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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108872

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108872

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108872
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCLYDE & CO LLP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 novembre 2021, 4 août 2022, 11 avril et 4 mai 2023, la société par actions simplifiée Arethuse, la société anonyme Helvetia Assurances et la société HDI Global SE, représentées par Me Lopin et Me Jefremova, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la Compagnie nationale du Rhône à verser la somme de 20 267,50 euros à la société Arethuse et la somme de 14 828,12 euros, à titre principal, aux sociétés Helvetia Assurances et HDI Global SE et, à titre subsidiaire, à la société Helvetia Assurances seule, assorties des intérêts au taux légal à compter du 9 juillet 2021, eux-mêmes capitalisés, en réparation des préjudices subis ;

2°) de mettre à la charge la Compagnie nationale du Rhône la somme globale de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la société Arethuse a souscrit une police d'assurance dommages par l'intermédiaire du courtier Provost Debacker, qui a réparti le risque entre les sociétés Helvetia Assurances et HDI Global SE à raison de 75% pour la première et 25% pour la seconde ; conformément aux termes de la coassurance, la société Helvetia Assurances et la société HDI Global SE se sont acquittées auprès du courtier, habilité par la société Arethuse à recevoir le paiement de l'indemnité d'assurance, respectivement de la somme de 9 966,84 euros et de celle de 3 322,28 euros ; le contentieux est lié à l'égard de la société HDI Global SE, dès lors que la demande indemnitaire préalable présentée par la société Helvetia Assurances l'a été en son nom, en vertu du mandat tacite de représentation détenue par la société apéritrice ; si le tribunal estimait le contraire, la condamnation pourrait être prononcée au bénéfice exclusif de la société Helvetia Assurances, qui est recevable à agir en paiement de la totalité de l'indemnité versée à l'assuré en sa qualité d'apéritrice ;

- le contentieux est lié à l'égard de la société Arethuse, dès lors que la société Helvetia Assurances a présenté pour son compte une demande indemnitaire préalable auprès de la Compagnie nationale du Rhône en application de l'article B5.2 des conditions générales de la police d'assurance souscrite et qu'au surplus, la société Arethuse a, par l'intermédiaire du courtier, agissant comme son mandataire dans ses rapports avec ses assureurs, expressément consenti à ce que la société Helvetia Assurances présente pour son compte la demande indemnitaire préalable ;

- la responsabilité de la Compagnie nationale du Rhône, gestionnaire de l'ouvrage public, est engagée en raison de la présence d'une souche à la sortie de l'écluse de Pierre-Bénite, qui s'est prise dans l'hélice du bateau portant devise " Guadiana " et a endommagé l'une des pales ainsi que le système d'embrayage ; à supposer que la présence d'embâcles ayant fait l'objet d'un signalement sur la voie navigable ne caractérise pas un défaut d'entretien normal, tel n'est pas le cas s'agissant au niveau d'une écluse, espace clos de taille très réduite ; la Compagnie nationale du Rhône ne justifie d'aucune mesure de nettoyage ou de contrôle de l'écluse de Pierre-Bénite ;

- aucun comportement anormal ou prohibé de la part du conducteur ou de l'équipage du bateau " Guadiana " lors de la traversée de l'écluse n'est démontré par la Compagnie nationale du Rhône ;

- en ce qui concerne les préjudices des sociétés Helvetia Assurances et HDI Global SE : elles ont versé à la société Arethuse une indemnité de 13 289,12 euros au titre des travaux de réparation du bateau ; elles se sont acquittées de la somme de 1 539 euros au titre des frais d'expertise :

- en ce qui concerne les préjudices de la société Arethuse : les frais de réparation du bateau demeurés à sa charge s'élèvent à la somme de 3 697,50 euros ; elle a subi des pertes d'exploitation s'élevant à 16 570 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 février et 3 novembre 2022, la Compagnie nationale du Rhône, représentée par Me Delcombel, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge solidaire des sociétés requérantes.

