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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109004

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109004

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109004
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 novembre 2021, 5 décembre 2022 et 16 février 2023, la société Bâti, représentée Me Vacheron, demande au tribunal :

1°) de fixer le décompte général du marché relatif au lot n° 4 " Bardage-Vêture " conclu avec la commune de Chambon-Feugerolles pour la réhabilitation de la piscine municipale à la somme de 209 685,85 euros TTC et de condamner la commune de Chambon-Feugerolles à lui verser, d'une part, la somme de 107 839,71 euros TTC au titre du solde du marché, assortie des intérêts moratoires au taux de la Banque centrale européenne et de leur capitalisation et, d'autre part, la somme de 7 129,99 euros TTC en remboursement de la retenue de garantie ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Chambon-Feugerolles la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable en dépit de son placement en redressement judiciaire ;

- le projet de décompte général qu'elle a notifié à la commune le 8 avril 2021 est devenu définitif depuis le 23 avril 2021 faute de réponse de la commune ;

- les pénalités de retard dans l'exécution des travaux ne sont pas dues dès lors qu'elle n'a pas accepté les nouveaux plannings de chantier fixés par les ordres de services nos 4, 5 et 6 ; les modifications du planning du chantier résultent d'une mauvaise conception du phasage et d'une mauvaise gestion du chantier par la maîtrise d'œuvre ; les modifications de planning par ordres de services successifs ont abouti au dépassement du délai d'exécution global du chantier initialement fixé à 15 mois ;

- les pénalités pour absence aux réunions de chantier ne sont pas dues dès lors que les décalages tardifs d'intervention sur le chantier ne lui permettaient plus d'être présente aux réunions compte tenu de son engagement sur d'autres chantiers ; la commune s'est trompée dans le calcul des pénalités ;

- les pénalités pour non remise de documents ne sont pas dues dès lors, d'une part, qu'elle a répondu aux courriers du maître d'œuvre des 20 décembre 2018 et 12 février 2019 sur le planning et le phasage des interventions et a rencontré les intervenants de la commune pour évoquer le déroulement du chantier, d'autre part, que le compte rendu de chantier n° 67 ne prévoyait aucun délai pour transmettre les bons de commande de matériaux, qu'enfin, ces pénalités n'ont pas été précédées d'une mise en demeure d'agir en application de l'article 4.4.5 du cahier des clauses administratives particulières ;

- les pénalités appliquées sont manifestement excessives alors qu'elle a honoré ses engagements en dépit des modifications de planning ; le montant des pénalités a évolué sans motivation ; cette évolution arbitraire témoigne d'une volonté délibérée de la commune d'optimiser le budget de réalisation des opérations de travaux ; la commune n'a subi aucun préjudice puisque la piscine a ouvert ses portes le 11 juin 2019 ;

- la commune, informée de ce qu'elle avait été placée sous procédure de redressement par jugement du 7 novembre 2019, n'a pas déclaré sa créance à son passif ; l'émission de titres de recettes, à laquelle faisait obstacle l'intervention d'un décompte, ne peut se substituer à la déclaration de créance ; la compensation légale opérée par le comptable public est irrégulière dès lors qu'il s'agissait de pénalités provisoires ;

- le décalage des travaux l'a conduite à engager des frais supplémentaires de main-d'œuvre, de personnel d'encadrement et de location de matériel pour un montant total de 59 556 euros TTC ; il s'agit de sujétions imprévues :

- la commune a réglé les situations de travaux en retard de sorte qu'elle a droit au paiement d'intérêts de retard pour 9 153,74 euros TTC ;

- la retenue de garantie doit lui être restituée dès lors que la commune n'apporte pas la preuve d'une notification de la prolongation du délai de garantie ;

- le montant des sommes restant dues par la commune s'élève donc à 107 839,71 euros TTC.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la commune de Chambon-Feugerolles, représentée par Me Saban, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le décompte général soit fixé à la somme de 150 129,85 euros TTC et, en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Bâti sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le dirigeant de la société Bâti n'avait plus qualité pour ester en justice à la suite de son placement en redressement judiciaire ;

