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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2103725

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2103725

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2103725
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSAS SEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, la société Amtrust France et le centre hospitalier de Firminy, représentés par la SELAS Seban Auvergne, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 5 mars 2021 par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) pour le recouvrement de la somme de 126 939,05 euros et de décharger la société Amtrust France de l'obligation de payer ladite somme ;

2°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le titre exécutoire attaqué ne comporte pas l'indication des bases de liquidation, ni des éléments de calcul en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- il est infondé : la responsabilité du centre hospitalier de Firminy n'est pas engagée dès lors que le défaut d'information n'est pas établi et que le délai de transfert en réanimation n'est pas fautif ; Mme B a été victime d'un accident médical non fautif auquel l'intégralité de son préjudice corporel doit être imputé et qui doit être réparé par la solidarité nationale.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 3 janvier 2022 et le 4 août 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par la SELARL de la Grange et Fitoussi Avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

A titre principal :

1°) au rejet de la requête ;

A titre subsidiaire :

2°) à ce que la société Amtrust France soit condamnée au paiement de la somme de 126 939,05 euros, en remboursement des indemnisations versées à M. et Mme B ;

En toutes hypothèses :

3°) à ce que la société Amtrust France soit condamnée à lui verser les intérêts au taux légal sur la somme mentionnée dans le titre, à compter du 17 mai 2021 et leur capitalisation annuelle ;

4°) à ce que la société Amtrust France soit condamnée au paiement de la somme totale de 19 040,86 euros correspondant à la pénalité de 15% en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;

5°) à ce que la société Amtrust France soit condamnée au paiement de la somme de 1 010,63 euros correspondant aux honoraires de l'expert, le Dr E ;

6°) à mettre à la charge de la société Amtrust France la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il résulte de l'avis du Conseil d'Etat n° 426321 du 9 mai 2019 qu'il est compétent pour émettre le titre exécutoire en litige ;

- le tribunal administratif de Lyon est territorialement compétent ;

- le centre hospitalier de Firminy a bien commis une faute, d'une part, ne recueillant pas le consentement éclairé de la patiente et en manquant à son devoir d'information, d'autre part, par le retard du transfert de l'intéressée en réanimation, à l'origine d'une perte de chance pour cette dernière d'éviter un certain nombre de séquelles, évaluée à 50 % et d'un préjudice d'affection pour son fils ;

- les bases de liquidation du titre sont suffisantes ;

- l'ONIAM conserve la possibilité d'appeler les organismes tiers payeurs à la cause dans la présente instance ;

- l'ONIAM a correctement évalué les préjudices en cause ;

- la société Amtrust France ne justifie pas son absence d'indemnisation et doit donc être condamnée aux pénalités ;

- il est également en droit d'obtenir reconventionnellement de la société Amtrust France le remboursement des frais d'expertise et des intérêts des sommes en cause.

