mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2109321 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JU 5ème chambre |
| Avocat requérant | JOUNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 novembre 2021, les 15 février et 26 août 2022, Mme B A, représentée par Me Jounier, demande au Tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler :
- la décision du 31 mai 2021 de la caisse d'allocations familiales de l'Ain refusant de lui accorder une remise de sa dette d'allocation personnalisée au logement d'un montant de 1 855,23 euros constituée sur la période du 1er février au 31 juillet 2019 ;
- la décision du 9 novembre 2021 par laquelle le président du conseil général de l'Ain a confirmé la décision du 18 mars 2021 mettant à sa charge une somme de 3 410,84 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er février au 31 mai 2019 ;
- la décision implicite de la caisse d'allocations familiales rejetant son recours contre l'indu d'allocation personnalisée au logement ;
2°) d'ordonner la restitution des sommes retenues pour le remboursement de l'indu, subsidiairement accorder une remise partielle de cette dette ;
3°) de mettre à la charge de la partie perdante le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
- la décision du 9 novembre 2021 est illégale, faute pour le président du conseil départemental de l'Ain d'avoir saisi la commission de recours amiable ;
- elle n'a commis aucune manœuvre frauduleuse, contrairement aux décisions prises sur ce point par le conseil départemental et la caisse d'allocations familiales de l'Ain, dès lors qu'elle ignorait tout de l'activité de son époux et de ses revenus ;
- l'absence d'indication de l'activité de son époux n'avait aucune incidence sur son droit aux allocations perçues ;
- la caisse d'allocations familiales a illégalement retenu l'ensemble des sommes dues, en dépit du recours contentieux en cours ;
- compte tenu de sa bonne foi, elle doit bénéficier d'une remise partielle de sa dette.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 juin et 2 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur une sanction de fraude décidée par la caisse d'allocations familiales ;
- les conclusions tendant à une remise gracieuse de la dette d'aide personnalisée au logement sont irrecevables en l'absence de demande préalable adressée à ses services ;
- subsidiairement, aucune remise de dette ne peut être accordée compte tenu du caractère frauduleux du comportement de la requérante.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, le département de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Le département de l'Ain soutient que :
- la convention conclue avec la caisse d'allocations familiales le 21 décembre 2020 exclut la consultation de la commission de recours amiable ;
- l'indu est fondé en raison de l'omission de la requérante de déclarer les revenus professionnels de son époux ;
- l'absence de déclaration du statut professionnel de son époux, dont elle avait nécessairement connaissance, constitue une manœuvre frauduleuse ;
- les conclusions tendant à une remise gracieuse de la dette de revenu de solidarité active sont irrecevables en l'absence de demande préalable adressée à ses services ;
- l'absence de bonne foi de la requérante fait obstacle à ce qu'une remise de dette lui soit accordée.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Soubié, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,
- et les observations de Me Jounier, représentant Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.Mme A a été allocataire de l'aide personnalisée au logement et du revenu de solidarité active dans le département de l'Ain. Par une décision du 18 mars 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Ain a mis à sa charge un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 855,23 euros pour la période du 1er février 2019 au 31 juillet 2019 et un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 410,84 euros constitué sur la période de février à mai 2019. Par une décision du 31 mai 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Ain a refusé de lui accorder une remise de sa dette d'allocation personnelle au logement d'un montant de 1 855,23 euros constituée sur la période du 1er février au 31 juillet 2019 et a rejeté son recours préalable. Mme A a formé un recours préalable à l'encontre de la décision d'indu de revenu de solidarité active par un courrier du 11 juin 2021. Par une décision du 9 novembre 2021, le président du conseil départemental de l'Ain a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions rejetant ses recours préalables.
Sur la compétence du tribunal administratif :
2.La caisse d'allocations familiales de l'Ain se prévaut de l'incompétence des juridictions administratives pour se prononcer sur l'existence d'une fraude, seules les juridictions judiciaires étant compétentes pour se prononcer sur les sanctions de fraude prononcées en application du code de la sécurité sociale.
