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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105967

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105967

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105967
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantCABINET THIERRY BRAILLARD ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 juillet 2021 et 21 avril et 4 octobre 2022, Mme C B, représentée par Me Braillard, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat (direction interrégionale des services pénitentiaires Rhône-Alpes-Auvergne) à lui payer la somme de 3 454 euros en remboursement du préjudice économique résultant d'une imposition supplémentaire, outre la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat (direction interrégionale des services pénitentiaires Rhône-Alpes Auvergne) la somme de 2 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- par erreur, l'administration pénitentiaire a continué, de janvier à fin avril 2020, à la rémunérer au-delà de la cessation de ses fonctions en qualité d'agent non titulaire, en raison de sa mise à la retraite ;

- compte tenu de la crise sanitaire, elle n'a pu joindre cette administration qu'en avril 2020 ;

- c'est seulement le 17 décembre 2020, que l'administration lui a adressé une notification d'indu sur rémunération d'un montant de 12 174,74 euros, et le 22 février 2021, que la direction générale des finances publiques a émis un titre de perception en vue du remboursement de cet indu ;

- le 20 avril 2021, elle a adressé à la direction interrégionale des services pénitentiaires, une lettre recommandée avec accusé de réception pour solliciter son intervention auprès des services de recouvrement des produits divers de la DRFIP afin d'obtenir une remise gracieuse et un échéancier des remboursements et a également demandé son intervention auprès du service des impôts des particuliers pour faire rectifier le montant des revenus 2020 déclarés par la DISP de Lyon de 17 282 euros, bien supérieur au montant inscrit dans le titre de perception de 12 174,74 euros ; la DISP a reconnu son erreur et a établi une attestation à présenter à l'administration fiscale ;

- elle a sollicité aussi de la DRFIP une remise gracieuse de l'indu ou un échéancier de remboursement ;

- elle a adressé des relances à l'administration fiscale ;

- le revenu indu a été à l'origine d'un supplément d'imposition en 2021, d'un montant de 3 454 euros, s'ajoutant au remboursement de l'indu ;

- l'administration a refusé de l'indemniser de son préjudice ;

- elle a tenté, en vain, d'obtenir une indemnisation de son préjudice sous forme de remise gracieuse de l'imposition ;

- elle subit aussi un préjudice moral ;

- elle a intégralement déclaré ses revenus perçus en 2020 ;

- elle subit un préjudice actuel, qui ne sera compensé qu'au titre d'années d'imposition ultérieures.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mars et 2 septembre 2022, la direction régionale des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les revenus perçus par Mme B au titre de l'année 2020 sont imposables ; les sommes indument perçues viendront en déduction des revenus imposables au cours de l'année de leur remboursement ;

- si le total de l'impôt payé au titre de l'année d'encaissement des indus et de celle de leur reversement se révèle supérieur à l'impôt qui aurait été payé si le contribuable n'avait pas perçu ces indus, l'administration fiscale a prévu, dans ce cas, une application mesurée de la loi en accordant une remise gracieuse du surcoût d'impôt ;

- il convient alors de comparer le total de l'impôt payé au titre de l'année de versement de l'indu et de l'année de remboursement, incluant l'effet des crédits et réductions d'impôt et le total de l'impôt qui aurait été acquitté au titre de ces années si l'indu n'avait pas été versé au contribuable, incluant également l'effet des crédits et réductions d'impôt ;

- il appartiendra donc à Mme B de présenter cette demande après réception de l'avis d'imposition des revenus de l'année 2022, compte tenu de l'échéancier de remboursement de l'indu accordé jusqu'en 2022 ;

- le montant imposable lié à l'indu n'est pas suffisamment établi, car Mme B a perçu en 2020 des sommes qui lui étaient dues au titre de la liquidation de son compte épargne-temps ;

- selon les informations détenues par l'administration, l'imposition liée à l'indu serait de 1 487 euros et non de 3 454 euros ;

- la remise gracieuse d'imposition est prévue par l'article L. 247 du livre des procédures fiscales, mais Mme B, qui n'a pas justifié d'une situation précaire, n'a pas présenté sa demande dans ce cadre ;

- s'agissant d'une remise gracieuse de la somme à rembourser, Mme B n'a pas déclaré l'intégralité des revenus perçus en 2020 ;

- en outre, Mme B ne pouvait ignorer qu'elle devrait rembourser l'indu, ce qu'elle a, en définitive, fait le 31 juillet 2022 ;

- la situation de Mme B ne présente pas de précarité et ne justifie pas de remise gracieuse.

Par lettre en date du 23 décembre 2022, les parties ont été informées que la solution du litige est susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office tiré de l'absence de réclamation préalable de nature à lier le contentieux relatif à l'indemnisation par l'Etat du préjudice subi par Mme B.

Par un mémoire enregistré le 23 décembre 2022, Mme B a présenté des observations en réponse à la notification du moyen relevé d'office et soutient que le contentieux a été lié.

Par une ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 octobre 2022.

Le garde des Sceaux, ministre de la justice a produit un mémoire en défense le 13 février 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public,

- et les observations de Me Derudet, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B était agent non titulaire à la direction interrégionale Auvergne-Rhône-Alpes de l'administration pénitentiaire. Née en 1953, elle a cessé ses fonctions le 31 décembre 2019, pour cause de départ en retraite. Par suite d'un dysfonctionnement administratif, sa rémunération lui a, néanmoins, été versée jusque fin avril 2020, époque à laquelle Mme B a signalé cette situation à l'administration. Selon une attestation établie le 21 mai 2021 par la direction interrégionale de l'administration pénitentiaire, le montant de l'indu était de 12 174,74 euros et un titre de perception du même montant a été émis le 22 février 2021. L'administration fiscale a accordé à Mme B un échéancier de remboursement, que la requérante n'a plus respecté à compter d'avril 2022, époque à laquelle elle avait seulement remboursé 4 500 euros. L'administration fiscale lui a adressé le 25 juin 2022 une mise en demeure de payer le solde de l'indu et Mme B s'est acquittée de la somme de 8 891,74 euros le 6 juillet 2022. Estimant que l'administration pénitentiaire a commis une faute, entraînant une surimposition, Mme B, demande que l'Etat soit condamné à lui payer une indemnité de 3 454 euros, correspondant au supplément d'imposition qu'elle estime imputable au versement indu de salaires en 2020, outre 1 000 euros au titre de son préjudice moral.

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. En l'espèce, le 16 juin 2021, Mme B a demandé à l'administration fiscale le bénéfice d'une remise gracieuse à hauteur de 3 454 euros de son imposition au titre des revenus perçus en 2021. N'ayant pas remboursé dans le délai qui lui avait été accordé l'indu de rémunération qu'elle avait perçu, elle devait payer une majoration de 1 217 euros. Par un courriel du 6 juillet 2022, elle a demandé à l'administration des finances de lui accorder la remise gracieuse de cette majoration. Ces courriers ne tendaient pas à ce que l'Etat l'indemnise du préjudice qu'elle estimait subir par suite de la faute commise par l'Etat consistant à lui verser indument une rémunération, ce qui aurait entraîné une surimposition. Ils n'ont donc pas lié le contentieux. Le mémoire en défense de la direction régionale des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône, quand bien même il n'oppose pas de fin de non-recevoir, n'a pu lier le contentieux en cours d'instance. Par suite, la requête de Mme B, qui a été introduite en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, est irrecevable.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée.

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, à verser à Mme B au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au garde des sceaux, ministre de la justice et au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La magistrate désignée, La greffière

A. A F. Faure

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice et au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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