mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2108848 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LEX EDERIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2021, M. et Mme C, représentés par Me Ceyhan, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la proposition de rectification est dépourvue de motivation légale ;
- la procédure suivie au titre de l'année 2013 est irrégulière dès lors qu'ils n'ont jamais été destinataires de la proposition de rectification ;
- l'appréhension des revenus distribués sur le fondement de l'article 109 du code général des impôts n'est pas démontrée ;
- les manœuvres frauduleuses ne sont pas suffisamment caractérisées au regard du BOI-CF-INF-10-20-20-20120912 ;
- la majoration de 40 % n'est pas justifiée dès lors que l'intention délibérée n'est pas démontrée ;
- ils n'ont pas suivi les opérations de vérification de la SARL C dès lors qu'ils ne pouvaient la représenter et n'ont donc aucun pouvoir pour répondre aux demandes du service vérificateur.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la contestation de M. et Mme C au titre de l'année 2013 est irrecevable en raison de la tardiveté de la réclamation préalable ;
- la base légale de l'article 111 c) du code général des impôts doit être substituée à celle des revenus distribués imposés à tort sur le fondement de l'article 109 1 2° du même code ;
- les moyens ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 23 janvier 2023 par une ordonnance du 4 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. La SARL C, qui a exercé une activité de travaux spécialisés dans le bâtiment jusqu'au 19 avril 2017, date du jugement d'ouverture de sa liquidation judiciaire, et dont Mme C était alors la gérante, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, à l'issue de laquelle des revenus réputés distribués, sur le fondement des articles 109 1 2° et 111 a du code général des impôts, imposables à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, ont été notifiés à M. et Mme C au titre des années 2013 et 2014 par deux propositions de rectification des 24 novembre 2016 (année 2013) et 18 mai 2017 (année 2014). Les rappels d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux correspondants ont été mis en recouvrement le 31 décembre 2017. A la suite du rejet de leur réclamation préalable, M. et Mme C demandent au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014.
Sur la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, applicable aux impositions établies selon la procédure de rectification contradictoire : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ".
3. Il résulte de l'instruction que les propositions de rectification des 24 novembre 2016 et 18 mai 2017 adressées à M. et Mme C font état de la désignation des impôts concernés, des années d'imposition et des bases d'imposition, et énoncent les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des propositions de rectification doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. et Mme C soutiennent sans autre précision qu'ils n'ont pas été destinataires de la proposition de rectification du 24 novembre 2016 relative aux impositions de l'année 2013, il résulte de l'instruction que celle-ci a été envoyée en recommandé avec accusé de réception à leur adresse sise impasse des Chênes à Saint-Joseph (42800) et que le pli contenant ce document a effectivement été distribué à cette adresse le 29 novembre 2016. M. et Mme C ont dès lors régulièrement reçu notification de cette proposition de rectification à la date du 29 novembre 2016.
5. En troisième lieu, si M. et Mme C font valoir qu'ils n'ont pas suivi les opérations de vérification de la SARL C et qu'ils ne pouvaient la représenter, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la régularité des impositions en litige au regard du principe d'indépendance des procédures.
Sur le bien-fondé des impositions :
6. En premier lieu, aux termes du 1 de l'article 109 du même code : " Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; ".
7. Il résulte des termes des propositions de rectification des 24 novembre 2016 et 18 mai 2017, que le service a réintégré dans le bénéfice imposable de la SARL C des dépenses non justifiées de 157 587 euros au titre de l'exercice clos en 2013 et de 39 753 euros au titre de l'exercice clos en 2014, puis les a regardées comme des revenus distribués au bénéfice de M. et Mme C en se fondant à tort sur les dispositions précitées du 2°) du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Toutefois, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône, qui est en droit à tout moment de la procédure contentieuse, pour justifier le bien-fondé d'une imposition, de substituer une base légale à celle qui a été primitivement invoquée, dès lors que cette substitution peut être faite sans priver le contribuable des garanties qui lui sont reconnues en matière de procédure d'imposition, demande à juste titre que ces sommes soit imposées sur le fondement du 111 c) du code général des impôts. Il y a lieu de faire droit à cette demande de substitution de base légale, qui ne prive les contribuables d'aucune garantie de procédure.
8. En second lieu, il résulte de l'article 111 du code général des impôts que l'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire.
9. Il résulte de l'instruction, que M. et Mme C, détenaient la majeure partie du capital de la SARL C en 2013 et 2014, que M. C en était le gérant du 11 mars 2008 au 1er janvier 2013 ainsi que son épouse du 6 avril 2013 au 29 décembre 2015 et que M. C disposait de la signature bancaire sans procuration au titre des années 2013 et 2014. Le service a pu en conséquence à bon droit les regarder comme les maîtres de l'affaire de cette société, et en conséquence, estimer qu'ils avaient appréhendé les distributions occultes en litige.
Sur les pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production d'éléments dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droit mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; (). c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat ou en cas d'application de l'article 792 bis. ".
11. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que pour appliquer aux rehaussements portant sur les revenus distribués, la majoration prévue au c de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fiscale a notamment relevé que la société a élaboré un système global de fausses factures en inventant des fournisseurs ou en reprenant le SIRET et le nom d'entreprises qui ont existé et qui ont disparu depuis, que les factures présentées ont toutes les caractéristiques d'un vrai document afin de donner une apparence de sincérité aux documents présentés, qu'afin de crédibiliser l'avantage de ces fournisseurs imaginaires, de vrais chèques ont été tirés sur la banque de la société, que les comptes de ces fournisseurs fictifs ont comptablement l'apparence de vraies entreprises reprenant le schéma de comptabilisation classique à savoir une facture réglée par chèque, le compte étant soldé ou le solde justifié, que des chèques bien réels eux, tirés sur le compte bancaire de l'entreprise, ont permis de régler des dépenses du gérant de la société, M. et Mme C, qu'ainsi le loyer de Mme C et des dépenses à caractère personnel ont été financées par la SARL et comptabilisées comme des règlements de fournisseurs supposés, que ce système frauduleux revêt un caractère de permanence en 2012, 2013 et 2014, que l'absence de comptabilité des années antérieures à 2012 s'inscrit également dans cette logique afin de rendre impossible le contrôle de ces années, que ce système a permis d'assurer le train de vie de M. et Mme C qui n'ont pas payé d'impôts depuis plusieurs années tout comme la société, une taxe sur la valeur ajoutée parfaitement fictive étant par ailleurs déduite, des dépenses à caractère personnel comme les achats de matériel de pêche à l'enseigne Décathlon ont également été déduites des bénéfices sous le nom de " matériel pour personnel ", que des achats de matériel de montagne à Expe, d'Ipad, de fioul ont également été comptabilisés en charge alors qu'il s'agit de dépenses privées, qu'une dépense payée par la société par chèque a été comptabilisée comme un apport en compte courant (chèque du groupe Lapeyre), que l'absence de comptabilisation dans les comptes de la société de l'achat de béton à la société " Béton des Monts lyonnais " et la comptabilisation du règlement de cette facture dans le compte fictif " ESS " illustre l'imagination fertile de l'entreprise et de ses dirigeants ainsi qu'une volonté non équivoque d'éluder l'impôt et de masquer la fraude, que des justificatifs ont été fabriqués de toutes pièces puis " mixés " avec de vrais documents afin de mieux dissimuler la fraude, notamment pour le fournisseur " Kabal Goktepe " où ont été comptabilisées à la fois de vraies factures effectivement payées à un fournisseur bien réel avec de vraies fausses factures réglées par chèques à de parfaits inconnus, que le schéma de fraude mis en place est très étendu et complexe (création de fausses factures comptabilisées normalement, règlement de dépenses personnelles affectées à ces comptes fournisseurs fictifs, disparition de la comptabilité, pérennité du système sur plusieurs années), que les rectifications envisagées sont importantes alors que la société cumule des déficits tout en étant bénéficiaire et ses gérants déclarent des revenus très largement minorés de 4 843 euros en 2013, que le montant cumulé de toutes les rectifications est de 157 597 euros en 2013, soit plus de la moitié du chiffre d'affaire hors taxe de la société et 51 % de ses charges d'exploitation en 2013, que s'agissant des dirigeants de la société qui ont organisé ces malversations, la comparaison entre le revenu déclaré en 2013 (4 843 euros) et les revenus distribués de 170 549 euros pour cette même année est éloquent et confirme une volonté non équivoque de se soustraire à l'impôt. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, dont aucun n'est précisément contesté par les requérants, c'est à bon droit que l'administration a appliqué sur les impositions résultant de ces revenus distribués la pénalité de 80 % pour manœuvres frauduleuses prévue au c. de l'article 1729 précité du code général des impôts.
12. D'autre part, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des dispositions du BOI-CF-INF-10-20-20 du 12 septembre 2012 qui ne donnent pas une interprétation différente de celles dont il a été fait application au point précédent.
13. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des termes du paragraphe relatif aux " conséquences financières du contrôle " de la proposition de rectification du 18 mai 2017 au titre de l'année 2014 et de la réponse aux observations du contribuable du 25 août 2017, ainsi que de l'avis de mise en recouvrement correspondant, que le service a appliqué la majoration de 40 % prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts sur une partie des rectifications retenues. Toutefois, alors que l'administration supporte la charge de la preuve, il est constant que cette pénalité de 40 % n'a fait l'objet d'aucune motivation spécifique dans la proposition de rectification, ni dans la réponse aux observations du contribuable, de nature à caractériser l'existence d'un manquement délibéré.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense au titre des impositions de l'année 2013, que M. et Mme C sont seulement fondés à demander la décharge de la pénalité de 40 % pour manquements délibérés qui leur a été infligée au titre de l'année 2014.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er M. et Mme C sont déchargés de la pénalité de 40 % pour manquements délibérés qui leur a été infligée au titre de l'année 2014.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et B C et au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller ;
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026