mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2105692 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BROCARD AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 16 juillet 2021 et 30 mai 2022, et un dernier mémoire enregistré le 22 juin 2022 non communiqué, M. et Mme C B A, représentés par la SELARL Brocard Avocats, agissant par Me Brocard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de prononcer l'annulation de la décision du 17 mai 2021 par laquelle le service des impôts des particuliers (SIP) de Belley a rejeté leur demande, en date du 15 avril 2021, tendant à obtenir la rectification de leurs déclarations de revenus au titre des années 2016 à 2019 ainsi que l'exonération de l'amende prévue par l'article 1763 du code général des impôts ;
2°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration fiscale a estimé à tort dans sa décision du 7 mai 2021 qu'elle était saisie d'une réclamation contentieuse qu'ils n'ont jamais présentée une telle réclamation et cette décision constitue une décision faisant grief pouvant être contestée devant le juge de l'excès de pouvoir dès lors qu'elle a été prise par un agent de catégorie A qui a pris position sur leur situation en interprétant de manière erronée la loi fiscale et en se prononçant en droit et en fait sur leur situation ; suite au dépôt d'une nouvelle déclaration avec un état de suivi le 15 juin 2021, ce même agent a pris une décision le 16 juin 2021 confirmant la réponse du 15 mai 2021 en rejetant une nouvelle fois le fait qu'une plus-value en report devait être constatée incitant à ne pas déposer de déclaratif d'état de suivi ;
- la décision contestée est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 8 de la loi du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance dite ESSOC qui instaure un droit à l'erreur visant spécifiquement le cas du non dépôt des déclarations sanctionné par l'amende de 5% prévue par les dispositions de l'article 1763 du code général des impôts laquelle aurait pu leur être infligée en cas de contrôle ;
- l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article 151 nonies du code général des impôts dès lors que M. B A remplissait l'ensemble des conditions définies par ces dispositions ; en tant qu'associé il détenait en effet des parts du capital social de la SNC et la transformation de cette société en SELAS a eu pour effet de lui permettre d'acquérir, par voie d'échange, des parts sociales de cette nouvelle société qui sont entrées dans son patrimoine privé, ce transfert du patrimoine professionnel au patrimoine privé étant constitutif d'une plus-value professionnelle imposable ; aucune cession n'a été réalisée en 2016, le changement de régime juridique de la société ayant conduit à la constitution d'une plus ou moins-value constatée du fait du transfert d'actifs affectés à l'exercice de la profession dans le patrimoine privée de M. B A dont la valeur a été estimée par une expertise comptable à un montant de 1 811 140 euros soit une quote-part de 905 570 euros pour l'intéressé qui détient la moitié des parts sociales de la société alors que leur valeur d'origine était de 590 740 euros en 2003, soit une plus-value en report de déclaration au titre des années 2016 à 2019 de 314 830 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les conclusions de la requête sont irrecevables dès lors qu'elles contestent le bien-fondé d'un courrier qui, en l'absence de réclamation contentieuse préalable, ne peut revêtir le caractère d'une décision de rejet contentieux et que ce courrier ne constitue pas une décision susceptible d'être déférée au juge administratif.
La clôture de l'instruction, initialement fixée au 30 mai 2022, a été reportée au 22 juin 2022 par une ordonnance du 8 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2018-727 du 3 août 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,
- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pedron, substituant Me Brocard, représentant M. et Mme B A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a acquis, le 30 juin 2003, la moitié du capital social de la société en nom collectif (SNC) Grande Pharmacie des Terreaux à Belley (01), soit 540 parts, pour une somme d'un montant de 590 740 euros. La société, dont la valeur a été fixée à 1 811 140 euros (soit 905 570 euros pour chacun des deux associés) par un rapport comptable du 24 mars 2016, a été transformée, le 31 août 2016 en société d'exercice libérale par actions simplifiées (SELAS), avec option pour le régime d'imposition à l'impôt sur les sociétés à compter du 1er septembre 2016. Par un courrier adressé à l'administration fiscale le 15 avril 2021, M. B A a produit des déclarations rectificatives des revenus déclarés au titre des années 2016 à 2019 auxquelles étaient joints des états de suivi des plus-values en report d'imposition afférents aux mêmes années et il a demandé à l'administration, compte tenu du caractère spontané de ce dépôt, de ne pas lui infliger la sanction prévue par les dispositions de l'article 1763 du code général des impôts en cas de défaut de production de certains documents. L'administration fiscale a rejeté ces demandes par un courrier du 7 mai 2021. M. et Mme B A demandent au tribunal, par la présente requête, d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 mai 2021:
2. Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 199 du même livre : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le recours par lequel un contribuable conteste devant le juge de l'impôt tout ou partie d'une imposition mise à sa charge relève par nature du contentieux de pleine juridiction. En application des dispositions rappelées, celui-ci doit ainsi, d'abord adresser une réclamation contentieuse au service territorial compétent de l'administration des impôts, avant de saisir le cas échéant la juridiction administrative d'une demande de décharge ou de réduction de l'impôt mis à sa charge. Le contribuable pouvant obtenir du juge de l'impôt, dans le cadre d'un recours de pleine juridiction, la satisfaction la plus étendue concernant sa situation, ces articles font en principe obstacle à ce qu'il défère par la voie de l'excès de pouvoir les décisions qu'ils visent, ni, par conséquent, celles qui, s'inscrivant dans la procédure d'imposition, ont seulement servi à les préparer, et dont il pourra discuter la légalité dans le cadre du recours de plein contentieux qui lui est ouvert. Il en va entre-autres ainsi des réponses de l'administration aux demandes des contribuables tendant à ce qu'elle prenne position sur une situation de fait au regard d'un texte fiscal, qui ne sont en principe pas regardées comme détachables de la procédure d'imposition.
