mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106395 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET CHOULET AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 4 août 2021 et le 28 février 2022, Mme D G, représentée par Me Urcissin, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Roanne à lui verser la somme de 37 034,22 euros, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2021 et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis à la suite du diagnostic de sclérose en plaques et de la délivrance d'un traitement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roanne une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier a commis une faute lors de l'établissement du diagnostic de sclérose en plaques ; le diagnostic de sclérose en plaques ne pouvait être posé rapidement sans réalisation d'une ponction lombaire et alors qu'elle n'a présenté qu'une seule poussée ; un traitement de fond lui a pourtant été délivré d'emblée et a été poursuivi malgré une mauvaise tolérance ;
- ses préjudices, directement imputables à la faute commise, peuvent être évalués de la manière suivante : 1 050 euros au titre de l'assistance à tierce personne, 30 717,22 euros au titre de l'incidence professionnelle, 1 105 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et 4 162 euros au titre des souffrances endurées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le centre hospitalier de Roanne, représenté par Me Choulet, conclut au rejet de la requête ou à ce que les prétentions de Mme G et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire soient ramenées à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- il s'en remet à la sagesse du tribunal dans l'appréciation de sa responsabilité dans la prise en charge de la requérante puisqu'elle n'entend pas contester les conclusions de l'expert ;
- l'indemnité allouée au titre de l'assistance à tierce personne sera réduite à 910 euros ;
- la demande présentée au titre de la perte de rémunération sera rejetée en l'absence de précisions sur la perception de prestations de sécurité sociale ;
- l'indemnité allouée au titre de la perte de gains professionnels actuels jusqu'à consolidation sera réduite à 6 000 euros sous réserve de justification des revenus ou aides sociales éventuellement perçus pour cette période ; la demande relative à l'indemnité allouée au titre de la perte de gains professionnels actuels post consolidation sera rejetée ; à titre subsidiaire, une indemnité de 8 217,22 euros sera allouée ;
- l'indemnité allouée au titre du déficit fonctionnel temporaire sera réduite à 865,80 euros ;
- l'indemnité allouée au titre des souffrances endurées sera réduite à 3 500 euros ;
- la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire de 103,92 euros au titre des frais médicaux n'appelle pas d'observations particulières ;
- la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire au titre des frais pharmaceutiques sera rejetée.
Par des mémoires, enregistrés le 30 septembre 2021 et le 15 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Roanne à lui verser la somme de 6 088,17 euros, avec intérêts au taux légal à compter du jugement et la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ainsi que de condamner le centre hospitalier de Roanne aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier a commis une erreur de diagnostic qui engage sa responsabilité ;
- les dépenses de santé imputables s'élèvent à la somme de 6 088,17 euros.
Par ordonnance du 23 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 10 mai 2021 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. le Docteur F ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Au cours du mois de juillet 2018, Mme G, née le 4 octobre 1989, a présenté une hypoesthésie du bras droit puis de la jambe droite. Du 29 juillet au 7 août 2018, elle a été hospitalisée dans le service de médecine du centre hospitalier de Roanne en vue d'un bilan neurologique. Le 1er août puis le 3 août 2018, deux IRM, cérébrale et médullaire, ont été réalisées. A l'issue de ces examens, un diagnostic de sclérose en plaques à forme rémittente a été posé. Du 4 au 6 août 2018, il a été administré à Mme G un flash de corticoïdes. A compter du 7 août 2018, il lui a été prescrit un traitement de fond de beta-interféron sous forme d'une injection sous cutanée toutes les deux semaines. Le 19 mars 2019, le docteur C, neurologue, a mis fin à ce traitement et a prescrit la réalisation d'examens complémentaires lesquels n'ont pas révélé d'arguments suffisants en faveur d'un diagnostic certain de sclérose en plaques. Le 23 août 2019, Mme G a consulté le professeur E qui a confirmé qu'il est difficile à ce stade de conclure sur le plan diagnostic. Estimant avoir été victime d'une faute lors de l'établissement du diagnostic, qui se serait révélé erroné, de sclérose en plaques, Mme G a sollicité du tribunal l'organisation d'une expertise. Par une ordonnance du 10 janvier 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Lyon a désigné le docteur A F en qualité d'expert. Celui-ci a déposé son rapport le 9 mars 2021. Par lettre reçue le 3 juin 2021, Mme G a formé auprès du centre hospitalier de Roanne une demande préalable d'indemnisation, qui a été rejetée par une décision implicite née du silence gardé par l'administration pendant plus de deux mois. Mme G demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Roanne à lui verser la somme de 37 034,22 euros, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2021 et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis à la suite du diagnostic de sclérose en plaques et de la délivrance d'un traitement.
