mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106715 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LEX EDERIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 20 août 2021 et le 4 avril 2022, M. A D, représenté par Me Ceyhan, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure est irrégulière dès lors qu'il a été contrôlé deux fois au titre de l'année 2016, dans le cadre d'une vérification de comptabilité d'une part, et d'un examen de sa situation fiscale personnelle (ESFP) d'autre part, alors à titre subsidiaire que cet examen n'a donné lieu à aucun redressement infirmant ainsi les redressements de la vérification de comptabilité ;
- la proposition de rectification est dépourvue de motivation en ce que le service a retenu un coefficient multiplicateur de 1,4 sur la base d'une simple comparaison avec les commerces équivalents dans un secteur géographique déterminé sans tenir compte du contexte ;
- la reconstitution de chiffre d'affaires à laquelle le service s'est livré est erronée et qu'il existait une société de fait qui aurait donc dû être redressée comme telle ;
- la pénalité de 40 % pour manquements délibérés n'est pas justifiée en l'absence d'intention délibérée.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
La clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2022 par une ordonnance du 6 avril 2022.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique ;
- les observations de Me Uysal substituant Me Ceyhan pour M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, qui exploite à titre individuel un commerce d'épicerie et de charcuterie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période courant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 ayant donné lieu, par une proposition de rectification du 10 octobre 2017, à des rectifications en matière de bénéfice industriel et commercial et en matière de taxe sur la valeur ajoutée selon la procédure d'imposition d'office en application des dispositions des articles L. 66 3° et L. 73 du livre des procédures fiscales. A la suite du rejet de ces deux réclamations préalables, M. C demande la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016.
Sur la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 76 du même livre, applicables aux impositions établies selon la procédure de taxation d'office : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. () ".
3. La proposition de rectification du 10 octobre 2017 adressée à M. C fait état de la désignation des impôts concernés, des années d'imposition et des bases d'imposition, et énonce les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées. Ainsi, M. C a été informé des motifs de droit et de fait fondant les rectifications proposées de manière suffisante au regard des dispositions applicables de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en droit et en fait de cette proposition de rectification doit être écarté.
.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 50 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'elle a procédé à un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'un contribuable au regard de l'impôt sur le revenu, l'administration des impôts ne peut plus procéder à des rectifications pour la même période et pour le même impôt, à moins que le contribuable ne lui ait fourni des éléments incomplets ou inexacts ou que l'administration n'ait dressé un procès-verbal de flagrance fiscale dans les conditions prévues à l'article L. 16-0 BA, au titre d'une période postérieure. Il est fait exception à cette règle dans les cas prévus aux articles L. 188 A et L. 188 B. ".
5. Il résulte de l'instruction que les impositions en litige font suite à une vérification de comptabilité à raison de l'activité professionnelle exercée à titre individuel par M. C de commerce d'épicerie et de charcuterie. Contrairement à ce que fait valoir le requérant, la circonstance qu'il ait par ailleurs fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation personnelle qui s'est conclu le 7 août 2020, postérieurement à la mise en recouvrement des impositions en litige, par une absence de rectification est sans incidence sur la régularité de la procédure au regard notamment des dispositions précitées de l'article L. 50 du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition.
7. D'autre part, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. "
8. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la proposition de rectification du 10 octobre 2017, que le service a estimé, que si l'activité professionnelle de M. C a officiellement été déclarée le 1er avril 2013, puis a ensuite cessé le 15 décembre 2014, suite à sa reprise par M. E B sous le nom commercial de " Boucherie de Givors " du 15 janvier au 31 décembre 2015 avant d'être une nouvelle fois reprise par M. C à partir du 18 février 2016 jusqu'au 24 octobre 2016 sous le nom commercial de " Epicerie de Givors ", le commerce de M. C a en réalité ouvert sans interruption au regard des constatations effectuées par le service vérificateur et des précisions du contribuable recueillies lors du contrôle. Après avoir caractérisé l'existence d'une activité occulte du 16 décembre 2014 au 17 février 2016, puis du 25 octobre au 31 décembre 2016, et constaté l'absence de comptabilité au titre des années 2014, 2015 et 2017, le service a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de l'activité individuelle de M. C à partir des achats de marchandises destinées à la revente (viande ou épicerie) sur lesquels le service a appliqué un coefficient multiplicateur de 1,4 correspondant à la marge habituellement pratiquée dans les commerces équivalents de produits Hallal (communes de Givors, Villefranche sur Saône, Rillieux la Pape et Villeurbanne). Il en est résulté un chiffre d'affaires HT reconstitué respectif au titre des exercices 2014, 2015 et 2016 de 646 221,66 euros, 936 336,16 euros et 1 327 873,15 euros sur la base duquel les impositions en litige ont été retenues.