Par ordonnance du 24 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, née le 17 avril 1932, a consulté le 18 août 2014 pour des douleurs de l'hypocondre droit et des vomissements un chirurgien général du centre hospitalier de Firminy qui lui a proposé une intervention de cholécystectomie du fait de la présence de calculs. Le 28 août suivant, elle a été opérée d'une cure de hernie ombilicale et d'une cholécystectomie pour lithiase. Son état s'étant dégradé, elle a été transférée dans la nuit du 30 au 31 août 2014, en réanimation à la clinique mutualiste de Saint-Etienne où elle a subi une seconde intervention par laparotomie exploratrice avec drainage et lavage en traitement d'une péritonite biliaire avec choc septique apparue du fait de l'existence d'une fistule biliaire au niveau du lit vésiculaire. Elle a ensuite présenté une tétra parésie post-réanimation. Mme B et son fils, M. C B, ont sollicité la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI), laquelle a, par un avis du 11 octobre 2016, conclu à l'indemnisation par l'ONIAM de la moitié des préjudices subis par Mme B en raison d'un accident médical non fautif et à la responsabilité du centre hospitalier de Firminy, en raison d'un défaut de consentement éclairé et un retard du transfert en réanimation, qui ont été à l'origine d'une perte de chance de l'intéressée d'éviter l'aggravation de ses séquelles de 50 %. Par une lettre du 28 février 2017, le centre hospitalier de Firminy a indiqué que son assureur refusait de suivre l'avis de la CCI. Le 21 mars 2017, Mme D B et M. C B ont saisi l'ONIAM d'une demande de substitution à l'assureur défaillant, en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. L'ONIAM a alors conclu avec eux deux protocoles transactionnels prévoyant une indemnisation des préjudices subis par l'intéressée à hauteur de 125 689,05 euros et ceux de son fils, en qualité de victime par ricochet, à 1 250 euros, qui ont été acceptés. Afin de recouvrer ces sommes, l'ONIAM a émis le 5 mars 2021 un avis des sommes à payer valant titre exécutoire à l'encontre de la société Amtrust France, assureur du centre hospitalier de Firminy, pour un montant total de 126 939,05 euros. La société Amtrust France et le centre hospitalier de Firminy demandent au tribunal d'annuler ce titre.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales estime qu'un dommage relevant du premier alinéa de l'article L. 1142-8 engage la responsabilité () d'un établissement de santé (), l'assureur qui garantit la responsabilité () administrative de la personne considérée comme responsable par la commission adresse à la victime (), dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis dans la limite des plafonds de garantie des contrats d'assurance ". Aux termes de l'article L. 1142-15 du même code : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. / () / L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. La transaction est portée à la connaissance du responsable et, le cas échéant, de son assureur (). / L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur (). Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. / En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. / Lorsque l'office transige avec la victime () en application du présent article, cette transaction est opposable à l'assureur () ou au responsable des dommages sauf le droit pour ceux-ci de contester devant le juge le principe de la responsabilité ou le montant des sommes réclamées. Quelle que soit la décision du juge, le montant des indemnités allouées à la victime lui reste acquis ".

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-22 du code de la santé publique : " L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est un établissement public à caractère administratif de l'Etat, placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé. Il est chargé de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale, dans les conditions définies au II de l'article L. 1142-1, à l'article L. 1142-1-1 et à l'article L. 1142-17, des dommages occasionnés par la survenue d'un accident médical, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale ainsi que des indemnisations qui lui incombent, le cas échéant, en application des articles L. 1142-15, L. 1142-18, L. 1142-24-7 et L. 1142-24-16 ". Aux termes de l'article L. 1142-23 de ce code : " L'office est soumis à un régime administratif, budgétaire, financier et comptable défini par décret. / () / Les recettes de l'office sont constituées par : () 4° Le produit des recours subrogatoires mentionnés aux articles L. 1221-14, L. 1142-15, L. 1142-17, L. 1142-24-7, L. 1142-24-16, L. 1142-24-17, L. 3131-4, L. 3111-9 et L. 3122-4 ; () ". Aux termes de l'article R. 1142-53 de ce code, l'ONIAM " est soumis aux dispositions des titres Ier et III du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ".

4. Aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". Aux termes de l'article 28 du décret du 7 novembre 2012 visé plus haut, article qui figure dans le titre Ier de ce décret : " L'ordre de recouvrer fonde l'action de recouvrement. Il a force exécutoire dans les conditions prévues par l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales. / Le comptable public muni d'un titre exécutoire peut poursuivre l'exécution forcée de la créance correspondante auprès du redevable, dans les conditions propres à chaque mesure d'exécution. / Le cas échéant, il peut également poursuivre l'exécution forcée de la créance sur la base de l'un ou l'autre des titres exécutoires énumérés par l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution ". Aux termes de l'article 192 de ce décret, inséré dans son titre III : " Tout ordre de recouvrer donne lieu à une phase de recouvrement amiable. En cas d'échec du recouvrement amiable, il appartient à l'agent comptable de décider l'engagement d'une procédure de recouvrement contentieux. / L'exécution forcée par l'agent comptable peut, à tout moment, être suspendue sur ordre écrit de l'ordonnateur ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique que l'ONIAM peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice, ou dans les obligations contractuelles ou quasi-délictuelles du débiteur. Les dispositions de l'article L. 1142-15 de ce code ne font pas obstacle à ce que l'ONIAM émette un tel titre à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances afin de recouvrer les sommes versées à la victime, aux droits de laquelle il est subrogé.

