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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2104994

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2104994

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2104994
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL SISYPHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juin 2021 et 7 janvier 2022, M. B A, représenté par la SELARL Sisyphe (Me Gardien), demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 8 décembre 2020 par le département d'exécution budgétaire et comptable (DEBC) de la plateforme interrégionale (PFI) du ministère de la justice de Lyon en vue du recouvrement de la somme de 7 958,67 euros, ensemble la décision du 29 avril 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines et des relations sociales de la direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP) Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté sa réclamation préalable ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre de perception contesté est entaché d'un vice de forme au regard des dispositions de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 dès lors qu'il n'a pas été signé par son auteur ;

- il est entaché d'irrégularité, dès lors qu'il comporte des sigles inintelligibles, qu'il ne mentionne pas les bases et les éléments de calcul précis sur lesquels il se fonde pour mettre à sa charge la somme de 7 958,67 euros, et qu'il n'a jamais été destinataire d'une décision ou d'un courrier de l'administration lui précisant les bases de liquidation de cette créance ;

- la créance est mal-fondée dès lors :

• qu'il ne saurait être tenu au paiement d'une somme qu'il ne doit pas ;

• que le titre de perception attaqué mentionne un indu de 688,02 euros au titre d'une mutuelle alors qu'il n'a jamais souscrit à une mutuelle au sein de l'administration pénitentiaire ;

• qu'à supposer que ce titre de perception trouve son origine dans des poursuites pénales dont il a fait l'objet, elles ont été déclarées nulles par la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Lyon le 4 février 2022.

Par un mémoire, enregistré le 21 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet des conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il entend seulement démontrer la régularité en la forme de la signature du titre de perception contesté, la DISP Auvergne-Rhône-Alpes étant en charge de la contestation de la créance en litige ;

- il s'en remet aux conclusions de l'administration pénitentiaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée le 19 octobre 2022, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, afin que le requérant verse au dossier l'ordonnance du 22 mai 2019 par laquelle le tribunal de grande instance (TGI) de Villefranche-sur-Saône l'a placé sous contrôle judiciaire, la décision par laquelle il a été suspendu de ses fonctions de surveillant pénitentiaire à compter du 22 juin 2019, les périodes au cours desquelles il a exercé ses fonctions au sein du centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône entre les années 2019 et 2021, ainsi que la décision rendue par la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Lyon à l'issue de l'audience du 4 février 2022.

Une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée le même jour, en application des mêmes dispositions, afin que le garde des sceaux, ministre de la justice, verse au dossier les mêmes pièces ainsi que le courrier de la DISP Auvergne-Rhône-Alpes de décembre 2020 mentionné dans la décision contestée du 29 avril 2021.

M. A a produit, le 22 octobre 2022, l'ordonnance du 22 mai 2019 par laquelle le TGI de Villefranche-sur-Saône l'a placé sous contrôle judiciaire, la décision du 24 mai 2019 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a décidé d'interrompre le versement de son traitement, un courrier du 22 octobre 2022 indiquant qu'il a exercé ses fonctions au sein du centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône du 1er janvier au 21 mai 2019, ainsi que la décision rendue le 19 mars 2022 par la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Lyon.

Ces pièces ont été communiquées au garde des sceaux, ministre de la justice, et au directeur régional des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les conclusions de M. Arnould, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Surveillant des services déconcentrés de l'administration pénitentiaire affecté au centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône, M. A a été mis en examen pour des faits de détention, sans autorisation administrative, d'une substance ou plante classée comme stupéfiant, de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement et d'altération, en vue de faire obstacle à la manifestation de la vérité, d'un document public ou privé ou d'un objet de nature à faciliter la découverte d'un crime ou d'un délit, la recherche des preuves ou la condamnation des coupables. Par une ordonnance du vice-président du tribunal de grande instance de Villefranche-sur-Saône du 22 mai 2019 lui interdisant notamment d'exercer toutes fonctions au sein de l'administration pénitentiaire, l'intéressé a été placé sous contrôle judiciaire. Le 24 mai suivant, le garde des sceaux, ministre de la justice, a informé le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon de cette interdiction et de ce que le versement du traitement de M. A était interrompu. Le 8 décembre 2020, le département d'exécution budgétaire et comptable (DEBC) de la plateforme interrégionale (PFI) du ministère de la justice de Lyon a émis à l'encontre de l'intéressé un titre de perception d'un montant de 7 958,67 euros, correspondant à un " indu de rémunération issu de paie de décembre 2019 ". Le 17 février 2021, M. A a adressé au comptable assignataire de la créance, une réclamation préalable qui sera rejetée par la directrice des ressources humaines et des relations sociales de la direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP) Auvergne-Rhône-Alpes le 29 avril 2021. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions précitées des 8 décembre 2020 et 29 avril 2021 et de le décharger de l'obligation de payer la somme de 7 958,67 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Selon les termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que l'État ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il s'est fondé pour déterminer le montant de la créance.

