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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105249

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105249

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105249
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP JAKUBOWICZ & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 4 juillet 2021 et le 1er mars 2022, l'EURL L'étoile, représentée par l'AARPI Jacubowicz et associés, agissant par Me Mallet, demande au tribunal :

1°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercice clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge sur la période courant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rejet de sa compatibilité n'est pas justifié au regard des dispositions de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales et duBOI-CF-IOR-60-40-10 n°20 et du BOI-CF-IOR-10-20-20120912 n°80 et suivants, ainsi que le démontre l'absence de tout écart entre le chiffre d'affaires déclaré et celui reconstitué au titre de l'exercice 2015 et un écart de seulement 7 % au titre de l'exercice 2016 ;

- le service ayant à tort rejeté sa comptabilité, la procédure est viciée dès lors que le délai d'intervention sur place aurait dû être limitée à trois mois en application de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;

- à titre subsidiaire, la reconstitution du chiffre d'affaires réalisée au titre de l'année 2016 est erronée ;

- le rejet de ses frais et charges à l'exception des vêtements n'est pas fondé dès lors que celle-ci a justifié de ces dépenses pour 2015 et 2016.

Par un mémoire en défense enregistrés le 13 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'EURL L'Etoile ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 4 mars 2022 par une ordonnance du 8 février 2022.

Le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône a produit un mémoire le 22 septembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique ;

- les observations de Me Mallet pour l'EURL L'Etoile.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL L'Etoile, qui exerce une activité de restauration traditionnelle, et à titre accessoire, une activité de bar, exploitée sous l'enseigne " STEFF " et dont M. A est gérant et associé unique, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 à l'issue de laquelle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, ainsi des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis en recouvrement le 31 juillet 2019. A la suite de l'acceptation partielle de sa réclamation préalable, certains rehaussements portant sur les charges non engagées dans l'intérêt de l'entreprise ayant été abandonnés, l'EURL L'Etoile demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercice clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016, ainsi des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge sur la période courant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016.

Sur les conclusions à fin de décharge des impositions :

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité et la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () ". Aux termes de l'article 286 du code général des impôts : " I.-Toute personne assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée doit : ()3° Si elle ne tient pas habituellement une comptabilité permettant de déterminer son chiffre d'affaires tel qu'il est défini par le présent chapitre, avoir un livre aux pages numérotées sur lequel elle inscrit, jour par jour, sans blanc ni rature, le montant de chacune de ses opérations, en distinguant, au besoin, ses opérations taxables et celles qui ne le sont pas. Chaque inscription doit indiquer la date, la désignation sommaire des objets vendus, du service rendu ou de l'opération imposable, ainsi que le prix de la vente ou de l'achat, ou le montant des courtages, commissions, remises, salaires, prix de location, intérêts, escomptes, agios ou autres profits. Toutefois, les opérations au comptant peuvent être inscrites globalement en comptabilité à la fin de chaque journée lorsqu'elles sont inférieures à 76 € pour les ventes au détail et les services rendus à des particuliers. Le montant des opérations inscrites sur le livre est totalisé à la fin du mois. Le livre prescrit ci-dessus ou la comptabilité en tenant lieu, ainsi que les pièces justificatives des opérations effectuées par les redevables, notamment les factures d'achat, doivent être conservés selon les modalités prévues aux I et I bis de l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales . (). Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables.() IV. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contrôle porte sur l'ensemble des informations, données et traitements informatiques qui concourent directement ou indirectement à la formation des résultats comptables ou fiscaux et à l'élaboration des déclarations rendues obligatoires par le code général des impôts ainsi que sur la documentation relative aux analyses, à la programmation et à l'exécution des traitements. ". Aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. (/) Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés. (/) L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des enregistrements comptables et les déclarations fiscales du contribuable. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis. ". Aux termes de l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales : " I. - Les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration doivent être conservés pendant un délai de six ans à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur les livres ou registres ou de la date à laquelle les documents ou pièces ont été établis. Sans préjudice des dispositions du premier alinéa, lorsque les livres, registres, documents ou pièces mentionnés au premier alinéa sont établis ou reçus sur support informatique, ils doivent être conservés sous cette forme pendant une durée au moins égale au délai prévu au premier alinéa de l'article L. 169. () ". Aux termes de l'article L. 123-12 du code du commerce : Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement. Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise. Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable. ". Aux termes de l'article L. 123-14 du même code : " Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise. "

