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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106615

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106615

mercredi 3 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106615
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés le 16 août 2021 et les 8 avril et 13 juin 2022, M. C A, représenté par Me Benabdessadok, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2021 par lequel le président du conseil de la métropole de Lyon l'a radié des cadres pour abandon de poste ;

2°) d'enjoindre au président du conseil de la métropole de Lyon de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de condamner la métropole de Lyon à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis ;

4°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- contrairement à ce que soutient la métropole de Lyon, sa requête introductive d'instance tendait à l'annulation de la décision en litige, et le contentieux indemnitaire est lié ;

- en l'absence de volonté de rompre le lien avec le service et faute pour son employeur de lui avoir laissé un délai suffisant pour reprendre ses fonctions, l'abandon de poste n'est pas constitué ;

- l'illégalité de sa radiation des cadres est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la métropole de Lyon ;

- le préjudice matériel résultant de son éviction illégale s'élève à 20 000 euros ;

- le préjudice constitué des troubles dans ses conditions d'existence peut être évalué à 10 000 euros ;

- le préjudice moral résultant du harcèlement moral qu'il a subi peut être évalué à 30 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 février et 24 mai 2022, la métropole de Lyon, représentée par la Selarl Carnot Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation sont tardives, faute d'avoir été présentées dès la requête introductive d'instance ;

- les conclusions indemnitaires ne sont pas recevables, faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la faute et le harcèlement moral allégués ne sont pas établis.

L'instruction a été close le 29 juin 2022 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,

- et les observations de Me Benabdessadok pour M. A, ainsi que celles de Me Litzler pour la Métropole de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Adjoint technique principal de deuxième classe employé par la métropole de Lyon en qualité d'agent de nettoiement, M. A conteste la décision du 15 juin 2021 par laquelle le président du conseil de la métropole de Lyon l'a radié des cadres pour abandon de poste, et demande l'indemnisation du préjudice résultant de l'illégalité de son éviction et du harcèlement moral qu'il estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical présentée par l'agent de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

3. D'une part, il est constant que M. A ne s'est pas présenté au service le 7 mai 2021 et n'a pas fait connaître ses intentions à la métropole de Lyon avant l'expiration du délai fixé par le courrier recommandé de mise en demeure du 12 mai 2021 dont il a été avisé le 15 mai suivant, qu'il n'a pas réclamé, et l'invitant à reprendre ses fonctions en lui précisant qu'à défaut d'une telle reprise sous 48 heures, il s'exposerait à une mesure de radiation des cadres. D'autre part, si M. A a informé son supérieur hiérarchique le 7 mai 2021 de sa volonté de consulter à nouveau son médecin traitant malgré l'avis d'aptitude à la reprise de ses fonctions rendu par le médecin contrôleur le 3 mai 2021, que le requérant n'a toutefois pas contesté devant le comité médical, et si M. A a transmis de nouveaux certificats d'arrêts de travail à son employeur, qui les a reçus le 21 mai 2021, ces derniers ne font état d'aucune circonstance nouvelle relative aux troubles dont le requérant lui-même indique souffrir depuis plusieurs années. Dans ces conditions, l'autorité territoriale était fondée à considérer que le requérant avait rompu son lien avec le service en refusant de reprendre ses fonctions en dépit de l'avis d'aptitude du médecin contrôleur et a pu légalement prendre à son encontre la mesure de radiation des cadres en litige.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 15 juin 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. A, qui n'établit au demeurant pas le préjudice lié aux troubles dans ses conditions d'existence qu'il invoque, n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la métropole de Lyon en raison de l'illégalité de la décision du 15 juin 2021.

7. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 visée ci-dessus dans sa version alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

8. Au soutien de sa demande indemnitaire, M. A se plaint également du comportement fautif de son supérieur hiérarchique, en particulier dans le décompte de ses absences ou s'agissant d'insultes proférées à son encontre. Toutefois, si le comportement du supérieur hiérarchique direct de M. A n'apparaît pas exempt de toute critique, la seule production du témoignage d'un collègue du requérant établi le 20 décembre 2021 et de la déclaration de main courante effectuée par celui-ci le 5 mai 2021 à l'encontre de ce supérieur ne suffit pas pour caractériser un exercice fautif du pouvoir hiérarchique et pour faire présumer en l'espèce l'existence d'agissements constitutifs du harcèlement moral qui est allégué, alors au demeurant qu'il résulte de l'instruction que des reproches avaient déjà été adressés à M. A du fait de son propre comportement, notamment de ses absences injustifiées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander la condamnation de la métropole de Lyon à l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du harcèlement moral allégué.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par M. A et dirigées contre la métropole de Lyon, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la métropole de Lyon.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme de Mecquenem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

J. Segado

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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