- elle a régulièrement fixé le décompte général à la date du 15 avril 2021 ; la date erronée du 22 mars 2021 sur ce document ne peut conduire à reconnaître une acceptation tacite du projet de décompte notifié par la société Bâti ;

- s'agissant des pénalités de retard dans l'exécution des travaux, la société Bâti devait, en dépit des réserves émises, se conformer aux ordres de services en application de l'article 3.8.3 du cahier des clauses administratives générales et le maître d'œuvre lui a rappelé, à plusieurs reprises, son retard dans l'avancement des travaux ;

- s'agissant des pénalités pour absence aux réunions de chantier, elle a été absente à 23 réunions ;

- à supposer que les modifications de planning ont complexifié son intervention, cette circonstance ne peut la dispenser du paiement des pénalités ;

- les pénalités de 175 000 euros dues en application du cahier des clauses administratives particulières ont été ramenées à la somme de 32 000 euros ;

- l'absence de déclaration de créance est sans incidence sur l'établissement du décompte ; en tout état de cause, préalablement à l'ouverture de la procédure collective, elle a émis trois titres de recettes dont la dette a été éteinte par compensation légale ;

- les frais supplémentaires engagés liés au décalage des travaux ne sont ni justifiés, ni en lien avec une faute commise par le maître d'œuvre ou les autres intervenants ;

- les intérêts moratoires prévus à l'article 3.4.5 du cahier des clauses administratives particulières ne sont pas dus.

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de commerce ;

- le code des marchés publics ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix,

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,

- et les observations de Me Cadet, représentant la société Bâti, et de Me Teyssier, représentant la commune de Chambon-Feugerolles.

Une note en délibéré a été enregistrée le 27 novembre 2023 pour la société Bâti.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement signé le 10 juillet 2017, la commune de Chambon-Feugerolles a confié à la société Bâti la réalisation du lot n° 4 correspondant aux travaux de bardage et de vêture du chantier de réhabilitation de la piscine municipale pour un prix global et forfaitaire de 118 833,20 euros TTC. La commune a notifié le 16 avril 2021 à la société Bâti le décompte général de son marché d'un montant de 150 129,85 euros TTC. Par un mémoire en réclamation du 12 mai 2021, la société Bâti a contesté ce décompte et a demandé que le montant des sommes restant dues soit fixé à 103 742,20 euros TTC. Elle demande au tribunal de fixer le décompte général du marché à la somme de 209 685,85 euros TTC et de condamner la commune de Chambon-Feugerolles à lui verser, d'une part, la somme de 107 839,71 euros TTC en règlement du solde du marché, assortie des intérêts moratoires au taux de la Banque centrale européenne et de leur capitalisation et, d'autre part, la somme de 7 129,99 euros TTC, en remboursement de la retenue de garantie.

Sur la fixation du décompte général et définitif :

En ce qui concerne l'existence d'un décompte tacite :

2. Aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux), dans sa rédaction issue de l'arrêté du 8 septembre 2009, modifié par l'arrêté du 3 mars 2014, applicable au marché en litige : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. / Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire, établissant le montant total des sommes auxquelles le titulaire prétend du fait de l'exécution du marché dans son ensemble (). / Le titulaire est lié par les indications figurant au projet de décompte final. " Aux termes de l'article 13.3.2 du même cahier : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine () ". Aux termes de l'article 13.3.3 de ce cahier : " Le maître d'œuvre accepte ou rectifie le projet de décompte final établi par le titulaire. Le projet accepté ou rectifié devient alors le décompte final. () " Enfin, aux termes de l'article 13.4 de ce cahier : " 13.4.1. Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général (). / 13.4.2 Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. () / 13.4.4. Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé : / - du projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 : / - du projet d'état du solde hors révision de prix définitive, établi à partir du projet de décompte final et du dernier projet de décompte mensuel, faisant ressortir les éléments définis à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; / - du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde hors révision de prix définitive. / Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. / Si, dans ce délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. Le délai de paiement du solde, hors révisions de prix définitives, court à compter du lendemain de l'expiration de ce délai. / Le décompte général et définitif lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. (). ".