9. En premier lieu, M. C, qui ne conteste ni l'existence d'une activité occulte ni l'absence de comptabilité, fait valoir que la reconstitution du chiffre d'affaires à laquelle le service s'est livré est erronée dès lors qu'il était associé de fait avec MM. Erdogan et B et que ces derniers lui ont cédé leur part pour les sommes respectives de 25 000 euros et de 35 000 euros, et ont bénéficié de rémunérations pour un montant de 3 000 euros par mois, charges qui dans leur ensemble n'ont pas été prises en compte par le service et alors qu'il a été imposé au titre de l'année 2015 comme s'il avait exploité seul le fonds de commerce concerné sur toute l'année concernée. Toutefois, M. C ne produit aucune pièce à l'appui de sa requête de nature à démontrer l'existence d'une quelconque société de fait avec MM. Erdogan et B, ni ne démontre que le chiffre d'affaires reconstitué par le service au titre des années 2014, 2015 et 2016, établi sur la base d'un excédent brut d'exploitation de 13,66 % correspondant à un taux de charges de 86,33 %, serait erroné ou qu'il y aurait lieu d'y intégrer des charges supplémentaires alors qu'il résulte notamment de l'instruction que M. C a reconnu avoir exploité le commerce conjointement avec M. F du 1er janvier au 31 mars 2015 avant de poursuivre cette exploitation seul à partir du 1er avril 2015 et que le service n'a en conséquence attribué à M. C que 50 % des bénéfices reconstitués du 1er janvier au 31 mars 2015.
10. En second lieu, si M. C conteste le coefficient multiplicateur de 1,4 retenu au titre de la marge habituellement pratiquée dans les commerces équivalents de produits Hallal en faisant valoir qu'il ne prend pas suffisamment en compte la concurrence locale, l'intéressé, sur qui pèse la charge, ne produit aucune pièce de nature à remettre en cause le montant du coefficient retenu alors qu'il résulte de l'instruction que celui-ci a été retenu par le service sur la base de la marge habituellement constatée dans les commerces équivalents de produits Hallal situés dans la commune de Givors où se situe la commerce de M. C, et dans des communes proches (Villefranche sur Saône, Rillieux la Pape et Villeurbanne), après avoir observé que le coefficient multiplicateur habituellement observé dans le commerce de la boucherie selon les données statistiques du centre d'assistance à la gestion des entreprises (CEDAGE) était de 1,7.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'établit pas que la méthode suivie par l'administration serait radicalement viciée ou excessivement sommaire, ni que l'évaluation à laquelle elle a procédé a abouti à une exagération des bases d'impositions.
12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5, la circonstance que M. C ait fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation personnelle qui s'est conclu par une absence de rectification est sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige.
Sur les pénalités:
13. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 10 octobre 2017, que M. C s'est vu appliquer la majoration de 40 % pour défaut de déclaration après mise en demeure prévue à l'article 1728 1. b du code général des impôts, ainsi que la majoration de 80 % pour activité occulte prévue à l'article 1728 1. c du même code. Par suite, en se bornant à contester une pénalité de 40 % pour manquements délibérés prévue à l'article 1729 du code général des impôts, qui ne lui a pas été appliquée, M. D ne conteste pas utilement les pénalités mises à sa charge.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre de ces mêmes années.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller ;
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026