Elle soutient que :

- sa responsabilité ne saurait être engagée, dès lors qu'il n'est pas établi que le dommage causé au bateau portant devise " Guadiana " aurait été causé par la présence d'une souche ; en tout état de cause, les embâcles étaient au nombre des inconvénients que le bateau " Guadiana " devait s'attendre à rencontrer à cette période de l'année au niveau de l'écluse de Pierre-Bénite, eu égard à l'avis à la batellerie diffusé le 29 novembre 2019 ; aucun bois flottant n'était présent dans l'écluse lors de la prise en charge du bateau ;

- le dommage a pour origine exclusive le défaut de vigilance du conducteur ;

- sa responsabilité n'étant pas engagée, les frais de l'expertise amiable ne sauraient être mis à sa charge ;

- le lien de causalité et le montant du préjudice matériel ne sont pas établis, de même que la réalité, le lien de causalité et le montant des pertes d'exploitation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- les conclusions de Mme Lacroix, rapporteure publique,

- les observations de Me Gentry, représentant les sociétés requérantes,

- et les observations de Me Debliquis, représentant la Compagnie nationale du Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 décembre 2019, le navire de fret portant devise " Guadiana " a subi une avarie. Estimant ce dommage imputable à la présence d'une souche de bois aux abords de l'écluse de Pierre-Bénite (Rhône), la société par actions simplifiée (SAS) Arethuse, propriétaire du navire, demande au tribunal de condamner la Compagnie nationale du Rhône à lui verser la somme de 20 267,50 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 juillet 2021, eux-mêmes capitalisés, en réparation des préjudices subis. Ses assureurs, les sociétés Helvetia Assurances et HDI Global SE, sollicitent, pour leur part, la condamnation de la Compagnie nationale du Rhône à leur rembourser la somme de 13 289,12 euros qu'elles ont versée à leur assuré ainsi que la somme de 1 539 euros au titre des frais d'expertise. A défaut, la société Helvetia Assurances demande à ce que cette condamnation soit prononcée à son bénéfice exclusif.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

3. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 9 juillet 2021, réceptionné le 15 juillet suivant, la société Helvetia Assurances a saisi la Compagnie nationale du Rhône d'une demande indemnitaire préalable " tant en qualité d'assureurs corps et machine du bateau Guadiana endommagé par l'événement du 21 décembre 2019 (références en objet) qu'au nom et pour le compte de la société Arethuse, son propriétaire " portant à la fois sur le préjudice matériel, ayant donné lieu au paiement d'une indemnité d'assurance, la franchise, le découvert et les pertes d'exploitation, non indemnisés, supportés par la société Arethuse, et les frais d'expertise. Le silence gardé pendant plus de deux mois par la Compagnie nationale du Rhône sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet.

En ce qui concerne la liaison de contentieux à l'égard de la société Arethuse :

4. Aux termes de l'article L. 127-1 du code des assurances : " Est une opération d'assurance de protection juridique toute opération consistant, moyennant le paiement d'une prime ou d'une cotisation préalablement convenue, à prendre en charge des frais de procédure ou à fournir des services découlant de la couverture d'assurance, en cas de différend ou de litige opposant l'assuré à un tiers, en vue notamment de défendre ou représenter en demande l'assuré dans une procédure civile, pénale, administrative ou autre ou contre une réclamation dont il est l'objet ou d'obtenir réparation à l'amiable du dommage subi. ". Eu égard à ces dispositions, un assureur au titre de la protection juridique peut présenter un recours administratif ou une réclamation préalable, au nom de son assuré, par l'intermédiaire de l'un de ses préposés, sans être tenu de produire un mandat exprès de l'assuré ni une délégation de signature à son préposé.

5. Aux termes de l'article B5.2, " Recours ", des conditions générales du contrat d'assurance souscrit par la société Arethuse : " L'Assureur exercera tout recours pour compte commun au plan amiable ou judiciaire pour la réparation pécuniaire des dommages corporels et/ou matériels et/ou immatériels consécutifs à un dommage matériel garanti par le présent contrat que l'Assuré a subis à la suite d'un sinistre imputable à un tiers dont la responsabilité est établie / En ce cas, l'Assureur choisit l'avocat, dirige le procès et a seul qualité pour engager les dépenses nécessaires à la mise en œuvre, maintenir ou mettre fin à la procédure. / La garantie n'est accordée que pour les recours non prescrits consécutifs à des dommages corporels et/ou matériels et/ou immatériels consécutifs à un dommage matériel et dont l'enjeu est supérieur à 500 €. ". Son article B5.4, " Exclusion spécifique, stipule, en outre, que : " En complément des exclusions communes, sont exclus de la garantie : / Les recours exercés en vue de la simple récupération du montant des franchises stipulées aux Conditions Particulières ou du découvert résultant de l'application de la règle proportionnelle ou des risques exclus. ".