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire :

6. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 visé plus haut : " () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. / () ". L'administration qui met en recouvrement un état exécutoire doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.

7. Il résulte de l'instruction que le titre litigieux mentionne qu'il est émis sur le fondement de l'article L. 1142-5 du code de la santé publique dans le cadre d'une substitution à Mme D B et M. F B, curateur, et indique les montants réclamés. Par ailleurs, il résulte des mentions portées sur ce titre qu'il était accompagné de l'avis de la CCI procédant à une évaluation des préjudices subis par les intéressés ainsi que des deux protocoles d'indemnisation conclus par l'ONIAM avec ceux-ci et détaillant préjudice par préjudice le montant alloué par application de son barème. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le titre exécutoire ne mentionne pas les bases de liquidation directement ou par référence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne le bienfondé du titre exécutoire :

8. Lorsque l'ONIAM a émis un titre exécutoire en vue du recouvrement de la somme versée à la victime en application de l'article L. 1142-15, le recours du débiteur tendant à la décharge de la somme ainsi mise à sa charge invite le juge administratif à se prononcer sur la responsabilité du débiteur à l'égard de la victime aux droits de laquelle l'office est subrogé, ainsi que sur le montant de son préjudice.

S'agissant de la responsabilité du centre hospitalier de Firminy :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel / La volonté d'une personne d'être tenue dans l'ignorance d'un diagnostic ou d'un pronostic doit être respectée, sauf lorsque des tiers sont exposés à un risque de transmission. () ".

10. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

11. En l'espèce, il n'est pas certain que Mme B, qui était âgée de quatre-vingt-quatre ans, souffrait d'obésité et de cardiopathie hypertensive et avait subi un AVC ischémique et deux embolies pulmonaires, aurait, compte tenu du choix qui s'offrait à elle avec une abstention chirurgicale même avec le risque évolutif de micro lithiases, consenti à l'intervention chirurgicale pratiquée le 28 août 2016 si elle avait été informée des complications qu'elle comportait, notamment la décompensation des pathologies associées. Si la société Amtrust France soutient que la patiente a été informée, avant l'intervention, des risques encourus, elle ne l'établit pas par la seule production de la lettre en date du 23 août 2016 du chef de service où exerçait le praticien ayant pratiqué l'intervention, alors qu'il ressort de l'avis de la CCI que le document de consentement signé par le fils de A B était très général et n'indiquait même pas le type de chirurgie envisagée ni le type de bénéfices ou de risques liés à cette intervention. Dès lors que le centre hospitalier de Firminy n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que Mme B a été informée de ce que cette opération comportait des risques, le manquement de l'établissement à son devoir d'information a privé en l'espèce l'intéressée d'une chance de se soustraire à ces risques en renonçant à l'intervention.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".

13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise remis le 9 août 2016, que Mme B, alors hospitalisée au sein d'une unité de soins continus, a présenté dès le 29 août 2014, une défaillance de la fonction respiratoire (désaturation) justifiant une admission immédiate en réanimation. Or son transfert en réanimation a eu lieu seulement dans la nuit du 30 au 31 août suivant, privant la patiente d'une prise en charge par une équipe pluridisciplinaire et adaptée. Ce retard dans le transfert en réanimation constitue un manquement fautif de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Firminy.