3. Il résulte de l'instruction que, par deux courriers du 24 février 2021, adressés à la commune de Chambon-Feugerolles et à la société R. Agence, architecte d'opération, reçus respectivement les 26 février et 2 mars suivants, la société Bâti a transmis son projet de décompte final de 209 657,10 euros. En l'absence de notification de décompte général par le maître d'ouvrage dans le délai de trente jours à compter du 2 mars 2021, la société Bâti a notifié le 12 avril 2021 à la commune de Chambon-Feugerolles, en application des stipulations de l'article 13.4.4 du CCAG Travaux, un projet de décompte général avec copie par courrier électronique au maître d'œuvre. La commune de Chambon-Feugerolles a notifié à la société Bâti le décompte général d'un montant de 150 129,85 euros TTC le 16 avril 2021, soit dans le délai de dix jours prévu par les stipulations précitées de l'article 13.4.4 du CCAG travaux, faisant ainsi obstacle à l'intervention tacite d'un décompte général et définitif. La circonstance invoquée par la société Bâti que le courrier notifié le 16 avril 2021 ne serait pas la réponse à son projet de décompte notifié le 12 avril 2021 mais au décompte final qu'elle a adressé le 24 février 2021, projets au demeurant identiques, ne saurait conduire à considérer que la commune n'aurait pas répondu dans le délai de dix jours à compter de la réception le 12 avril 2021 du projet de décompte général et des autres documents qui l'accompagnaient. Par suite, la société Bâti ne peut se prévaloir de l'existence d'un décompte général intervenu tacitement.

En ce qui concerne les pénalités :

4. Il résulte de l'instruction que, si la commune de Chambon-Feugerolles a calculé des pénalités pour retard dans l'exécution des travaux, pour absence en réunions et pour non remise de documents selon les stipulations et pour les montants prévus aux articles, respectivement, 4.4.1, 4.4.3 et 4.4.5 du CCAP, elle n'a inscrite au débit du titulaire du marché que 30 400 euros pour retard dans l'exécution des travaux et 1 600 euros au titre des absences aux réunions. Par suite, les moyens développés à l'encontre des pénalités pour non-remise de documents, qui sont inopérants, doivent être écartés.

S'agissant des pénalités pour retard dans l'exécution des travaux :

5. Aux termes de l'article 4.4.1 du CCAP : " Les dispositions suivantes sont appliquées, lot par lot, en cas de retard dans l'exécution des travaux, comparativement au calendrier détaillé d'exécution élaboré et éventuellement modifié : / Retard sur le délai d'exécution propre au lot considéré : / - il est fait application de la pénalité journalière de 600 €. / Retard sur les délais particuliers correspondant aux interventions successives autres que la dernière de chaque titulaire sur le chantier : /- du simple fait de la constatation d'un retard par le maître d'œuvre, le titulaire encourt une retenue journalière provisoire de 600 €. / Cette retenue est transformée en pénalité définitive, si l'une des deux conditions suivantes est remplie : /- ou le titulaire n'a pas achevé les travaux lui incombant dans le délai d'exécution propre à son lot; /- ou le titulaire, bien qu'ayant terminé ses travaux dans ce délai, a perturbé la marche du chantier ou provoqué des retards dans le déroulement des marchés relatifs aux autres lots. ". Aux termes de l'article 4.4.5 du CCAP relatif aux pénalités diverses : " En cas de non-respect des obligations prévues au marché, le titulaire reçoit un avertissement du maître d'œuvre lui indiquant les points précis de l'infraction et le délai pour y remédier (). ".

6. Il résulte de l'instruction que la commune de Chambon-Feugerolles a considéré que la société Bâti avait totalisé, à la date de réception définitive des travaux le 20 mai 2019, 103 jours de retard pour la pose de bardage sur les façades est et sud dont le démarrage des travaux était prévu le 7 février 2019, 31 jours de retard pour les travaux sur la façade nord dont le démarrage était prévu le 20 avril 2019 et 86 jours de retard pour la pose de la résille dont le démarrage des travaux était prévu le 23 février 2019.

7. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article 3.8.3. du CCAG Travaux : " Le titulaire se conforme strictement aux ordres de service qui lui sont notifiés, que ceux-ci aient ou non fait l'objet de réserves de sa part, à l'exception des seuls cas que prévoient les articles 15.2.2 et 46.2.1. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 4.2.2 du CCAP : " Au cours du chantier et avec l'accord des différents titulaires concernés, le maître d'œuvre peut modifier le calendrier détaillé d'exécution dans la limite du délai d'exécution de l'ensemble des lots fixé à l'article 3 de l'acte d'engagement. ".

9. Il résulte de l'instruction que, par l'ordre de service n° 1, le maître d'œuvre a fixé la date de début de l'intervention de la société Bâti au 24 juillet 2017. Par cinq autres ordres de service, la fin du délai global d'exécution du marché de l'ensemble des lots, fixé initialement à 15 mois, a été reportée successivement aux 12 octobre 2018, 25 octobre 2018, 4 janvier 2019, 5 février 2019 et 20 mai 2019 conduisant à l'édition de nouveaux calendriers d'exécution détaillés fixant les dates d'intervention de chaque entrepreneur. La société Bâti a, lors de la signature de l'ordre service n° 4, émis des réserves en demandant que son intervention se déroule sur sept semaines, quatre semaines pour la pose de bardage et trois semaines pour la pose de résille. Le nouveau planning fixé par l'ordre de service n° 5, qui bien que non signé par la société Bâti, n'a pas fait l'objet de réserves de sa part, a tenu compte de ses demandes en prévoyant son intervention du 1er au 26 octobre 2018 pour la pose de bardage et du 22 octobre au 12 novembre 2018 pour la pose de la résille. En tout état de cause, il résulte des courriers du maire des 20 décembre 2018 et 23 janvier 2019 adressés à la société, que cette dernière a débuté son intervention la semaine du 22 octobre 2018 et que les travaux n'étaient toujours pas terminés au 23 janvier 2019, seulement 50 % du bardage étant posé et aucune résille ne l'étant. Le planning fixé par l'ordre de service n° 6, non signé et non assorti de réserves, qui accordait quatre semaines à la société pour terminer son intervention, n'a pas non plus été respecté, ainsi que cela ressort du procès-verbal des opérations préalables à la réception du 20 mai 2019 qui constatait notamment que la résille n'était pas entièrement posée. Dans ces conditions, la société Bâti n'est pas fondée à soutenir que les dernières versions du calendrier d'exécution ne lui étaient pas opposables faute d'avoir recueilli son accord sur le délai nécessaire à son intervention.

10. En second lieu et d'une part, si la société Bâti indique avoir transmis un relevé des intempéries en cours de chantier elle n'établit pas, toutefois, ni même n'allègue, que le maître d'œuvre et la commune de Chambon-Feugerolles n'en auraient pas tenu compte pour le décompte des jours de retard, en application de l'article 4.3 du CCAP qui stipule que : " le délai d'exécution des travaux sera prolongé d'un nombre de jours égal à celui pendant lequel les intempéries empêchant la réalisation des travaux seront constatées contradictoirement entre l'entrepreneur et le représentant du maître d'œuvre, conformément au CCAG. ".

11. D'autre part, la société Bâti soutient avoir dû commencer son intervention par l'arrière du bâtiment et avoir été gênée par la présence de bennes et de bungalows de chantier, par la mise en œuvre de béton désactivé, par un sol non compacté pour l'utilisation des engins de levage et par des garde-corps. Les pièces produites à l'appui de ses allégations font état de difficultés d'intervention sur le chantier uniquement aux mois d'octobre, novembre et décembre 2018 alors que le retard a continué, ainsi qu'il a été dit, après ces dates. A compter du mois de décembre 2018, le maître d'œuvre a demandé à la société Bâti, à plusieurs reprises, son planning d'intervention pour organiser la coordination des différents intervenants sur le chantier. Il est constant que ce planning n'a pas été fourni. En conséquence, ainsi que cela ressort du compte rendu de chantier n° 67 du 11 mars 2019, il a été décidé que la société Bâti devait s'adapter à l'avancement des travaux par les autres corps d'état, notamment s'agissant du coulage du béton en extérieur et de la réalisation des tranchées qui ne permettaient plus l'utilisation de nacelle. Dans ces conditions, la société Bâti n'est pas fondée à soutenir que les pénalités pour retard dans l'exécution des travaux ne seraient pas dues.