3. Il résulte des termes de la proposition de rectification du 24 septembre 2018 que le service a estimé que la comptabilité de la société requérante au titre des exercices clos en 2015 et 2016 était dépourvue de tout caractère sincère et probant dès lors que la société n'a pas conservé les fichiers contenant les données informatiques élémentaires mise en œuvre par le logiciel Pagan de la caisse enregistreuse pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, que la société n'a pas conservé sous format papier l'ensemble des pièces justificatives de recettes sur l'ensemble de la période vérifiée dès lors que seuls les RAZ mensuels et journaliers ont été présentés pour l'exercice 2015 et que, s'agissant de l'exercice 2016, seules les RAZ journaliers de tout l'exercice ainsi que les RAZ mensuels des mois d'avril à décembre 2016 ont été présentés, que la société ne dispose d'aucun détail chronologique des recettes sous quelque forme que ce soit, que l'analyse des tickets Z mensuels pour 2015 et journaliers et mensuels pour 2016 a révélé l'existence de lignes globalisant des recettes bar, cave et restaurant sans que le détail précis des boissons ou solides commercialisés soit mentionné, que M. A a indiqué lors des interventions sur place que des forfaits " solide plus boissons alcoolisées " étaient enregistrées dans les lignes " divers restaurant " sans qu'aucune distinction ne soit faite par rapport aux deux taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable, les lignes " divers restaurant " étant en effet considérées comme des solides au taux de taxe sur la valeur ajoutée de 10 %, que les documents remis au cours de contrôle au titre des inventaires des stocks ne constituent pas des inventaires détaillés dès lors qu'ils se bornent à indiquer par fournisseurs les factures du mois de décembre et que seul l'inventaire au 31 décembre 2015 a été remis malgré les demandes répétées de la vérificatrice.

4. La société requérante fait valoir qu'elle a remis au service les fichier des écritures comptables (FEC) conformes regroupant par ordre chronologique toutes ses écritures comptables ainsi que les tickets RAZ journaliers numérotés par ordre chronologique faisant apparaître le détail des ventes journalières par nature de produits et la ventilation des recettes entre les deux taux de TVA de 10 et 20 %, que ses tickets RAZ de l'année 2016 étaient conservés chez son expert-comptable comme en atteste le constat d'huissier du 22 juin 2018, qu'elle a ainsi satisfait à son obligation de présenter les documents comptables mentionnés à l'article 54 du code général des impôts et a produit des documents issus de la caisse enregistreuse retraçant l'ensemble des recettes comptabilisées, à l'exception de quelques " divers " et " vente au forfait " non significatifs, que le modèle Plagan de sa caisse enregistreuse ne lui permettait pas de réaliser une sauvegarde informatique des données de caisse alors en tout état de cause que l'obligation de disposer d'une caisse enregistreuse sécurisée ou certifiée n'a été rendue obligatoire qu'à compter du 1er janvier 2018 et que sa comptabilité était tenue par le cabinet d'expertise comptable Segeco, qu'il appartenait au service d'effectuer les traitements nécessaires afin de démontrer que les tickets Z ne correspondaient pas aux écritures passées en comptabilité, telles que résultant des FEC transmis.

