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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105142

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105142

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105142
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2021, et un mémoire, enregistré le 28 février 2022, M. A B, représenté par l'AARPI Admys Avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes à lui verser une somme totale de 125 000 euros en réparation des préjudices causés par son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes a négligé de procéder aux mesures d'investigation qu'appelait la similarité entre les faits qui lui sont reprochés et ceux qui avaient été imputés par les mêmes agents à son prédécesseur, ultérieurement mis hors de cause, et a commis des fautes dans la conduite de la procédure, ne transcrivant pas correctement l'entretien préalable à son licenciement, refusant de prendre en compte les éléments produits et ses demandes et de répondre à ses interrogations ; la dénonciation dont il a été victime est manifestement la conséquence de la décision prise d'écarter un collaborateur dont la manière de servir n'était pas satisfaisante ; les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ; les motifs de la décision de révocation sont incohérents ; sa hiérarchie ne l'a pas soutenu et a reconnu qu'il servait de fusible ; son supérieur avait intérêt à son éviction dans le contexte de réorganisation des chambres de commerce et d'industrie ; la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes a ainsi commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice moral pouvant être chiffré à 30 000 euros, ainsi qu'un préjudice matériel résultant de la perte de sa rémunération, de la nécessité de vendre son logement et déménager et de la perte d'un véhicule de fonction l'ayant contraint à acheter une voiture, préjudice qui peut être chiffré à 95 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 27 janvier 2022, la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Me Bousquet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute et que les préjudices invoqués ne sont pas justifiés.

Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 relative à l'établissement obligatoire d'un statut du personnel administratif des chambres d'agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers ;

- le décret n° 2016-428 du 11 avril 2016 portant création de la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes ;

- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie et des groupements interconsulaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Deniel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Creveaux, pour le requérant, et de Me Bousquet, pour la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 25 septembre 2020, cinq collaborateurs de la chambre de commerce et d'industrie du Beaujolais ont signalé au directeur général délégué de cette chambre des agissements de M. B, directeur de la formation, qu'ils estimaient susceptibles de relever d'un harcèlement moral. Après avoir entendu les agents et leur directeur, le directeur général délégué a décidé que les réunions seraient animées non plus par le directeur, mais par des collaborateurs désignés à cette fin, le directeur recevant la tâche de diriger le projet développeur Web, avec une collaboratrice ne faisant pas partie des auteurs du signalement, et recevant l'instruction de suivre un stage de sensibilisation aux risques psycho-sociaux. Puis, par une lettre du 2 décembre 2020, M. B a été convoqué à un entretien préalable à une sanction disciplinaire, et mis à pied à titre conservatoire. L'entretien s'est tenu le 16 décembre 2020. Réunie le 28 janvier 2021, la commission paritaire régionale a émis un avis favorable au principe d'une sanction disciplinaire et à ce que cette sanction prenne la forme d'une révocation. Par une décision du 4 février 2021, le président de la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé la révocation de M. B, avec effet au 17 février suivant. Par une lettre du 1er mars 2021, l'intéressé a réclamé auprès de la chambre de commerce et d'industrie de région le versement d'une indemnité en réparation des préjudices qu'il soutient avoir subis du fait de cette révocation. Cet établissement public ayant conservé le silence sur cette demande, qu'il doit par suite être regardé comme ayant implicitement rejetée, M. B demande au tribunal de le condamner à lui verser une indemnité d'un montant total de 125 000 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. D'une part, les agents des chambres de commerce et d'industrie sont régis par les seuls textes pris en application de la loi 10 décembre 1952 visée ci-dessus, et non par la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. En particulier, les dispositions de l'article 6 quinquies de cette loi, relatif aux comportements de harcèlement moral, ne s'appliquent pas au personnel de ces organismes. Toutefois, indépendamment de ces dispositions, le fait pour un agent d'une chambre de commerce et d'industrie de faire subir aux personnes placées sous son autorité des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de leur condition de travail susceptible de porter atteinte à leurs droits et dignité, d'altérer leur santé physique ou mentale ou de compromettre leur avenir professionnel caractérise un comportement de harcèlement moral, constitutif d'une faute de nature à justifier le prononcé d'une sanction disciplinaire. D'autre part, aux termes de l'article 36 du statut du personnel des chambres de commerce et d'industrie : " Une mesure disciplinaire doit être adaptée à la nature de la faute et proportionnée à sa gravité. Les mesures disciplinaires applicables aux agents titulaires sont : () 6° la révocation ".