6. Eu égard à ses termes et notamment à l'objet limité de ses stipulations, l'article B5.2 précité des conditions générales du contrat d'assurance souscrit par la société Arethuse ne constitue pas une clause de protection juridique au sens de l'article L. 127-1 du code des assurances. Dès lors, en application des principes rappelés au point 4, la société Helvetia Assurances ne pouvait présenter une réclamation préalable au nom de la société Arethuse, sans disposer d'un mandat exprès de celle-ci. Si les sociétés requérantes produisent un courriel du 9 juillet 2021 par lequel le cabinet d'assurances Pruvost Debacker confirme à la société Helvetia Assurances l'accord " du client " sur le projet " LRAR CNR - suivi recours - Unité : GUADIANA - Assuré : Société ARETHUSE SAS - evt du 21/12/2019 - Nature : avarie propulsion - N/ref : S19-118 - ref/cie : 202012029406 " visé en objet, il résulte de l'instruction que ce cabinet d'assurances n'est habilité à représenter la société Arethuse que dans le cadre de l'exécution du contrat d'assurance. Or, la demande indemnitaire préalable du 9 juillet 2021, en tant qu'elle concerne la société Arethuse, porte sur des préjudices étrangers à l'exécution de ce contrat. Dès lors, le courriel du cabinet d'assurances Pruvost Debacker, lequel ne peut nécessairement représenter l'assuré que dans le cadre du contrat qui les lie, ne saurait valoir mandat donné à la société Helvetia Assurances par la société Arethuse pour présenter en son nom la réclamation préalable du 9 juillet 2021. Par suite, et à défaut de production d'une décision de la Compagnie nationale du Rhône rejetant une demande indemnitaire préalable valablement présentée par la société Arethuse ou pour son compte en dépit de la demande de régularisation adressée en ce sens, les conclusions de la requête, en tant qu'elles émanent de la société Arethuse, sont irrecevables.

En ce qui concerne la liaison du contentieux à l'égard de la société HDI Global SE :

7. Il résulte de l'instruction que le contrat souscrit par la société Arethuse comporte un régime de coassurance dans le cadre duquel la société Helvetia Assurances assume 75% du risque tandis que la société HDI Global SE supporte les 25% restants, les sociétés requérantes précisant que la société Helvetia Assurances a été désignée apéritrice. Si la société apéritrice est présumée investie d'un mandat général de représentation dès lors qu'aucun des coassureurs ne le conteste, l'article E3.2 des conditions générales stipule, en l'espèce, que l'" Assureur apériteur est habilité à recevoir, au nom de tous les Assureurs intéressés, les pièces et documents relatifs à la gestion du présent contrat, mais il n'a pas pour autant mandat de représenter en justice les coassureurs. ". Eu égard à ces stipulations, il y a lieu de considérer que la société Helvetia Assurances n'était pas, du seul fait de sa qualité de société apéritrice, titulaire d'un mandat pour présenter une demande indemnitaire préalable au nom de la société HDI Global SE. Ainsi, la demande indemnitaire préalable du 9 juillet 2021 ne peut être regardée comme ayant été valablement présentée pour la compte de la société HDI Global SE par la société Helvetia Assurances. Par suite, et à défaut de production d'une décision de la Compagnie nationale du Rhône rejetant une demande indemnitaire préalable valablement présentée par la société HDI Global SE ou pour son compte en dépit de la demande de régularisation adressée en ce sens, les conclusions de la requête, en tant qu'elles émanent de la société HDI Global SE, sont irrecevables.

Sur le principe de la responsabilité de la Compagnie nationale du Rhône :

8. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

9. Il résulte du récépissé de déclaration d'accident de la navigation établi le jour de l'accident et signé conjointement par le conducteur du bateau et par un représentant de la Compagnie nationale du Rhône que le 21 décembre 2019, en sortant de l'écluse de Pierre-Bénite, ouvrage public dont l'exploitation et l'entretien ont été concédés par l'Etat à la Compagnie nationale du Rhône, le bateau " Guadiana " " a pris une souche de bois dans l'hélice ". La déclaration de sinistre souscrite le 30 décembre 2019 par le conducteur du bateau, précise que le bois serait rentré dans le sas de l'écluse au moment de l'ouverture de la porte aval par l'éclusier, aidé par le vent. Les termes de ces déclarations sont corroborés par les dégâts caractéristiques " d'un coincement brutal en charge de l'hélice par du bois dur " constatés par l'expert sur l'hélice, démontée, qui lui a été présentée le 22 janvier 2020 et dont rien ne permet de penser qu'il ne s'agissait pas de celle du bateau " Guadiana ", alors que la réunion d'expertise a eu lieu au sein du centre de réparation fluvial où celle-ci a été déposée, en présence du gérant du chantier. Dans ces conditions, l'existence d'un lien de causalité entre l'accident survenu au bateau " Guadiana " et l'ouvrage public doit être regardé comme établi.