S'agissant de la perte de chance :

14. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

15. En l'espèce, il résulte de l'instruction et, notamment, du rapport d'expertise et de l'avis du 11 octobre 2016 de la CCI, que l'apparition d'une fistule biliaire et la polyneuropathie de réanimation dont souffre Mme B résultent d'un accident médical non fautif à l'origine de ses séquelles. Il résulte en outre de l'instruction que la faute commise par le centre hospitalier de Firminy résultant du défaut de consentement éclairé et du retard de transfert en réanimation n'a pas causé directement et exclusivement le dommage subi par Mme B mais est à l'origine d'une perte de chance d'éviter les complications de fistule biliaire et de polyneuropathie de réanimation qu'elle a subies. Dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'importance des fautes commises par le centre hospitalier de Firminy et de leurs conséquences, il y a lieu de fixer ce taux de perte de chance à 50 %.

S'agissant de l'évaluation des préjudices :

16. Les protocoles transactionnels des 11 avril et 14 juin 2017, d'un montant global de 126 939,05 euros, ayant donné lieu à l'émission du titre contesté, comportent l'indemnisation, après application du taux de perte de chance de 50 %, pour Mme B des dépenses de santé futures, de son déficit fonctionnel temporaire, de son déficit fonctionnel permanent, des souffrances endurées, du préjudice d'agrément, du préjudice esthétique permanent, des frais de conseil et des frais divers et, pour M. C B, de son préjudice moral en tant que victime par ricochet. Les requérants ne contestent pas ces montants.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la société Amtrust France et le centre hospitalier de Firminy ne sont pas fondés à demander l'annulation du titre exécutoire émis le 5 mars 2021.

Sur les conclusions de l'ONIAM aux fins de condamnation aux intérêts et à leur capitalisation :

18. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

19. Le titre de recettes adressé par l'ONIAM à la société Amtrust France vaut mise en demeure de payer au sens des dispositions précitées de l'article 1231-6 du code civil. La somme mise à la charge de société Amtrust France du fait du titre émis le 5 mars 2021 d'un montant de 126 939,05 euros, dont il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas allégué qu'elle aurait été réglée, sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date demandée du 17 mai 2021. En vertu des dispositions citées au point précédent, il y a lieu, par ailleurs, de faire droit à leur demande de capitalisation des intérêts à compter du 17 mai 2022 à minuit, date à laquelle était due, pour la première fois, une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions tendant à l'application de la pénalité de 15 % :

20. Il est constant que la société Amtrust France, assureur du centre hospitalier a, à la suite de l'avis du 11 octobre 2016 de la commission régionale de conciliation et d'indemnisation, été invitée à soumettre une proposition d'indemnisation à M. et Mme B, mais n'a, en dépit de la reconnaissance de la responsabilité de l'établissement de soin dans cet avis, présenté aucune offre. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la société Amtrust France à verser à l'ONIAM la somme de 9 520,42 euros égale à la moitié de l'indemnité maximale due en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique.

Sur le remboursement des frais d'expertise exposés devant la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux :

21. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales établit avoir versé au docteur E une somme de 1 010,63 euros au titre des frais d'expertise, qu'il y a par suite lieu de mettre à la charge de la société Amtrust France le versement de cette somme en application des dispositions citées au point 2 de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Amtrust France et le centre hospitalier de Firminy demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Amtrust France une somme de 1 400 euros au titre des frais exposés par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n°2103725 est rejetée.

Article 2 : Les sommes réclamées par le titre exécutoire émis le 5 mars 2021 porteront intérêts à compter du 17 mai 2021, avec capitalisation pour la première fois le 17 mai 2022, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 3 : La société Amtrust France est condamnée à verser à l'ONIAM la somme de 9 520,42 euros au titre de la pénalité prévue par l'article L. 1142-15 du code de la santé publique.

Article 4 : La société Amtrust France versera à l'ONIAM la somme de 1 010,63 euros au titre des frais d'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux.

Article 5 : La société Amtrust France versera à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de l'ONIAM est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la société Amtrust France, au centre hospitalier de Firminy et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Deniel, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

C. F

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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