S'agissant des pénalités pour absence aux réunions :

12. Aux termes de l'article 4.4.3 du CCAP relatif aux pénalités pour absence aux réunions : " Si le titulaire ou son représentant ne se rend pas dans les bureaux du maître de l'ouvrage ou du maître d'œuvre ou sur le chantier toutes les fois qu'il en est requis, sans excuse préalable, il subit, sans mise en demeure préalable, une pénalité est fixée à 25.00 € pour la première absence sans excuse valable ; ce montant doublera à chaque nouvelle absence constatée, soit 50,00 € pour la seconde absence ; 100,00 € pour la troisième ; 200,00 € pour la quatrième ; 400,00 € pour la cinquième, etc Un état des absences aux réunions de chantier sera tenu par le représentant de la maitrise d'œuvre et joint au compte-rendu de chantier. ".

13. Il résulte de l'instruction que la commune de Chambon-Feugerolles a considéré que la société Bâti avait totalisé sept journées d'absence non justifiées aux réunions de chantier et lui a appliqué en conséquence une pénalité de 1 600 euros.

14. En premier lieu, la circonstance invoquée par la société Bâti que, compte tenu des reports successifs du délai d'exécution des travaux, elle ne pouvait plus être présente aux réunions dès lors qu'elle s'était engagée sur d'autres chantiers, n'est pas de nature à l'exonérer de ses obligations contractuelles de présence aux réunions de chantier.

15. En second lieu, le montant de la pénalité a été calculé, contrairement à ce que soutient la société Bati, conformément aux stipulations de l'article 4.4.3 du CCAP.

S'agissant de la modulation des pénalités et de leur caractère excessif :

16. Les pénalités de retard prévues par les clauses d'un marché public ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer au pouvoir adjudicateur le non-respect, par le titulaire du marché, des délais d'exécution contractuellement prévus. Elles sont applicables au seul motif qu'un retard dans l'exécution du marché est constaté et alors même que le pouvoir adjudicateur n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi. Si, lorsqu'il est saisi d'un litige entre les parties à un marché public, le juge du contrat doit, en principe, appliquer les clauses relatives aux pénalités dont sont convenues les parties en signant le contrat, il peut, à titre exceptionnel, saisi de conclusions en ce sens par une partie, modérer ou augmenter les pénalités de retard résultant du contrat si elles atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire, eu égard au montant du marché et compte tenu de l'ampleur du retard constaté dans l'exécution des prestations. Lorsque le titulaire du marché saisit le juge de conclusions tendant à ce qu'il modère les pénalités mises à sa charge, il ne saurait utilement soutenir que le pouvoir adjudicateur n'a subi aucun préjudice ou que le préjudice qu'il a subi est inférieur au montant des pénalités mises à sa charge. Il lui appartient de fournir aux juges tous éléments, relatifs notamment aux pratiques observées pour des marchés comparables ou aux caractéristiques particulières du marché en litige, de nature à établir dans quelle mesure ces pénalités présentent selon lui un caractère manifestement excessif. Au vu de l'argumentation des parties, il incombe au juge soit de rejeter les conclusions dont il est saisi en faisant application des clauses du contrat relatives aux pénalités, soit de rectifier le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché dans la seule mesure qu'impose la correction de leur caractère manifestement excessif.

17. En premier lieu, la circonstance que la commune n'aurait subi aucun préjudice, dès lors que les portes de la piscine municipale ont ouvert dès le mois de juin 2019, est sans influence sur les pénalités de retard appliquées, qui sont dues au seul fait de la constatation du retard dans l'exécution du marché.

