jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106881 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL COUPE - PEYRONNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 août 2021 et 22 juin 2022, la société Urbaser Environnement, représentée par Me Coupé, demande au tribunal :
1°) de prononcer la résiliation juridictionnelle du marché conclu avec Loire Forez Agglomération portant sur la collecte, le tri et le traitement des déchets ménagers et assimilés ;
2°) de condamner Loire Forez Agglomération à lui verser une indemnité de 1 464 629,14 euros HT ou, subsidiairement, de 754 364,28 euros HT ;
3°) de mettre à la charge de Loire Forez Agglomération la somme de 4 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le marché conclu est en réalité un accord-cadre dès lors qu'elle est rémunérée selon le tonnage de déchets traités, sans minimum ;
- dès les premiers mois d'exécution du marché, un écart de 3 420 de tonnes de déchets a été constaté par rapport aux chiffres avancés lors de la mise en concurrence, ce qui correspond à une différence de 6,51% en chiffre d'affaires global ; la communauté d'agglomération a fait une mauvaise estimation de ses besoins ; cela déséquilibre les conditions économiques du contrat ;
- en choisissant un prix unitaire à la tonne, la communauté d'agglomération a entaché le contrat d'un vice d'une particulière gravité affectant son prix ;
- s'agissant de la collecte des déchets des professionnels, en arguant de ce que ceux-ci peuvent sortir du périmètre du marché, la communauté d'agglomération fait peser sur elle un risque d'exploitation comme en matière de concession de service ; elle subit la réalisation d'un risque qu'elle n'a pas accepté ;
- la communauté d'agglomération, en ne respectant pas les dispositions de l'article 30 de l'ordonnance du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics et en imposant une exécution non-conforme à la nature juridique du contrat, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ; aucune imprudence ou négligence ne peut lui être reprochée ;
- elle a ainsi subi un manque à gagner de 334 952,61 euros, correspondant à la perte de son chiffre d'affaires sur la période de février 2019 à juillet 2021 ;
- elle a investi à perte dans un véhicule adapté aux biodéchets ; elle a droit à ce titre à l'indemnisation de son préjudice pour un montant de 34 657,38 euros HT, correspondant à la différence entre la valeur d'achat du bien et sa valeur vénale ;
- pour la période d'août 2021 à février 2024, son préjudice est de 1 095 019,15 euros HT, correspondant aux amortissements du matériel roulant, aux amortissements des travaux réalisés dans l'agence d'exploitation, au loyer de l'agence jusqu'à la fin du contrat, charges et assurances compris, au coût du licenciement du responsable d'exploitation et à la marge et frais généraux attendus ;
- ces préjudices sont en lien direct avec la faute commise puisque d'une part, elle n'aurait pas contracté si elle avait eu connaissance réelle des tonnages de déchets à traiter et, d'autre part, cette faute la prive des gains qu'elle pouvait légitimement espérer ;
- si la résiliation ne devait pas être prononcée, les fautes commises par la communauté d'agglomération ouvriraient droit à indemnisation à hauteur de 334 952,61 euros HT pour son manque à gagner pour la période de février 2019 à juillet 2021, de 69 314,75 euros HT correspondant à la différence entre le prix d'acquisition du véhicule adapté aux biodéchets et sa valeur vénale en février 2024 et de 350 096,92 euros HT au titre de son manque à gagner pour la période d'août 2021 à février 2024.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril et 29 août 2022, la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération, représentée par Me Bory, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 300 euros soit mise à la charge de la société Urbaser Environnement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut de présentation d'un mémoire en réclamation avec une demande indemnitaire chiffrée conformément aux stipulations de l'article 37.2 du CCAG-FCS ; les reproches formulés dans le courrier du 22 avril 2021 ne sont pas ceux exposés devant le tribunal ;
- la demande de résiliation du marché n'est pas fondée ; elle n'a commis aucune faute dans la définition de ses besoins et dans le recours à un contrat de marché public à prix unitaire ; les tonnages indiqués dans les documents de la consultation étaient indicatifs et non contractuels ;
- la société Urbaser Environnement n'est pas recevable, en sa qualité d'attributaire du marché, à se prévaloir de l'existence d'une faute commise à l'occasion de la détermination du prix du marché ;
- en cas de résiliation du contrat, les effets de cette résiliation devront être différés dans le temps au regard de l'intérêt général qui s'attache à la poursuite du contrat ;
- le lien de causalité entre les fautes et les préjudices invoqués n'est pas établi ;
- en n'intégrant pas dans son prix l'aléa relatif à la variation du tonnage de déchets traités, la société requérante a commis une erreur dans la lecture des pièces de la consultation de nature à exonérer complétement la communauté d'agglomération de sa responsabilité ;
- les préjudices invoqués ne sont pas établis.