10. Afin de s'exonérer de sa responsabilité, la Compagnie nationale de Rhône fait, tout d'abord, valoir que la souche de bois qui s'est prise dans l'hélice du bateau " Guadiana " n'a pas été aperçue. Toutefois, alors qu'elle avait connaissance de risques d'embâcles importants sur le Rhône entre l'écluse de Pierre-Bénite et celle de Port-Saint-Louis-du-Rhône à cette période de l'année, elle n'établit, ni même n'allègue, qu'une surveillance adaptée de l'écluse était opérée par l'éclusier. A défaut de justifier de telles diligences, la Compagnie nationale du Rhône ne rapporte la preuve, qui lui incombe, ni de l'entretien normal de l'écluse de Pierre-Bénite, ni du caractère visuellement indétectable de l'obstacle.

11. Si la Compagnie nationale du Rhône invoque également une faute de la victime, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que l'accident survenu au bateau " Guadiana " serait dû à un manque de vigilance du conducteur ou de l'équipage du bateau.

12. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la Compagnie nationale du Rhône est engagée pour dommages de travaux publics.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de la société Helvetia Assurances en sa qualité d'assureur subrogé dans les droits de son assuré :

13. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. ".

14. Il résulte de l'article E3.2 des conditions générales du contrat d'assurance souscrit par la société Arethuse que la société Helvetia Assurances, bien qu'apéritrice, n'a pas mandat pour représenter la société HDI Global SE en justice. Par suite, elle ne saurait réclamer que le remboursement de la part de l'indemnité versée à la société Arethuse dont elle s'est elle-même acquittée, conformément à l'article L. 121-12 précité du code des assurances.

15. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 21 août 2020, que l'accident a endommagé l'hélice et l'accouplement élastique, lesquels ont dû être remplacés. L'expert a évalué les frais de réparation en lien avec l'accident à la somme totale de 16 986,62 euros HT, après application, s'agissant de l'accouplement élastique, d'un coefficient de vétusté de 50%. Compte-tenu de la franchise d'un montant de 2 500 euros, la société Arethuse a perçu, au titre de ce chef de préjudice, une indemnité d'assurance d'un montant total de 13 289,12 euros, acquittée par la société Helvetia Assurances à hauteur de 75%, soit 9 966,84 euros. Dès lors, il y a lieu de condamner la Compagnie nationale du Rhône à lui rembourser cette somme.

En ce qui concerne les préjudices propres de la société Helvetia Assurances :

16. La société Helvetia Assurances est fondée à solliciter le versement d'une indemnité au titre des frais et honoraires de l'expertise réalisée par le cabinet d'expertises 3D, dont le montant doit être fixé, au vu des factures produites, à la somme de 1 539 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

17. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale.

18. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

19. La société Helvetia Assurances a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes qui lui sont dues à compter du 15 juillet 2021, date de réception par la Compagnie nationale du Rhône de la demande préalable. Elle a demandé la capitalisation des intérêts le 8 décembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 15 juillet 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

20. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais d'instance. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la Compagnie nationale du Rhône ne peuvent qu'être rejetées.

21. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Compagnie nationale du Rhône le versement à la société Helvetia Assurances d'une somme de 1 500 euros au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La Compagnie nationale du Rhône est condamnée à verser à la société Helvetia Assurances la somme de 11 505,84 euros en réparation des préjudices subis, assortis des intérêts au taux légal à compter du 15 juillet 2021. Les intérêts échus à la date du 15 juillet 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La Compagnie nationale du Rhône versera à la société Helvetia Assurances la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par les sociétés Arethuse, Helvetia Assurances et HDI Global SE est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la Compagnie nationale du Rhône sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Arethuse, la société anonyme Helvetia Assurances et la société HDI Global SE et à la Compagnie nationale du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. Clément La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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