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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106019

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106019

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106019
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE FEBVRE PARTNERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet 2021 et 23 juin 2023, la commune de Vals Les Bains, représentée par Me Lecat, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum M. E J, M. F C, M. A B, la société Ducks Sceno, la société SNEF et la société Videlio à lui verser la somme de 227 221, 18 euros en réparation du désordre affectant le théâtre municipal ;

2°) de condamner in solidum les mêmes aux dépens en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge in solidum des mêmes une somme de 6 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son maire a été habilité à ester en justice ;

- elle a fait procéder à la rénovation de son théâtre municipal en 2010 et un problème de bruit appelé " buzz " est apparu à partir du mois de juin 2011 ;

- elle a exercé un référé qui a interrompu le délai de prescription ;

- elle est fondée à rechercher sur le fondement de l'article 1792 du code civil la mise en œuvre de la garantie des constructeurs ;

- M. J, M. C, M. B, en charge de la maîtrise d'œuvre générale, la société Ducks Sceno, en charge de la maîtrise d'œuvre " scénographie ", la société Videlio et la société SNEF ont concouru à la réalisation du désordre ;

- le montant des travaux a réalisé en raison du désordre s'élève à 227 221,18 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 janvier 2023 et le 30 juin 2023, M. E J, M. F C et M. A B, représentés par Me Le Febvre, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de limiter à 5% leur part de responsabilité et de condamner la société SNEF, la société Videlio et la société Ducks Sceno à les garantir de l'intégralité des condamnations susceptibles d'être prononcées à leur encontre ;

3°) de condamner la commune de Vals Les Bains ou tout succombant aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Vals Les Bains ou tout succombant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable, la commune n'ayant pas justifié dans le délai décennal de l'habilitation du maire à agir ;

- la commune ne justifie pas de la réception des travaux ;

- les équipements en cause participant seulement à l'activité de spectacle, la garantie décennale ne s'applique pas ;

- il n'est pas établi qu'ils aient commis une faute ;

- le montant des travaux n'est pas justifié ;

- ils sont fondés à demander à être intégralement garantis par la société Videlio, la société SNEF et la société Ducks Sceno.

Par des mémoires enregistrés le 17 juin 2022 et le 28 juin 2023, la société Ducks Sceno, représentée par Me Charvier, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum M. J, M. C et M. B, la société SNEF et la société Videlio à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) de condamner la commune de Vals Les Bains ou toute autre partie aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Vals Les Bains ou toute autre partie une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas démontré que le maire de la commune de Vals Les Bains ait été habilité pour agir en justice et engager la présente procédure et que la requête ne peut être régularisée après l'expiration du délai d'action décennal ;

- la commune a pris l'initiative de réceptionner sans réserve les travaux du lot scénographie audio et visuelle en parfaite connaissance de cause alors qu'ils n'étaient pas achevés ;

- elle ne justifie pas que le désordre serait de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination et qu'elle aurait été dans l'incapacité d'exploiter le théâtre ;

- sa responsabilité ne peut pas être retenue dès lors qu'elle a rempli ses obligations en tant que maître d'œuvre ;

- les architectes M. J, M. C et M. B et les titulaires des lots de travaux la société SNEF et la société Audio équipements engagent leur responsabilité ;

- le montant des travaux n'est pas justifié ;

- dans l'hypothèse où sa responsabilité serait retenue, elle devrait être garantie par M. J, M. C et M. B, la société SNEF et la société Videlio.

Par des mémoires enregistrés le 31 janvier 2023 et le 30 juin 2023, la société SNEF, représentée par Me Bado, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire dans des proportions très significatives les sommes qui pourraient être mises à sa charge et de condamner la société Videlio, M. J, M. C et M. B et la société Ducks Sceno à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) de condamner tout succombant aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Vals Les Bains une somme de 6 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'action engagée par la commune de Vals Les Bains à son encontre est prescrite ;

- elle n'est pas responsable du désordre ;

- si sa responsabilité était retenue, les sommes mises à sa charge devront être réduites dans de très significatives proportions ;

- le préjudice dont fait état la commune de Vals Les Bains n'est pas justifié ;

- elle est fondée à appeler en garantie la société Videlio, M. J, M. C et M. B et la société Ducks Sceno.