4. En l'espèce, le titre de perception émis à l'encontre de M. A le 8 décembre 2020 indique que l'objet de la créance de 7958,67 euros correspond à un " indu sur rémunération issu de paye de décembre 2019 ". Le détail de la somme à payer figurant sur ce même titre fait référence, tout d'abord, à un " traitement brut issu paye de décembre 2019 " pour un montant initial de la dette de 8 385,28 euros et un reste à recouvrer de 5 521,41 euros après " recouvrement sur cotisations : RC : 1386,53 / CSG, CRDS : 293,42 Mutuelle : 688,02 " et " recouvrements sur salaires : 38,00 ", ensuite, à une " ind. sujetions spe. issu paye de décembre 2019 / REGUL 20/06 30/11 " pour un montant initial de la dette de 2 264,04 euros et un reste à recouvrer de 2 098,77 euros, en outre, à une " ind. compensatrice csg issu paye de décembre 2019 / RAPPEL ANNEE COURANTE " pour un montant initial de la dette de 255,12 euros et un reste à recouvrer de 236,50 euros, et, enfin, à une " indemnité charges pénit. Issu paye de décembre 2019 / RAPPEL ANNEE COURAN 3 " pour un montant initial de la dette de 110,02 euros et un reste à recouvrer de 101,99 euros. Or, contrairement à ce que fait valoir le garde des sceaux, ministre de la justice, en défense, ces mentions ne permettaient pas au requérant de connaître, de manière suffisamment précise, les périodes concernées par les trop-perçus ainsi que les modalités de calcul de cette créance. Par ailleurs, si l'administration fait état de ce que l'intéressé aurait été destinataire, avant l'envoi du titre de perception en litige, d'un courrier l'informant de ce qu'il allait être émis à son encontre pour un " trop-perçu consécutif au versement de son salaire durant la période où il était suspendu de ses fonctions au motif qu'il avait fait l'objet d'une interdiction judiciaire d'exercer toute fonction au sein de l'administration pénitentiaire à compter du 22 juin 2019 ", il résulte de l'instruction, et en particulier de la décision contestée du 29 avril 2021, que ce courrier, que l'administration pénitentiaire n'a pas produit en dépit du supplément d'instruction diligenté par le tribunal, avait été envoyé, au mois de décembre 2020, à une adresse postale erronée puis retourné à l'administration pénitentiaire, sans qu'il soit établi ni même allégué que cette erreur aurait été imputable à M. A qui a bien reçu le titre de perception attaqué. Enfin, il n'est pas davantage établi ni même allégué que ce courrier aurait été joint audit titre de perception, lequel ne fait quant à lui aucunement référence à un document qui lui aurait été joint ou qui aurait précédemment été adressé au requérant. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le titre de perception contesté ne le met pas en mesure de connaître les bases et les éléments de calcul sur lesquels le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est fondé pour déterminer le montant de la créance de de 7958,67 euros qui lui est réclamée, en méconnaissance des exigences prévues par les dispositions précitées de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation du titre de perception émis à son encontre le 8 décembre 2020 ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision du 29 avril 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines et des relations sociales de la DISP Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté sa réclamation préalable.

Sur les conclusions à fin de décharge :

6. L'annulation d'un titre de perception pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé de la créance dont ce titre poursuit le recouvrement.

7. En l'espèce, dès lors que le titre de perception contesté est susceptible de faire l'objet d'une régularisation par le garde des sceaux, ministre de la justice, les conclusions présentées par M. A et tendant à ce que le tribunal le décharge de l'obligation de payer la somme de 7958,67 euros doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le titre de perception émis le 8 décembre 2020 par le DEBC de la PFI du ministère de la justice de Lyon à l'encontre de M. A, en vue du recouvrement de la somme de 7 958,67 euros, ainsi que la décision du 29 avril 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines et des relations sociales de la DISP Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté sa réclamation préalable, sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée, pour information, au directeur régional des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le rapporteur,

C. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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