La clôture d'instruction a été fixée par ordonnance au 25 octobre 2022.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- le code des marchés publics ;
- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lacroix,
- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,
- et les observations de Me Coupé, représentant la société Urbaser Environnement, et celles de Me Benhadj, représentant Loire Forez Agglomération.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 27 juillet 2018, la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération a confié à la société Urbaser Environnement l'exécution d'un marché de services ayant pour objet la collecte, le tri et le traitement des ordures ménagères résiduelles, des déchets issus de la collecte sélective des déchets alimentaires, des cartons et du verre des professionnels. La société Urbaser Environnement demande au tribunal de prononcer la résiliation juridictionnelle du contrat et de condamner Loire Forez Agglomération à l'indemniser, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, des préjudices subis dans le cadre de l'exécution du contrat.
2. Aux termes de l'article 37 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) des marchés publics de fournitures courantes et de services, approuvé par l'arrêté du 19 janvier 2009 et applicable au marché en litige en vertu de l'article 3 du cahier des clauses administratives particulières : " 37. 1. Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / 37. 2. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Ce mémoire doit être communiqué au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. / 37. 3. Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception du mémoire de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation. (). ". Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'intervient, au cours de l'exécution d'un marché, un différend entre le titulaire et l'acheteur, résultant d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de ce dernier et faisant apparaître le désaccord, le titulaire doit présenter, dans un délai de deux mois, un mémoire de réclamation, à peine d'irrecevabilité de la saisine du juge du contrat.
3. Il résulte de l'instruction que, à la suite de plusieurs échanges avec la société Urbaser Environnement, Loire Forez Agglomération a, par un courrier du 1er avril 2021, refusé la signature d'un avenant au contrat comme le demandait la requérante et accepté l'indemnisation de la perte de revenus s'agissant des biodéchets à hauteur de 60 tonnes pour 2019 et 2020. Cette prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de la collectivité a fait naître un différend, au sens du 2 de l'article 37 du CCAG cité au point 2. Par un courrier du 22 avril 2021, intitulé " mémoire en réclamation ", la société Urbaser Environnement a demandé à la communauté d'agglomération de revenir sur son refus de signer un avenant au contrat et a fondé sa demande d'indemnisation de son préjudice sur la théorie de l'imprévision. Ces demandes ont été rejetées par la collectivité par un courrier du 30 juin 2021. Ce n'est que par un courrier du 27 août 2021, daté du jour de l'enregistrement de la présente requête, que la société Urbaser Environnement a demandé à Loire Forez Agglomération la résiliation du marché compte tenu de son irrégularité et l'indemnisation du préjudice subi du fait de ces irrégularités. D'une part, il résulte de ces éléments, qu'à la date d'introduction de la requête, aucun différend portant sur une résiliation du contrat n'était né entre la société Urbaser Environnement et la Loire Forez Agglomération. D'autre part, la demande indemnitaire présentée sur le fondement de la responsabilité contractuelle, qui relève d'une cause juridique différente de celle de l'imprévision, n'a pas fait l'objet d'un mémoire en réclamation. A supposer que le courrier du 27 août 2021, qui invoque pour la première fois la responsabilité contractuelle de la personne publique, puisse être regardé comme ayant complété le mémoire en réclamation du 22 avril 2021, aucune décision de rejet n'était née à sa suite avant la saisine du tribunal. Loire Forez Agglomération est dès lors fondée à opposer l'irrecevabilité contractuelle de la requête de la société Urbaser Environnement en application de l'article 37 du CCAG.
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de Loire Forez Agglomération qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Urbaser Environnement la somme de 1 400 euros à verser à Loire Forez Agglomération sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Urbaser Environnement est rejetée.
Article 2 : La société Urbaser Environnement versera à Loire Forez Agglomération la somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Urbaser Environnement et à Loire Forez Agglomération.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Michel, présidente,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
A. Lacroix
La présidente,
C. MichelLa greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026