Par ordonnance du 3 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1107142 du 27 mars 2012, par laquelle le président du tribunal a désigné M. D G comme expert ;

- l'ordonnance n° 1107142 du 28 octobre 2014, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. D G.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 76-87 du 21 janvier 1976 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Reniez,

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,

- et les observations de Me Deriberolles, substituant Me Lecat, représentant M. J, M. B et M. C, de Me Bado, représentant la société SNEF, et de Me Charvier, représentant la société Ducks Sceno.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Vals Les Bains a fait procéder à la rénovation de son théâtre municipal en 2010. Elle a confié la maîtrise d'œuvre à un groupement composé notamment de M. J, mandataire, M. B, M. C, architectes en charge des études architecturales, et de la société Ducks Sceno, en charge de la scénographie. Elle a chargé la société SNEF du lot n° 10 " Electricité courants faibles " et la société Audio équipement du lot n° 13 " Equipements audiovisuels et éclairage scénique ". Un expert a été désigné à la demande de la commune de Vals Les Bains par une ordonnance du 27 mars 2012 après l'apparition, en juin 2011, d'un bruit appelé " buzz ". Sur la base du rapport de l'expert déposé le 13 octobre 2014, la commune de Vals Les Bains demande au tribunal de condamner in solidum, sur le fondement de la garantie décennale, M. J, M. B, M. C, la société Ducks Sceno, la société SNEF et la société Videlio venant aux droits de la société Audio équipement, à l'indemniser du désordre affectant le théâtre. Les constructeurs poursuivis, à l'exception de la société Videlio, présentent des appels en garantie croisés.

Sur la responsabilité :

2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

En ce qui concerne le lot n° 13 :

3. Aux termes de l'article 41.1 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicables aux marchés publics de travaux, approuvé par le décret du 21 janvier 1976, applicable au marché en litige : " L'entrepreneur avise à la fois la personne responsable du marché et le maître d'œuvre, par écrit, de la date à laquelle il estime que les travaux ont été achevés ou le seront. / Le maître d'œuvre procède, l'entrepreneur ayant été convoqué, aux opérations préalables à la réception des ouvrages dans un délai qui, sauf stipulation différente du C.C.A.P., est de vingt jours à compter de la date de réception de l'avis mentionné ci-dessus ou de la date indiquée dans cet avis pour l'achèvement des travaux si cette dernière date est postérieure. / La personne responsable du marché, avisée par le maître d'œuvre de la date de ces opérations, peut y assister ou s'y faire représenter. Le procès-verbal prévu au 2 du présent article mentionne, soit la présence de la personne responsable du marché ou de son représentant, soit, en son absence, le fait que le maître d'œuvre l'avait dûment avisée. / En cas d'absence de l'entrepreneur à ces opérations, il en est fait mention audit procès-verbal et ce procès-verbal lui est alors notifié. ". Aux termes de l'article 41.2 de ce CCAG : " Les opérations préalables à la réception comportent : / La reconnaissance des ouvrages exécutés ; / Les épreuves éventuellement prévues par le C.C.A.P. ; / La constatation éventuelle de l'inexécution de prestations prévues au marché ; / La constatation éventuelle d'imperfections ou malfaçons ; / Sauf stipulation différente du C.C.A.P. prévue au 11 de l'article 19, la constatation du repliement des installations de chantier et de la remise en état des terrains et des lieux ; / Les constatations relatives à l'achèvement des travaux. / Ces opérations font l'objet d'un procès-verbal dressé sur-le-champ par le maître d'œuvre et signé par lui et par l'entrepreneur ; si ce dernier refuse de le signer, il en est fait mention. / Dans le délai de cinq jours suivant la date du procès-verbal, le maître d'œuvre fait connaître à l'entrepreneur s'il a ou non proposé à la personne responsable du marché de prononcer la réception des ouvrages et, dans l'affirmative, la date d'achèvement des travaux qu'il a proposé de retenir ainsi que les réserves dont il a éventuellement proposé d'assortir la réception. ". Enfin, aux termes de l'article 41.3 de ce CCAG : " Au vu du procès-verbal des opérations préalables à la réception et des propositions du maître d'œuvre, la personne responsable du marché décide si la réception est ou non prononcée ou si elle est prononcée avec réserves. Si elle prononce la réception, elle fixe la date qu'elle retient pour l'achèvement des travaux. La décision ainsi prise est notifiée à l'entrepreneur dans les quarante-cinq jours suivant la date du procès-verbal. / A défaut de décision de la personne responsable du marché notifiée dans le délai précisé ci-dessus, les propositions du maître d'œuvre sont considérées comme acceptées. / La réception, si elle est prononcée ou réputée comme telle, prend effet à la date fixée pour l'achèvement des travaux. ".