5. Toutefois, il résulte de l'instruction que si l'EURL L'étoile a remis au service une copie du fichier de ses écritures comptables ainsi que les RAZ journaliers et mensuels édités par sa caisse enregistreuse informatisée de l'exercice 2015, ainsi que les RAZ journaliers et mensuels des mois d'avril à décembre au titre de l'exercice 2016, elle n'a pas produit les données informatiques de sa caisse, qu'elle n'a pas conservées, de nature à permettre à l'administration de contrôler les montants figurant sur les RAZ qui sont issus d'un traitement informatique alors que cette conservation des données s'imposait à elle en application du deuxième alinéa de l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales, sans que la société ne puisse utilement se prévaloir de ce que l'obligation de disposer d'une caisse enregistreuse sécurisée n'est entrée en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2018, ni de ce que sa comptabilité était tenue par un cabinet d'expertise comptable. En outre, il résulte de l'instruction qu'à l'exception des RAZ journaliers et mensuels, la société n'a produit aucun document justificatif de recettes, celle-ci n'ayant pas conservé l'ensemble des pièces justificatives de recettes relatives à la période vérifiée, et n'a produit aucun autre document de nature à établir le détail chronologique de ses recettes, les doubles des notes clients n'ayant notamment pas été présentées. Il résulte de l'instruction que l'analyse des tickets RAZ a permis de constater l'existence de lignes globalisant les recettes bar, cave, et restaurant sans que le détail précis des boissons ou solides commercialisés ne soit mentionné, pour des montants significatifs totaux de 192 165,60 euros en 2015 et de 175 378,20 euros en 2016 et qu'il a été constaté lors des interventions sur place que des forfaits solide plus boissons alcoolisées étaient enregistrées dans les lignes " divers restaurant " sans qu'aucune distinction ne soit faite par rapport aux deux taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable, les lignes " divers restaurant " étant en effet considérées comme des solides au taux de taxe sur la valeur ajoutée de 10 %. Enfin, il résulte de l'instruction qu'aucun inventaire détaillé des stocks n'a été présenté lors des opérations de contrôle, la société s'étant bornée à produire un document reprenant uniquement les factures du mois de décembre et qu'il n'a en conséquence pas été possible de calculer les achats revendus pour chaque catégorie d'articles, alors que contrairement à ce que fait valoir la société requérante le service n'a pas utilisé les données issus du document qu'elle a produit pour reconstituer son chiffre d'affaire.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'administration justifie que la comptabilité est entachée de graves irrégularités et, par suite, de son rejet, sans que la société ne puisse utilement faire valoir à ce titre que la reconstitution du chiffre d'affaires au titre de l'exercice 2015 n'a finalement donné lieu à aucun rehaussement au regard de la faiblesse de l'écart constaté avec les recettes comptabilisées et déclarées, ni que la reconstitution du chiffre d'affaires de l'exercice 2016 n'a révélé qu'un écart de seulement 7 % avec les recettes comptabilisées et déclarées.

7. En deuxième lieu, les énonciations du §20 du BOI-CF-IOR-60-40-10, des § 80 et suivants du BOI-CF-IOR-10-20 dans leur version applicable au litige ne font pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales : " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois () / II. - Par dérogation au I, l'expiration du délai de trois mois n'est pas opposable à l'administration : () 4° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité. Dans ce cas, la vérification sur place ne peut s'étendre sur une durée supérieure à six mois. () ".

9. Eu égard à ce qui a été dit précédemment concernant les graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité de l'EURL L'Etoile, et contrairement à ce qu'elle soutient, l'administration a pu légalement étendre la durée de la vérification, qui s'est déroulée du 20 décembre 2017 au 18 mai 2018, au-delà du délai de trois mois conformément aux dispositions précitées du 4° du II de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales

En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires 2016 :

10. La société requérante, qui a été taxée d'office à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos pour l'année 2016 en application des articles L. 66-2° et L. 68 du livre des procédures fiscales, supporte la charge de la preuve du caractère exagéré de cette imposition en application de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales. En revanche, en ce qui concerne les droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 qui ont fait l'objet d'une procédure de redressement contradictoire, en l'absence de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'administration supporte, en vertu de l'article L. 192 du même livre, la charge de la preuve du bien-fondé des rectifications.