18. En deuxième lieu, le pouvoir adjudicateur a toujours la faculté d'appliquer ou non, et de moduler à la baisse, les pénalités prévues contractuellement. Si les retards et manquements constatés pouvaient conduire à retenir, en application des stipulations du CCAG Travaux des pénalités de retard pour 132 000 euros, la commune a néanmoins décidé de limiter le montant de cette pénalité à 30 400 euros. La circonstance que, lors de la phase de médiation judiciaire, la commune n'aurait envisagé de retenir que les pénalités fixées provisoirement à 26 965 euros, ne saurait révéler, ainsi que le soutient la requérante, une " évolution arbitraire " témoignant " d'une volonté délibérée de la commune d'optimiser le budget de réalisation des opérations de travaux ".

19. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, que les pénalités infligées à la société Bâti, qui représentent à peu près 27 % du montant total du marché avant révision des prix, et 25 % après, atteindraient un montant manifestement excessif.

S'agissant de l'opposabilité des pénalités :

20. S'il est constant que la commune de Chambon-Feugerolles n'a déclaré aucune créance auprès du mandataire judiciaire à la suite de l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire dont a fait l'objet la société Bati, cette circonstance est sans incidence sur l'inscription des pénalités dans le décompte général discuté dans le cadre de la présente instance. Le moyen tiré de ce que ces pénalités ne seraient pas opposables doit être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que la société Bâti n'est pas fondée à contester les pénalités inscrites à son débit pour un montant de 32 000 euros.

En ce qui concerne les coûts supplémentaires liés à l'allongement de la durée du chantier :

22. Ne peuvent être regardées comme des sujétions techniques imprévues que des difficultés matérielles rencontrées lors de l'exécution d'un marché, présentant un caractère exceptionnel, imprévisibles lors de la conclusion du contrat et dont la cause est extérieure aux parties. S'agissant d'un marché à forfait, leur indemnisation par le maître d'ouvrage est subordonnée à un bouleversement de l'économie du contrat.

23. La société Bâti soutient que le report du délai d'exécution des travaux l'a conduite à engager des frais supplémentaires de main d'œuvre, de personnel d'encadrement et de location de matériel pour un montant de 59 556 euros TTC desquels elle doit être indemnisée. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les difficultés qu'elle a rencontrées soient d'une nature exceptionnelle et constituent un bouleversement dans l'économie du contrat, ni qu'elles trouvent leur origine dans des faits extérieurs aux parties au contrat. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ces frais supplémentaires compte tenu des difficultés invoquées, qui ne peuvent être qualifiées de sujétions imprévues.

En ce qui concerne les intérêts moratoires pour retard de paiement :

