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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108290

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108290

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108290
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Loire a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 122,85 euros pour la période d'avril 2019 à juin 2020, ensemble la décision du 10 juin 2021 du président du conseil départemental de la Loire rejetant son recours administratif préalable obligatoire ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 15 122,85 euros résultant du trop-perçu dont il s'agit, ou, à défaut, de l'admettre au bénéfice d'une remise de dette de revenu de solidarité active, partielle ou totale ;

3°) d'annuler la décision du 11 janvier 2021 par laquelle la même autorité administrative lui a notifié une fraude ;

4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Loire de lui restituer les sommes prélevées, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans les mêmes conditions ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision du 10 juin 2021 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le département de la Loire d'avoir saisi la commission de recours amiable, sur sa situation ;

- le président du conseil départemental a entaché sa décision d'indu d'une erreur d'appréciation, dès lors que les sommes versées sur son compte courant sont parfaitement justifiées et résultent soit de prêts familiaux, soit de dons de membres de sa famille ;

- c'est à tort que l'autorité gestionnaire du revenu de solidarité active a réintégré les sommes qu'il a perçues dans l'assiette de calcul de son droit au revenu de solidarité active, ces libéralités ne devant pas être prises en compte, eu égard à sa situation personnelle ;

- sa bonne foi résultant d'une erreur de déclaration et non d'une manœuvre frauduleuse, sa situation personnelle commande qu'il soit admis au bénéfice d'une remise de dette, partielle ou totale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable car tardive et qu'en outre, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Habchi, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, afin de statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement, ou en faveur des travailleurs privés d'emploi.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Habchi, premier conseiller.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 1er janvier 1970, de nationalité française, a bénéficié de l'allocation de revenu de solidarité active depuis l'année 2015, versée par la caisse d'allocations familiales de la Loire. Le 1er novembre 2019, l'intéressé a créé une activité de restauration rapide à Saint-Priest-en-Jarez (Loire) en qualité de travailleur indépendant. A la suite d'une vérification diligentée par la caisse d'allocations familiales de la Loire, de sa situation personnelle et professionnelle, effectuée en juin 2020, le département de la Loire, gestionnaire de l'allocation de revenu de solidarité active, a constaté que M. B n'avait pas déclaré plusieurs sommes reçues sur son compte courant, provenant de prêts et de dons de plusieurs membres de sa famille. A la suite de ce contrôle, l'administration départementale a réintégré les sommes dont il s'agit dans l'assiette de calcul de son droit au revenu de solidarité active, de sorte qu'un indu d'un montant de 15 122,85 euros a été généré à son encontre pour la période d'avril 2019 à juin 2020, par une première décision du 6 octobre 2020. Puis, à la suite du recours administratif préalable obligatoire adressé par l'intéressé au gestionnaire de l'allocation le 4 mars 2021, l'autorité administrative a décidé de maintenir l'indu en litige d'un montant de 15 122,85 euros par une ultime décision du 10 juin 2021. En outre, le 11 janvier 2021, le président du conseil départemental de la Loire l'a également informé de l'existence d'une manœuvre frauduleuse qu'il aurait commise, résultant des omissions et fausses déclarations commises par l'allocataire. M. B, qui doit être regardé, eu égard à ses écritures, comme contestant la décision du 10 juin 2021 prise sur recours préalable obligatoire, et celle du 11 janvier 2021 qualifiant de frauduleux ses agissements, demande au tribunal d'annuler ces décisions administratives le concernant.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 10 juin 2021, le président du conseil département de la Loire a statué sur le recours administratif préalable obligatoire introduit par M. B, de sorte que cette décision s'est substituée à la décision initiale du 6 octobre 2020. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être redirigées contre la décision du 10 juin 2021. En outre, le courrier en date du 11 janvier 2021 du président de ce département, que M. B attaque, se borne toutefois à informer l'intéressé de l'existence d'une manœuvre frauduleuse et n'inflige pas une amende administrative, contrairement à ce que l'allocataire affirme. Dès lors, ce courrier ne constitue pas un acte décisoire et ne fait pas grief. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette prétendue décision du 11 janvier 2021 sont, par suite, irrecevables.

