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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108312

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108312

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108312
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 du président du conseil départemental de la Loire confirmant les décisions des 16 février, 9 mars, et 4 mai 2021 de la caisse d'allocations familiales de la Loire refusant de lui verser le revenu de solidarité active, ensemble les décisions des 16 février, 9 mars et 4 mai 2021 refusant de lui allouer le revenu de solidarité active ;

2°) de prononcer son admission au bénéfice du revenu de solidarité active à compter du 3 février 2021 ;

3°) d'enjoindre au département de la Loire et à la caisse d'allocations familiales de la Loire de l'admettre au bénéfice du revenu de solidarité active, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 150 euros, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de prononcer le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Mme A soutient que :

- Il n'est pas justifié de la délégation dont disposait l'autorité qui a pris la décision en litige ;

- La décision en litige est entachée d'une insuffisance de sa motivation ;

- Elle remplissait la condition de durée de détention d'un titre de séjour, compte tenu des délais d'instruction de sa demande de titre ;

- La décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 262-2 et L 262-4 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 27 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions des 16 février, 9 mars et 4 mai 2021 auxquelles s'est substituée la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire du 10 juin 2021.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soubié, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Soubié, première conseillère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a sollicité, par une demande du 3 février 2021, le bénéfice du revenu de solidarité active. Par une décision du 9 mars 2021, la caisse d'allocations familiales de la Loire a rejeté sa demande. La requérante a alors formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision. Le président du conseil départemental de la Loire a rejeté son recours le 10 juin 2021. Mme A demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions ayant rejeté sa demande de bénéfice du revenu de solidarité active.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Par suite, les conclusions dirigées contre les décisions des 16 février, 9 mars et 4 mai 2021 portant sur le revenu de solidarité active sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les droits de Mme A au revenu de solidarité active :

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

4. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que Mme A ne peut utilement se prévaloir des vices propres dont serait entachée la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision de la caisse d'allocations familiales du 10 juin 2021 refusant de lui accorder le bénéfice du revenu de solidarité active, qu'elle conteste. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision et de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peuvent qu'être écartés.

5. Selon les dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant dit " revenu garanti " puis depuis le 1er janvier 2016 " montant forfaitaire ", a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre, le montant forfaitaire étant calculé, pour chaque foyer, en faisant la somme d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer et d'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge ". Aux termes de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler () ".

6. Pour retenir que Mme A ne remplissait pas la condition de détention d'un titre de séjour l'autorisant à travailler depuis cinq ans, le président du conseil départemental de la Loire a retenu qu'elle ne justifiait pas avoir détenu de titre entre le 25 août 2017 et le 2 octobre 2017. Pour contester ce motif, la requérante fait valoir qu'elle n'a pas pu obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande de renouvellement. A cet égard, il résulte de l'instruction que Mme A a sollicité dès le 30 mai 2017 un rendez-vous pour déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour qui expirait le 25 août 2017, que ce rendez-vous n'a pu être fixé que le 2 octobre 2017 compte tenu des contraintes de la préfecture de Seine-Saint-Denis en charge à l'époque de l'instruction de son dossier. Dans ces conditions, l'interruption de la période de détention du titre de séjour n'est due qu'à la durée nécessaire à l'examen de la demande de renouvellement du titre autorisant l'exercice d'une activité professionnelle. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision en litige lui a refusé à tort le bénéficie du revenu de solidarité active.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 10 juin 2021 refusant à Mme A le bénéfice du revenu de solidarité active doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à soutenir qu'elle avait droit au revenu de solidarité active à compter du 3 février 2021, date du dépôt de sa demande. En revanche, l'état de l'instruction ne permet pas au tribunal de déterminer les droits de la requérante au bénéfice du revenu de solidarité active. Il y a lieu en conséquence de renvoyer Mme A devant le département de la Loire afin que ce dernier procède à la détermination et à la liquidation de son droit au revenu de solidarité active, conformément aux motifs du présent jugement, depuis le mois de février 2021. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de la Loire le versement d'une somme de 900 euros, à Me Lawson Body, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du département de la Loire du 10 juin 2021 confirmant le refus d'allouer le bénéfice du revenu de solidarité active à Mme A opposé par la caisse d'allocations familiales de la Loire est annulée.

Article 2 : Mme A est renvoyée devant le département de la Loire afin qu'il soit procédé à la détermination et la liquidation de son droit au revenu de solidarité active à compter de février 2021.

Article 3 : Le département de la Loire versera à Me Lawson Body, avocat de Mme A, une somme de 900 euros (neuf cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au département de la Loire et à la caisse d'allocations familiales de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La magistrate désignée,

A.-S. SOUBIÉ

La greffière,

C. DELMAS

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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