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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2103770

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2103770

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2103770
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL NICOL FIDEUROPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mai et 28 octobre 2021, M. D B et Mme A B, représentés par Me Nicol, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 ainsi que la décharge de la majoration pour manquement délibéré appliquée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de rejet de leur recours hiérarchique n'est pas suffisamment motivée ;

- la réalité des travaux réalisés dans l'appartement cédé le 30 octobre 2017 est attestée par la production de la totalité des factures afférentes et confirmée par les attestations d'assurance responsabilité décennale délivrées par les prestataires ainsi que par les mentions de l'acte de vente ;

- en raison des graves problèmes de santé rencontrés par leur fille, c'est leur entourage qui a assuré le suivi des travaux immobiliers et réglé certaines factures, une part significative des sommes avancées ayant, toutefois, été remboursée ;

- la majoration de 40% qui leur a été appliquée n'est pas justifiée, en l'absence de toute volonté de se soustraire à l'impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2021, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.

En réponse à la demande formulée par le tribunal sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône a produit, le 27 septembre 2022, une pièce pour compléter l'instruction, qui a été communiquée à M. et Mme B.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- les conclusions de Mme Lacroix, rapporteure publique,

- et les observations de Me Benoit, substituant Me Nicol, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la cession, les 28 avril 2017 et 30 octobre 2017, d'appartements situés 7B rue Belmont à Oyonnax (Ain), M. D B et Mme A B ont déclaré des plus-values s'élevant respectivement à 15 269 euros et 8 454 euros. Par une proposition de rectification du 17 juillet 2019, l'administration a refusé de prendre en compte, pour la détermination de leur montant, les dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration déclarées par les intéressés, à l'exception, s'agissant de la cession intervenue le 30 octobre 2017, de la somme de 2 695,03 euros, correspondant à une facture émise par la mairie d'Oyonnax. M. et Mme B ont, en conséquence, été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2017, assorties d'intérêts de retard et d'une majoration de 40%. Leur réclamation contentieuse ayant été rejetée, ils demandent au tribunal de prononcer la réduction des impositions mises à leur charge et la décharge de la majoration appliquée.

Sur les conclusions aux fins de réduction et de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure suivie :

2. Aux termes de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L. 12, L. 13 et L. 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai. ".

3. Aucune disposition du code général des impôts ou du livre des procédures fiscales n'impose de motiver la lettre informant le contribuable de l'issue donnée à son recours hiérarchique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du courrier du supérieur hiérarchique du 5 mars 2020 doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. () ". Aux termes de l'article 150 V de ce code : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant. ". Aux termes de l'article 150 VB du même code : " I. - Le prix d'acquisition est le prix effectivement acquitté par le cédant, tel qu'il est stipulé dans l'acte () II. - Le prix d'acquisition est, sur justificatifs, majoré : / () 4° Des dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration, supportées par le vendeur et réalisées par une entreprise depuis l'achèvement de l'immeuble ou son acquisition si elle est postérieure, lorsqu'elles n'ont pas été déjà prises en compte pour la détermination de l'impôt sur le revenu et qu'elles ne présentent pas le caractère de dépenses locatives. () ". En application de ces dispositions, le cédant d'un immeuble peut majorer, pour la détermination du montant de sa plus-value immobilière, le prix d'acquisition de ce dernier du montant des dépenses qu'il a exposées pour y faire réaliser, par une entreprise, une ou plusieurs prestations de travaux.

5. Il résulte de l'instruction que dans la déclaration de plus-value souscrite à raison de la cession du 30 octobre 2017, le prix d'acquisition du bien a été majoré de dépenses de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration pour un montant de 148 580 euros. L'administration a relevé que ces dépenses n'étaient pas justifiées à hauteur de 33 350 euros. S'agissant des dépenses restantes, soit 115 230 euros, elle a considéré que M. et Mme B n'établissaient pas en avoir supporté eux-mêmes la charge, à l'exception de la somme de 2 695,03 euros, correspondant à une facture émise par la mairie d'Oyonnax.

6. En premier lieu, si M. et Mme B font valoir qu'ils justifient de la réalité des travaux effectués pour un montant de 115 230 euros, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'administration n'a pas refusé d'en tenir compte pour ce motif, mais parce que leur coût n'avait pas été assumé par les requérants eux-mêmes.

7. En second lieu, il est constant que les factures émises par les sociétés Godin, Oyonnax Cuisine et Guesslec pour un montant total de 17 730,31 euros ont été acquittées par des membres de la famille de M. et Mme B. S'agissant de la facture établie par la société AMG Construction pour un montant de 94 805,34 euros, qui aurait fait l'objet d'un règlement en espèces, l'administration relève que les dates et montants des retraits mis en avant par M. et Mme B ne correspondent pas à la facture et qu'une partie de ces retraits a été effectuée sur des comptes bancaires n'appartenant aux requérants. Les intéressés, qui supportent la charge de la preuve, n'apportent aucun élément en sens contraire. S'ils allèguent, par ailleurs, avoir remboursé une " partie significative " des sommes leur ayant été avancées, ils n'en justifient pas. Dans ces conditions, c'est à juste titre que l'administration a retranché du prix d'acquisition du bien cédé le 30 octobre 2017 les dépenses de construction, reconstruction, aménagement ou amélioration déclarées par M. et Mme B à hauteur de 145 885 euros.

En ce qui concerne les pénalités :

8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

9. S'agissant de la plus-value afférente à la cession du 28 avril 2017, l'administration fait valoir que M. et Mme B ont majoré le prix d'acquisition de dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration d'un montant de 19 247 euros, qu'ils n'ont pas été en mesure de justifier. Si les intéressés soutiennent que cette somme correspondait à l'achat de matériaux qu'ils ont cru, de bonne foi, pouvoir ajouter au prix d'acquisition, ils n'en justifient pas. Quant à la plus-value afférente à la cession du 30 octobre 2017, l'administration relève que les dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration d'un montant d'un montant de 148 580 euros, ajoutées au prix d'acquisition, n'ont soit été appuyées d'aucun document, soit ont donné lieu à la production de justificatifs ne permettant pas d'attester qu'elles auraient été effectivement supportées par M. et Mme B. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des inexactitudes entachant les déclarations de plus-value souscrites par les requérants et, par suite, du bien-fondé de la majoration de 40%, prévue par le a. de l'article 1729 du code général des impôts, qui leur a été appliquée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme B une somme au titre de leurs frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et Mme A B et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. C La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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