Sur le bien-fondé de l'indu, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu minimum d'insertion que l'administration estime avoir été indûment versés, il appartient au juge d'examiner d'abord les moyens tirés, le cas échéant, des vices propres de cette décision pour en prononcer, s'il y a lieu, l'annulation ; que, dans ce dernier cas, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision ; que dans le cas où aucun vice propre n'est de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée, il appartient au juge d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée afin d'y statuer lui-même et d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision.

4. En premier lieu, M. B soutient devant le tribunal que la décision portant indu a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que sa situation au regard de son droit au revenu de solidarité active n'a pas été soumise à la commission de recours amiable du département de la Loire. Toutefois, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat (). ". Selon les termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. Les dispositions susmentionnées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ne font pas obstacle à ce qu'une convention de gestion exclut la consultation de la commission de recours amiable.

5. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 9 avril 2021 entre le département de la Loire et la caisse d'allocations familiales de la Loire, notamment son article 3.3, les contestations relatives au bien-fondé de l'indu dont le montant est inférieur à 27 424 euros sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure faute pour la commission de recours amiable d'avoir été saisie.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.() ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; () ". Aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

7. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière, d'autre part, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant son foyer.

8. L'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. B a pour origine la prise en compte, au titre de ses ressources, de sommes versées sur son compte bancaire qu'il a omis de déclarer. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête réalisé par un agent du département de la Loire le 14 août 2020, que l'intéressé n'a pas déclaré les sommes créditées sur son compte bancaire personnel, pour un montant total de 30 850 euros, versées par des membres de sa famille, pour la période de janvier 2019 à mai 2020. M. B soutient que ces versements, distribués entre ses mains, devraient être regardés comme des aides et secours financiers, qui n'auraient aucun caractère régulier, de sorte qu'ils ne devraient pas être pris en compte dans le calcul de l'assiette éligible de son droit au revenu de solidarité active. Toutefois, il résulte du rapport d'enquête, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, et qui ne sont au demeurant pas discutées par l'intéressé, que si l'allocataire a bénéficié de dépôts ou de prêts sur son compte bancaire, provenant notamment de sa fille, ou de ventes alléguées d'automobiles, par exemple pour une somme de 10 350 euros en mai 2019, ou encore pour 4 500 euros en novembre 2019, M. B ne justifie pas de manière probante d'une activité de vente automobile, ni ne justifie que les sommes qui lui ont été versées sur son compte courant constitueraient un secours ponctuel familial. Il ne démontre pas davantage devant le tribunal que les montants en cause seraient des remboursements de sommes qu'il aurait lui-même prêtées à ses proches. Dans ces conditions, compte tenu des montants en cause, de la régularité des versements et sans autre justification probante de M. B, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation que le président du conseil départemental de la Loire a qualifié ces sommes de libéralités, les a intégrées pour déterminer le droit au revenu de solidarité active de l'allocataire, et a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 122,85 euros, pour la période du 1er avril 2019 au 30 juin 2020.

9. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que M. B serait dans une situation exceptionnelle au regard de son insertion sociale et professionnelle qui aurait pu justifier, conformément à l'article R. 262-14 précité du code de l'action sociale et des familles, qu'il ne soit pas tenu compte, dans la détermination de ses ressources, des libéralités qui lui ont été consenties. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions citées au point 6 que le président du conseil départemental de la Loire, qui a procédé à un examen particulier de la situation de M. B, a pris en compte, au titre de ses ressources, les sommes déposées sur son compte bancaire pour la détermination du droit au revenu de solidarité active. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

Sur la remise de dette :

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

11. Il résulte de l'instruction que M. B a omis, à plusieurs reprises, de déclarer les sommes qu'il avait perçues pour la période d'avril 2019 à juin 2020, soit près de quinze mois. D'ailleurs, M. B n'apporte aucune justification probante, ainsi qu'il a été dit, permettant d'expliquer pour quelle raison il se serait soustrait à ses obligations déclaratives. Dans ces conditions, compte tenu de la réitération de ces faits, mais aussi des sommes en cause, qui excèdent 30 000 euros au total, c'est à bon droit que le président du conseil départemental de la Loire a refusé d'accorder la remise de dette sollicitée par M. B. Cette situation fait aussi obstacle à ce que le juge accorde lui-même une telle remise, et ce sans qu'il soit besoin de qualifier la situation de précarité sociale, financière personnelle de l'intéressé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2108290 présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département de la Loire et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

H. Habchi

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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