24. Aux termes de l'article L. 2192-10 du code de la commande publique applicable au litige : " Les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entités adjudicatrices, paient les sommes dues en principal en exécution d'un marché dans un délai prévu par le marché ou, à défaut, dans un délai fixé par voie réglementaire et qui peut être différent selon les catégories de pouvoirs adjudicateurs. / Lorsqu'un délai de paiement est prévu par le marché, celui-ci ne peut excéder le délai prévu par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 2192-12 de ce code : " Le retard de paiement est constitué lorsque les sommes dues au créancier, qui a rempli ses obligations légales et contractuelles, ne sont pas versées par le pouvoir adjudicateur à l'échéance prévue au marché ou à l'expiration du délai de paiement. ". Aux termes de l'article R. 2192-10 de ce code : " Le délai de paiement prévu à l'article L. 2192-10 est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice. ". Aux termes de l'article R. 2192-12 de ce code : " Sous réserve des dispositions prévues aux articles R. 2192-13, R. 2192-17 et R. 2192-18, le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur ou, si le marché le prévoit, par le maître d'œuvre ou toute autre personne habilitée à cet effet. ". Aux termes de l'article 13 du CCAG Travaux : " 13.1.1. Avant la fin de chaque mois, le titulaire remet sa demande de paiement mensuelle au maître d'œuvre, sous la forme d'un projet de décompte. () Lorsque des réfactions ont été fixées par application du présent CCAG, elles s'appliquent à chaque projet de décompte mensuel concerné. () 13.1.8. Le projet de décompte mensuel établi par le titulaire constitue la demande de paiement () Le titulaire envoie cette demande de paiement mensuelle au maître d'œuvre par tout moyen permettant de donner une date certaine. () 13.2.1. A partir du décompte mensuel, le maître d'œuvre détermine le montant de l'acompte mensuel à régler au titulaire. () 13.2.2. Le maître d'œuvre notifie par ordre de service au titulaire l'état d'acompte mensuel et propose au représentant du pouvoir adjudicateur de régler les sommes qu'il admet. Cette notification intervient dans les sept jours à compter de la date de réception de la demande de paiement mensuelle du titulaire / Si cette notification n'intervient pas dans un délai de sept jours à compter de la réception de la demande du titulaire, celui-ci en informe le représentant du pouvoir adjudicateur qui procède au paiement sur la base des sommes qu'il admet. (). ". Aux termes de l'article 3.4.5. du CCAP : " () L'entrepreneur remet, au plus tôt le 25 de chaque mois, à l'architecte d'opération un projet de décompte établissant le montant total, arrêté à la fin du mois précédent, des sommes auxquelles il peut prétendre du fait de l'exécution du marché depuis le début de celle-ci. / Le paiement s'effectuera suivant les règles de la comptabilité publique dans les conditions prévues au CCAG travaux. (). ".

25. Pour soutenir que la commune de Chambon-Feugerolles serait redevable d'intérêts moratoires pour 9 153,74 euros, la société Bâti d'une part, intègre dans ses calculs les réfactions opérées pour retards d'exécution à compter de la deuxième demande de paiement mensuel, d'autre part, fait partir le délai de paiement de trente jours à compter de la date d'émission de la demande de paiement. Toutefois, le maître d'ouvrage pouvait, conformément aux stipulations de l'article 13 du CCAG Travaux, procéder aux réfactions pour retards dans l'exécution des travaux sur les décomptes mensuels. Par ailleurs, alors que le délai de paiement de trente jours court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur, il ne résulte pas de l'instruction que la société Bâti aurait envoyé ses demandes de paiement directement au maître de l'ouvrage, lequel a procédé au paiement dans le délai de trente jours à compter de leur transmission par le maître d'œuvre. Par suite, la société Bati n'est pas fondée à demander le paiement d'intérêts moratoires.

26. Il résulte de ce qui précède que la société Bâti n'est pas fondée à demander que le décompte général et définitif de son marché soit arrêté à la somme de 209 685,85 euros TTC et la condamnation de la commune de Chambon-Fougerolles à lui verser la somme de 107 839,71 euros TTC en règlement du solde du marché.

Sur la retenue de garantie :

27. Aux termes de l'article R. 2191-35 du code de la commande publique, applicable au contrat : " Lorsque le marché prévoit une retenue de garantie, celle-ci est remboursée dans un délai de trente jours à compter de la date d'expiration du délai de garantie. / Toutefois, si des réserves ont été notifiées au créancier pendant le délai de garantie et si elles n'ont pas été levées avant l'expiration de ce délai, la retenue de garantie est remboursée dans un délai de trente jours après la date de leur levée. ".

28. Dès lors qu'il n'est ni établi, ni même allégué, que le lot de la société Bâti n'a donné lieu à aucune réserve, ou que celles émises ont été expressément levées, la retenue de garantie n'a pas à être remboursée, alors même que le délai de garantie n'aurait pas fait l'objet d'une prolongation.

29. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de la société Bâti doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre des frais du litige :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Chambon-Feugerolles qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Bâti la somme demandée par la commune de Chambon-Feugerolles sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Bâti est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Chambon-Feugerolles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Bâti et à la commune de Chambon-Feugerolles.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

A. Lacroix

La présidente,

C. MichelLa greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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