3. En premier lieu, M. B fait valoir que son prédécesseur ayant été l'objet de la part des mêmes agents d'accusations semblables, sur le fondement desquelles un avertissement avait été adressé à celui-ci le 21 septembre 2012, une vigilance particulière s'imposait à la chambre de commerce et d'industrie de région. Il n'est toutefois pas établi par la seule attestation rédigée par l'ancien directeur général de la chambre de commerce et d'industrie du Beaujolais, pour les besoins de la présente instance, que ces accusations se seraient ultérieurement révélées infondées. En tout état de cause, le requérant a été entendu à plusieurs reprises après la réception du signalement, et notamment le 2 décembre 2020, et a été invité à produire des observations écrites et à présenter sa défense devant le président de la commission paritaire régionale. S'il se plaint de ce que l'une de ses subordonnées, qui ne s'est pas jointe aux auteurs du signalement, n'a pas été interrogée, il pouvait, s'il l'estimait utile, réclamer cette audition à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire en temps utile, ou solliciter de cette collaboratrice un témoignage écrit pour le produire à l'appui de sa défense, ce qu'il n'a pas fait. Il a par ailleurs produit un témoignage écrit de son ancien supérieure hiérarchique, même s'il se plaint que celui-ci n'a également pas été entendu. Par ailleurs, si M. B, par un courriel du 14 janvier 2021, s'est réservé la possibilité de formuler des observations pour compléter le compte rendu de son entretien du 16 décembre 2020 avec le directeur général délégué de la chambre de commerce et d'industrie du Beaujolais, il ne précise pas en quoi ce compte rendu aurait été erroné ou incomplet. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, la chambre a répondu à ses interrogations sur l'avancement de la procédure en l'informant de ce que la commission paritaire régionale devait être consultée. Ainsi, en l'absence de toute disposition imposant la consultation d'un cabinet externe ou l'audition d'anciens dirigeants de la chambre, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'enquête aurait été insuffisante et la procédure irrégulière.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la seule circonstance que le signalement a été reçu juste après qu'un collaborateur ait été évincé à la demande de M. B du service formation, que ce signalement serait suspect. Il ressort des témoignages concordants d'agents et d'anciens agents de la chambre, qui ne sont pas rédigés en des termes stéréotypés, que le requérant tenait des propos excessifs, vulgaires, sexistes et injurieux à ses collaborateurs, leur adressait des menaces relatives au maintien dans leurs emplois, poussait des hurlements et donnait de violents coups de poings sur le bureau ou le mur pour manifester son mécontentement, ignorait délibérément ceux avec lesquels il avait un différend et dénigrait son équipe auprès des tiers et des partenaires, sous couvert d'humour. Par ailleurs, il refusait le dialogue au cours des entretiens d'évaluation annuelle, imposant la signature d'un compte rendu rédigé à l'avance ne tenant aucun compte des observations formulées par ses collaborateurs au cours de l'entretien. Ces faits sont en outre cohérents avec les reproches relatifs à son comportement relationnel évoqués dans les comptes rendus des entretiens du requérant avec le directeur gérant de la chambre de commerce et d'industrie du Beaujolais, des 11 février et 30 avril 2015 et du 30 mai 2016, et le courrier adressé par ce même supérieur hiérarchique à l'intéressé le 13 décembre 2016. Enfin, la circonstance que le supérieur hiérarchique de M. B n'a pas démenti lui avoir dit qu'il devait servir de " fusible " ne suffit pas à établir qu'il n'a pas commis les faits qui lui sont reprochés, cette expression signifiant simplement qu'il lui appartenait d'endosser la responsabilité de ses fautes, pour lesquelles sa hiérarchie n'entendait pas lui apporter le soutien de l'institution. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que sa révocation est fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. En troisième lieu, M. B soutient que la décision du 4 février 2021, qui lui reproche des faits commis " depuis plusieurs mois " tout en faisant état de faits anciens de plusieurs années, est entachée d'incohérence. Toutefois, malgré la maladresse de sa rédaction, cette décision n'est pas fondée sur une dégradation récente du comportement de l'intéressé, mais sur un comportement s'inscrivant dans la durée, que l'intéressé n'a pas corrigé en dépit de l'alerte qui lui a été adressée en octobre 2020, qui était assortie d'un aménagement des conditions d'exercice de ses fonctions. Par ailleurs, compte tenu du caractère répété des agissements litigieux, la décision du 4 février 2021 a, à bon droit, estimé qu'ils constituaient un harcèlement.

6. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas de la circonstance que le supérieur hiérarchique direct de M. B lui aurait déclaré que, s'il ne reprenait pas le travail à l'issue de sa mise à pied conservatoire, il assumerait lui-même ses fonctions, que celui-ci avait intérêt à sa révocation, dans le cadre de la réorganisation des chambres de commerce, afin de disposer d'un poste de repli en cas de suppression de son propre poste.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la révocation de M. B, qui n'est entachée d'aucune illégalité, ne présente pas un caractère fautif. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à demander la condamnation de la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis. Les conclusions indemnitaires de la requête doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le tribunal mette à la charge de la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes, qui n'est pas la partie perdante, le versement à M. B de la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés pour l'instance et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B le versement à la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes de la somme de 1 400 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Chenevey, président,

Mme Gagey, première conseillère,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

J.-P. Chenevey

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

N. Gagey

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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