4. En application des stipulations précitées des articles 41.1 et 41.2 du CCAG, le maître d'œuvre doit procéder aux opérations préalables à la réception des ouvrages, qui comporte la constatation éventuelle d'imperfections, et en dresse le procès-verbal. Si le dernier alinéa de l'article 41.3 prévoit une réception tacite des ouvrages à compter de la date d'établissement du procès-verbal, celle-ci n'est présumée avoir été prononcée qu'au terme d'une procédure contradictoire ne laissant aucun doute sur la commune intention des parties de procéder à la réception, éventuellement partielle, des travaux, et d'une durée suffisante pour permettre au maître d'ouvrage, en concertation avec le maître d'œuvre, de mesurer la portée de sa décision. La signature par l'entrepreneur du procès-verbal, expressément prévue par l'article 41.2 précité, sauf refus exprès de l'entrepreneur de signer, auquel cas il en est fait mention, constitue une formalité substantielle dans le cadre de cette procédure.

5. Il résulte de l'instruction que la commune de Vals Les Bains n'a pas pris de décision explicite de réception des travaux du lot n° 13. Si M. J, mandataire de la maîtrise d'œuvre, a proposé une réception des travaux sans réserve de ce lot le 27 janvier 2011 en retenant pour l'achèvement des travaux cette même date, le procès-verbal n'est pas signé par l'entrepreneur ni ne mentionne que ce dernier aurait refusé de le signer et il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été convoqué aux opérations préalables à la réception de l'ouvrage. Par ailleurs, le procès-verbal ne fait pas état des constatations qui auraient été effectuées lors des opérations préalables à la réception, les travaux n'étant en réalité pas achevés, ni sur le point de l'être. Dans ces conditions, et alors que le maître d'ouvrage ne demande pas que la réception des travaux soit reconnue à une autre date, les travaux du lot n° 13 ne peuvent être regardés comme ayant été tacitement réceptionnés. Par suite, en l'absence de réception des travaux, la commune de Vals Les Bains ne peut pas mettre en jeu la garantie décennale des constructeurs à raison du désordre litigieux en lien avec ce lot.

En ce qui concerne le lot n° 10 :

6. Aux termes de l'article 2241 du code civil : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. / (). ". Il en résulte qu'une citation en justice, au fond ou en référé, n'interrompt la prescription qu'à la double condition d'émaner de celui qui a la qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et de viser celui-là même qui en bénéficierait.

7. Il résulte de l'instruction que la réception du lot n° 10 a été prononcée sans réserve le 27 janvier 2011. Le délai d'action décennale de la commune de Vals Les Bains expirait ainsi le 27 janvier 2021. Dans la demande qu'elle a présentée, le 19 janvier 2012, afin d'obtenir la désignation en référé d'un expert, la commune n'a pas mis en cause la société SNEF qui n'a été appelée à l'instance qu'à la demande de la société Audio équipements. Dans ces conditions, la commune de Vals Les Bains n'a pas bénéficié de l'effet interruptif de cette citation en justice à l'encontre de la société SNEF. Aucun autre acte, notamment la facture du 30 septembre 2011, n'a interrompu le délai de prescription de dix ans. La société SNEF, chargée du lot n° 10, est ainsi fondée à soutenir que la créance de la commune de Vals Les Bains à son égard est prescrite.

8. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le désordre invoqué par la commune de Vals Les Bains n'est pas imputable à un défaut de contrôle des architectes M. J, M. B et M. C et de la société Ducks Sceno en charge de la scénographie sur l'exécution des travaux de ce lot n° 10.

9. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la commune de Vals Les Bains n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la société SNEF, de la société Videlio, de M. J. M. B, M. C et de la société Ducks Sceno et à demander leur condamnation in solidum à réparer le désordre en cause sur le fondement de la garantie décennale.

Sur les frais d'expertise :

10. Les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Lyon, taxés et liquidés à la somme de 17 854,50 euros par une ordonnance du 28 octobre 2014, sont mis à la charge de la commune de Vals Les Bains.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vals Les Bains une somme au titre des frais exposés par M. J, M. B, M. C, la société Ducks Sceno et la société SNEF et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Vals Les Bains est rejetée.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire taxés et liquidés à la somme de 17 854,50 euros sont mis à la charge de la commune de Vals Les Bains.

Article 3 : Les conclusions présentés par MM. J, B et C, et les sociétés Ducks Sceno et SNEF sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Vals Les Bains, à MM. J, B et C et aux sociétés Ducks Sceno, SNEF et Videlio.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,La présidente,

E. ReniezC. Michel

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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