4. L'administration fiscale, qui précise avoir par erreur interprété le courrier de M. et Mme B A comme une réclamation contentieuse, a rejeté leur demande tendant à leur permettre de compléter leurs déclarations des revenus au titre des années 2016 à 2019 au motif que, s'agissant de l'année 2016, cette demande aurait dû être déposée avant le 31 décembre 2019 en application des dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales et que la procédure était donc prescrite. L'administration fiscale a en outre relevé que les requérants ne pouvaient se prévaloir du droit à l'erreur prévu par la loi n° 2018-727 du 3 août 2018 qui ne s'applique au cas où, comme en l'espèce, le contribuable a oublié de joindre la déclaration annexe relative au suivi des plus-values en report d'imposition.
5. En premier lieu, s'agissant des déclarations rectificatives déposées au titre des années 2016 à 2019, M et Mme B A admettent, dans leur mémoire en réplique que le courrier du 15 avril 2021 " ne constituait pas une réclamation " ", comme le reconnaît d'ailleurs également l'administration dans ses écritures en défense. Il ressort en effet des termes de ce courrier que les requérants n'entendaient ni obtenir la réparation d'erreurs dans l'assiette ou le calcul des impositions mises à leur charge au titre de cette période, ni obtenir le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire. Au surplus, concernant l'exercice d'un recours de plein contentieux, il n'est pas contesté que l'administration fiscale ne leur a pas infligé, au titre des revenus déclarés en 2016, la pénalité prévue par l'article 1763 du code général des impôts, et, la simple production des états de suivi des plus-values en report annexés aux formulaires de déclaration rectificatives ne saurait valoir réclamation préalable, au sens des dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales eu égard à leur présentation et à leur contenu.
6. En second lieu, les requérants font valoir que l'administration fiscale a pris " position " sur leur situation et a " interprété la loi fiscale de manière erronée " en rejetant leur demande tentant à la modification de leurs déclarations d'impôt sur le revenu et en indiquant expressément les modalités de calcul de la base d'imposition d'une plus-value sur cession de titre. Les requérants soutiennent qu'une telle prise de position de la part de l'administration leur fait grief et en sollicitent l'annulation. Toutefois, et à supposer même que l'administration ait entendu prendre en l'espèce une position formelle sur la situation des requérants au regard de la loi fiscale, la réponse de l'administration fiscale contestée n'est pas détachable de la procédure d'imposition ce qui fait obstacle à ce que les requérants défèrent cet acte par la voie de l'excès de pouvoir, les intéressés pouvant, le cas échéant et s'ils s'y croient fondés, discuter la légalité de cet acte dans le cadre d'un recours de plein contentieux, en sachant qu'il n'est ni allégué ni établi que cette réponse entraînerait des effets notables autres que fiscaux notamment en faisant peser sur les requérants de lourdes sujétions, en les pénalisant significativement sur le plan économique ou encore en les amenant à modifier substantiellement un projet important voire à y renoncer, tels que le recours de pleine juridiction qui lui est ouvert serait impropre à leur fournir un résultat au moins équivalent.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B A est irrecevable et doit, par suite et ainsi que le soutient l'administration fiscale en défense, être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B A et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La rapporteure,
C. Collomb
Le président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026