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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106746

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106746

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106746
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELAS CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août 2021 et 5 avril 2022, M. B C, représenté par Me Devis, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- contrairement à ce qu'a estimé l'administration, la société Themis exerce une activité sédentaire et n'avait, ainsi, pas à remplir l'une des conditions mentionnées au dernier alinéa du I de l'article 44 octies A du code général des impôts pour bénéficier de l'exonération d'impôt qu'il prévoit ;

- à titre subsidiaire, il est fondé à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, de la décision du 24 janvier 2014 prise sur la demande de rescrit présentée par la société Themis, qui comportait une présentation exacte et précise de sa situation de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2022.

En réponse aux demandes formulées par le tribunal sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône a produit, les 22 et 28 décembre 2022, des pièces pour compléter l'instruction, qui ont été communiquées au requérant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- les conclusions de Mme Lacroix, rapporteure publique,

- et les observations de Me Devis, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Themis a été constituée le 2 septembre 2013 entre M. E C, son épouse, Mme A C, et ses deux frères, MM. Salah C et Farid C, en vue de l'exercice d'une activité de lotisseur. Son siège social et ses locaux sont situés au 130 rue de la République à Vaulx-en-Velin (Rhône), en zone franche urbaine. A la suite d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 2 septembre 2013 au 30 juin 2014, correspondant au premier exercice, l'administration a remis en cause le bénéfice de l'exonération d'impôt prévue par les dispositions de l'article 44 octies A du code général des impôts. La société Themis ayant opté pour le régime des sociétés de personnes en application de l'article 239 bis AA du même code, M. B C, associé, a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2014, assorties d'intérêts de retard et d'une majoration de 10%, dont il demande au tribunal de prononcer la décharge.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 44 octies A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I.-Les contribuables qui, entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2014, créent des activités dans les zones franches urbaines définies au B du 3 de l'article 42 de la loi n° 95-115 du 4 février 1995 d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire () sont exonérés d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices provenant des activités implantées dans la zone () jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui du début de leur activité dans l'une de ces zones. () Lorsque l'activité non sédentaire d'un contribuable est implantée dans une zone franche urbaine mais est exercée en tout ou partie en dehors d'une telle zone, l'exonération s'applique si ce contribuable emploie au moins un salarié sédentaire à temps plein ou équivalent, exerçant ses fonctions dans les locaux affectés à l'activité, ou si ce contribuable réalise au moins 25 % de son chiffre d'affaires auprès de clients situés dans les zones franches urbaines. () II.- () Pour les contribuables qui créent des activités dans une zone franche urbaine à compter du 1er janvier 2012 et emploient au moins un salarié au cours de l'exercice ou de la période d'imposition au titre desquels l'exonération s'applique, le bénéfice de l'exonération est subordonné à la condition que l'entreprise ait bénéficié de l'exonération prévue à l'article 12 de la loi n° 96-987 du 14 novembre 1996 relative à la mise en œuvre du pacte de relance pour la ville. ".

3. Une activité a un caractère sédentaire lorsqu'elle est réalisée dans les locaux de l'entreprise. A l'inverse, elle revêt un caractère non sédentaire si elle est réalisée, à raison de ses caractéristiques mêmes, pour une bonne part à l'extérieur de ces locaux.

4. M. C soutient que la société Themis procède, depuis ses locaux, à la présélection des terrains, à la détermination de leur valeur, à la constitution du dossier de permis de construire valant division en concertation avec le géomètre et l'architecte et au développement de partenariats avec des constructeurs en vue de la commercialisation, laquelle, précisent-ils, a, au titre de la période vérifiée, été quasi intégralement prise en charge par la société Geoxia. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des attestations produites aux débats, que l'activité de la société Themis implique des déplacements à l'extérieur des locaux, que ce soit pour se rendre au service du cadastre afin d'obtenir les fiches cadastrales, chez les vendeurs dans le cadre des négociations, sur les terrains concernés dans un premier temps pour les visiter et, ensuite, lors des opérations de bornage, chez le notaire, ou encore dans les locaux de l'architecte ou des constructeurs. Dans la mesure où cette activité s'exerce, en raison de ses caractéristiques mêmes, pour une bonne part à l'extérieur des locaux, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'elle revêtirait un caractère sédentaire, dispensant la société Themis de satisfaire à l'une des conditions mentionnées au dernier alinéa du I de l'article 44 octies A du code général des impôts pour pouvoir bénéficier de l'exonération d'impôt qu'il prévoit.

En ce qui concerne l'opposabilité du courrier du 24 janvier 2014 :

5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / () 2° Lorsque l'administration n'a pas répondu dans un délai de trois mois à un redevable de bonne foi qui : / () b. a notifié à l'administration sa volonté de bénéficier des dispositions des articles () 44 octies A () du code général des impôts. / La notification doit être préalable à l'opération en cause et effectuée à partir d'une présentation écrite précise et complète de la situation de fait. () ".

6. A l'appui de sa demande, présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L .80 B du livre des procédures fiscales, la société Themis a indiqué employer un salarié, en la personne de son gérant minoritaire, présent à temps plein dans les locaux situés en zone franche urbaine. Toutefois, l'administration fait valoir, sans être contestée, que si la société a produit, lors des opérations de contrôle, le contrat de travail conclu avec M. E C, aucun lien de subordination ni aucun contrôle de l'activité de l'intéressé n'a pu être démontré, alors que la société Themis est une SARL de famille, associant M. E C et son épouse, à hauteur de 50%, aux deux frères de celui-ci. Dans la mesure où, ainsi, la situation réelle de la société Themis ne correspondait pas à celle soumise à l'appréciation de l'administration, le requérant ne peut se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, du courrier du 24 janvier 2014 par lequel l'administration a pris position sur l'éligibilité de cette société à l'exonération d'impôt prévue par les dispositions de l'article 44 octies A du code général des impôts.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. D

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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