3.Toutefois, le présent litige ne porte que sur des décisions relatives à l'allocation personnelle au logement et au revenu de solidarité active qui relèvent de la compétence des juridictions administratives. De même, en l'absence de toute sanction prononcée au titre du code de la sécurité sociale et compte tenu de la demande de remise gracieuse des dettes relevant de la compétence des juridictions administratives, il relève de l'office du juge administratif de se prononcer sur la bonne foi de la requérante et sur la qualification de manœuvre frauduleuse retenue par le conseil départemental de l'Ain. Par suite, l'exception d'incompétence de la juridiction doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions d'indu :
En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :
4. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat (). ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ".
5. D'une part, la consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. Les dispositions susmentionnées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ne font pas obstacle à ce qu'une convention de gestion exclut la consultation de la commission de recours amiable. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 21 décembre 2020 entre le département de l'Ain et la caisse d'allocations familiales de l'Ain, les contestations relatives au bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active relèvent de la seule compétence des services du Département de l'Ain et sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure faute pour la commission de recours amiable d'avoir été régulièrement saisie.
6. D'autre part, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière a été prise pour son application ou y trouve sa base légale. En l'espèce, la décision par laquelle le président du conseil départemental du Rhône a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme A ne constitue pas un acte pris pour l'application des dispositions de la convention conclue entre le département de l'Ain et la caisse d'allocations familiales de l'Ain le 21 décembre 2020, en application de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles relatives à la saisine de la commission de recours amiable, lesquelles ne constituent pas davantage sa base légale. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des dispositions de la convention de gestion, à l'encontre de la décision confirmant l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.
7. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.(). " . Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. (). ". Il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant foyer.
8. Si Mme A doit être regardée comme contestant le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge, cet indu a pour origine la prise en compte, au titre de ses ressources, de revenus non déclarés de son époux, qui ont été évalués forfaitairement. Il résulte de l'instruction, que Mme A n'a pas déclaré la situation professionnelle de son époux ni ses revenus professionnels. Les circonstances évoquées par la requérante tenant à ce qu'elle ignorait la situation professionnelle précise de son époux, compte tenu de leur séparation ne permettent pas de contester utilement l'omission déclarative. Par ailleurs, la requérante ne peut pas se prévaloir de l'absence d'incidence de la déclaration du statut professionnel de son époux sur son droit au revenu de solidarité active, dès lors qu'il lui appartenait de déclarer les activités et les ressources des membres du foyer. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'indu n'est pas établi.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 novembre 2021 confirmant l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'indu d'aide personnalisée au logement :
10. Par un courrier du 18 mars 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Ain a demandé à Mme A le reversement d'une somme de 1 855,23 euros correspondant à un indu d'aide personnalisée au logement. Par un recours administratif préalable du 12 avril 2021, Mme A a contesté le bien-fondé de l'indu. Par sa décision du 31 mai 2021, la caisse d'allocations familiales a rejeté ce recours, faisant obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet qui ne peut ainsi être contestée dans la présente instance.
11. Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; (). ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de l'année civile précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore à la date d'ouverture du droit ou au premier jour de la période de paiement. " Aux termes de l'article R. 823-3 du même code : " Les changements survenus, au cours de la période de paiement de l'aide, dans la situation du bénéficiaire ou du ménage font l'objet de justifications fournies avec la demande de révision du montant de l'aide. ".
12. Pour les motifs exposés au point 8, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'indu n'est pas établi.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'indu d'allocations personnalisée au logement doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de remise de dette :
En ce qui concerne la dette de revenu de solidarité active :
14. Si le département de l'Ain fait valoir que Mme A n'aurait pas sollicité une remise de sa dette de revenu de solidarité active, il résulte du recours formé le 15 avril 2021 par la requérante que celle-ci fait état de sa situation financière délicate et des difficultés rencontrées pour obtenir le versement par son ex-mari des pensions alimentaires mises à sa charge par le jugement de divorce. Compte tenu de sa formulation, ce courrier doit être regardé comme sollicitant une remise gracieuse de la dette en raison tant de la bonne foi de la requérante que de sa situation financière précaire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
15. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (). ".
16. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. À cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
17. L'indu de revenu de solidarité active en litige a pour origine l'absence de déclaration par Mme A du statut professionnel de son époux et de ses revenus d'activité. Il résulte de l'instruction qu'au cours de l'année 2019, Mme A avait repris une vie commune avec son époux après une séparation d'une année et après avoir engagé une procédure devant le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse en 2018, avant de quitter le domicile conjugal le 23 juin 2019. Mme A fait valoir que son époux lui a toujours assuré ne pas avoir de revenus. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait eu accès aux comptes de son mari ou à un compte commun sur lequel les revenus de celui-ci auraient été versés ou encore aurait reçu un quelconque document lui permettant d'avoir connaissance des revenus de son époux, alors qu'elle-même a déclaré tous ses revenus personnels. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, compte tenu des relations très conflictuelles au sein du couple, il n'est pas établi par la seule omission déclarative réitérée que Mme A aurait eu une volonté manifeste de dissimulation des revenus de son époux. Par ailleurs, la requérante fait état de la précarité de sa situation financière compte tenu de sa recherche d'emploi. Il résulte de l'instruction que Mme A n'a perçu aucun revenu en 2019, qu'elle est sans revenus professionnels, qu'elle perçoit des prestations sociales et familiales versées par la caisse d'allocations familiales de l'Ain et sur lesquelles le remboursement de l'indu a été prélevé la privant d'une grande partie de ses ressources, que les pensions alimentaires à la charge de son ex-époux d'un montant total de 500 euros par mois ne sont plus versées depuis le mois de novembre 2021 et qu'elle est mère d'un jeune enfant. Mme A est au surplus hébergée par sa famille. Il s'ensuit que Mme A, se trouve dans une situation de précarité justifiant que lui soit accordée une remise partielle à hauteur de 50% du montant initial de sa dette de revenu de solidarité active.
En ce qui concerne l'aide personnalisée au logement :
18. Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur :1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement ; 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ".
19. Si la caisse d'allocations familiales de l'Ain soutient que Mme A n'a pas sollicité de remise de sa dette, il résulte toutefois de la décision du 31 mai 2021 que cet établissement lui a refusé une remise de sa dette. Par suite, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.
20. En application des dispositions combinées des articles L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et L. 553-2 du code de la sécurité sociale un allocataire qui a bénéficié d'un trop-perçu d'aide personnalisée au logement peut voir sa dette réduite ou remise par la caisse d'allocations familiales en cas de précarité de sa situation, sauf si cet indu résulte d'une manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations.
21. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou d'une allocation versée au titre du logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
22. Mme A se prévaut de sa bonne foi et de sa situation financière précaire. Pour les motifs exposés au point 17, sa situation de précarité justifie que lui soit accordée une remise partielle à hauteur de 50% du montant initial de sa dette d'aide personnalisée au logement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet () les créances du département au président du conseil général. () Le président du conseil général constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement. (). ". En adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 précité du code de l'action sociale et des familles, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
24. Mme A fait valoir que le recouvrement des indus contestés a été poursuivi en dépit du caractère suspensif de son recours contentieux. Il résulte de l'instruction, notamment du mémoire en défense de la caisse d'allocations familiales de l'Ain, que l'intégralité de la dette a été recouvrée à la date du présent jugement. Compte tenu des motifs du présent jugement et de la méconnaissance du caractère suspensif du recours contentieux, il y a lieu d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Ain de reverser à Mme A les sommes retenues sur ses prestations au titre du remboursement des indus de revenu de solidarité active et d'aide personnalisée au logement en litige, au-delà des soldes laissés à sa charge après remise de ses dettes, et de lui impartir un délai de deux mois pour ce faire.
Sur les frais liés au litige :
25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de l'Ain et de la caisse d'allocations familiales de l'Ain, chacun en ce qui le concerne, le versement d'une somme de 500 euros à Me Jounier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 31 mai 2021 de la caisse d'allocations familiales de l'Ain refusant à Mme A une remise de sa dette d'aide personnalisée au logement est annulée.
Article 2 : Il est accordé à Mme A une remise de 50% de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 3 410,84 euros et une remise de 50% de sa dette d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 855,23 euros.
Article 3 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de l'Ain de reverser à Mme A les sommes retenues au titre des indus de revenu de solidarité active et d'aide personnalisée au logement qui excédent les soldes des dettes laissées à sa charge après application des remises partielles accordées à l'article 2, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le département de l'Ain et la caisse d'allocations familiales de l'Ain verseront chacun à Me Jounier, avocat de Mme A, une somme de 500 euros ( cinq cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au département de l'Ain et à la caisse d'allocations familiales de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
La magistrate désignée,
A-S. C
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026