un bénéfice net de 7 042 euros, ainsi que douze factures pour l'achat de fruits et légumes entre les 26 et 30 novembre 2020, dont deux qu'ils ne démontrent pas avoir réglées et deux qui sont postérieures à la date du 28 novembre 2020, date à laquelle l'arrêté du 19 novembre 2020 a été notifié. Toutefois, ainsi que le fait valoir à juste titre la ville de Lyon, le préjudice économique subi par les requérants ne saurait être calculé selon l'évolution de leur chiffre d'affaires, mais selon leur bénéfice net, le montant indemnisable étant égal à leur seule perte de chance de réaliser un tel bénéfice sur une période de quinze jours. En l'espèce, dès lors qu'il est constant que la SARL Euro Negoce et M. B exercent leurs activités quarante-quatre semaines par an et assurent treize marchés par semaine, dont l'administration n'établit aucunement que certains se situeraient en dehors du territoire de la ville de Lyon, dès lors également que l'administration ne saurait utilement faire valoir que les intéressés étant en mesure de " décaler les dates " de leurs congés annuels afin de se " rattraper " sur une semaine au cours de laquelle ils ne comptaient initialement pas exercer leurs activités, la perte économique alléguée ne serait pas entièrement due à l'illégalité de la mesure litigieuse, et dès lors enfin, que l'indemnisation sollicitée doit être calculée au regard du bénéfice net réalisé par la SARL Euro Negoce et de M. B au cours de l'année 2020, il sera fait une juste appréciation de la perte de chance de réaliser un tel bénéfice sur la période du 30 novembre au 13 décembre 2020 en allouant aux requérants la somme de 325 euros, tous intérêts confondus à la date du présent jugement.
14. Deuxièmement, les requérants soutiennent qu'ils ont subi un préjudice moral pouvant être évalué à la somme de 5 000 euros, dès lors, d'une part, que la mesure d'exclusion temporaire illégalement prononcée à leur encontre l'a été à compter du 30 novembre suivant, soit deux jours seulement après sa notification, sans que les requérants soient en mesure de l'anticiper, d'autre part, qu'elle est intervenue au cours d'une période où l'activité des commerçants non-sédentaires a été fortement impactée par la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19, et, enfin, qu'elle leur a été notifiée par l'inspecteur des marchés de la ville de Lyon accompagné de trois agents de la police municipale, le 28 novembre 2020, à une heure d'affluence, sur l'un des marchés les plus fréquentés de la place lyonnaise, de sorte qu'elle a porté atteinte à leur image. En l'espèce, et dès lors que l'administration se borne à faire valoir, qu'à supposer que l'illégalité de l'arrêté du 19 novembre 2020 puisse être confondue avec les modalités de sa notification, elle ne saurait être tenue pour responsable de l'incapacité des commerçants non-sédentaires et des clients des marchés de la ville à " faire la différence entre une interpellation par les services de la police nationale suite à la commission de crimes ou de délits et la remise en main propre d'une lettre par des agents municipaux, sans l'exercice d'aucune contrainte et sans user d'aucun moyen de coercition ", dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la date de prise d'effet et de la durée de la mesure d'exclusion temporaire illégalement prononcée à l'encontre de la SARL Euro Negoce et M. B, ainsi que de la période au cours de laquelle une telle mesure est intervenue, il sera fait une juste appréciation de leur préjudice moral en leur allouant la somme de 500 euros, tous intérêts confondus à la date du présent jugement.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de diligenter une expertise avant-dire droit permettant d'évaluer leur préjudice économique, que les requérants sont fondés à demander la condamnation de la ville de Lyon à leur verser la somme totale de 825 euros, tous intérêts confondus à la date du présent jugement.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Lyon le versement de la somme de 2 000 euros à la SARL Euro Negoce et à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge des requérants qui ne sont pas, dans les présentes instances, les parties perdantes, le versement au défendeur d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 novembre 2020 par lequel le maire de la ville de Lyon a prononcé l'exclusion temporaire de la SARL Euro Negoce et de M. B des marchés de la ville du 30 novembre au 13 décembre 2020 en les informant de la " suspension définitive " de leur autorisation d'occupation du domaine public en cas de " nouvelle infraction " au règlement général des marchés de cette ville, ainsi que la décision du 6 avril 2021 par laquelle le maire de la ville de Lyon a rejeté leur recours gracieux, sont annulés.
Article 2 : La ville de Lyon est condamnée à verser à la SARL Euro Negoce et à M. B la somme totale de 825 euros, tous intérêts confondus à la date du présent jugement.
Article 3 : La ville de Lyon versera à la SARL Euro Negoce et à M. B la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Euro Negoce, à M. C B et à la ville de Lyon.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
C. D
La présidente,
A. Baux
La greffière,
F. Faure
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°s 2103710 - 2103711
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026