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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107901

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107901

lundi 22 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107901
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2021, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 6 août 2021 par laquelle le président de la métropole de Lyon a confirmé la décision du 12 mars 2020 mettant à sa charge une somme de 9 247,50 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active, constitué sur la période du mois d'octobre 2017 au mois de juin 2019, et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette.

Il soutient que :

- sur la période en litige, il a été à plusieurs reprises sans emploi ;

- les sommes apparaissant sur son compte ne sont pas des revenus ou des dons de sa famille, mais des micro-crédits ;

- son compte a été utilisé par sa sœur pour conserver ses revenus suite à un litige avec son conjoint ;

- le montant du solde de son compte n'a pas évolué sur la période en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, la métropole de Lyon, représentée par la SCP Carnot avocats (Me Prouvez), conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le requérant n'a pas déclaré l'intégralité des revenus perçus ;

- il n'a pas apporté des justifications crédibles pour l'ensemble des mouvements financiers constatés sur ses comptes bancaires.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soubié, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,

- les observations de M. B, requérant, et de Me Litzler, substituant Me Prouvez, représentant la métropole de Lyon.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans la métropole de Lyon à compter d'octobre 2017. Suite à un contrôle diligenté par un agent assermenté, effectué le 2 mai 2019, la caisse d'allocations familiales du Rhône lui a, par courrier du 22 mars 2020, demandé le reversement d'une somme de 8 902,91 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er octobre 2017 au 30 juin 2019 et à un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2018. Par un recours administratif préalable du 22 avril 2020, adressé au président de la métropole de Lyon, M. B a contesté le bien-fondé de l'indu et sollicité une remise de dette. Par une décision du 6 août 2021, le président de la métropole de Lyon a confirmé l'existence de l'indu et rejeté sa demande de remise de dette. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'indu :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

3. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.() ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; (). ". Aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant le foyer.

4. L'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. B a pour origine la prise en compte, au titre de ses ressources, de revenus et d'aides financières familiales qu'il a omis de déclarer. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête réalisé par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Rhône le 7 octobre 2019, que M. B n'a pas déclaré ses revenus professionnels pour 2017 et 2018 et les sommes créditées sur ses comptes bancaires. M. B ne conteste pas sérieusement ne pas avoir déclaré ses revenus professionnels. S'agissant des aides financières familiales et des micro-prêts intrafamiliaux, le requérant n'apporte aucune justification probante pour expliquer ces mouvements financiers, au-delà des éléments pris en compte par la caisse d'allocations familiales pour écarter certaines sommes du calcul de la dette. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision confirmant l'indu mis à sa charge.

En ce qui concerne la remise de dette :

5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

7. Le requérant demande l'annulation du refus du président de la métropole de Lyon du 6 août 2021 de procéder à une remise de la dette pour l'indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du mois d'octobre 2017 au mois de juin 2019. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active en cause a pour origine l'absence de déclaration par le requérant, d'une part, de ses revenus professionnels perçus en 2018 et 2019, d'autre part, de sommes perçues sur son compte bancaire sous forme de remises de chèques et de virements.

8. Eu égard aux mentions contenues dans la notice explicative qui accompagne le formulaire de déclaration trimestrielle de ressources, l'intéressé ne pouvait légitimement ignorer que ses revenus professionnels devaient être déclarés dans la rubrique " salaires ". Il ne pouvait, en outre, légitimement ignorer, au regard de la nature de ces sommes, de leurs montants et de leur régularité, que les dépôts sur ses comptes bancaires, sous forme de chèques et de virements, devaient aussi être déclarés comme des revenus, notamment dans la rubrique " autres ressources ", quand bien même il se serait agi de prêts intrafamiliaux. Ainsi, ces omissions délibérément et régulièrement commises par le requérant dans l'exercice de ses obligations déclaratives revêtent le caractère de " fausses déclarations " faisant obstacle, en application des dispositions de l'article L. 262-46 du code précité, au bénéfice d'une remise gracieuse. La circonstance que le solde du compte bancaire du requérant serait resté inchangé sur la période en litige ne fait pas obstacle au constat d'une omission déclarative répétée. Au demeurant, le requérant se borne à indiquer que le montant de la dette à rembourser est élevé, sans justifier ne pas avoir des revenus suffisants pour la rembourser en tout ou partie. Dans ces conditions, sa situation ne justifie pas une remise totale ou partielle de la dette en cause.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remise de dette de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la métropole de Lyon et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2022.

La magistrate désignée,

A-S. Soubié

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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