Sur la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Roanne :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme G a présenté un premier épisode démyélinisant évocateur d'une sclérose en plaques qui a justifié la réalisation d'une IRM révélant des lésions d'allure inflammatoire de la moelle cervicale et compatible avec une dissémination spatiale de ces lésions. En revanche, le critère de la dissémination temporelle des lésions pour l'établissement du diagnostic de la sclérose en plaques n'était pas rempli s'agissant d'une première poussée. L'expert indique que si la réalisation d'une ponction lombaire afin d'établir un éventuel profil inflammatoire du liquide cérébro-spinal aurait été souhaitable pour avoir un argument diagnostique supplémentaire dès lors que les lésions inflammatoires sur l'IRM étaient modérées, il précise que celle-ci n'est pas rendue obligatoire dans les préconisations de bonne pratique et que, compte tenu du résultat normal obtenu ultérieurement lorsqu'une telle ponction a été réalisée, elle n'aurait pas, dans le cas de Mme G, modifié l'attitude thérapeutique adoptée en juillet 2018. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la réalisation d'une ponction lombaire aurait conduit à affirmer ou à écarter avec certitude le diagnostic de sclérose en plaques et à choisir une thérapeutique différente de celle administrée. Par ailleurs, il est constant qu'à la suite d'un nouvel épisode démyélinisant survenu en décembre 2019, le diagnostic de sclérose en plaques rémittente-récurrente a été confirmé. Mme G n'est dès lors pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Roanne a commis une faute en s'abstenant de réaliser une ponction lombaire et en établissant un diagnostic de sclérose en plaques.
4. D'autre part, Mme G soutient également que, compte tenu de l'absence de certitude du diagnostic de sclérose en plaques, l'administration d'un traitement de fond dès sa sortie du centre hospitalier en août 2018 et sa poursuite malgré une mauvaise tolérance présente un caractère fautif. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le centre hospitalier de Roanne a immédiatement mis en route une corticothérapie qui a permis d'obtenir une amélioration significative des troubles présentés par la requérante. Mme G a également reçu du 10 août 2018 au 19 mars 2019, un traitement par beta-interféron à raison d'une injonction toutes les deux semaines. Si l'expert indique dans le rapport d'expertise qu' " un traitement de fond contre la sclérose en plaques n'était pas indiqué en août 2018, car la diagnostic n'était pas suffisamment établi " et qu'il n'est pas préconisé selon les critères de l'autorisation de mise sur le marché au stade d'un " syndrome cliniquement isolé " qui était celui de Mme G lors de sa prise en charge au centre hospitalier de Roanne, il précise également que l'" intérêt de porter le diagnostic précocement est de débuter tôt un traitement de fond, ce qui est considéré par tous les spécialistes de la maladie comme un enjeu important du pronostic fonctionnel de la maladie ". Or, ainsi qu'il a été dit précédemment, il résulte de l'instruction que le diagnostic de sclérose en plaques rémittente-récurrente a été confirmé à la suite d'un nouvel épisode démyélinisant survenu en décembre 2019. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le traitement par beta-interféron que la requérante a reçu n'était pas, à la période à laquelle il a été prescrit, indiqué pour sa pathologie. Par ailleurs, il est constant que ce traitement a eu des effets indésirables constitués d'un syndrome pseudo-grippal à la suite des injections, de réactions aux sites d'injection, d'une perte de cheveux et d'un état asthénique et dépressif. Toutefois, compte tenu de la circonstance que ces effets indésirables sont ceux attendus dans ce type de traitement et sont habituellement régressifs au fil des mois, il ne résulte pas de l'instruction que le maintien du choix de cette thérapeutique jusqu'en mars 2019 malgré la faible tolérance au traitement présentée par Mme G, assorti au demeurant en janvier 2019 de la prescription de médicaments proposés pour atténuer les effets secondaires du traitement par beta-interféron, puisse être considéré comme fautif. Par suite, Mme G n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Roanne a commis une faute de nature à engager sa responsabilité par la prescription d'un traitement médicamenteux par beta-interféron, administré à l'intéressée du 10 août 2018 au 19 mars 2019.
5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Roanne. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme G doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.
Sur les frais et honoraires d'expertise :
6. Les frais et honoraires de l'expertise ordonnée le 10 janvier 2021 par le juge des référés du tribunal administratif, liquidés et taxés à la somme de 1 035 euros par ordonnance du 10 mai 2021, doivent être mis à la charge de Mme G, partie perdante dans la présente instance.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Roanne, qui n'est pas la partie tenue aux dépens dans la présente instance, la somme que Mme G demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G et les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire sont rejetées.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 035 euros (mille trente-cinq euros) sont mis à la charge de Mme G.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et au centre hospitalier de Roanne.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Deniel, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La rapporteure,
C. B
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026