11. Il résulte notamment de la proposition de rectification du 24 septembre 2018, que le service a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société requérante au titre de l'année 2016 à partir d'un dépouillement exhaustif des factures d'achat de liquides présentées lors des opérations de contrôle et se rapportant à la même période. Le service a ensuite trié les liquides par catégories de produits et à l'intérieur de ces catégories, a effectué un nouveau tri par produits. Constatant que seul un inventaire des stocks au 31 décembre 2015 avait été présenté, que cet inventaire reprenait uniquement les factures du mois de décembre par fournisseurs et ne pouvait constituer un inventaire physique des stocks, qu'aucun inventaire détaillé des stocks physiques réels n'avait été présenté et qu'il ne pouvait être ainsi retenu de stocks liquides, le vérificateur a reconstitué les ventes de liquide réalisées à partir des seuls achats, en estimant que les stocks étaient constants en l'absence de présentation d'un inventaire des stocks permettant ainsi de justifier de ces stocks et de leur variation. Le vérificateur a retenu ensuite les tarifs de ces liquides communiqués par l'exploitant et en se fondant sur les conditions d'exploitation de l'établissement concernant les conditions de consommation et de vente de ces liquides. Le vérificateur a ainsi constaté une minoration des recettes hors taxe de 38 566 euros.

12. La société requérante demande que la variation des stocks de 33 216,15 euros qu'elle avait comptabilisée au titre de l'année 2016, et qui a déjà été fiscalisé, soit déduite du rehaussement retenu dès lors que le service a remis en cause cette variation des stocks en considérant que les valeurs de stocks de départ et de sortie étaient nulles. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'EURL L'Etoile n'a produit aucun inventaire détaillé des stocks, celle-ci s'étant bornée à produire un document reprenant uniquement les factures du mois de décembre, qu'il n'a en conséquence pas été possible de calculer les achats revendus pour chaque catégorie d'articles, et qu'en conséquence les ventes de liquides n'ont été reconstituées qu'à partir des achats et en considérant que les stocks étaient constants. La société requérante n'apporte aucun élément de nature à constater l'existence, dans son principe et dans son montant, d'un écart de ses stocks dont l'administration aurait dû tenir compte au titre de la reconstitution de ses recettes de l'exercice clos en 2016.

13. Dans ces conditions, la société requérante n'établit ni le caractère exagéré du montant de ses recettes reconstituées imposé à l'impôt sur les sociétés ni que la méthode de reconstitution de ce chiffre d'affaires soumis à l'impôt sur les sociétés serait radicalement viciée ou excessivement sommaire, et l'administration doit être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe de ce que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée résultant de cette reconstitution du chiffre d'affaires ne sont pas exagérés.

En ce qui concerne les charges non engagées dans l'intérêt de l'entreprise :

14. D'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : () c. Les dépenses et charges afférentes aux véhicules et autres biens dont elles peuvent disposer en dehors des locaux professionnels ;() Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

15. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts, la taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti acquiert ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction. L'article 206-IV-2 1° et 3° de la même annexe audit code dispose que le coefficient d'admission est nul lorsque le bien ou le service est utilisé par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise, ou lorsque le bien est cédé sans rémunération ou moyennant une rémunération très inférieure à son prix normal, notamment à titre de commission, salaire, gratification, rabais, bonification, cadeau, quelle que soit la qualité du bénéficiaire ou la forme de la distribution, sauf quand il s'agit de biens de très faible valeur.

16. Suite à sa décision d'admission partielle du 4 mai 2021, le service a maintenu la réintégration dans le bénéfice imposable de la société requérante au titre des exercices 2015 et 2016 des frais d'hôtels et des notes de restaurant fréquemment le samedi ou le dimanche pour des montants respectifs de 6 933,73 euros hors taxe et 4 660,03 euros hors taxe et a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à ces dépenses pour des montants respectifs de 532,86 euros et de 43,67 euros. Si la société requérante conteste la réintégration de ces sommes dans son bénéfice imposable, elle ne produit aucune pièce probante justifiant du caractère professionnel de ces dépenses et, partant, de l'existence et de la valeur de la contrepartie qu'en aurait retiré la société. Par suite, l'administration fiscale était ainsi fondée à réintégrer ces charges dans le résultat imposable de la société. Enfin, alors que compte tenu de ce qui vient d'être dit les dépenses en litige ont ainsi porté sur des biens et services utilisés par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise, l'administration est, par conséquent, également fondée à remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur ces factures.

17. Il résulte de tout ce qui précède, que l'EURL L'Etoile n'est pas fondée à solliciter la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercice clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016, ainsi des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge sur la période courant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ;

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de l'EURL L'Etoile est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL L'Etoile et au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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