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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107438

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107438

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107438
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 16 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a confirmé la décision du 2 avril 2021 mettant à sa charge une somme de 9 202,96 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er août 2019 au 31 mars 2021 et de prononcer la décharge de l'obligation de payer cet indu ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise totale de sa dette ;

3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de la Loire le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et ne précise pas les modalités de calcul de l'indu ;

- en l'absence de consultation de la commission de recours amiable pour avis, cette décision est entachée d'un vice de procédure ;

- la caisse d'allocations familiales a méconnu le principe du contradictoire et les droits de la défense dès lors qu'il n'a pas reçu communication du rapport de contrôle et n'a pas pu utilement faire valoir ses observations ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, dès lors que les sommes retenues par la caisse d'allocations familiales correspondent à des prêts versés par sa mère, lesquels ne doivent pas être pris en compte au titre de ses ressources ;

- il doit bénéficier du droit à l'erreur institué par les dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration dans la mesure où il est de bonne foi et n'a jamais reçu d'informations sur la nécessité de déclarer les aides apportées par ses parents ;

- sa bonne foi et la précarité de sa situation justifient qu'une remise de dette lui soit accordée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin de remise de dette sont irrecevables, faute pour le requérant d'avoir présenté une demande préalable à l'administration ;

- le moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département de la Loire, à compter du mois de février 2019. A la suite d'un contrôle diligenté par un agent assermenté, le 13 janvier 2021, la caisse d'allocations familiales de la Loire lui a, par une décision du 2 avril 2021, demandé le reversement de la somme de 9 202,96 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er août 2019 au 31 mars 2021. Par un recours administratif préalable obligatoire du 29 mai 2021, adressé au président du conseil départemental de la Loire, M. A a contesté le bien-fondé de cet indu. Par une décision du 16 juillet 2021, le président du conseil départemental de la Loire a rejeté ce recours. M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le département de la Loire concernant les conclusions à fin de remise de dette :

2. M. A n'ayant pas préalablement sollicité de remise de sa dette de revenu de solidarité active auprès de l'administration, les conclusions tendant à la remise de cette dette sont irrecevables. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le département de la Loire doit être accueillie.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

4. En premier lieu la décision attaquée a été signée par Mme D C, adjointe au directeur administratif et financier, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par un arrêté du président du conseil départemental de la Loire régulièrement publié le 2 juillet 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de la décision par laquelle elle procède à la récupération des sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

6. En l'espèce, la décision attaquée du 16 juillet 2021 mentionne l'omission déclarative de M. A, la nature des revenus qu'il n'a pas déclarés, la nature de la prestation et la période de perception indue ainsi que le montant des sommes réclamées. La circonstance qu'elle ne mentionne pas les bases du calcul retenues par les services de la caisse d'allocations familiales de la Loire pour justifier le montant de l'indu est sans incidence sur la légalité de la décision visée. Ainsi, cette décision est suffisamment motivée au regard des dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ".

8. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. Les dispositions susmentionnées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ne font pas obstacle à ce qu'une convention de gestion exclut la consultation de la commission de recours amiable.

9. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 9 avril 2021 entre le département de la Loire et la caisse d'allocations familiales de la Loire, les contestations relatives au bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable, sauf à ce que ledit indu soit supérieur à huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale fixé par arrêté, soit 27 424 euros au 1er janvier 2021. En l'espèce, le montant de l'indu visé étant de 9 202,96 euros soit un montant inférieur au plafond susmentionné, M. A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute pour la commission de recours amiable d'avoir été régulièrement saisie.

10. En quatrième lieu, pour demander l'annulation de la décision litigieuse, le requérant invoque une violation du principe du contradictoire et ce faisant, des droits de la défense en raison du défaut de communication du rapport d'enquête en date du 23 février 2021 avant l'adoption de la décision attaquée, ainsi que de l'impossibilité pour lui de faire valoir utilement ses observations sur ce rapport. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la caisse d'allocations familiales, ni au département de la Loire de communiquer à l'allocataire le rapport d'enquête établi par l'agent assermenté à l'issue de ce contrôle. Au surplus, il résulte de l'instruction qu'à l'issue de l'enquête, M. A a été informé de son droit d'apporter toutes précisions, modifications ou rectifications, par tout moyen, ou de contester le rapport, qu'il a été informé des omissions de déclaration de l'ensemble de ses ressources à l'occasion de l'entretien du 13 janvier 2021, et qu'il a apporté des pièces complémentaires et présenté ses observations par un courrier du 20 janvier suivant. Dès lors, le moyen doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.() ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; (). ". Aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant foyer. En outre, les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière, mais pourraient seulement relever, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 262-14 de ce code.

12. L'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. A a pour origine la prise en compte, au titre de ses ressources, de revenus qu'il a omis de déclarer, le rapport d'enquête réalisé par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiale du département de la Loire, du 23 février 2021, et les relevés bancaires de M. A faisant apparaître qu'il n'a pas déclaré les sommes créditées sur ses comptes bancaires par ses parents, ainsi que par des tiers. Pour contester l'indu, M. A soutient que ces sommes correspondent à des prêts remboursables consentis par ses proches, afin de financer ses dépenses de transports et de frais médicaux, et ne pouvaient pas être intégrées au calcul de ses droits au revenu de solidarité active. Il se prévaut d'une attestation de sa mère pour en justifier. Toutefois, il résulte de l'instruction que les sommes en cause correspondent à des virements réguliers et répétées sur la période du 4 mars 2019 au 25 novembre 2020, d'un montant total de 12 740,29 euros. En outre, l'attestation produite par le requérant ne précise aucune durée, taux, ni modalité de remboursement permettant de les regarder comme des prêts et M. A n'établit pas, par la production de ses relevés bancaires, avoir reversé à ses proches lesdites sommes. Dans ces conditions, compte tenu des montants en cause, du caractère répété des versements et en l'absence de toute autre justification de l'intéressé, le président du conseil départemental de la Loire a pu légalement qualifier ces sommes de libéralités et les intégrer pour déterminer le droit au revenu de solidarité active de M. A.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. (). ".

14. La décision d'indu ne constituant, ni une sanction pécuniaire, ni une sanction consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, M. A ne saurait utilement se prévaloir du " droit à l'erreur " institué par ces dispositions pour contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a confirmé la décision du 2 avril 2021 mettant à sa charge une somme de 9 202,96 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er août 2019 au 31 mars 2021. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département de la Loire, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. A au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La magistrate désignée,

V. VACCARO-PLANCHETLa greffière,

S. RIVOIRE

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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