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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2104698

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2104698

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2104698
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantINCEPTO AVOCATS FISCALITE ET CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 17 juin 2021 et le 8 octobre 2021, la SAS Pole Protection Services Privés (PPSP), représentée par le cabinet Incepto avocats, agissant par Me Maille, doit être regardée comme demandant au tribunal le rétablissement de ses déficits au titre de ses exercices clos en 2016, 2017 et 2018, ainsi que la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur les véhicules de société mis à sa charge sur la période courant du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016, des rappels de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue au titre de l'année 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge sur la période courant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, des rehaussements mis à sa charge en matière de contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) au titre de l'année 2017 et des rappels de taxe d'apprentissage au titre des années 2016 à 2018.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière en raison de l'irrégularité des conditions d'emport des documents comptables dès lors que le vérificateur s'est fait remettre les fichiers des écritures comptables des trois années vérifiées par M. A, responsable administratif de la société, sans autorisation expresse du mandataire légal qui n'était présent, ni représenté.

- elle a été privée d'un débat oral et contradictoire au titre de l'année 2016 dès lors que les deux interventions du 24 octobre 2019 et du 7 novembre 2019 ont eu lieu alors que M. C n'était ni présent, ni représenté, que ce dernier n'a mandaté M. C pour le représenter que le 14 novembre 2019, que les conclusions de la vérification de comptabilité ont été présentées à M. A le 22 novembre 2019 et que la proposition de rectification est datée du 25 novembre 2019 ;

- les rectifications résultant de la remise en cause de certains apports crédités au compte courant d'associé de M. C ne sont pas justifiées dès lors qu'il s'agit de remboursement de frais engagés par l'intéressé pour le compte de la société, et notamment des remboursements d'indemnités kilométriques ; il a été admis par le service vérificateur lors du recours hiérarchique que M. C avait parcouru 13 602 km en 2016, 15 070 km en 2017, et 14 388 km en 2018 soit des frais justifiés à hauteur respective de 5 872 euros, 6 367 euros et 6 137 euros.

- contrairement à ce qui est indiqué dans la réponse aux observations du contribuable, la société n'a pas accepté tacitement les rappels de taxe d'apprentissage dès lors que sa taxe d'apprentissage au titre de l'année 2018 a bien été déclarée et payée ;

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré sur les factures d'achats de vêtements supportés par la société n'est pas justifiée en l'absence d'élément intentionnel dès lors qu'il s'agit de vêtements de travail utilisés par M. C dans le cadre de son activité professionnelle.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 9 septembre et le 4 novembre 2021, la directrice du contrôle fiscal centre-est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SAS Pôle Protection Services privés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2021 par une ordonnance du 21 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Pôle Protection Services Privés (PPSP), qui exerce dans le secteur du gardiennage et de la sécurité et dont la présidence et la gérance sont assurées par M. C, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 à l'issue de laquelle, par deux propositions de rectification du 25 novembre 2019 et du 18 février 2020, le montant de ses déficits reportables ont été rectifiés au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, et ont été mis sa charge des rappels de taxe sur les véhicules de société au titre de la période courant du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016, des rappels de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue au titre de l'année 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la période courant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, des rehaussements en matière de contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) au titre de l'année 2017 et des rappels de taxe d'apprentissage au titre des années 2017 et 2018. A la suite du rejet de sa demande préalable, la SAS PPSP doit être regardée comme demandant le rétablissement de ses déficits au titre de ses exercices clos en 2016, 2017 et 2018 ainsi que la décharge, en droits et pénalités, de l'ensemble des impositions mises à sa charge.

Sur la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " () une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix.".

3. Il résulte de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales qu'une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification qui doit, notamment, lui indiquer expressément qu'il a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. Cette garantie est de nature à permettre au contribuable d'être présent ou représenté lors des interventions sur place du vérificateur sans qu'il soit besoin, pour ce dernier, de l'informer préalablement de chacune de ces interventions. Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une société a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat, soit avec les mandataires sociaux, soit avec leurs conseils, préposés ou mandataires de droit et de fait.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la proposition de rectification du 25 novembre 2019 portant exclusivement sur l'année 2016, qu'un avis de vérification a été adressé au siège de la SAS PPSP le 11 octobre 2019, dont il n'est pas contesté qu'il indiquait la faculté pour la société de se faire assister par un conseil de son choix. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la proposition de rectification que le service est intervenu au siège de la société les 24 octobre 2019, 7 novembre et 22 novembre 2019 en présence de M. A, responsable administratif de la société, que de nombreux mails ont été échangés avec ce dernier les 25 octobre 2019, 31 octobre 2019, 7 novembre, 8 novembre et 15 novembre 2019. Si la SAS PPSP fait valoir que M. A n'a été désigné par M. C pour représenter la société lors des opérations de contrôle que le 14 novembre 2019, suite à l'accident cardio-vasculaire dont il a été victime lors de ses vacances en Algérie le 2 novembre 2019, l'administration soutient sans être contredite que les difficultés pour joindre M. C ont été récurrentes en dépit des mails qui lui ont été adressés le 25 octobre 2019, soit avant son accident cardio-vasculaire, alors en tout état de cause, eu égard à ce qui a été dit au point précédent et à la teneur de l'avis de vérification qu'elle a réceptionné le 11 octobre 2019, que la SAS PPSP a été en mesure d'être présente ou représentée par un mandataire de fait lors des interventions sur place du vérificateur sans que ce dernier ait été tenu de l'informer préalablement de chacune de ces interventions, ni de reporter son intervention en l'absence de M. C, ou d'une personne formellement désignée pour représenter la société. Eu égard aux conditions décrites dans lesquelles s'est déroulée la vérification de la comptabilité au siège de la SAS PPSP en présence de son responsable administratif, mandataire de fait, et alors même que son président et gérant n'était présent, ni formellement représenté avant le 14 novembre 2019, cette dernière n'établit pas qu'elle aurait été privée d'un débat oral et contradictoire au titre des impositions portant sur l'année 2016.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 47 A-I du même livre: " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général.()".

6. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la proposition de rectification du 25 novembre 2019 portant exclusivement sur l'année 2016, qu'au cours de la première intervention du service le 24 octobre 2019 en présence de M. A, responsable administratif, une copie des fichiers des écritures comptables sous forme dématérialisée a été remise au service par ce dernier. Si la SAS Pole Protection Services privés (PPSP) fait valoir que M. A, responsable administratif, n'était pas formellement habilité à cette date pour représenter la société lors des opérations de contrôle, cette circonstance, eu égard à ce qui a été dit précédemment, est sans incidence sur la régularité de la remise de la copie de ces fichiers des écritures comptables sous forme dématérialisée dès lors qu'une telle habilitation n'est prévue par aucune disposition légale ou règlementaire notamment dans l'hypothèse, correspondant à celle de l'espèce, où cette remise a eu lieu au siège de la société vérifiée.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

7. Aux termes de l'article 38-2 du code général des impôts : " le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou les associés. L'actif net s'entend de l'excédent de l'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. " ;

8. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes des propositions de rectification du 25 novembre 2019 et du 18 février 2020 que le service a constaté l'inscription au crédit du compte courant d'associé de M. C de sommes totales non justifiées de 16 668,64 euros au titre de l'année 2016, de 16 505 euros au titre de l'année 2017 et de 79 346 euros au titre de l'année 2018. En l'absence d'explication sur ces écritures, le service a en conséquence rectifié le montant des déficits reportables des sommes correspondantes.

9. La SAS PPSP fait valoir que ces différentes sommes correspondent à des remboursements de frais engagés par M. C pour le compte de la SAS PPSP, et notamment d'indemnités kilométriques. Toutefois, alors que l'analyse du poste " véhicules " de la société révèle l'existence d'un nombre important de voitures figurant soit en immobilisation, soit pris en location, la SAS PPSP ne produit ni les factures d'entretien du véhicule personnel que M. C aurait utilisé pour justification des indemnités kilométriques, ni la copie des relevés bancaires de M. C faisant apparaître la réalité des dépenses supportées par son président. Enfin, la circonstance selon laquelle le service a consenti dans la cadre du recours hiérarchique, au titre de l'imposition sur le revenu de Mme C dans le cadre des revenus distribués, une modération à titre exceptionnel eu égard au décès de M. C en cours de contrôle et de la situation difficile de Mme C est sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige.

En ce qui concerne la taxe d'apprentissage de l'année 2018 :

10. Aux termes de l'article 1599 ter A du code général des impôts : " 1. Il est établi une taxe, dite taxe d'apprentissage (). 2. Cette taxe est due : () 2° Par les sociétés, associations et organismes passibles de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 206, à l'exception de ceux désignés au 5 de l'article précité, quel que soit leur objet (). "

11. Il résulte de l'instruction que la SAS PPSP ne produit aucune pièce probante de nature à établir, ainsi qu'elle l'allègue, qu'elle aurait effectivement procédé au paiement de la taxe d'apprentissage au titre de l'année 2018. Par suite, c'est à bon droit que le service a procédé aux rappels de taxe d'apprentissage correspondant.

Sur les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

13. Pour justifier de l'application de la pénalité pour manquement délibéré aux dépenses engagées pour l'achat de vêtements au bénéfice de M. C, l'administration a relevé que la société a comptabilisé dans ses charges des dépenses personnelles de M. C pour des achats de vêtement de la vie courante dans les enseignes Galeries Lafayette, Printemps, Eden Park, Graphiti et Brice et que l'intéressé avait demandé que soit mentionné sur les factures d'achat " vêtement de travail " ou " vêtement professionnel " alors que la société et M. C ne pouvaient ignorer qu'il s'agissait de vêtements pour un usage personnel n'ayant pas le caractère de vêtements de travail nécessaire pour l'exercice de la profession de M. C et que l'intention délibérée d'éluder d'impôt était en conséquence caractérisée. Au vu de ces éléments, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, dont elle a la charge, que la société requérante a sciemment tenté d'éluder tout ou partie des impositions dont elle est redevable.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que la SAS PPSP n'est pas fondée à solliciter le rétablissement de ses déficits au titre de ses exercices clos en 2016, 2017 et 2018 ainsi que la décharge en droits et pénalités, des rappels de taxe sur les véhicules de société mis à sa charge sur la période courant du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016, des rappels de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue au titre de l'année 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge sur la période courant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, des rehaussements mis à sa charge en matière de contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) au titre de l'année 2017 et des rappels de taxe d'apprentissage au titre des années 2016 à 2018.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SAS PPSP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Pole Protection Services Privés (PPSP) et à la directrice du contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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